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Interview   

6:33 : Stranger Metal


Décidément, l’univers de 6:33 est à part. Certes, on pourra parfois le rapprocher de celui d’artistes tels que Mike Patton et Devin Townsend qui sont des influences revendiquées, mais en quatre albums, les Franciliens ont su développer un son bien à eux, immédiatement reconnaissable, aussi expérimental et fou qu’accrocheur et dansant. Une ambivalence qu’on pourrait juger contre nature mais que 6:33 façonne avec un naturel déconcertant.

Avec son nouvel album Feary Tales For Strange Lullabies: The Dome – premier d’un dytique et dernier d’un line-up qui a récemment muté – 6:33 nous plonge à la fois dans les néons d’une ville tentaculaire et dans la tête du personnage principal qui la découvre. Un cadre idéal pour ressortir les sonorités eighties et nineties qui ont bercé leur jeunesse – nostalgie ou hommage, c’est selon – sans pour autant chercher à tomber dans une musique rétro. Un œil tourné vers le passé, un autre vers l’avenir. Là encore, 6:33 jongle habillement avec les contradictions.

Dans l’entretien fleuve qui suit, Nicolas Pascal, alias Nicko, guitariste et compositeur principal, ainsi que Florent Charlet, alias Rorschach, chanteur et parolier, nous raconte les secrets de fabrication de cette nouvelle aventure auditive et nous explique toute la philosophie de 6:33, en studio et sur scène, remontant jusqu’au premier album, Orphans Of Good Manners, sorti il y a tout juste dix ans.

« Je pense que ça restera toujours une musique qui se dompte après quelques écoutes, qui n’est pas immédiate comme un groupe de pop, alors que des fois nous utilisons beaucoup de choses qui viennent de la musique pop. »

Radio Metal : Le mixage de l’album a été terminé en avril cette année, vous avez dévoilé le morceau « Act Like An Animal » et quelques détails sur l’album dès le mois de mai, mais finalement l’album sort en octobre. Du coup, a quoi avez-vous passé ces derniers mois ?

Florent « Rorschach » Charlet (chant) : L’album était même mixé avant avril. Simplement, le confinement venait de finir, nous ne savions pas comment ça allait reprendre, nous savions que ça allait être le bordel – et ça l’est toujours. Avec Roger [Wessier] de Replica Promotion, qui est notre chargé de promo, nous nous sommes dit que nous allions prendre le temps de le sortir un peu plus tard et, surtout, de réalimenter un peu les réseaux avec 6:33. Nous avions été absents pendant un moment. Donc nous avons essayé de proposer un premier single, un clip, puis un deuxième clip, histoire de montrer la nouvelle gueule que ça avait, tout en préparant la sortie six mois après. Nous nous sommes dit qu’il fallait que nous prenions ces six mois-là pour vraiment bien préparer ça, histoire que ça ne passe pas complètement à la trappe et de marquer le coup. Nous avons essayé de faire ça intelligemment, en alimentant les réseaux avant et proposant l’album après.

L’album sort six ans après Deadly Scenes et a nécessité quatre ans de gestation. Ça a l’air d’avoir été un sacré projet. Qu’est-ce qui a pris autant de temps ? Racontez-nous les différentes phases de sa création…

Il y a deux ou trois trucs qui ont pris du temps. Nous avons décidé cette fois d’enregistrer au fur et à mesure que nous créions les morceaux. Les deux ou trois premiers morceaux ont été créés en 2017. Nico a tout de suite commencé à composer pas mal de préproductions. Et puis je suis devenu papa, deux fois. Et Nico est devenu papa aussi, d’une petite fille. Il a dû déménager, il a remonté son studio. Emmanuel Rousseau, qui a composé l’intro de « Prime Focus » et qui programme les batteries et fait les arrangements, avait pas mal de taf à côté. Il y avait la vie de famille à droite à gauche…

Nicolas « Nicko » Pascal (guitare, claviers & chant) : Il y a aussi que lorsque nous avons fini Deadly Scenes, nous avons mis en place une espèce de spectacle et ça m’a pris pas mal de temps. Par exemple, il y avait un écran avec tout un tas d’images que nous balancions dessus et rien que ça – je m’en occupais déjà à l’époque – ça m’a pris beaucoup de temps. J’ai fait de la vidéo pendant huit ou neuf mois, je n’en pouvais plus à la fin, j’avais l’impression d’avoir arrêté la musique pour ne faire que de la vidéo. Ça m’a un peu saoulé mais il fallait le faire, et le résultat était sympa. Une fois que nous avons vraiment arrêté de faire des concerts pour Deadly Scenes, nous nous sommes remis à bosser. Nous avions donc déjà bouffé pas mal de temps. Je me suis donc remis un petit peu à composer et puis, effectivement, un gamin m’est tombé sur la trogne [rires]. Il a fallu que je réorganise un peu ma vie en fonction de ça. Tout en changeant des couches, j’ai continué à écrire l’album. Une fois qu’il était fini et que nous avons commencé à l’enregistrer, nous nous sommes mangé la pandémie. Ça a été une succession de choses qui a fait que nous avons levé la tête, nous étions en 2020, nous n’avons rien vu passer.

Flo : L’album, à bûcher dessus, nous avons pris deux ans pour le faire, mais avec trois gamins qui sont arrivés, un déménagement, un studio à remonter, etc. nous avons dû faire l’album au fur et à mesure, en fonction des capacités. Disons que nous avions le fil rouge et le concept depuis le début. Il n’y a pas eu d’arrêt dans le processus de création. Il y a juste eu un long processus parce qu’il a été entrecoupé par la vie. Nous n’avons pas cessé le processus, nous avons toujours suivi le même fil rouge, la même cohérence, la même ligne directrice, et Nico avait déjà beaucoup de bribes de prêtes en 2017, mais nous n’avons réussi à finaliser que trois morceaux. Nous avons fait ça au rythme qui était possible. Je suis intermittent, je ne fais que de la musique, mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans le groupe. Avec un vrai boulot, il faut s’organiser. Et puis 6:33, c’est complexe à créer, à enregistrer, à écrire, etc. Nous voulions faire ça bien et prendre le temps de le faire bien. Nous ne nous sommes pas mis de deadline, nous voulions finir quand nous étions sûrs de l’avoir bien fait.

Ce n’est pas compliqué de se focaliser sur la musique et la créativité quand il se passe autant de choses autour de vous ?

Nico : Si, c’est compliqué. A l’époque, quand j’avais bossé sur Deadly Scenes, je vivais seul, je n’avais que ça à faire. En plus, j’étais prof de guitare, donc j’avais beaucoup de temps devant moi. C’était beaucoup plus simple. Maintenant, il faut trouver le temps et tu te retrouves un peu à faire de la musique de minuit à deux heures, et il faut provoquer les choses. Des fois, il n’y a rien qui vient et tu te dis que tu as paumé deux heures alors que c’était le seul temps dispo de ta semaine. Il faut revoir toute l’organisation. Ce n’est plus la même chose qu’avant. J’ai moins le temps, donc je dois l’utiliser à bon escient, en espérant que ça vienne tout de suite quand je m’y mets, les peu de fois où je m’y mets.

Tu parlais de la pandémie, et en avril 2020 vous annonciez notamment la fin des enregistrements des guitares et des chœurs. Comment avez-vous jonglé avec les contraintes sanitaires et le confinement ?

L’enregistrement de l’album, nous l’avons divisé sur deux studios. J’ai un studio ici où je fais les prises de guitare, de chant et de basse. Ensuite, tout le mixage et le réamping des guitares, nous le faisons dans le deuxième studio, chez Manu. Toute la phase où je me suis retrouvé tout seul en studio, c’était cool avec la pandémie. Ça m’emmerde de dire ça mais ça m’a laissé du temps pour enregistrer tranquillement mes voix, mes guitares, etc. C’est à partir du moment où il a fallu que je fasse venir des gens au studio, comme Flo, Bénédicte, le bassiste, que ça a commencé à être très chiant. C’est là où ça a compliqué les choses. Après, il y a eu le couvre-feu et c’était encore plus chiant. Il a fallu essayer de jongler avec ça, de s’arranger et de ruser un petit peu [rires]. Nous avons fait de petites attestations avec l’asso et nous ne rentrions pas toujours à l’heure qu’il fallait quand il y avait le couvre-feu, mais bon… Comme tout le monde. Je pense que tout le monde à un moment avait une petite demi- ou une petite heure de retard sur le couvre-feu. Je peux toujours héberger les gens, mais Flo a deux gamins, donc s’il reste dormir, il laisse sa femme avec les deux gosses. Bénédicte, la chanteuse, c’est pareil, elle a deux mômes… Ils se font tirer les oreilles s’ils restent ! Malheureusement, le système D quand nous avions vingt balais marche un peu moins maintenant. En tout cas, nous nous faisons engueuler si nous l’utilisons trop [rires].

« Quand je commence un morceau, j’ai du mal à me dire que j’écris un morceau pour écrire un morceau, il faut que j’aie une espèce de petite trame ou petite couleur, que je me dise que j’écris un morceau pour un film qui n’existe pas. »

Avec cet album, vous jouez beaucoup sur les visuels colorés très années 80 et rappelant la grosse scène synth wave actuelle, dont on retrouve certaines sonorités et rythmes dansants dans les chansons, avec aussi des choses plus funky à la Prince. Avec 6:33, on ne sait jamais sur quel pied danser. Alors est-ce de l’ironie ou une véritable adoration de cette mouvance rétro eighties ?

Tout le monde l’a remarqué, mais en ce moment, on vit dans une espèce de climat de nostalgie dans la pop culture, que ce soit au niveau du cinéma ou de la musique. Tu parles de la synth wave, ça n’a jamais autant cartonné que depuis quelques années. Même moi, dans ma vie, je suis arrivé à un moment où je commence un peu à regarder dans le rétroviseur, en me disant que les années 80 et 90 étaient cool. Je commence à avoir une petite nostalgie pour ces années-là et pour mon adolescence ou mon enfance. Nous avons toujours eu ce côté électro dans le groupe, mais disons qu’à l’époque nous voulions utiliser des synthés qui, justement, ne faisaient pas rétro ou old school. Alors qu’avec cet album, ça a été tout l’inverse, nous avons vraiment recherché tous les vieux synthés, toutes les vieilles boîtes à rythmes qui étaient utilisées à cette époque pour avoir un son « authentique ». Nous voulions faire une petite déclaration d’amour à cette époque qui rappelle beaucoup de bons souvenirs aux quarantenaires et trentenaires. Donc c’était sincère. Il n’y avait pas vraiment d’ironie là-dedans.

