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Interview   

Bent Sea : pour l’amour du grind


Passé de Scarve à Soilwork, puis à Megadeth, sans même parler de sa multitude de projets et travaux de session, Dirk Verbeuren a eu une carrière remarquablement ascensionnelle. Il le doit avant tout à sa discipline, à sa persévérance, bien sûr à son talent, et peut-être à une toute petite pincée de chance, comme il le reconnaît lui-même. Mais ce qui caractérise le batteur belge, c’est aussi son humilité, intacte après toutes ces années. Il a beau avoir touché au firmament du metal, il n’a jamais quitté la base, l’underground. La preuve avec le trio grind Bent Sea, dans lequel il joue la guitare en plus de la batterie. Un projet très personnel qu’il a fondé pour tester sa propre créativité, crier son amour pour le grindcore et, accessoirement, évacuer ses frustrations envers « l’humanité qui fait connerie après connerie », sorte de complément de son autre exutoire Savage Lands davantage centré sur l’action positive.

Après la série des Instagrind qui l’a vu collaborer avec pléthore d’artistes de renom, Bent Sea a publié en fin d’année dernière son nouveau méfait : The Dormant Ruin. C’est donc à cette occasion que nous nous sommes entretenus avec le musicien à l’enthousiasme communicatif. Il évoque avec nous l’origine du projet et sa passion pour une musique plus riche et créative que certains veulent le croire. Généreux en anecdotes, il rentre dans des sujets qui lui tiennent à cœur, comme l’écologie, et d’autres plus intimes. Bienvenue dans le monde de Verbeuren.

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Chronique   

Ov Sulfur – Endless


Le deathcore peut rapidement sombrer vers la surenchère. Logo illisible, brutalité exacerbée, technicité démonstrative voire imagerie outrageusement macabre, la frontière entre impératifs et poncifs s’avère parfois poreuse. Ov Sulfur n’a à ce titre pas toujours su jouer avec subtilité des codes du genre. Endless, son second album, tend à fluidifier la formule sans abandonner en intensité.

L’écriture du disque part d’une impasse. Un syndrome de la page blanche rencontré par le frontman Ricky Hoover, difficulté qui semble l’avoir amené à une profonde remise en question de son approche de la musique d’Ov Sulfur. Car si Endless n’opère pas un virage brut, il propose une série de morceaux équilibrés et accrocheurs, expurgés de certains clichés ou redondances que l’on pouvait reprocher au groupe. Une orientation qui nécessite une ouverture franche aux nouvelles ambitions mélodiques du quintet. L’évolution est cohérente – le précédent album déroulait son chapelet de refrains en clean vocals – mais marquée. Ov Sulfur s’aligne de fait sur la thématique de son album, qui explore l’impact des émotions perpétuelles, l’impossibilité de s’extirper du noir. Endless est un disque sur l’aliénation par la négativité, folie qui donne naissance à un jeu vocal d’une ambivalence nouvelle entre le guitariste Chase Wilson, extrêmement présent au chant clair, et Hoover. Les deux hommes se répondent, usent de dédoublements et de superpositions qui apportent une épaisseur intéressante à des compositions parfois à fleur de peau (« Wither » ou « Endless//Loveless »). Ov Sulfur a muté. Il laisse plus volontiers de côté sa haine des religions pour laisser s’exprimer sa sensibilité, mais n’en oublie pas pour autant l’aspect décapant et techniquement affûté de son deathcore originel. Le disque déborde d’une violence lourde et décomplexée, d’enluminures symphoniques typées black ainsi que de growl incandescent. Avec Endless, Ov Sulfur gagne en ampleur et en accessibilité. Un choix qui pourra séduire de nouveaux adeptes tout comme rebuter les aficionados des débuts.

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Interview   

Enthroned : genèse d’un ouvrage occulte


Pilier du black metal belge, Enthroned n’a cessé de muter au fil de ses trente années d’existence. Si aucun membre du line-up originel n’est encore aux commandes, l’entité, elle, n’a jamais cessé de respirer. Faut-il y voir l’influence d’une force obscure qui transcenderait les individus ? L’hypothèse n’est pas à exclure, du moins si l’on en croit Nornagest, aujourd’hui figure centrale et voix d’Enthroned. Avec Ashspawn, le groupe approfondit son immersion dans l’occultisme et le symbolisme ésotérique, au point d’avoir conçu ce douzième album en collaboration avec le mystérieux Gilles de Laval, référence majeure de l’occultisme moderne. Depuis plusieurs années, Enthroned s’affranchit du simple cadre musical pour façonner un metal extrême plus nuancé et conceptuel. Ce nouvel opus s’inscrit pleinement dans cette trajectoire.

