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Chronique   

1349 – The Infernal Pathway


Aborder la question du renouvellement demeure, pour chaque nouvelle sortie, une gageure. Et cette dernière devient d’autant plus épicée lorsque le fondement d’un album s’oppose intrinsèquement ou, pour ainsi dire, viscéralement, à l’idée de transformation. Or, il est indubitable que 1349 n’eut jamais d’autre ambition que celle de proposer un black metal primitif, essentiel et élémentaire, c’est-à-dire un brasier ardent et rageur élevé sur tout ce qui caractérisa – et caractérise encore pour beaucoup – la scène norvégienne. Pour autant, l’histoire du groupe ne fut jamais linéaire et le groupe sut ainsi livrer, en 2014, l’opus Massive Cauldron Of Chaos, fière incarnation d’une pensée musicale qui se développait avec finesse, variation et nuance au cœur d’une géhenne de goudron incandescent. Une libation à bien des égards exemplaire et qui se voit enfin, après cinq années, gratifiée d’un successeur, The Infernal Pathway. Mais, entre héritage et actualisation, quelle peut être la place d’une telle œuvre ?

D’ores et déjà, un titre aussi explicite ne laissait planer que peu de doute sur l’intention latente qui anima la composition de l’album. Dès le premier contact, « Abyssos Antithesis », 1349 figure explicitement de quelle substantifique moelle sera faite The Infernal Pathway; les guitares mordent les chairs – venimeuses incantations – et entraînent incessamment l’auditeur dans une nuée de soufre. The Infernal Pathway ne doit cependant nullement être résumé à une pure offrande de black norvégien ; très rapidement, l’auditeur le perçoit par les influences death et – surtout – thrash qui parcourent et imprègnent les nouvelles compositions. Les guitares, ensuite, bénéficient d’un focus privilégié. Il faut dire que le travail d’Archaon est loin d’être accessoire, et les riffs tranchent comme des vents assassins. Conséquence immédiate, The Infernal Pathway procède d’une agressivité ravivée, irrévocablement supérieure à celle qui transpirait des précédents albums. Le travail se découvre, ici, moins dans les ambiances que dans les assauts mélodiques qui tendent à imposer une dynamique forte à travers chaque morceau. Le dynamisme et l’agressivité sont d’ailleurs fortement tributaires de la production, assez crue, et du mixage qui construisent positivement les reliefs et les contrastes de l’album. Ces étapes, supervisées par Jarrett Pritchard, homme bien davantage habitué aux effusions sanglantes du death qu’aux abysses obscurs du black, explosent – autant qu’elles exposent – le fiel des compositions, quand bien même les efforts de Seidemann à la basse sembleraient tristement noyés dans le magma.

Le travail de Frost est quant à lui toujours impressionnant, bien qu’il n’apparaisse jamais surprenant. Le déluge habituel de violence qu’il délivre s’inscrit avec une précision martiale dans le chaos ambient, rythmant les éruptions vocales et les riffs volcaniques, dans une aisance sans gloire nouvelle. Ainsi en va-t-il en vérité de tout l’album. Car si le travail de 1349 est assurément maîtrisé, les cimes sont bien peu entrevues, et l’album, malgré ses saillies chaotiques, manque de souffle. Quoique fort court, The Infernal Pathway peine en effet à véritablement porter l’ensemble de ses morceaux à la surface. Quelques éruptions notables se démarquent pourtant, à l’instar de « Deeper Still », surpuissant de noirceur, sur lequel le chant de Ravn, en parfaite connivence avec les guitares, côtoie ici l’exceptionnel. « Dødskamp », composé à partir et autour d’un tableau de Munch, s’autorise lui aussi quelques instants de grâce, tandis que « Stand Tall in Fire », singularité progressive de huit minutes, vient tardivement donner une réelle couleur à l’album, avec son travail mélodico-dissonant sur les guitares et son ambiance occulte.

Difficile, finalement, de saisir cette septième offrande de la formation norvégienne qui oscille continuellement entre deux horizons inaccordables, l’ancien et le moderne. L’album étant davantage construit que ses aînés, l’exécution technique y brille par son efficacité chirurgicale. Celle-ci ne parvient pas, pourtant, à soutenir la tension suffisante, nécessaire pour animer l’ensemble. Versatile sans jamais devenir décousu, mais infirme sans jamais trouver d’équilibre, The Infernal Pathway comblera ceux qui n’attendaient – légitimement – rien d’autre qu’un son brut et brutal, souvenir torturé d’une époque qui n’a jamais existé. A l’instar du morceau épilogue, 1349 se tient toujours droit au milieu des flammes, fort de l’expérience et du talent de ses membres, et démontre sa capacité à engendrer d’intenses séquences musicales, pour peu que le groupe parvienne à se souvenir que ces flammes doivent être assujetties avant de pouvoir être insufflées.

Clip vidéo de la chanson « Dødskamp » :

Chanson « Striding The Chasm » en écoute :

Chanson « Enter Cold Void Dreaming » en écoute :

Album The Infernal Pathway, sortie le 18 octobre 2019 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • le dernier opus, « Massive Cauldron Of Chaos » a été pour moi raté, il est au fond de ma discothèque ils n’arriveront jamais à surpasser leur « Hellfire », « Demonoir » a été plutot bon, est ce que celui ci vaut vraiment le coup….

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  • Je l’ai commandé et reçu samedi, il est énorme pour moi une violence inouïe et maîtrisé, des RIFFS tranchants avec des influences death et thrash, un très grand opus de black metal, rendez vous le 2 février à Lyon avec vltimas et ABBATH, HAIL TO THE BLACK METAL GODS

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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