Flo : J’aime bien l’expression « tu ne sais pas sur quel pied danser », mais tant que tu danses, ça me va ! En fait, c’est un amour de tout plein de choses que nous digérons de mieux en mieux. Avant, je n’ai été chanteur à part entière que sur Deadly Scenes, puisque sur l’album encore précédent, j’étais avec Arno Strobl, c’était un album un peu hybride, la couleur n’était pas encore complètement définie. J’ai donc commencé à travailler avec Nico et Manu sur Deadly Scenes. Nous avons affiné un peu la patte avec les influences que nous avons depuis toujours, qui vont de Michael Jackson à Danny Elfman. Il y a celles qui sont ressorties assez vite, comme Danny Elfman justement ou Mike Patton dans l’ensemble de ses projets ou Devin Townsend, mais si tu écoutes un petit peu les anciens albums, il y a toujours un petit groove à la Michael Jackson ou à la Prince qui passe quelque part. Si tu regardes la reprise des Supermen Lovers que nous avions faite avec Arno, il y avait déjà un côté disco. Nous avons toujours été dans cette veine. Simplement, là nous avons voulu appuyer un peu sur le côté eighties/nineties parce que c’est vraiment ce qui nous a construits, autant au niveau de la pop culture que de la musique. Les années 80 et 90, musicalement, nous ont énormément nourris. Il y a vraiment toutes nos influences, et nous aimons beaucoup de choses dans la musique, nous ne sommes pas que des fans de metal. Je pense que nous digérons ça de mieux en mieux et c’est ce que nous proposons dans le nouvel album. C’est aussi pour ça qu’il est un peu plus dance floor : nous aimons bien pouvoir faire headbanguer et en même temps avoir envie de bouger. Ça nous plaît. Ça nous ressemble de plus en plus parce que je pense que nous nous connaissons de mieux en mieux avec Nico.

Selon vous, qu’est-ce qui passionne autant les gens aujourd’hui dans les années 80 ?

C’est parce qu’aujourd’hui, les gens qui ont à peu près mon âge… J’ai quarante un peu passé, donc je suis né avec Songs In The Key If Life de Stevie Wonder, avec Thriller de Michael Jackson, avec déjà les premiers Led Zeppelin… J’ai grandi avec ça. Et après, avec tout ce qu’il y a eu, pour moi, les années 90 ont été complètement barjos musicalement. Tout ce qu’il y a eu de musical qui est sorti dans le rock alternatif et le metal à l’époque, c’était super riche, et ça m’a énormément touché et parlé. Et justement, c’est ma tranche d’âge qui arrive à peu près dans cette période de nostalgie. Avant c’était les années 60 et maintenant, c’est notre génération qui arrive dans cette veine de revendication d’une période qui était cool, et c’est nous qui commençons à devenir des vieux cons en disant que c’était mieux avant.

J’ai eu la chance de grandir dans un environnement familial cool et tout ce que la France des années 80 pouvait apporter de cool, je l’ai vécu en tant qu’enfant. Idem pour les années 90. Si on prend juste les mangas… Je répondais à une interview japonaise il y a quelques jours et ils nous parlaient de l’influence qu’a eue la culture japonaise. Tu m’étonnes ! Nous avons grandi avec Dragon Ball, avec Cobra, avec Saint Seiya, avec Hokuto No Ken, et après avec les anime comme Ghost In The Shell. Tout ça revient à la mode aujourd’hui parce que c’est notre période, ce sont les quarantenaires qui consomment. Il y a ce côté de vouloir revenir à nos vingt piges, façon un peu madeleine de Proust. C’était les années 60 il y a quelque temps parce que c’était nos parents qui étaient dedans et quand nous commencerons à nous faire vieux, ce sera les années 2000 qui seront à la mode. La mode est une éternelle révolution, ça revient toujours. C’est marrant parce qu’il y a eu Stranger Things, par exemple, qui est sorti avec cette couleur, et avec 6:33, nous étions déjà dans cette envie. C’est arrivé et nous nous sommes dit qu’il n’y avait pas l’air d’y avoir que nous qui avons envie d’exprimer ça. Le fait que tu dises que c’est très à la mode en ce moment prouve que nous n’étions pas du tout seuls. Ça arrive au bon moment où, en tout cas, nous avions envie de l’exprimer et où j’ai l’impression que les gens avaient envie de le recevoir.

Nico : Rien qu’au niveau du cinéma, il y a eu tellement de bonnes franchises, de purs films qui sont sortis dans ces années-là. Je pense que les gens qui ont trente ou quarante balais voient cette époque-là avec beaucoup de nostalgie. D’un autre côté, je me souviens quand nous avions dix-sept ou dix-huit balais, tous les jeunes disaient : « Les années 70, ça devait être mortel ! » Les meufs portaient des espèces de pattes d’éph, nous avions des espèces de baggys… Il y avait cette époque un petit rêvée que nous n’avions pas connue et dont nous ne voyions que les bons côtés. C’est un peu pareil aujourd’hui. Je pense que c’est le climat actuel qui est un petit peu morose, surtout après cette pandémie, et qu’on a un peu tendance à se retourner vers cette époque dont on ne voit plus que les bons côtés, alors que dans n’importe quelle décennie, il y avait de la merde [rires].

« Nous en étions arrivés à un point où nous faisions presque nos têtes de cons. C’est-à-dire que plus les gens nous disaient que ça manquait d’un batteur sur scène, plus ça nous donnait envie de ne pas en mettre [rires]. »

Par opposition à ce climat morose, c’est l’image très colorée et insouciante qu’on se fait des années 80 qui attire les gens…

C’est clair ! Dès que tu regardes un film d’aujourd’hui qui pastiche un peu les années 80, on avait l’impression qu’il y avait des néons partout, que tout était coloré, que c’était sucré à mort, alors que ce n’était pas à ce point-là ! Il y a une image peut-être un petit peu déformée des années 80, mais nous sommes les premiers à l’utiliser, ne serait-ce que sur le visuel de l’album. Le mec qui a fait la pochette, nous lui avons dit qu’il fallait que ce soit coloré, que ça ait un côté limite Blade Runner, mais personne n’a vécu dans une ville à la Blade Runner dans les années 80 ! [Rires] Mais on a l’impression qu’on avait tous des fringues fluo, etc. Les traits des années 80 ont été grossis par la représentation qu’on en a aujourd’hui vis-à-vis des films, comme Stranger Things. Des fois j’ai des ados, des mecs de dix-neuf ou vingt balais, qui adorent la synth wave et ce genre de chose, ils me parlent des années 80, ils en ont une certaine image et ils me disent qu’ils auraient aimé vivre à cette époque. Ils voient ça comme une grosse barbe à papa bien sucrée, mais je ne sais pas, les années 80 n’étaient pas si gaies que ça ! Souvent les jeunes qui n’ont pas connu cette époque-là les voient à travers des choses un peu déformées et très embellies.

C’est un album qui donne l’impression d’être très nostalgique, mais qui à la fois exprime cette nostalgie de manière assez singulière. Est-ce que quelque part vous n’êtes pas un peu tiraillés entre un regard tendre vers le passé et cette détermination à aller de l’avant et à innover ?

Flo : Nous ne sommes pas tiraillés. Je pense que nous sommes portés par les deux. Je ne dirais pas que c’est une nostalgie… Nico pourrait peut-être te dire que c’est de la nostalgie. Pour moi, c’est simplement un hommage et une tribune offerte à cette période que j’adore. Si on prend les années 90, quand j’avais une quinzaine d’années, je suis resté dedans : je suis intermittent, j’ai des groupes de reprises et je joue du Rage Against The Machine, du Faith No More, du Queens Of The Stone Age, du Therapy, du Korn, etc. Je reste dans cette période, je la kiffe toujours. Musicalement parlant, c’est ce qui m’a le plus touché. C’est le chanteur de Judas Priest qui disait que la musique était vraiment une madeleine de Proust. Je ne suis pas en mode nostalgique mais ce sont à chaque fois des madeleines de Proust. Tu écoutes un morceau que tu écoutais quand tu avais dix ans et tu te vois dans ta piaule avec tes posters de Metallica et Iron Maiden au mur, en train d’écouter And Justice For All. Je me revois dans ma piaule, à quel moment j’y étais, comment ça se passait, et mon frangin qui passait derrière et qui me demandait ce que j’écoutais comme musique. C’est plus un amour de cette période, mais sans être nostalgique, avec une volonté d’aller de l’avant, parce que si tu ne vas pas de l’avant, tu restes justement bloqué dans cette période, alors que simplement, elle nous nourrit pour continuer à construire ce pour quoi on est là. Nous ne sommes pas restés bloqués psychologiquement dans les années où nous étions plus jeunes, nous avons juste un amour de cette culture et de ce qui fait ce que nous sommes aujourd’hui. C’est cohérent.

Nico : Nous avons voulu faire un hommage à cette époque-là, mais à aucun moment, nous avons vraiment voulu sonner totalement comme de la synth wave ou du rétro. Nous voulions garder notre patte, notre identité, en y intégrant par petites touches des éléments et des instruments de cette époque. Nous ne voulions pas tomber dans la BO d’un [John] Carpenter. Ça ne s’est pas réfléchi à ce point-là, mais nous avons voulu faire un album de 6:33 avec des sonorités un peu old school, mais pas un album de musique rétro. Comme je te disais tout à l’heure, nous avons toujours eu un peu ce côté électro. Si les synthés n’avaient pas été toujours en avant dans les autres albums, ça aurait peut-être décontenancé les gens qui nous connaissent et nous suivent – et encore, cet album a quand même décontenancé pas mal de personnes malgré tout. Nous avons peut-être changé un peu la couleur et la sonorité des outils que nous utilisons, mais nous avons toujours utilisé ces outils depuis le début. Peut-être que nous avons adouci un peu le ton, mais je n’ai pas la sensation que nous avons changé notre ligne directrice.

Il y a encore des gens qui connaissent 6:33 et qui arrivent à être décontenancés ?

Oui. Nous avons de très bons retours, mais j’ai pu voir à droite à gauche des personnes qui étaient un peu surprises par le côté très jovial du nouvel album. Il est moins sombre et beaucoup plus coloré et gai que les albums précédents, donc ça peut surprendre un petit peu. Souvent, ce qui revient, c’est : « Il me faut quelques jours pour rentrer dans l’album, mais ça y est, je commence à l’avoir un petit peu » mais ça a toujours été le cas. A chaque album, ça a toujours été la même chose, donc je pense que ça ne changera pas. Nous avons essayé d’avoir quelque chose d’un petit peu plus catchy et direct sur celui-là, mais je pense que ça restera toujours une musique qui se dompte après quelques écoutes, qui n’est pas immédiate comme un groupe de pop, alors que des fois nous utilisons beaucoup de choses qui viennent de la musique pop.

D’un autre côté, est-ce que vous vous inspirez des innovations du passé pour innover aujourd’hui ?

Flo : Nous ne nous posons pas cette question. Nous ne fonctionnons pas comme ça. C’est beaucoup plus simple et basique que ça. Nous aimons bien les concepts album, alors je réfléchis, je sors un concept, et les deux fois Nico a kiffé le concept. Nous partons sur la création pure et simple. Nous cherchons à faire de la musique comme elle nous plaît. Nous n’avons pas du tout cette démarche d’innover pour innover, ni d’en mettre partout pour en mettre partout. D’ailleurs, nous essayons justement que ce soit l’inverse, que ce soit digeste, car nous voulons mettre tout ce que nous aimons dedans, mais pas juste pour le plaisir de le mettre, il faut que ça veuille dire quelque chose. Nous n’avons pas du tout la démarche de vouloir faire une performance particulière. Nous faisons la musique exactement comme nous la ressentons. Nous avons juste eu envie de donner cette couleur années 80/90, c’était vraiment la seule orientation artistique que nous nous sommes donnée. Sinon, le reste, c’est au gré des compositions de Nico et de ce que ça m’inspire.