Entre cheminements personnels et aspirations ésotériques, les thèmes de discussion ne manquaient pas pour échanger avec Nornagest. Nous revenons avec lui sur la philosophie qui l’accompagne au quotidien et qui guide le groupe. Enthroned ne s’inscrit pas, selon son chanteur, dans un simple folklore du black metal. L’intensité et le cœur conceptuel d’Ashspawn en font un disque qui n’est clairement pas à la portée de tous, et encore moins un objet de pur divertissement. Comme nous le confirme l’artiste, l’album est en soi un véritable ouvrage occulte. Avertis sont ceux qui choisiront de s’y plonger.

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Chronique   

Textures – Genotype


Lorsque Textures annonce sa séparation en 2017, ça avait tout de l’explosion en plein vol. Phenotype, premier album d’un diptyque, venait de sortir un an auparavant et sa suite, l’ambitieux Genotype, était en peine gestation. Les raisons du split, on les découvrira plus tard : insatisfaction vis-à-vis de la musique produite doublée d’un sentiment d’obsolescence. Cinq ans plus tard, le temps a fait son œuvre d’apaisement et Textures revient avec… Genotype. Mais attention, pas celui originellement prévu, qui devait être constitué d’une unique chanson d’une quarantaine de minutes avec de multiples références aux œuvres passées, mais un disque bien plus conventionnel. Il présente le nouvel ADN d’un groupe qui a fait son autocritique et a réajusté son approche.

L’objectif était simple : faire des chansons. Moins d’expérimentation et de technique, plus d’accroche et d’impact. Sans perdre son caractère progressif, Textures se contient et réoriente son attention, à la fois sur le chant comme pièce maîtresse et sur un certain travail sonore. « Measuring The Heavens » plonge l’auditeur dans un enchevêtrement de strates entre tension et relâchement, tandis que « Nautical Dusk » voit son refrain – qui pourtant ne prend pas deux fois la même forme – facilement s’incruster en tête. On pense parfois à Devin Townsend, à l’image de ces superpositions de claviers sur l’intro « Void », dans un esprit très Ocean Machine, ou de l’expressivité de Daniël de Jongh sur l’amorce de « A Seat For The Like-Minded ». Ce dernier s’offre même un duo avec Charlotte Wessels dans le single « At The Edge Of Winter », pour un titre à la structure finalement pas si évidente, mais dans laquelle on se laisse facilement porter par les flots vocaux qui se croisent et s’épousent jusqu’aux arabesques finales. Si les guitares n’ont pas perdu de leur puissance ni de leurs prouesses mélodiques, si de Jongh sait encore rugir aux moments opportuns (« Closer To The Unknown »), la batterie s’est, elle, assagie pour offrir plus de respiration, la virtuosité s’exprimant davantage dans la subtilité. C’est ainsi que Stef Broks porte à bout de baguettes « Walls Of The Soul », grosse cerise sur un gâteau déjà bien dodu : près de huit épiques minutes de montée en intensité, puis d’accalmie, qui parachèvent la démonstration. Certains déploreront une perte d’audace, d’autres loueront un gain en lisibilité. On s’accordera quand même pour dire que Textures a bien fait de revenir.

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Interview   

Aephanemer : se confronter au réel


Un long chemin a été parcouru pour Aephanemer depuis la sortie de A Dream Of Wilderness. À l’instar de bien des groupes, les Toulousains ont connu leur lot de hauts et de bas. Tournées en tête d’affiche devant des salles combles, passages dans de grands festivals, dont un concert remarqué au Hellfest, mais aussi quelques bouleversements du côté du line-up. De toutes ces expériences est né Utopie, leur quatrième album. L’enracinement musical du groupe repose toujours sur un équilibre subtil entre death metal et musique classique. La nuance est que, cette fois-ci, Aephanemer assume pleinement sa langue natale avec un disque chanté intégralement en français. Ainsi, les textes de Marion Bascoul prolongent leur réflexion critique sur le monde, en s’appuyant sur des images percutantes et en se concentrant sur le concept d’utopie. Mais quand les projections d’un monde meilleur peinent à venir, difficile d’écrire sur le sujet…

