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Interview   

Megadeth : le tempo d’un grand final


Toutes les bonnes choses ont une fin, et Dave Mustaine a eu la clarté d’esprit de mettre un terme à Megadeth alors que ce dernier avait atteint un nouveau sommet dans sa carrière, avant que ses problèmes physiques ne deviennent insurmontables et ne dégradent ses prestations. Ce dix-septième album, sans titre, sera donc le dernier. S’il n’a pas été conçu dès le départ avec cette idée en tête, il en a tous les marqueurs, entre un condensé de ce qui fait l’essence de la formation, confessions, point final épique avec « The Last Note » et boucle qui se referme avec la reprise du « Ride The Lightning » de Metallica.

Quelques semaines après avoir échangé avec Dirk Verbeuren au sujet de son projet grind Bent Sea, nous avons convenu d’un nouveau rendez-vous pour discuter en profondeur d’un disque qui a tout d’une sortie par la grande porte, mais aussi revenir sur les dix ans, déjà, que le batteur a passés aux côtés d’un des inventeurs du thrash (nous nous étions d’ailleurs entretenus avec lui au moment de son arrivée dans le groupe). Il nous plonge à la fois dans la conception du disque et dans le groupe lui-même, balayant certains préjugés sur un leader à la forte personnalité, revenant sur les remaniements de ces dernières années, définissant sa propre place et les rôles qu’il s’est trouvés au sein du quatuor, dérivant sur divers sujets tels que la technologie et évoquant son avenir. Un entretien long, riche et instructif à lire sans modération.

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Chronique   

Converge – Love Is Not Enough


Avec Love Is Not Enough, Converge ne cherche pas à frapper plus fort, mais plus juste. Et c’est là que le disque se démarque. Le propos est clair : l’amour, sans acte, sans responsabilité, sans présence réelle, ne suffit pas. Ce n’est pas un slogan. C’est une fissure morale. Et toute la forme musicale découle de cette idée. Les morceaux ne sont pas là pour exploser puis disparaître. Ils insistent. Ils martèlent. Ils laissent des traces. L’ouverture n’est pas frontale, elle installe une gravité intentionnelle. Puis la machine accélère. Des riffs courts, une batterie qui claque, une tension compacte. Mais très vite, quelque chose change. La vitesse ne sert plus d’échappatoire. Les structures ralentissent, s’alourdissent, laissent respirer des silences inconfortables. C’est dans ces espaces que l’album devient viscéral. Pas dans la brutalité pure mais bien dans une certaine retenue. A l’image de « To Feel Something » où les passages de voix plus « posés » sont plus intenses. La singularité du disque tient d’ailleurs à cette manière de faire durer l’émotion. La première moitié attaque. La seconde pèse. On passe de la colère extérieure à une introspection plus trouble. Ainsi sur « Bad Faith », les attaques sont répétitives, obsédantes. Au contraire, « Amon Amok » a des riffs plus épais, presque doom par moments.

La production de Kurt Ballou refuse toute brillance artificielle, elle repose sur un son dense, granuleux. On entend les frottements, la tension, la fatigue. Ce n’est pas propre, c’est humain. Converge semble refuser la résolution facile. Les morceaux ne « libèrent » pas la pression, ils la déplacent. Ils la transmettent. Chaque titre ajoute une couche de frustration, de désillusion, de besoin de sens ou de peur du vide. Et puis il y a cette fin, « We Were Never The Same ». Écrite autour du deuil, elle change tout. Là, le fond et la forme fusionnent totalement. La musique et la voix se font plus lourdes comme si elles acceptaient enfin de regarder la douleur sans la masquer derrière le chaos. La ligne de guitare est entêtante avec une touche de malaisance. La rage devient question. Pourquoi savons-nous nous rassembler dans la perte, mais si rarement dans la joie ? Ce qui rend Love Is Not Enough si prenant, c’est la lucidité. À près de trente-cinq ans de carrière, Converge continue d’essayer de comprendre notre nature imparfaite, c’est ce qui rend le disque profondément viscéral.

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Live Report   

Smith/Kotzen : quand le hard-blues rock adulte s’impose sans nostalgie


Il y a des soirs où Paris prend une claque rock en plein visage. Ce 6 février au Trianon, Adrian Smith et Richie Kotzen jouent pour la première fois en France dans le cadre de la tournée Black Light / White Noise Tour en support de la sortie du second album du tandem. Son écoute confirmait la solidité du duo, entre classic rock musclé et soul-blues moderne. Les guitares dialoguaient avec élégance, alternant riffs tranchants et solos expressifs, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite. Les harmonies vocales chaleureuses et immédiatement identifiables étaient un point fort des compères. Efficacité, maturité, rien à prouver, la question du live se posait pour confirmer les choses !