« C’est à travers les commentaires et les réactions des gens que nous nous apercevons que les morceaux peuvent paraître un petit peu « schizo », […] mais pour nous, sur le moment, quand nous les faisons, nous nous sommes un peu habitués à ce côté bouillon de culture. »

La couleur « nostalgique » était malgré tout consciente au moment de la composition…

Nico : Quand je commence un morceau, j’ai du mal à me dire que j’écris un morceau pour écrire un morceau, il faut que j’aie une espèce de petite trame ou petite couleur, que je me dise que j’écris un morceau pour un film qui n’existe pas. J’ai du mal à me lancer dans quelque chose si je ne sais pas vers quoi je tends et quelle couleur je veux donner aux morceaux. Du coup, nous nous étions dit dès le départ que nous allions essayer de faire quelque chose de plus coloré… Je pense que c’est plus le thème qui nous a influencés dans l’écriture qu’une nostalgie, je pense. C’est dur à dire, des fois ce genre de chose est un peu planqué, les sentiments ressortent dans ta musique sans que tu t’en rendes compte. Est-ce que ça a donné cette couleur parce que j’étais arrivé à un moment dans ma vie où j’étais un peu nostalgique, je ne sais pas. En tout cas, une chose est sûre, c’est que nous nous étions dès le départ donné cette direction-là.

Flo, tu parlais de concept. Le titre de l’album est un grand amalgame de plusieurs sentiments, il y a la référence à la peur, le côté étrange et la notion de berceuse. Il y a aussi cette idée de dôme et celle de récits. Il va nous falloir une explication de texte…

Flo : Je sais ! Les paroles vont bientôt sortir. Nous avons été pressés par le temps. Nous ne voulions pas sortir les paroles sur le CD parce que l’artwork était super beau et nous ne voulions pas le toucher. Nous nous sommes dit que nous allions les sortir plus tard sur internet. Nous allons les sortir bientôt parce que les clés de l’histoire et celles pour avoir la totalité de l’album sont évidemment dans les paroles qui sont aussi recherchées que la musique – du moins, nous essayons. Elles nous emmènent dans un univers un peu parallèle où on va rencontrer des personnages hauts en couleur.

C’est intéressant que tu donnes cette analyse du titre, car je ne m’étais pas posé la question à ce point-là, mais c’est exactement ça, c’est un bon résumé du truc : le héros est régi et mû par des voix qui lui parlent dans sa tête, les Wacky Worms que nous décrivons dans le premier morceau. C’est exactement comme toi et moi – enfin, c’est exactement comme ça que je me les dessine. C’est un peu comme ce dessin animé que j’aime bien et qui s’appelle Vice Versa, avec la gamine et ses émotions primaires qui sont toutes représentées par une entité. C’est un peu ça dans nos têtes ; c’est comme ça que je me l’illustre, avec plusieurs voix qui sont ce monstre à l’intérieur de toi qui a été créé par tout ce que tu as réprimé depuis que tu es petit, tous ces sentiments. Le personnage est donc mû par toutes ces émotions, il se questionne tout le temps, il se demande s’il fait le bon choix, etc. Toutes les voix lui parlent un peu en même temps, donc des fois elles sont d’accord et des fois tu es perturbé parce que tu sais que l’une dit ci et l’autre dit ça.

C’est cohérent, encore une fois, avec le fait de changer de style : c’est comme si tu changeais d’émotion. Tu te poses une question, « ah non, ça va aller finalement », tu es soulagé, « oh putain ça ne va pas »… Ça représente exactement cette énergie et cette façon de réfléchir et de vivre, en tout cas pour ce héros, et c’est un peu comme ça que je fonctionne aussi. Ce n’est pas autobiographique mais par rapport à la narration, c’est comme ça que j’ai voulu le poser. D’où ce mélange de peur, de conte, de joie, etc. C’est quand même avec une couleur plutôt positive. Ce n’est pas un album qui est dark. C’est un album qui est super positif. Les chansons sont chelou, mais elles ne sont pas flippantes à ce point-là non plus. Elles sont hautes en couleur et si tu vas chercher un peu, elles sont crades, un peu dégueu, mais ça reste bon enfant. C’est un « fearytale », mais c’est quand même un conte, il n’est pas loin du « fairy », il est juste un peu « feary ».

Qu’est-ce qui t’a donné envie de parler de ça ?

Quand nous avons fait Deadly Scenes, qui traitait des sept péchés capitaux, nous avions commencé à dessiner un petit peu, notamment dans les clips de « Black Widow » et de « I’m A Nerd », une sorte d’univers un peu à nous, inspiré autant de Sin City que des Watchmen, en prenant comme je disais de la pop culture un peu tout ce qui nous a nourris. Quand nous avons fini « I’m A Nerd », si tu regardes le clip, il y a déjà plus de couleurs que sur « Black Widow », et nous commençons déjà à esquisser cette ville. Ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête. Je ne peux pas t’expliquer comment, mais tu as toujours des idées qui te trottent dans la tête, où tu te dis que tel thème sera abordable, il sera sympa.

Ça, c’est vrai que c’est autobiographique pour le coup, mais le thème du mec qui arrive de sa province profonde pour monter dans la grande mégalopole qui dégueule et qui est flippante d’énormité, qui a la volonté de réussir, qui ne sait pas vraiment comment c’est en vrai dans ce milieu, qui va le découvrir et qui va en profiter à mort, parce que c’est pour ça qu’il est monté… Ça va prendre de la drogue, ça va se taper des meufs, ça va sortir en teuf, ça va donner tout ce qu’il y a moyen de donner, peut-être des trucs pas super honnêtes et légaux, mais pour réussir dans ce milieu, ce n’est pas facile… Et puis, le mec va y arriver, mais il y aura des remises en question : « Est-ce que je vais sur le bon chemin ? » C’est un thème qui m’intéresse énormément, parce que ça nous touche un peu tous, les artistes – enfin, je n’aime pas trop ce terme parce que maintenant il est un peu galvaudé. N’importe quelle personne qui a besoin de créer et qui veut se donner les moyens de réussir à en vivre ou à faire quelque chose de beau là-dedans va être confronté à cette vie, même si je les extrapole un petit peu, ils sont un peu plus hauts en couleur… Et encore, honnêtement, rien que de ma propre expérience, on n’est pas si loin de ce qui est exprimé dans le dôme.

6 33 Act like an animal

« J’adore les refrains catchy ! Autant j’adore les morceaux de dix minutes avec des tiroirs de partout qui font saigner mes parents, autant j’adore aussi un bon refrain catchy qui reste dans le crâne pendant des heures. […] J’aime bien mélanger ces deux aspects-là. »

Je pense que c’est un thème qui peut parler à plein de monde, même pas qu’aux artistes, mais aussi à celui qui a un rêve, qui veut s’y atteler, qui veut se donner tous les moyens de le réaliser et qui se demande si ça vaut vraiment le coup de le réaliser, si le prix en vaut la peine… Ça m’intéressait de parler de tous ces questionnements, dans un univers un peu à la Tim Burton, où tu rajoutes du Sin City, du Gotham de Batman, etc. Il s’agit de raconter des histoires, pas de parler. Nous abordons des thèmes qui nous parlent, comme celui des transsexuels qui deviennent des super-héros la nuit – « Release The He-shes » c’est ce thème – et le combat entre les hommes et les femmes, mais sans aller mettre le thème à plat sur la table pour en parler en mode sérieux. Ce sont des petites histoires qui t’emmènent quelque part. Elles racontent quelque chose qui peut avoir un sens un peu plus profond, mais c’est juste pour t’emmener en voyage dans un monde un différent, comme la série Sliders où ils appuyaient sur un machin et partaient dans un monde différent pendant deux heures. Là, pendant une heure, tu pars avec nous dans le dôme. C’est un petit film. C’est vrai que le côté cinématographique me plaisait bien.

Tu faisais un lien avec Deadly Scenes : penses-tu qu’à terme 6:33 pourrait devenir un concept global où tous les albums se relient les uns aux autres dans un univers – ou un multivers ?

Quelque part, c’est déjà un peu le cas, dans le sens où il y a quand même une cohérence avec tout ce que nous avons pu faire. Bon, si tu remontes à il y a dix ans, le premier album était les prémices fous d’un compositeur, Nico, qui avait besoin de sortir beaucoup de choses et qui, à l’époque, écoutait surement pas mal de Dillinger Escape Plan et était influencé par ça. Il était jeune, mais il y a quand même une cohérence. Quand nous avons sorti « Flesh Cemetery », ça m’a fait penser à « Drunk In Krakow », sur le tout premier album – il est plus crade et dans le côté « dehors en Pologne où il fait froid et tu es bourré » que dans cette boîte un peu luxueuse avec des sacs en papier chelou sur la tête, mais il y a quand même déjà ce truc-là. Il y a une cohérence depuis le début, donc oui, dans ce que nous sommes en train de créer comme univers, nous pouvons ramener tous les personnages et trucs d’avant, y compris ce que Strobl a créé à l’époque où nous avons fait The Stench From The Swelling, avec l’histoire du clown. Tout ça rentre dans le même délire.

Tu viens peut-être de me donner une idée : dans un album futur je pourrais ramener des personnages des histoires d’avant pour les mélanger avec celles de ce nouvel album. Pour le coup, déjà, cet album est le premier d’un double volet, parce que l’histoire ne s’arrête pas à la fin de l’album. C’est pour ça qu’avec le dernier morceau, il s’arrête bizarrement, car il y a une suite. Nous allons continuer à développer cet univers. Donc, honnêtement, tu viens peut-être de me donner un angle intéressant à étudier et une idée sympa, c’est-à-dire de faire des clins d’œil, car nous aimons beaucoup ça. Si tu regardes la pochette de l’album, il y a beaucoup de références. Il y a une gonzesse qui passe avec une poussette en référence à Deadly Scenes, par exemple. Il y a une affiche avec la meuf qui se maquille avec un stick en steak haché que nous avions mise dans The Stench From The Swelling. Nous aimons bien les clins d’œil, donc tu viens de me donner l’idée de rajouter des personnages d’avant dans de nouvelles histoires, qui pourrait être intéressante. Je te remercie !

Flo, tu faisais le parallèle un peu entre le côté presque schizophrène de cette personne qui a en quelque sorte plusieurs voix dans sa tête et la musique de 6:33 : Nico, as-tu l’impression parfois d’avoir toi-même un côté schizophrène en tant que créatif ?

Nico : Pas spécialement, mais quand j’écris les morceaux, je n’ai pas une feuille avec des genres ou des styles à cocher et à mettre dans les morceaux. Je les fais comme ça naturellement. Dans le groupe, nous sommes toujours dit que nous ne nous fixions pas de limites, c’est-à-dire que nous mettions un petit peu ce que nous voulions dedans. Du coup, c’est devenu presque une chose naturelle pour nous de mettre des éléments extérieurs au metal, et ça a toujours été le cas. Du coup, nous sommes beaucoup moins choqués. Des fois, quand je finis un morceau, je me dis qu’il est relativement sage. En fait, c’est à travers les commentaires et les réactions des gens que nous nous apercevons que les morceaux peuvent paraître un petit peu « schizo », qu’ils passent par tellement de couleurs que ça en devient un peu déstabilisant ou étonnant, que certains mélanges peuvent être un peu étranges, mais pour nous, sur le moment, quand nous les faisons, nous nous sommes un peu habitués à ce côté bouillon de culture.