La chanteuse et guitariste rythmique nous confie qu’une fois la thématique du disque actée, les choses se sont légèrement compliquées. Nul besoin de se brancher sur les chaînes d’information en continu pour comprendre que le monde actuel n’a rien d’idyllique. C’est la raison pour laquelle l’angle d’Aephanemer est celui de la confrontation au réel, plus que celui de l’évasion vers un idéal. Pour la musicienne, la notion d’utopie repose surtout sur la capacité d’espérer et d’agir pour créer un monde meilleur. Marion s’épanche dans notre entretien sur les différentes émotions qui l’ont traversée en se questionnant sur ce sujet, tout en évoquant naturellement les dernières années mouvementées de la formation en plein essor.

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Chronique Focus   

Megadeth – Megadeth


À l’heure de tirer le rideau, Megadeth n’a plus rien à prouver. Pourtant, avec cet album sans titre annoncé comme l’ultime chapitre d’une carrière entamée au début des années 80, Dave Mustaine et les siens livrent un disque flamboyant qui refuse toute posture testamentaire complaisante. Ici, pas de regard appuyé dans le rétroviseur, pas de nostalgie sucrée, ni d’autocélébration facile : Megadeth choisit de conclure sa trajectoire par la tension et l’hostilité, fidèle à une identité forgée dans le conflit et la défiance. La pochette, Vic Rattlehead en flammes, résume à elle seule cette volonté de partir sur un feu intense plutôt que sur un hommage tiède.

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Interview   

Përl : poésie entre ciel et mer


En amoureux de l’art et de la poésie, l’évolution vers une musique qui efface les lignes entre les styles est naturelle pour Përl. Lorsqu’il nous évoquait le concept du clair-obscur en 2021, le groupe savait déjà que sa proposition artistique sortait des sentiers battus, tout en s’adressant audacieusement à un public assez niché. Cependant, Les Maîtres Du Silence n’a pas obtenu la lumière qu’il aurait dû recevoir au moment de sa sortie, comme nous le confie la chanteuse Aline Boussaroque dans cet entretien. Mais au lieu de se recroqueviller, Përl a su se repenser et se révéler de nouveau, en assumant pleinement son ouverture. En restant très à l’écoute des personnes qui les entourent, les Franciliens se redécouvrent aussi bien sur scène qu’en studio. Përl revient donc présenter Architecture Du Vertige, avec une identité revigorée et bien plus assumée.

Si ce quatrième album se révèle aussi varié, cela vient peut-être d’un déclic qu’évoque pour nous la chanteuse : « Përl, c’est du post-metal, c’est du chant en français avec du texte. » C’est sans doute la raison pour laquelle ce disque peut déconcerter les oreilles non averties à la première écoute, que ce soit avec « Land’s End » et la participation de Sam de Point Mort, ou avec la reprise commentée de « Fjara » de Sólstafir, approuvée par Addi lui-même. Entre quelques expérimentations, le groupe français consolide également ses acquis grâce à ce jeu permanent entre lumière et obscurité. Dans cet entretien, Aline revient sur les dernières années du groupe, son évolution, et déplume cet album pour nous, titre après titre.

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Chronique   

Soen – Reliance


La dépendance. C’est autour de cette notion que Soen a choisi de nommer son septième opus. Avec Reliance, le groupe suédois poursuit un voyage qu’il maîtrise désormais avec assurance, quelque part entre lumière et obscurité, tension et apaisement, illustrant une dualité profondément humaine. Les Scandinaves affinent encore leur metal progressif introspectif tout en accentuant légèrement son versant heavy, livrant un disque dense, cohérent et porté par une ambition émotionnelle intacte.