Ce soir, le public est majoritairement constitué de fans d’Iron Maiden, d’amateurs de blues, de hard rockeurs avec ou sans veste à patchs, et de guitar nerds assumés. L’ambiance dans la salle, quasi pleine, est à la fois feutrée et électrique. Il y a également cette attente particulière que l’on ressent lorsque l’audience sait qu’elle va assister à quelque chose de précis, et non à un show formaté. C’est ce qui va se passer tout au long de cette soirée !

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Chronique   

Sylosis – The New Flesh


Sylosis a opéré une renaissance progressive à l’issue de sa période d’hibernation. Un temps concentré sur Architects, dont il fut membre permanent, le guitariste-chanteur Josh Middleton a réactivé son groupe avec l’idée d’en refaçonner légèrement les contours. Bien que fidèle à l’essence de sa musique, le frontman aborde depuis quelques années l’écriture en affichant le souhait de pousser en avant les éléments essentiels sans se contraindre à une profusion de technicité. Avec The New Flesh, Sylosis achève sa mue.

Sylosis n’a plus grand-chose à prouver. On sait le groupe capable de tricotages complexes et de superpositions rythmiques comme mélodiques ébouriffantes. Middleton a progressivement changé d’optique, et il affirme sans complexe sa volonté de dégrossir la formule pour laisser exploser la puissance d’un riffing affûté. L’album se profile à ce titre comme l’œuvre la plus accessible d’une discographie désormais importante. Il tire occasionnellement mais prudemment vers des enluminures core, sans jamais sombrer dans la facilité. La formation reste d’une rigueur extrême dans ses constructions, autant teintées d’un profond respect aux monuments du thrash que d’une modernité clinquante dans sa mise en valeur des mélodies. Il n’y a chez Sylosis aucune véritable velléité popisante, aucun compromis. The New Flesh est un disque exigeant, redoutable, massif. Ses accents accrocheurs (le single « Erased », « Adorn My Throne » et ses claviers synthwave) n’entachent en rien l’intensité sombre de l’ensemble. Il est ici davantage question de « lisibilité » que de « simplification » de son art. Si les émotions percent plus aisément, la musique de Sylosis n’est en effet pas foncièrement moins riche que par le passé. Bien au contraire. Les leads virtuoses s’invitent lorsqu’ils peuvent servir le morceau et Middleton témoigne d’une versatilité vocale habile, maîtrisée et totalement imprévisible, qui passe d’un chant saturé vibrant au registre clair en conservant une authenticité précieuse. The New Flesh est un disque décomplexé. Il est surtout d’une profonde justesse.

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Interview   

Les Foudres racontées de l’intérieur


À l’automne dernier, la scène metal française a franchi un cap symbolique. Avec la première édition des Foudres, une cérémonie inédite venait, pour la première fois, récompenser l’ensemble des acteurs des musiques métalliques : artistes, structures, projets associatifs, initiatives sociétales et professionnelles. Derrière cette initiative ambitieuse, un homme : Pascal Gueugue, président de la Fédération française des Musiques métalliques, structure créée fin 2022 avec un objectif clair : sortir le metal de son isolement institutionnel, sans jamais renier son ADN.

Pensée comme un outil de valorisation plutôt que comme un exercice de normalisation, la Fédération entend défendre une filière longtemps laissée à la marge des politiques culturelles, malgré son dynamisme, sa diversité et son poids réel sur le territoire. Les Foudres s’inscrivent pleinement dans cette démarche : une cérémonie volontairement ouverte, plurielle, attentive autant aux esthétiques extrêmes qu’aux enjeux sociétaux, environnementaux et professionnels qui traversent aujourd’hui la scène.

Dans cet entretien, Pascal Gueugue revient en détail sur la genèse de la Fédération, la création des Foudres, les choix éditoriaux et politiques derrière la cérémonie, les critiques qu’elle a suscitées, mais aussi les perspectives d’évolution pour les prochaines éditions. Une plongée lucide et sans langue de bois dans les coulisses d’un projet qui entend faire avancer la scène metal française, sans chercher à la rendre consensuelle.