Ou ce sont peut-être les gens qui se sont habitués à être formatés…

Carrément, peut-être ! C’est vrai que nous venons à l’origine du metal… J’allais dire que le metal aime un peu moins certains mélanges, mais tous les styles fonctionnent un petit peu comme ça aujourd’hui. C’est vrai que c’est plus ou moins formaté. Je me souviens, il y a quelques années, avant de faire 6:33, j’étais dans un groupe de prog et nous avions des synthés : tout le monde trouvait ça kitch, et même le prog en général c’était kitch. Aujourd’hui, tout le monde a des synthés et tout le monde fait du prog. A les écouter, maintenant tout le monde est fier de faire du prog et dès qu’il y a un petit truc un petit peu plus compliqué, c’est du prog ! Mais oui, je te rejoins un peu là-dessus, les gens se sont peut-être un peu plus formatés.

Avec 6:33 où on peut s’attendre à tout et vous partez un peu dans tous les sens. A priori, on peut se dire que vous n’avez aucune règle, mais est-ce vraiment le cas ? Car en l’occurrence aussi fous puissent être vos morceaux, ils sont aussi souvent très catchy…

Flo : Merci, parce que nous ne nous mettons pas de règle, mais nous avons réussi l’exercice de rendre ça digeste. Le but est quand même de toucher les gens. Nous voulons exprimer quelque chose mais nous avons envie que ça parle aux gens. Peut-être que sur cet album, nous sommes un peu plus immédiats sur certaines choses qu’avant, mais encore une fois, je pense que c’est parce que nous définissons de mieux en mieux ce qu’est 6:33, au fur et à mesure. C’est que nous avons beaucoup de chance avec Nico de nous être trouvés – nous nous entendons bien, nous nous marrons bien –, ainsi qu’avec Emmanuel Rousseau qui n’est plus dans la formation live du groupe mais qui va continuer à bosser avec nous et qui a apporté énormément à l’album. Nous commençons à affiner tout ça. Il y a peut-être eu une volonté d’être un peu plus efficace, mais ça n’a pas été une démarche dans la création. Simplement, nous aimons quand il y a une chanson.

« C’est beaucoup plus compliqué de faire un refrain qui te reste dans le crâne qu’un riff syncopé et tout le tralala. »

Nous n’avons pas de limites, à partir du moment où c’est cool. L’autre jour, Nico m’a sorti un truc : il va y avoir un bout de ska dans un morceau, parce que nous n’avons pas essayé, alors tiens et si nous essayions ? Si ça marche, ça marche. Si ça ne marche pas, nous ne gardons pas. Justement, nous nous étions rendu compte que nous nous étions mis des barrières que nous venons de faire sauter. Nous nous étions mis la barrière de ne pas vouloir prendre de batteur à force de nous dire que nous n’avions pas besoin d’un batteur. Nous nous étions mis la barrière de vouloir porter des masques sur scène. Nous nous sommes dit que nous nous étions mis exactement ce que nous ne voulions pas nous mettre. Donc nous faisons sauter les masques, parce que nous en avons envie ; nous faisons ce que nous voulons et nous n’en avons rien à foutre. Nous prenons un batteur parce que, finalement, nous nous rendons compte qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et qu’en live ça nous manquait, et puis nous avons envie de prendre un batteur donc nous faisons ce que nous voulons. Nous n’avons pas de limites et pas de barrières du tout. Simplement notre bon goût. Souvent, ce qui peut nous arriver, c’est lorsqu’il y a un riff que Nico pond et qui ressemble un peu à un truc que nous avons déjà fait, [nous ne le retenons pas]. Nous n’avons pas envie de ressembler à ce que nous faisions avant, nous avons envie de faire du nouveau, d’aller de l’avant. Voilà les deux ou trois trucs qui peuvent nous driver, mais c’est tout.

Nico : Ceci dit, tout à l’heure je te parlais de ligne directrice, et d’autant plus sur cet album-là, nous nous sommes dit qu’il fallait essayer… J’adore les refrains catchy ! Autant j’adore les morceaux de dix minutes avec des tiroirs de partout qui font saigner mes parents, autant j’adore aussi un bon refrain catchy qui reste dans le crâne pendant des heures. Et j’aime bien essayer de mêler ça, d’avoir des morceaux que tu mets un peu de temps à savourer, que tu n’oublies pas deux heures après, mais quand même avec des petits refrains et passages qui font qu’à la fin du morceau, tu te dis : « Putain, je n’ai pas tout compris, mais il y a un passage là, je l’ai dans la tête ! » J’aime bien cette espèce de sucré-salé. C’est pour ça que souvent les gens me disent qu’il y a des éléments un peu pop dans notre musique. C’est comme le travail des voix : j’adore les Beach Boys ou Queen et leur travail des voix, c’est incroyable. J’aime bien le côté immédiat des refrains ; j’adore avoir un refrain qui te reste dans le crâne. Autour, il peut y avoir tout un tas de détails, mais j’aime bien mélanger ces deux aspects là.

D’autant que j’imagine que faire un vrai bon refrain catchy, ce n’est pas si facile que ça…

Ah oui, complètement ! Je ne vais pas te sortir la phrase bateau, mais souvent on dit que faire quelque chose de simple et direct est beaucoup plus compliqué que d’en mettre des tartines de partout et de faire quelque chose de très complexe, et ce n’est pas faux. C’est vrai que, surtout sur celui-là, nous nous sommes retrouvés des fois, sur des passages, pendant le mixage à retirer des choses, à essayer d’alléger pour que ça paraisse plus direct et catchy. Mais tu as raison, c’est beaucoup plus compliqué de faire un refrain qui te reste dans le crâne qu’un riff syncopé et tout le tralala.

On oppose souvent expérimentation et accroche. Est-ce qu’au fond, vous ne prouvez pas que c’est faux ?

Flo : Oui, la preuve ! Après, je ne dis pas que nous expérimentons, parce que nous n’inventons rien. Nous suivons deux ou trois chemins que peu ont empruntés et peut-être que nous allons chercher un peu loin parce que nous le pouvons. Les plugins d’orchestrations aujourd’hui sont mortels, donc on peut avoir des cuivres et des cordes de fou que ne pouvait peut-être pas avoir Zappa à l’époque tant qu’il ne les payait pas derrière en big band ou que Mr. Bungle n’a pas réussi à avoir à l’époque, mais je n’ai pas l’impression d’inventer quoi que ce soit. Simplement, nous nous amusons avec ce que nous avons et ce que nous aimons, nous utilisons des chemins qui ne sont pas empruntés par grand monde, c’est différent, mais je trouve que nous n’inventons rien. Nous ne faisons pas de l’avant-garde, mais nous ne réchauffons rien non plus. Nous avons digéré tous ces trucs barrés et qui vont dans tous les sens, et nous en faisons quelque chose à nous. C’est plutôt la démarche artistique qui est plutôt rare, mais c’est tout.

<Nico : Nous disions que nous essayons de nous mettre le moins de barrières possible, mais c’est vrai que des fois j’aimerais expérimenter des choses un petit peu plus poussées, mais j’ai peur de perdre l’auditeur, pour le coup. J’aimerais essayer de faire des choses peut-être à part, des trucs un peu plus conceptuels comme peut le faire Townsend, par exemple. Il a une production… Je ne sais pas combien d’albums il fait par an, mais il peut se permettre de faire des albums complètement différents sous le même nom, suivant ses envies et ses humeurs. Des fois, j’aimerais bien pouvoir faire la même chose, expérimenter des choses qui sortent peut-être un peu plus de cette immédiateté que nous voulons garder parce que c’est important, mais sans avoir à subir les retours du genre « c’est trop chelou, pour le coup ». Nous n’avons pas envie de nous enfermer dans un style, un genre ou une image, mais disons qu’il y a quand même une petite couleur, une petite saveur avec ce groupe et je n’ai pas non plus envie d’en sortir complètement pour expérimenter à tout prix. Peut-être qu’un jour je ferai un truc qui s’appellera 6:32 et je ferai des trucs avec quinze minutes de flûte de Pan, enfin je n’en sais rien, on verra [rires].

C’est un album très insouciant, très positif et très catchy, comme je le disais. Est-ce que vous pensez que c’est justement le genre d’évasion dont les gens ont besoin actuellement ?

Flo : En tout cas, c’est celle dont nous avons besoin avec 6:33. Mais oui, j’aime à penser que cet album va procurer l’évasion dont certains ont besoin. C’est ce qui nous revient. Nous avions envie de le faire comme ça parce que, justement, nous avions envie de positiver. Nous sommes quand même des garçons assez positifs, nous ne sommes pas des dépressifs. Nous sommes plutôt joyeux dans la vie. Et nous avons peut-être envie de retransmettre ça, plus le côté nostalgique ou hommage à cette période où nous étions gamins, donc insouciants et naïfs, avec cette effervescence un peu folle de pop culture qu’il y avait à l’époque. Je pense, en tout cas, que ça devrait parler à notre génération – ceux qui ont entre vingt-cinq et cinquante piges – d’une manière ou d’une autre. Surtout avec le post-confinement, on a tous besoin d’évasion. J’ai écouté cet album de plein de manières différentes et dans plein de conditions différentes, il me fait toujours effet. Je crois que c’est la première fois que je dis ça d’un truc que j’ai créé, donc ça fait un peu narcissique, mais ce n’est pas le cas du tout. Quand je le mets dans le métro ou quand je vais chez mon dentiste et que ça me fait chier parce que je vais avoir mal, j’ai quand même une démarche [claque des doigts] en ayant envie de swinguer de la guibole, parce que je suis en train d’écouter un morceau de cet album. Il me donne une énergie positive. J’espère que ce résultat ne marchera pas que sur moi et qu’il marchera sur d’autres gens aussi.

« Des fois j’aimerais expérimenter des choses un petit peu plus poussées, mais j’ai peur de perdre l’auditeur, pour le coup. […] Peut-être qu’un jour je ferai un truc qui s’appellera 6:32 et je ferai des trucs avec quinze minutes de flûte de Pan, enfin je n’en sais rien, on verra [rires]. »

Vous avez un morceau qui s’appelle « Rabbit In The Hat ». Vu le caractère imprévisible de votre musique, est-ce que vous avez parfois vous-mêmes l’impression de sortir un lapin de votre chapeau, comme un tour de magie ?

Non, parce que tout est beaucoup trop cogité. Nico et moi sommes assez pointilleux et perfectionnistes, lui beaucoup plus que moi, et il n’y a pas de surprise. La surprise peut être en live aujourd’hui, parce que nous avons un batteur. Nous pouvons nous permettre un peu plus la surprise et l’inattendu en live, et c’est là que c’est marrant. Tu connais tes morceaux et tu peux quand même partager avec le public un truc qui soit unique. Mais dans la musique que nous faisons, il n’y a pas d’accident ou de coup de chance.