« Primal » frappe fort. Riffs massifs, énergie brute et refrain porteur d’espoir traduisent une colère sourde face à un monde fragmenté. Fidèles à la tradition, les titres sont réduits à un mot unique, chacun véhiculant un message clair, sans détour ni superflu. « Mercenary » enchaîne dans le même registre, quasi hymnique, dominé par des guitares appelant à la révolte. Le ton est donné pour un album frontal, mais est révélée aussi une tendance à s’installer dans une formule désormais bien connue. Car si Reliance séduit par sa fluidité et sa continuité d’écoute, il souffre d’une uniformité persistante. Chercher l’inspiration dans son propre répertoire a ses limites. Les structures vocales, souvent murmurées ou chantées avec retenue, associées à une lourdeur instrumentale omniprésente, finissent par se ressembler. Presque tout semble construit autour de la voix de Joel Ekelöf, ce qui fonctionne nettement mieux sur les développements atmosphériques, comme dans « Discordia » (le court passage djent n’en est, d’ailleurs, que plus percutant) ou « Huntress ». Le chant s’y fait plus naturel, vulnérable, bien plus convaincant que lorsqu’il force une agressivité. « Indifferent », malgré son titre, s’impose comme un sommet de sensibilité, épuré et touchant. À l’inverse, « Unbound » ou « Drifter » peinent à marquer sur la durée. La conclusion, « Vellichor », sombre et élégante, apporte enfin une audace tardive, laissant l’impression que certaines pistes créatives auraient mérité d’être davantage explorées plus tôt. Soen ne surprend sans doute plus, mais Reliance confirme un groupe arrivé à maturité, capable de maintenir un niveau élevé. Soen sonne toujours comme Soen et l’album, sincère et à fleur de peau, parfois trop sage, demande simplement du temps pour révéler toute sa portée.

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Live Report   

…And Oceans & Mörk Gryning : le temps des régénérations


and oceans mork gryning poster tour 2025Il y a dix ans à peine, ce plateau garni de metal extrême mélodique et nordique aurait eu l’apparence d’une douce illusion nostalgique. Le gel semblait avoir eu raison de …And Oceans et de Mörk Gryning, condamnés au sommeil inéluctable du passé. Mais la flamme a survécu chez ces deux formations, qui ont par ailleurs toutes deux retrouvé refuge chez Season Of Mist dès leur réveil.

Depuis 2020, les groupes ont fait sensation avec leurs nouvelles sorties. Ils ont retrouvé une place dans la collection des anciens fans, restant fidèles à leurs racines, mais aussi auprès de la jeune génération grâce à un son modernisé, ces dernières ayant parfois pu passer à côté de ces deux entités, restées dans l’ombre des mastodontes du genre à l’époque. C’est à l’occasion d’une tournée commune que nous retrouvons ces formations, accompagnées des Danois d’Angstskríg en ouverture, lors de leur escale imprévue à Lyon à la mi-décembre.

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Chronique   

Kreator – Krushers Of The World


Pilier du thrash allemand depuis 1982, Kreator ne montre aucun signe de ralentissement avec Krushers Of The World, son seizième album. Une agressivité et une maîtrise technique intactes, auréolées par la production de Jens Bogren, massive et claire, qui met en valeur la précision de jeu sans jamais diluer la puissance. Dès « Seven Serpents », une énergie immédiate et brutale est mise avant, rappelant que le temps n’a pas émoussé la rage des Teutons. Mille Petrozza impose sa voix comme le pivot central et le moteur de chaque morceau, tandis que ses compères happent l’auditeur de leurs rythmiques implacables. « Satanic Anarchy » et « Krushers Of The World » illustrent ainsi leur capacité à créer des hymnes instantanés – l’un très mélodique, l’autre plus dans une lourdeur à se briser la nuque. De même pour « Tränenpalast » qui se distingue par son atmosphère sombre et théâtrale, inspirée des films de Dario Argento. Ici, le growl de Britta Görtz (Cripper), invitée pour l’occasion, apporte un supplément d’âme et démontre que Kreator sait surprendre et enrichir sa musique de textures modernes.

Pourtant, le disque reste profondément ancré dans ses fondations, notamment à travers des titres tels que « Barbarian », « Deathscream » (et ses sonorités à la Slayer) ou « Psychotic Imperator » qui renouent avec les racines old school. Riffs affûtés, changements de rythme percutants et solos inspirés s’y enchaînent avec efficacité, tandis que Frédéric Leclercq et Jürgen « Ventor » Reil assurent entre groove solide et martèlements d’une redoutable vigueur. Si l’album respecte les codes du genre et ne lésine pas sur la férocité, il dissémine aussi un surcroît de mélodie et de chœurs. De quoi renforcer les composantes dramatique et fédératrice, notamment sur les refrains (« Loyal To The Grave »). Krushers Of The World ne prétend rien réinventer, mais démontre une nouvelle fois la maîtrise totale de la bande à Petrozza. Un thrash musclé, varié, dynamique, mélodique et impeccablement exécuté, qui impose le respect et maintient Kreator comme une force incontournable du paysage metallique, toutes générations confondues.

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