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Interview    Radio Metal   

Exil : itinéraire d’un corbeau migrateur


interview Arsen Raziyev exil metalÀ tous les niveaux, Exil est une formation aux multiples horizons. D’abord en raison des origines de son compositeur Arsen Raziyev, venu du Kazakhstan jusqu’en France, en passant par la Belgique. Ce voyage personnel, il le traduit musicalement à travers ce projet artistique qui est le sien. Le musicien n’hésite pas à jongler entre le français, le kazakh, l’anglais, ou même un dialecte slave dans ses textes. Horizons multiples également du côté des inspirations musicales, le groupe naviguant aussi bien entre le black metal froid scandinave et le post-punk noir d’Europe de l’Est. Il en résulte ce premier album, Karga, paru sur le roster de Source Atone Records fin janvier. Un disque intime et intense, aux couleurs multiples.

Karga signifie « corbeau » en langue kazakhe. Le chanteur et guitariste Arsen Raziyev voit dans la migration de l’oiseau un écho évident à son propre parcours. L’impression d’être un exilé, de n’être finalement chez soi nulle part, transparaît en filigrane tout au long de ce disque. Loin d’être un hasard, le corbeau occupe également une place symbolique importante dans la mythologie des steppes kazakhes. Nous faisons connaissance avec le musicien dans un entretien diffusé sur notre antenne, où il nous présente les racines d’Exil, ainsi que les siennes. Arsen y évoque les fondations du projet et ses inspirations, tout en revenant sur cette culture kazakhe l’on connaît, en réalité, assez peu en France.

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Live Report   

Jinjer : tour de force !


Le lendemain à peine du passage d’Epica et d’Amaranthe, le Bikini affiche de nouveau complet sous la houlette de l’association Regarts. Cette fois, changement radical d’atmosphère : place à une soirée résolument tournée vers le metal moderne, dans le cadre de la tournée européenne de Jinjer. Entamée le 23 janvier en Allemagne, celle-ci sillonne de nombreux pays du Vieux Continent jusqu’au mois de mars. En France, le groupe a choisi de marquer le coup avec pas moins de trois dates : Paris (à l’Olympia), Lyon et Toulouse.

En ce mercredi 4 février, ce passage dans la ville rose s’inscrit dans la continuité de la promotion de Duél, dernier album en date< sorti il y a tout juste un an, et qui confirme la trajectoire impressionnante du quatuor ukrainien. Pour accompagner cette tournée, Jinjer a convié deux formations qui s’inscrivent parfaitement dans cette esthétique moderne et exigeante : les Allemands d’Unprocessed et les Néerlandais de Textures, de quoi composer une affiche cohérente à la façon d’un véritable panorama du metal progressif et technique actuel.

Dès 18h, bien avant l’ouverture des portes, une foule compacte se masse devant l’entrée du Bikini. Chacun attend le moment de se ruer vers la fosse ou les balcons pour s’assurer les meilleures places. Le public est sensiblement plus jeune que la veille, mais tout aussi motivé, avec une énergie déjà perceptible. Tous les ingrédients sont réunis pour une soirée intense, promettant des concerts aussi denses que marquants.

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Interview   

Puscifer : aux frontières de la norme


Puscifer est une énigme. Un projet protéiforme qui se réinvente constamment sur les plans musicaux comme visuels. Normal Isn’t, le cinquième album du groupe, dévoile une nouvelle ère. Les musiciens redéfinissent des contours en mouvement perpétuel, imposent de nouveaux personnages et injectent des couleurs musicales goth et post-punk à leur musique. Une démarche de réinvention permanente que l’on sait chère au chanteur atypique qu’est Maynard James Keenan, à la tête du projet, et dont son acolyte Carina Round nous souligne la nécessité dans l’entretien qui suit. Car si Puscifer est né sous la forme d’un projet solo pour James Keenan, il s’est rapidement transformé en aventure collective dont le guitariste Mat Mitchell et Carina Round sont les forces créatrices indispensables.

Normal Isn’t est une œuvre de groupe soudé et engagé sur la même ligne artistique. Un disque exigeant et doté de plusieurs couches de lecture, que les membres de Puscifer ont composé en réaction à une époque trouble et complexe. Bien qu’elle ne renie à aucun moment le second degré qui a toujours défini son groupe, Carina Round est parfaitement claire au sujet du sérieux et de la profondeur de leur musique. Normal Isn’t est un disque qui a autant vocation à éveiller les sens qu’à permettre à son public de se « connecter » avec le groupe dans un espace hors du temps et de la réalité. La dimension Normal Isn’t ouvre tout juste ses portes. Nul doute que Puscifer a encore son lot de surprises à en dévoiler, ne serait-ce que par l’intermédiaire du roman graphique qui devrait être présenté dans le prolongement de l’album.