Nico : Je pense que le fait de créer la base des morceaux et toutes les démos seul fait que je garde une espèce de vision d’ensemble, il n’y a pas d’inconnue. Même sur le chant : les démos sont finies, Flo va bosser sur les paroles, il va mettre des mots sur les lignes de chant, mais même ces dernières sont posées. J’ai une vue d’ensemble et du coup, nous voyons plus facilement ce qui fonctionne et ce qui peut être modifié, amélioré, etc. Au final, quand nous arrivons pour l’enregistrement, il n’y a plus aucun mystère. Nous ne laissons rien à l’inattendu. Nous avons effectivement tout cogité dès le départ, nous avons fait et refait les choses, revu les synthés, etc. pour qu’au final, il n’y ait plus aucune surprise et que nous soyons vraiment plus ou moins satisfaits des morceaux, même si on a toujours… Tu parles de « Rabbit In The Hat », il y a dans ce morceau des choses qui m’emmerdent parce que je n’ai pas réussi à les faire sonner comme je le voulais. Je pense que ça vient du fait que je crée le tout d’une traite. Je ne vois pas le morceau par le prisme de mon instrument. Pour moi, la guitare est un instrument comme un autre dans le morceau. Des fois, j’en arrive presque à délaisser mon propre instrument. Souvent, les gens me disent : « Il n’y a pas beaucoup de guitare dans ton truc. T’es vraiment le gratteux du groupe toi ? » Oui, mais pour moi, les synthés, les voix, etc. sont aussi importants que la guitare. Ce n’est pas parce que je suis guitariste dans le groupe que je vais mettre plus en avant mon instrument.

L’intro orchestrale de « Prime Focus » est très cinématographique, ça rappelle les bons vieux films d’aventure ou fantastiques…

Flo : C’est Emmanuel Rousseau – anciennement Howahkan Ituha, Dietrisch Von Schtrudle, etc. qui était au clavier avec le masque V Pour Vendetta – qui a composé cette partie-là et qui programme aussi les batteries, fait les arrangements et bosse sur le mix avec nous. Il a arrêté de bosser dans 6:33 à plein temps parce que, justement, il fait de la musique pour des pubs de jeux vidéo, des bandes-annonces, des bouts de films, etc. Il est complètement là-dedans. C’est ce qu’il rêve de faire depuis toujours, donc nous sommes super contents, d’autant qu’il s’en sort très bien et que ça commence à bien marcher pour lui. Du coup, je ne sais plus trop comment c’est parti, mais nous avons eu envie de faire une intro comme ça, et il a pondu ça. C’est ensuite Nico, en partant de cette intro, qui a développé la fin du morceau. Nous sommes des grands fans – Nico et Manu encore plus que moi – de Danny Elfman, d’Ennio Morricone et d’autres. C’est déjà ressorti plusieurs fois dans nos albums précédents, mais cette fois nous avons poussé ça un peu plus loin. Nous t’emmenons avec Harry Potter dans le trou d’Alice au Pays des Merveilles [rires]. Tu rentres dans la ville de Peter Pan, pleine de couleurs, comme un gamin qui en prend plein la gueule. C’est ce que nous avons voulu retranscrire. C’était, encore une fois, très cohérent par rapport à ce que nous voulions raconter, et Manu a fait un truc génial. Nous nous demandions si ce morceau allait plaire aux gens, mais en fait, les gens l’adorent. Je trouve ça super car ils rentrent complètement dans le délire avec nous.

Du coup, Nico, comment as-tu développé la fin du morceau à partir de cette introduction ?

Nico : Une fois que Manu avait fini de bosser sur toute l’intro, j’ai tout simplement pris le relais. Je me suis servi de certains éléments de l’intro pour construire quelques petites parties du morceau pour qu’il y ait toujours ce lien. Déjà, nous avons voulu mettre à fond les potards comédie musicale sur ce morceau. Nous voulions faire une espèce de Disney mais un peu moins gnian-gnian – avec tout le respect que je dois à Disney [rires]. Et ce que je trouve vraiment marrant, c’est que le morceau commence vraiment façon musique classique et je voulais absolument que ça finisse à l’opposé, c’est-à-dire que ce soit électro-metal, qu’il y ait une sorte de cheminement presque temporel – la musique classique qui passerait par l’électro pour finir dans le metal. C’est un truc qui me tenait à cœur, mais en fait, je me suis appuyé sur pas mal de choses présentes dans son intro pour continuer le morceau.

Tu es le compositeur principal du groupe, mais Emmanuel Rousseau est aussi très impliqué dans les arrangements. Vu l’importance accrue des effets et sons de synthé sur cet album, est-ce qu’une dynamique encore plus forte s’est créée entre toi et lui, ou bien restes-tu un compositeur plutôt solitaire qui a une vision précise de là où il veut aller ?

Malgré le fait qu’il soit au synthé, bizarrement il ne s’occupe pas énormément des synthés. Comme disait Flo, pour son boulot, Manu fait des musiques de trailers, d’émissions de télé, de films, etc. C’est vrai que maintenant, il a atteint un point de maîtrise des instruments virtuels qui est vraiment hallucinant. Il chapote vraiment tout ce qui est orchestration classique, les cuivres, etc. tout cet aspect qui doit sonner très réaliste, mais nous n’avons pas les moyens de nous payer un orchestre. Il a aussi chapoté la programmation de la batterie pour la rendre réelle. Donc tous les arrangements qu’il fait, c’est souvent pour rendre un peu plus réels les éléments que nous essayons de faire sonner par le biais d’instruments virtuels, qui sont faux. C’est le plus gros de son boulot. Après, dans la composition, nous avons toujours travaillé en duo depuis quasiment le début, mais ça reste quelque chose de solitaire. C’est-à-dire que j’avance dans le morceau et au fur et à mesure, je lui envoie et je lui dis : « Tu as les oreilles neuves, tu n’as pas la gueule dedans comme moi depuis cinq jours. Maintenant, dis-moi ce que tu en penses. » Il y a un petit échange et il me donne son ressenti, comment lui voit les choses avec le recul qu’il a, dû au fait qu’il découvre à peine le morceau. En fonction de l’avis qu’il me donne, soit je fais marche arrière dans le morceau, soit je continue, etc. J’avance tout seul mais, à chaque fois, en me reposant sur les retours qu’il va me donner. Nous avons un mode de fonctionnement qui est un peu étrange. C’est une fois que la démo est finie qu’il commence à rentrer dedans et à la peaufiner pour la rendre vivante. A part les guitares, les voix et compagnie, quand je fais les démos, tout est virtuel, donc après il faut faire en sorte que tout ça sonne vrai.

« Quand je vais chez mon dentiste et que ça me fait chier parce que je vais avoir mal, j’ai quand même une démarche [claque des doigts] en ayant envie de swinguer de la guibole, parce que je suis en train d’écouter un morceau de cet album. »

C’est pour ça que même s’il se retire du live, vous avez décidé de conserver la collaboration studio avec lui, car la relation que vous avez tous les deux a l’air d’être assez déterminante pour 6:33…

Complètement ! Il a toujours aimé les concerts, mais ce n’est pas quelque chose qui le fait vibrer comme Flo. Flo vit pour le live, il est intermittent, il fait ça toute la semaine dans des bars parisiens, etc. c’est son truc. Moi, c’est pareil, j’aime bien jouer en public, c’est quelque chose que j’apprécie, mais je suis un petit peu comme Manu, c’est-à-dire que c’est vraiment en studio que je prends mon pied, à créer des morceaux. C’est vrai que même si Manu n’a plus le temps aujourd’hui pour tout ce qui est concert et pour un aspect du groupe qui, finalement, ne lui plaît pas plus que ça, il a quand même tenu à garder un pied dans tout ce qui est la compo, production, etc. avec le groupe, parce que nous avons une relation là-dedans qui fonctionne très bien et c’était important pour lui et pour nous. Comme tu dis, ça fait partie du mode de fonctionnement du groupe. Si demain, il arrête, pour le coup ça va être un petit peu plus compliqué [rires].

Le logo 6:33 sur le single « Act Like An Animal » mime le style de celui de la vieille marque de consoles et jeux vidéo Sega. Déjà, est-ce que vous êtes des gamers ?

Flo : Un petit peu. En tout cas, nous l’avons été. Je n’ai pas passé vingt-cinq ans sur WoW mais j’ai passé quelques heures sur Skyrim, et je me suis arrêté à l’époque de Skyrim parce que je commençais à être trop vieux pour ça. Depuis que j’ai eu des mômes surtout, je me suis calmé sur les jeux vidéo. Je reviens sur les émulateurs de console, je m’en suis choppé de Sega Master System, Sega Mega Drive, Neo Geo, etc. Je me marre un peu à jouer avec ça et je jouerai avec mon fils aîné quand il sera en âge de le faire. Mais je ne suis pas assez gamer pour l’être toujours avec des enfants. Nous avons tous eu notre période console. J’ai eu la Master System quand j’avais huit ou neuf ans. Nous avons connu la Mega Drive et la première Game Boy, et je l’ai éclatée en jouant à Castlevania qui était infinissable ! Nous avons connu le premier Sonic le Hérisson, Mario 3… Ces jeux étaient barjos à l’époque, donc nous y avons tous joué. Nous avons continué un peu et je crois que nous nous sommes tous calmés parce que nous avons trop de choses à faire. Tu vois, ma femme est partie pendant quelques jours avec les gamins, j’ai ressorti le truc et je joue à Super Ghouls’n Ghosts. Ça parlera à tous ceux qui y ont joué et qui n’ont jamais réussi à le finir en mode normal, comme moi. C’est sûr que ces jeux, c’est une passion et un super kiff.

Nico : Je ne suis plus du tout gamer, mais la seule chose que j’ai faite, c’est que je me suis fait une petite recalbox avec les vieux émulateurs de jeux et de bornes d’arcades. Je suis un gamer, mais rétro. J’aime les jeux, mais à l’ancienne, que j’avais quand j’étais petit ou ado. Mais aujourd’hui, je n’ai pas le temps. Franchement, j’aimerais. Je vois les consoles et les jeux, et quand les potes m’en parlent, je me dis que je kifferais jouer à ces jeux-là, mais si je me mets devant, je sais que c’est fini, je ne fais plus de musique ! [Rires] A une époque, il y a quelques années, quand je m’étais séparé de ma compagne, la première chose que j’avais faite, je m’étais acheté une Xbox 360 et j’ai passé des nuits dessus. Je n’ai pas rallumé la console depuis trois ans parce que je sais que si je la rallume, je suis foutu ! Donc je préfère ne pas y toucher. Je me connais trop.

Comment compareriez-vous les vieux jeux des années 80 et 90 à ceux d’aujourd’hui ?

Déjà, les jeux étaient compliqués à l’époque ! Franchement, tu finissais un jeu, tu étais le roi du pétrole !

Flo : Du peu que j’en ai joué… A part chez un copain qui a la réalité virtuelle, où j’ai joué à shooter du zombie. C’est génialement fait, c’est super, mais les jeux se finissent trop facilement si ce n’est plus en réseau maintenant. C’est fait pour te faire raquer, pour te faire rester. Ce qui n’était pas le genre à l’époque. C’était des jeux qui sortaient des boîtes d’arcades et donc qui étaient super durs à finir. C’était des jeux addictifs parce que super durs et il fallait connaître partout les passages, les méchants, etc. pour les finir. Ce n’était pas du tout la même façon de jouer. C’était beaucoup plus frustrant à l’époque, parce qu’il fallait mettre sur pause, tu ne pouvais même pas sauvegarder un jeu quand tu voulais le finir. Si tu mourais, tu devenais barjot ! J’ai vraiment éclaté cette console contre le mur quand j’ai perdu à Castlevania sur la fin contre Dracula, de colère. Alors que maintenant, ce n’est pas grave, tu sauvegardes, tu peux reprendre. Tu peux mourir vingt-cinq mille fois, tu reprends juste avant. En même temps, l’addiction n’est pas la même.

