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Chronique   

6:33 – Feary Tales For Strange Lullabies: The Dome


Difficile d’évoquer la richesse de la scène française sans mentionner 6:33. Le groupe officie depuis 2008 et son premier méfait Orphan Of Good Manners (2011) avait attiré les oreilles affûtées d’auditeurs toujours avides de découvertes incongrues et prometteuses. Depuis, la formation s’est taillé une réputation de groupe sans véritables frontières musicales, spécialisé dans des shows visuels en adéquation avec l’extravagance de sa musique. De quoi ouvrir pour des pontes tels que Shaka Ponk ou Devin Townsend. Depuis le troisième album Deadly Scenes (2015) et l’Asylum Picture Show 2.0 élaboré en 2017, 6:33 s’est fait plus discret. Quatre années de silence qui prennent fin avec Feary Tales For Strange Lullabies : The Dome. Un titre qui annonce tout un programme : 6:33 est omnivore et ne compte laisser aucune miette.

L’artwork du premier single dévoilé « Act Like An Animal » en dit long sur l’arsenal musical de ce Feary Tales. Évoquant les cartouches de jeu Sega 16 bit (la Megadrive pour les intimes), 6:33 se nourrit de la violence fantasmée de la nuit des eighties illustrée notamment par les jeux Hotline Miami ou encore Drive. 6:33 utilise ses sonorités digitales minimalistes à l’instar d’Haken sur Affinity (2016). Il intègre cependant davantage d’éléments pop et de plages facétieuses. « Act Like An Animal » emprunte au boogie et au rock énergique de l’Animal (2018) de Shining justement. « Wacky Worms » ouvre d’ailleurs l’opus par ses sonorités synthétiques de jeu vidéo avant de laisser la complexité du riffing de 6:33 apparaître. Le groupe n’a rien perdu de son affect pour la musique progressive et se plaît à naviguer entre deux extrêmes : des rythmiques dance et des riffs alambiqués, tous gouvernés par le lead de Florent Charlet alias Rorschach au chant en tant que véritable gage d’accessibilité. « Holy Golden Boner » prouve toute l’étendue du registre de 6:33 qui, avec son furieux swing, se donne des airs de Caravan Palace sous testostérone. Des sonorités de cuivre apparaissent par intervalles et ponctuent des riffs appuyés qui transforment la fête en marasme maîtrisé. 6:33 est un faux déluré : sa folie suit une logique imparable qui se dévoile au fil des écoutes.

La surprise est l’un des arguments de poids de Feary Tales. Impossible d’anticiper les évolutions de 6:33 qui n’hésite pas à livrer des orchestrations cinématographiques rappelant les Disney et autres films fantastiques des années 80-90 via la longue introduction de « Prime Focus ». Il y a une finesse mêlée à de la grandiloquence et un second degré subtil qui amène de la délectation. Feary Tales est une découverte constante. « Party Inc », et son gros riffing indus binaire, se joue des codes des soirées électro à la transe facile et excuse de tous les excès. 6:33 en fait un hybride rock-électro-pop-disco comme s’il était un amalgame naturel. « Hot Damn Chicas » prône le surjeu d’une musique électro-glam qui fait de la sueur phéromonée un véritable culte. « Release The He-Shes » prend des airs de Nine Inch Nails optimiste en nous entraînant dans un indus cyclique. Une dynamique entraîne ainsi immédiatement son opposé : « Flesh Cemetery » respire par son feeling funk décontracté et quelques relents de synthwave langoureuse. « Hangover » est un concentré de la démarche de 6:33 en laissant se développer quelques mélodies, accords et rythmes jazz avant de dériver vers des riffs frontaux, des élancées R&B et de nous marteler ses vocalises comme un hymne final. Feary Tales peut certes entraîner l’indigestion en raison d’une (très) grande densité, ce qu’on lui pardonne tant il est difficile de rester raisonnable. Une friandise de trop reste une friandise.

Feary Tales For Strange Lullabies : The Dome se doit d’être représenté sur scène et d’amplifier la découverte par les artifices visuels dont le groupe a le secret. Il confirme surtout le talent inné de 6:33 pour agréger tout et n’importe quoi sans se justifier uniquement par des démonstrations techniques ou ce « cachet farfelu ». Les supposés excès de 6:33 camouflent une science du songwriting enviable, qui balise en réalité tout son travail (Between The Buried And Me toque discrètement à la porte). Feary Tales For Strange Lullabies : The Dome nous rappelle aux vertus du retrogaming au gameplay de velours. Une qualité qui lui fera échapper aux diatribes du Joueur Du Grenier.

Clip vidéo de la chanson « Flesh Cemetery » :

Chanson « Wacky Worms » :

Chanson « Act Like an Animal » :

Album Feary Tales For Strange Lullabies: The Dome, sortie le 1er octobre 2021 via 33 Degrees/Universal. Disponible à l’achat ici



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  • Il faut du temps pour rentrer dedans, mais c’est encore un super album, après le chef-d’oeuvre Deadly Scenes.
    Ce groupe mériterait une plus grande reconnaissance.

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