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Live Report   

Epica et Amaranthe : duel à Toulouse


Ce mardi 3 février 2026, le Bikini affiche complet. Dès 18h, bien avant l’ouverture des portes prévue à 18h30, les abords de la salle se remplissent rapidement malgré un froid hivernal bien installé. Vestes épaisses, écharpes, vestes à patches et t-shirts de groupes se mêlent dans la file d’attente : aucun doute, le public s’est déplacé en masse pour cette date toulousaine de l’Arcane Dimensions Tour, l’une des tournées les plus attendues de ce début d’année.

Réunissant Epica et Amaranthe en co-têtes d’affiche, avec Charlotte Wessels en invitée spéciale et annoncée dès février 2025, la tournée traverse une bonne partie de l’Europe entre janvier et mars 2026, confirmant la popularité intacte de ces formations aux univers bien distincts mais complémentaires auprès d’un public toujours plus large. Dans la fosse, le mélange générationnel est frappant. Les plus jeunes répondent largement à l’appel d’Amaranthe, tandis que les fans de longue date d’Epica sont bien présents, fidèles au rendez-vous et reconnaissables à leurs t-shirts parfois patinés par les années. Mais loin de cloisonner les publics, la soirée réunit ces différentes sensibilités dans une même ferveur, preuve que le metal symphonique et le pop metal moderne peuvent parfaitement cohabiter.

Pensé comme un véritable événement, ce concert s’inscrit dans la logique d’un co-headlining tour assumée, où chaque groupe dispose d’un temps de jeu conséquent et d’une production à la hauteur de son statut. Ce soir c’est au tour d’Epica de prendre la tête d’affiche. Entre attentes élevées, ambiance déjà électrique avant même l’entrée dans la salle et promesse de spectacles visuellement ambitieux, tous les ingrédients sont réunis pour créer un moment fort. Retour sur une soirée où le Bikini a vibré au rythme des orchestrations grandioses, des refrains fédérateurs et d’un metal résolument tourné vers le live…

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Chronique   

Mayhem – Liturgy Of Death


Depuis une dizaine d’années, cette entité pour le moins agitée qu’est Mayhem semble s’être stabilisée. Fort d’un line-up solide et de décennies d’expérience, Daemon, sorti en 2019, était l’album d’un groupe en pleine possession de ses moyens, avec l’aplomb nécessaire pour prendre à bras-le-corps son écrasante – et désormais hollywoodienne – histoire. Moins obscur que ses prédécesseurs, lorgnant plus explicitement du côté de ses indépassables classiques, il proposait une version à la fois moderne et patrimoniale de Mayhem, porte d’entrée hiératique et ténébreuse pour toute une nouvelle génération de fans. Sept ans plus tard, Liturgy Of Death enfonce le clou. Intense et peaufiné, il aborde de front la source de l’aura du groupe, et accessoirement de toute vie sur terre : la mort.

De son ouverture ambient inquiétante aux rythmes tribaux qui le referment, ce septième opus prend en effet son titre très au sérieux, et c’est bien une liturgie que l’on entend se dérouler au fil des chansons. Des prières aux derniers sacrements en passant par la célébration des défunts, elle est servie par une production impeccable qui apporte à la cérémonie l’atmosphère et la clarté nécessaires. Et c’est par ce qu’il a d’atmosphérique, justement, que Liturgy Of Death se distingue. Méticuleusement composée, tantôt agressive (« Despair »), tantôt inquiétante (« Weep For Nothing »), relevée de touches thrashisantes (« Funeral Of Existence ») ou opératiques, dense même dans les morceaux les plus courts (« Aeon’s End »), soutenue par la batterie toujours impeccable d’Hellhammer, sa musique est une leçon de black norvégien au classicisme parfois un peu figé. C’est la mort qui lui apporte son supplément d’âme, que l’on entend dans le chant plus habité que jamais d’Attila et dans les échos du Mayhem du début des années 1990 qui résonnent ici et là, dans les motifs des guitares, les paroles, voire la pochette et son animal crucifié. Avec ce Liturgy Of Death hanté, Mayhem se réapproprie sa propre mythologie en offrant son hommage le plus explicite aux figures controversées et tutélaires qu’étaient Dead et Euronymous, et en élargissant leurs obsessions et leurs ambitions aux dimensions qu’elles exigeaient : cosmiques.

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  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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