Nico : Contrairement à ce que je pense sur les films – enfin, je ne veux pas faire le vieux con… – je ne suis pas du genre à dire que les jeux vidéo étaient mieux avant. J’aime bien les jeux vidéo de la Super NES, les jeux d’arcades et tout, parce que j’y jouais quand j’étais môme, mais les jeux d’aujourd’hui, ce sont des films !

Flo : C’est impressionnant de réalisme mais le piège est que ça devient un peu difficile parfois de faire la différence entre la réalité et la fiction quand t’es dans le jeu. Je suis vieux maintenant, mais sur des esprits un peu jeunes, je pense qu’il faut faire gaffe. La réalité virtuelle, c’est une super drogue légale, mais c’est une putain de drogue de malade. Tu peux voyager complètement dans un autre pays, tu peux être tout ce que tu veux. Ça peut être un gros piège. Je pense que c’est plus facile d’avoir perdu vingt-cinq mille fois à Super Ghouls’n Ghosts et de s’arrêter parce que ça fait trois heures que tu perds et que tu en as ras le bol. J’ai eu beaucoup plus de mal à décrocher des jeux immersifs très réels auxquels j’ai pu jouer ces dernières fois. Je n’ai pas voulu rentrer dedans, justement, parce que je savais que ce serait trop chronophage. C’est du WoW en version exponentielle. Ce qui était déjà un piège à l’époque le devient encore plus avec les jeux qui sortent aujourd’hui, mais bon on n’arrête pas le truc. Je ne suis pas non plus en train de faire le vieux con à dire que c’était mieux avant, c’est juste que je m’amuse plus à passer deux heures sur ces jeux-là, à jouer sur l’adresse, avec les petits bons hommes, mais ce n’est juste pas la même façon de jouer.

« C’est impressionnant de réalisme mais le piège est que ça devient un peu difficile parfois de faire la différence entre la réalité et la fiction quand t’es dans le jeu. Je suis vieux maintenant, mais sur des esprits un peu jeunes, je pense qu’il faut faire gaffe. La réalité virtuelle, c’est une super drogue légale, mais c’est une putain de drogue de malade. »

Il y a aussi que le côté « mal fait » – même si on ne s’en rendait pas compte – suscitait plus l’imagination.

Je suis complètement d’accord avec toi. J’ai un garçon qui a bientôt six ans et je lui disais que quand il aurait bien appris à lire, qu’il saurait parler comme il faut, etc., nous jouerions à la console, mais que nous jouerions à ces jeux-là. Je jouais l’autre jour chez un pote à Alex Kidd – ce petit gars avec un gros poing qui casse des cubes. Tout est très bon enfant, ça reste très ludique, mais en fait, ça débloque des réflexes de précision qui sont intéressants et, comme tu disais, ça développe l’imagination parce que sur un carré tout pourri, tu dois imaginer plein de trucs, et ça marche super bien ! Dès que tu rentres dedans, c’est sûr que ça pique au début au niveau de certains pixels, mais quand tu te laisses porter par le truc, tu re-rentre dedans super facilement, et un gamin est à bloc dedans, beaucoup plus qu’un WoW, qu’un Garden Warfare ou qu’un Solid Snake. De toute façon, ce serait trop flippant parce que trop réaliste. Il faut faire attention au rapport avec l’écran. C’est sûr que je trouve ça plus fun et plus intéressant pour les gamins de jouer à de vieux jeux 2D. Ces jeux récents dont on parle, ce sont des jeux pour des gamins un peu plus adultes, des ados déjà assez confirmés. Et encore, parce que c’est pareil, tu peux facile devenir un no-life, mais de toute façon, tu ne pourras pas l’empêcher.

Nico : Par contre, il y a un genre qui s’est perdu : tout ce qui était point and click, c’est un style qui a presque disparu aujourd’hui et que je trouvais vraiment classe, tous les Lucas Art, etc. Les Day Of The Tentacle et tout, c’était des jeux mortels qu’on ne retrouve plus aujourd’hui, et ça c’est dommage. Autant je trouve que certains jeux ont très mal vieilli, autant les vieux point and click c’était vraiment un style de jeu où tu te creusais méchamment les méninges.

Pour changer de sujet, vous avez récemment accueilli un nouveau bassiste, Mano Low, un nouveau batteur, Vicken, et le retour de Mister Z au clavier. Tu as commencé un peu à en parler, pouvez-vous nous parler de ce gros Turnover qu’a connu le groupe ces deniers temps ? Sylvain (Mazeau, alias S.A.D.) était là depuis longtemps…

Flo : Sylvain était là à la création du groupe et sur le premier album. C’était un pilier, évidemment. Nico et Sylvain font de la musique ensemble depuis qu’ils ont quatorze ans, ils ont commencé la musique ensemble et ils font toujours partie de la famille. Manu encore plus parce qu’il va continuer à travailler avec nous sur les sessions d’album, mais Sylvain est toujours là aussi, sauf qu’il s’est marié, il va être papa dans pas longtemps du tout et il compte déménager dans le Sud depuis un moment – le confinement a reporté un peu le truc. C’est simplement la vie. 6:33 n’est pas un groupe qui nous fait bouffer, donc tu ne peux pas avoir la même implication à un moment donné : tu dois trouver du travail et travailler, et ta vie de famille va influer sur ça. C’est ce qui s’est passé pour Manu avec ce qu’il faisait artistiquement et professionnellement à côté et Sylvain avec ce qu’il prévoit de faire professionnellement et sur le plan de sa vie de famille qui n’est pas en banlieue parisienne. Je pense qu’il avait fini son aventure avec 6:33 de la meilleure manière, de la manière la plus saine. On arrive à un moment où il savait l’investissement qu’il allait falloir. #, l’autre claviériste, qui a aussi quitté le groupe, c’est pareil. Et c’est pour ça que Mister Z était parti avant, il avait eu un petit garçon, il avait énormément de travail, 6:33 demande quand même un investissement de temps, comme un groupe quand tu t’y mets beaucoup… C’est la vie, tout simplement. Nous l’avons vécu de la meilleure manière parce que de toute façon, ça ne pouvait plus continuer à fonctionner comme ça, vu qu’ils étaient trop pris, que nous avions besoin d’avoir plus de présence et qu’ils ne pouvaient plus nous la donner. C’est arrivé naturellement.

Et c’était le moment où avec Nico, nous nous disions que les masques commençaient à nous saouler et où nous nous posions la question de savoir ce que nous ferions avec la batterie. Vu que Manu nous avait dit qu’il partait – même si après coup nous nous sommes dit qu’il fallait quand même qu’il reste et que ça lui manquait, donc il restait seulement sur la création de la musique – et qu’en plus c’est lui qui programmait les batteries, Nico ne se sentait pas de continuer ça tout seul et nous nous sommes dit qu’il nous fallait un batteur pour le live et même pour rajouter ce que nous mettrions à la batterie plus tard. Les auditions qui ont été les plus faciles ont été celles de Vicken, parce que de tous les batteurs que nous avons auditionnés et qui nous ont envoyé des vidéos, il n’y en a qu’un qui sortait facilement du lot, c’était lui. En plus, c’était déjà un copain, nous l’avions croisé plusieurs fois, nous avions fait des dates ensemble, etc. Nous avons eu de la chance. Il n’y avait que lui qui avait le niveau parmi ceux qui ont participé.

Pour la basse, c’était encore plus compliqué, nous avons dû élargir le cercle de recherche, parce que nous ne trouvions pas en Ile-de-France. Il s’avère que j’ai fait une école de musique à Nancy, qui s’appelle le MAI, il y a une vingtaine d’années, et que j’avais un ou deux potes bassistes par là-bas à qui j’ai tendu des perches. Il y en a un qui a répondu et c’est celui qui, je pense, était la meilleure perle, qui correspondait à 6:33. Il y a vingt ans déjà nous nous disions qu’un jour nous ferions un groupe où nous mélangerions du Primus avec du Mr. Bungle et du Zappa. Quand il a vu l’annonce, il a dit que c’était pour lui, et c’est sûr que c’était pour lui. Avant qu’il ait fait l’audition, j’ai appelé Nico et j’ai dit : « C’est bon, on a trouvé un bassiste. Il va faire l’audition, ne t’inquiète pas, mais on a trouvé. » Il a supplanté tous les mecs qui avaient auditionné. Pour Mister Z, la vie faisant que son fils était plus grand, qu’au niveau du travail ça allait mieux et que Manu et # ne pouvaient plus continuer au clavier, nous lui avons proposé de reprendre la place et ça tombe bien, parce que ça lui manquait et il en avait envie. C’est toujours fait avec beaucoup de bienveillance. Nous avons tous envie que 6:33 réussisse à faire quelque chose de sympa, donc quand il y en a un du groupe qui ne se sent plus en état de pouvoir continuer, parce que l’investissement est trop grand, avec beaucoup de gentillesse, nous en parlons, nous réglons le truc, nous nous faisons des câlins après et tout va bien.

Mais l’album a été fait avec l’ancienne équipe, et notamment Sylvain à la basse ?

Nico : Oui. Quand nous avons changé de bassiste et que Vicken nous a rejoints, l’album était fini, il était enregistré. C’est donc bien l’ancienne team qui est sur l’album.

« Quand ça commence à devenir violent et que le mec ne respecte pas le monde qu’il y a autour de lui, ça me pose un problème. Sur scène, je suis un animal, je ne réfléchis pas, je descends. »

Flo, tu disais tout à l’heure que vous vous étiez longtemps enfermés dans le fait de ne pas avoir de batteur. Pourquoi ?

Flo : Enfin, nous ne nous sommes pas sentis enfermés là-dedans jusqu’à tard. Quand je suis rentré dans le groupe, il y avait ce côté hybride électro-metal. Encore une fois c’était assez cohérent avec le concept du groupe, surtout avec le premier album où les batteries étaient très programmées par Nico, avec un son très brut. Ça correspondait au côté hybride du groupe. Après, nous nous y sommes tenus parce que ça nous plaisait d’être en dehors des sentiers battus. Nous trouvions qu’il y avait un côté intéressant à le faire.

Nico : Nous en étions arrivés à un point où nous faisions presque nos têtes de cons. C’est-à-dire que plus les gens nous disaient que ça manquait d’un batteur sur scène, plus ça nous donnait envie de ne pas en mettre [rires].

Flo : Simplement, au bout d’un moment, en faisant du live, nous nous sommes rendu compte qu’en poussant le truc au maximum, nous ne pouvions quand même pas avoir le même rendu sur scène qu’avec une batterie physique. Nous ne pouvions pas avoir les vibrations de la double pédale sur la grosse caisse, les fréquences des cymbales qui te pètent à la tronche… Il manquait la présence physique d’une vraie batterie notamment sur le live. Nous nous sommes rendu compte que nous ne voulions pas nous enfermer dans l’image du groupe qui ne voulait pas de batteur. A vouloir assumer le fait de sortir des sentiers battus, des fois on pourrait presque s’enfermer dans ce truc-là, donc nous en sommes sortis. C’était encore une fois plus cohérent avec ce que nous avions envie de faire sur scène. Nous sommes très à l’écoute de ce que nous ressentons. Nous avons envie de faire les choses comme ça et à un moment, si nous nous y enfermons et que nous nous en rendons compte, nous en sortons vite.

Nico : Comme on dit, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. Il y a eu tout un tas de changements dans le groupe et nous nous sommes dit que quitte à ce qu’il y ait du turnover, autant qu’il y ait vraiment du renouveau dans le groupe. Nous en avons donc profité pour faire venir un batteur sur scène.

Comptez-vous faire participer Vicken aux albums futurs ?

Bien sûr ! Il va falloir revoir un peu tout le fonctionnement pour l’enregistrement, parce que nous enregistrons par nous-mêmes et mine de rien, la batterie programmée ne prend pas trop de place dans une salle, c’est simple à enregistrer… Mais oui, c’est lui qui va gérer tout ça maintenant.

En tant que compositeur, penses-tu que le fait d’avoir un vrai batteur va t’ouvrir des perspectives ou c’est plus une « contrainte » que tu devras avoir en tête ?

Non. En fait, quand je faisais les morceaux et que je les envoyais ensuite à Manu pour qu’il s’occupe de la programmation de la batterie, je faisais quelque chose d’on ne peut plus simple pour que le morceau ait un pseudo-squelette. A aucun moment, je prendrais la tête à Vicken – et à aucun moment je prenais la tête à Manu quand il en faisait une vraie partie de batterie, avec tous les petits roulements, les petites fioritures, etc. De la même manière, Vicken fera sa popote, tant que ça va dans le même sens. C’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’il envoie un rythme de bossa nova sur un moment où il y a de la double, là je lui dirais que peut-être il fait fausse route [rires]. Sinon, je lui fais confiance. C’est à lui d’enrichir et de s’approprier les parties.

Vu que les batteries étaient programmées jusqu’à présent, il n’y a pas eu des parties qui ont « coincé », c’est-à-dire qui n’étaient pas jouables au moment de les reprendre sur une vraie batterie ?

Il y a des trucs qui étaient compliqués. Il a saigné mais il tenait vraiment à les reprendre tels qu’ils étaient pour nous prouver aussi qu’il pouvait le faire. Ceci dit, Manu a fait un petit peu de batterie et du coup, une chose qu’il gardait toujours en tête lorsqu’il créait et refaisait les programmations des batteries, c’était de faire quelque chose de relativement jouable. Même des fois, je nous voyais en studio, nous avions des discussions en mode : « Putain, à cet endroit-là, la cymbale, le tom… Ça sonne bien mais ce n’est pas possible, ce n’est pas jouable. » Du moment où, pour lui, quelque chose n’était pas jouable par un être humain, ça l’emmerdait que ça se retrouve sur l’album, parce qu’il avait la sensation de la faire un peu à l’envers. Heureusement, grâce à ça, nous n’avons pas eu trop de pièges, mais il y a quand même eu plein de parties où Vicken a dû cravacher. C’est vrai que quand on les programme, c’est toujours très simple, mais quand il faut les jouer… Il a fallu qu’il s’accroche et il a aussi fallu un mec qui envoie le bouzin.

Vous avez une aspiration à développer un véritable spectacle sur scène. En 2017, vous aviez mis en place l’Asylum Picture Show 2.0. Ce nouvel album a un fort potentiel scénique et visuel, alors comment comptez-vous faire évoluer ça dans le futur ?

Flo : Sur les albums d’avant, nous avions incarné un freakshow et nous avions joué un peu au super-héros et super-vilain. Là, nous avons créé le dôme et nous avons créé ce logo – c’est un pote tatoueur qui bosse au Trilogy Studio à Eaubonne, là où travaille aussi Nico, qui nous a concocté un petit logo avec un poulpe. Nous nous sommes dit que nous allions en faire un logo pour un teddy comme si nous étions à l’université. C’est de là qu’est venu le West Dome University. Nous nous sommes dit que nous allions jouer des personnages normaux de cet univers. Nous nous sommes donc grimés en post-étudiants pour incarner des personnages qui rentrent dans cet univers. Ensuite, l’univers que nous avons créé avec l’Asylum Picture Show est toujours cohérent avec ce que nous faisons là, il y a de la light à mort, il y a ces décors, nous avons juste rajouté un peu de couleurs flashy et deux ou trois tubes néon, et les animations dans l’écran des nouveaux morceaux vont aussi apporter ces couleurs. En gros, nous avons mis à jour l’Asylum Picture Show, mais ça reste dans le même était d’esprit. Nous incarnons juste des personnages différents et on voit nos tronches. C’est la seule différence.

Ce n’est pas moins grandiloquent – ça l’est toujours quand ça doit l’être – et c’est toujours barré. Je me suis fait un petit gant où j’ai un œil – qui ne ressemble pas à un œil humain – que je me mets sur la tronche à des moments. Ça reste encore cohérent avec ce dont je te parlais tout à l’heure, ce monstre à l’intérieur, ces voix qui te parlent, etc. C’est un classique, je n’invente rien, mais j’avais envie que les gens puissent se sentir proches de ça, car nous avons tous ce truc-là à l’intérieur. Ce qui m’intéresse vraiment là-dedans, c’est que ça puisse parler aux gens d’en face. Ça a eu l’air d’être le cas quand nous avons fait notre première démasqués avec le nouveau concept en première partie de Psykup il n’y a pas longtemps. J’ai l’impression que ça a plutôt marché. Nous sommes toujours dans la volonté de proposer quelque chose scéniquement qui soit à la hauteur de ce que nous faisons sur l’album et sur les paroles.

« Quand j’écoute [le premier album], j’ai ce côté un peu chien fou, qui court dans tous les sens. Je voulais vraiment faire un truc de sale gosse. C’est-à-dire que plus il y avait de mélange, plus ça me faisait glousser. »

Plus généralement, quelle est votre ambition à long terme sur le plan scénographique ?

L’ambition est une chose, savoir si c’est réalisable en est une autre. Je ne sais pas, nous allons voir. Des projets et des envies, nous en avons plein. J’adorerais faire une vraie comédie musicale de ce truc. Chaque morceau est une scène où tu peux faire jouer les personnages. Ça n’arrivera sûrement jamais car il nous faudrait beaucoup de moyens. Ce sont les moyens financiers qui nous manquent. Nous avons déjà de la chance d’avoir autour de nous des gens qui nous offrent leurs talents, ou en tout cas qui nous les vendent pas très cher par rapport à ce qu’ils nous donnent, mais nous ne pouvons pas faire plus à échelle humaine pour l’instant que ce que nous faisons là. J’adorerais avoir une troupe de burlesque avec nous sur un morceau qui collerait, comme « Release The He-Shes » ou « Hot Damn Chicas », ou avoir un big band derrière une fois, et monter une comédie musicale avec ça. J’aime beaucoup le théâtre, j’ai commencé avec ça quand j’étais gamin. Ça marcherait super bien. Ça marcherait aussi avec un truc d’animation… Nous voudrions faire tout ça, mais est-ce que nous arriverons à le réaliser, on verra bien. Nous allons essayer de faire encore des choses et c’est aussi au gré des rencontres que nous faisons. Si le projet intéresse quelqu’un et qu’il nous fait une proposition, tout de suite ça peut partir sur un truc. Nous n’avons pas vraiment de projet, mais beaucoup d’envies. Nous venons de sortir l’album, il faut que nous nous occupions des animations pour le spectacle que nous devons proposer pour celui-là, alors c’est difficile de penser à la suite.

Si on prend le titre du morceau « Act Like An Animal », est-ce pensé comme une incitation pour le public des futurs concerts ?

Oui. Enfin, on revient encore sur le même truc, tu peux l’appeler monstre ou animal. Dans ce morceau, le message c’est aussi : « Ecoute ton instinct. Ne te laisse pas bouffer. » Le côté animal en nous, c’est l’instinct, ce qu’on ressent à l’intérieur. C’est un peu le thème de ce moment de l’histoire. En même temps, oui, bien sûr. D’ailleurs, en concert, sur le dernier morceau, je propose aux gens de se lâcher, de faire ce qu’on appelle un circle boogie, c’est-à-dire comme un circle pit, sauf que les mecs ne se tapent pas dessus, ils font juste les cons, ils dansent. En fait, c’est ce que je fais sur scène, parce que j’en ai besoin, c’est cathartique. C’est aussi ce que font mes potes, ce que nous faisons sur scène c’est sortir ça. Moi, c’est peut-être un peu plus extrême que mes copains, mais c’est cette énergie que nous essayons de transmettre : « Lâchez-vous. » On se désinhibe complètement. On ne va pas non plus se foutre à poil et faire des hélico-bites, mais qu’on lâche ces inhibitions qu’on a toute la journée, tout le temps, tous ces masques qu’on porte et qu’on laisse un peu celui qu’on ne montre jamais ou pas souvent. Nous, en faisant un métier artistique, nous avons la chance de pouvoir sortir ça, mais ce n’est pas le cas de beaucoup de monde. Evidemment que ce concert doit être un défouloir.

D’un autre côté, on se souvient que lors de votre passage au Divan Du Monde tu avais fait une remarque sur des slammers qui avaient cassé du matériel en montant sur scène et que tu étais même carrément descendu dans la fosse pour engueuler un pogoteur trop violent. Un concert de metal, c’est souvent violent, mais justement, où mets-tu la limite et, plus généralement, quelle est ta conception d’un concert de metal ?

Je suis descendu parce que le mec était en train de pogoter et de mettre des tartes à des copines à moi qui n’étaient pas en état de ramasser les tartes. Il y avait ma femme qui n’était pas loin derrière non plus et qui était à deux doigts d’en prendre une. Ça faisait deux ou trois fois que je disais au mec de se calmer un peu. Disons que ce concert-là était spécial, c’était notre premier Asylum Picture Show, nous avions des lights devant à mon niveau qui ont été défoncés par les mecs qui montaient pour slammer et je voyais ma lighteuse en face qui était en train de péter un plomb. Nous étions très tendus parce que nous avions beaucoup de choses sur ce concert. Le fait que les mecs montent sur scène et qu’on les balance dans le public, c’est cool, par contre la limite est là : quand je commence à voir un mec qui devient dangereux dans la place, ça ne m’intéresse pas. Je suis un fan de metal mais je ne suis pas un fan de pit. J’aime quand ça danse et que ça fait le con. Tu peux mettre une mandale à côté sans avoir fait gaffe et tu t’excuses, mais mettre des gros moulinets quand tu as des gonzesses autour qui font un mètre cinquante, non. Et ce n’est pas du tout l’état d’esprit de 6:33. J’ai fait du hardcore, j’ai eu un projet avec un gratteux de Kickback : là les mecs y vont, ils font tourner des tréteaux et ils avancent à coup de high kick. J’étais sur scène, je trouve que c’est barjot mais c’est cathartique, les mecs en ont besoin et c’est un style qui correspond à ça. Mais avec 6:33, on est dans du festif. Ce n’est pas ça que nous voulons dégager.

En fait, quand ça commence à devenir violent et que le mec ne respecte pas le monde qu’il y a autour de lui, ça me pose un problème. Sur scène, je suis un animal, je ne réfléchis pas, je descends. J’ai vu ma femme et des copines qui commençaient à être en danger… Et ça faisait deux fois que je lui disais de se calmer un peu, je le voyais vénère et je voyais le regard inquiet de deux ou trois copines, je suis descendu. Il y a d’ailleurs une photo de moi en train de le tenir avec le masque et le mec qui n’a pas l’air content en face. Mais c’est passé. Il est venu me voir à la fin de la date, il m’a fait un câlin et m’a dit : « Désolé, j’étais un peu vénère… » Je lui ai dit : « T’inquiète, il n’y a pas de problème, mais j’étais obligé de descendre et c’est bien que tu aies compris pourquoi. » Il y avait de l’alcool, les mecs avaient attendu, il y avait eu deux premières parties, il y avait beaucoup d’excitation, et des fois, ton rôle – en tout cas, c’est ce que je pense, j’ai l’habitude de bosser dans des bars et de jouer jusqu’à cinq heures du mat devant des mecs bourrés – c’est de dire : « Calme, les gars. On est là pour faire la teuf. On n’est pas là pour se foutre sur la gueule et surtout là, tu es en train de gâcher le concert d’un banc de copines qui n’arrêtent pas d’éviter tes gros coups de matraques. » Gâcher le kiff d’autres, ce n’est pas l’intérêt du truc et ce n’est pas ce que nous voulons dégager avec 6:33. La limite est là. Il s’agit juste de respecter les autres, tout simplement, et que ça reste bon enfant.

Je ne suis pas un fan de castagne. Je me vois à l’époque où j’étais dans un groupe de hardcore voir mes potes y aller, il y avait Madball qui jouait, j’étais un peu bourré et je dis : « Allez, j’y vais ! » J’ai pris cinq ou six mandales, je suis sorti, j’ai dit : « Mais vous êtes barjot, les gars ! » Mais c’est un style et ça se respecte. Je comprends le côté cathartique du truc et l’énergie des morceaux fait que c’est ça qui sort de ton animal à l’intérieur. Mais l’animal de 6:33 n’est pas aussi violent que ça, mais surtout, à partir du moment où quelqu’un commence à faire chier dans le public, qu’une partie du public commence à être emmerdée, c’est à toi de tenir ton public. C’est à toi de le faire se transcender, mais si tu vois que ça part en couille, c’est aussi ton rôle de calmer le jeu pour que tout le monde passe un bon moment, que ça ne finisse pas mal, car ça peut vraiment partir en couille. Il suffit d’une grosse baston, un mec qui se pète la gueule et c’est fini, tu arrêtes le concert, il y a les pompiers, l’hosto, etc. On va essayer d’éviter ça.

« [Le prog] a toujours eu cette espèce d’image de musique d’intello. Disons que dans la famille du metal, c’est le cousin qui a des lunettes et la chemise à carreaux et qui était au premier rang à l’école. »

Ça t’arrive souvent d’aller au contact du public comme ça ? N’as-tu jamais eu de déconvenue ? Car un pogoteur un peu éméché pourrait avoir du répondant…

J’ai un pied de micro en fonte ! Pour ne rien te cacher, avec 6:33, nous n’avons jamais eu de problème. Et j’aime bien descendre dans le public et aller faire chier les gens, mettre un petit doigt dans l’oreille, faire une petite léchouille ou un câlin bien transpirant de sueur. J’aime bien aller chercher les gens, les taquiner un petit peu, et je n’ai jamais eu de mauvais retours. Ça a toujours été super. Les mecs te prennent encore plus dans les bras et ils sont encore plus transpirants que toi. C’est à chaque fois super bon enfant. Par contre, j’ai un groupe de reprises, où je joue dans les bars tard la nuit. Tu as des légionnaires qui arrivent à deux heures du mat et qui mettent une mandale à ton gratteux parce qu’il a osé leur dire qu’ils avaient écrasé son pédalier et mis de la bière dessus. Là, j’arrive avec un gros high kick dans la gueule du mec, mais c’est parce que j’ai deux gros videurs derrière, que j’ai un pied de micro en fonte et que je travaille dans mon endroit, s’ils ne sont pas contents, ils dégagent. A un moment, il faut se faire respecter. C’est dans un bar, tu as une petite scène, les mecs ont pas mal bu, ils marchent à moitié sur scène ou ils viennent te parler comme si tu étais une merde. J’ai passé l’âge ; j’avais déjà passé l’âge quand j’avais vingt ans.

Et puis, dans la vie en général je ne suis pas calme, mais sur scène je lâche le truc, donc pour pouvoir rester gentil avec un gars que tu as envie d’éclater parce qu’il vient de mettre une grosse mandale à ton pote à côté qui n’a rien demandé… Non : « Je vais te mettre un gros coup dans ta tête, maintenant tu as compris, tu te calmes bien et puis si tu n’es pas content, j’ai deux gros videurs là-bas que vais appeler et qui vont t’expliquer comment ça se passe, parce que tu rentres chez moi, dans mon établissement où je travaille, tu viens voir mon groupe et tu manques de respect. Tu t’assois et tu fermes ta gueule. » Ça c’est mon point de vue [rires]. C’est un métier où, des fois, il faut aller chercher le respect ou le rappeler. Les mecs montent sur scène comme si toi tu passais derrière le comptoir pour aller chercher ta baguette chez le boulanger : « Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu fais quoi comme métier ? T’es banquier ? Est-ce que moi je vais m’asseoir derrière à côté de toi quand tu regardes l’écran ? Non, je reste de mon côté en face. Reste en dehors de la scène. Tu ne montes pas dessus pour aller à ta table parce que sinon ça te fait faire un détour, et tu n’écrases pas en plus les pédales de mon copain, et surtout tu t’excuses. » Ce sont des trucs humains importants à rappeler.

L’album se termine sur le morceau « Hangover ». Racontez-nous votre soirée qui vous a valu votre plus grande gueule de bois…

J’en ai plein, mais je ne peux pas te les raconter parce je les oublie ! C’est pour ça que j’ai arrêté. Je bois beaucoup moins aujourd’hui, parce que je n’ai pas trop de limites. Je ne tombe jamais, je bois beaucoup et après, je fais de la merde et je lendemain je dois m’excuser de conneries que j’ai faites. Rien de bien grave mais des trucs qui font que je n’aime pas ce que je suis quand je suis bourré. J’ai plein d’histoires de merde… C’est un peu ça qu’exprime « Hangover » : c’est la teuf de trop. On connaît tous cette teuf où tu te réveilles en te disant : « J’arrête de boire demain. J’arrête de fumer, j’ai un cendrier mort dans la bouche. » « Hangover » va même un peu plus loin, il y a une illustration de cette chanson dans l’album où le mec est posé en peignoir avec trois ou quatre gonzesses qui dorment à côté, un mec bourré par terre – les vestiges d’une soirée débordante dans tous les sens – et le mec est là à se demander à quoi ça rime. Et c’est le concept de la rock star qui se décide un soir soit d’arrêter et de vivre plus longtemps, soit de continuer et de mourir jeune. C’est ce que ça exprime : ces lendemains de cuite où tu te demandes ce que tu fous là et où tu te dis qu’il faut que tu dégages. On a tous un peu connu cette remise en question, pour une raison ou pour une autre. Un lendemain de cuite, on a tous dit au moins une fois – enfin, moi je l’ai dit plusieurs fois – qu’on arrête de boire ou de fumer. J’ai fait des conneries idiotes quand j’étais môme et j’essaye de ne plus en faire, maintenant que je suis vieux et parent [rires]. Je ne me souviens pas de grand-chose. On me le raconte après et je m’excuse d’avoir fait les conneries qu’on me raconte que j’ai faites.

Nico : Pour moi, c’est compliqué, mais la dernière, c’était pour la sortie de l’album. Nous avons fait une release party au Hellfest Corner. C’était vraiment cool, super bonne soirée. La release s’est finie à deux heures et Flo joue dans un bar juste à côté, la Guinness Tavern, qui finit à cinq heures. Il nous a dit : « Venez, les gars, on se finit à la Guinness Tavern. » Finir à la Guinness Tavern, c’est la chose qu’il ne faut jamais faire ! Tu y rentres, mais tu ne te souviens jamais en sortir. Ça finit toujours très mal. Je pense qu’il y avait la pression de l’album qui était fini depuis des mois, nous avons attendu encore et encore, et tout est retombé d’un coup. Je me vois rentrer dans la Guinness Tavern, boire un verre ou deux, et je me vois porté par deux potes, qui me foutent dans un Uber, et bonne nuit [rires]. J’ai fini, je ne me souviens même pas… Je me suis levé, je me vois vomir dans les pissotières, un truc immonde, je ne te raconte pas. C’est ma dernière grosse gueule de bois, justement pour la sortie de cet album.

Le nouvel album sort dix ans après le premier, Orphans Of Good Manners. Nico, quel regard portes-tu sur cet album et vos ambitions à l’époque dix ans plus tard ?

Je me souviens exactement dans quelle optique nous étions à l’époque quand nous nous sommes lancés là-dedans. Quand je l’écoute, j’ai ce côté un peu chien fou, qui court dans tous les sens. Je voulais vraiment faire un truc de sale gosse. C’est-à-dire que plus il y avait de mélange, plus ça me faisait glousser. Je venais d’un groupe de prog qui était très sérieux et je voulais vraiment faire quelque chose de très grinçant, et mettre tout ce que je n’avais pas pu mettre pendant des années dans le prog. Du coup, j’ai vraiment la sensation d’avoir tout foutu ! En plus de ça, à l’époque, Manu n’était pas encore dans le groupe et c’était moi qui programmais toutes les batteries. Du coup, je trouve que ça ne sonne pas, que la batterie sonne très fake. Surtout, je trouve que ce ne sont pas de belles parties de batterie. Donc j’ai beaucoup de mal à réécouter l’album aujourd’hui sans y voir tous les mauvais côtés. Mais bizarrement, j’ai aussi beaucoup de tendresse pour cet album parce que ça me rappelle une bonne époque. Nous nous étions tous retrouvés entre musiciens de différents groupes, nous avions tous des groupes de metal et nous voulions faire une espèce de petit groupe où nous pouvions nous lâcher, faire un peu tout ce que nous avions envie, tout ce qui nous faisait marrer et que nous ne pouvions pas faire dans nos propres groupes. Nous nous marrions bien et nous ne nous posions pas trop de questions, mais ça se ressent dans l’album. C’est un chien qui court après quarante balles. Il n’en attrape aucune, mais il court partout !

« [Sur le premier album], il y a des morceaux super ou, en tout cas, des énergies, des couleurs et les prémices de ce qu’allait être ce qui est pour moi le groupe de ma vie. J’en rêvais d’un groupe comme ça. »

Tu dis que tu étais dans un groupe de prog avant et que c’était très sérieux, et c’est vrai que les groupes de prog en général sont très sérieux, et ils se prennent beaucoup au sérieux. Est-ce que c’était une frustration pour toi ?

Oui, un petit peu. Je te parlais de Townsend tout à l’heure, et je trouve que c’est un des rares qui met du second degré dans tout ce qu’il fait, y compris dans ses morceaux les plus prog. Il a ce côté plein de second degré et d’humour, et c’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez lui. J’adore le prog en tant que genre musical et des mecs comme Steven Wilson, Porcupine Tree, mais ça se prend vraiment très au sérieux. Mais comme beaucoup de genres. Dans le metal, ce ne sont pas toujours les plus drôles non plus. On a l’impression qu’il y a soit les groupes hyper noirs, soit les groupes du type Ultra Vomit. Des fois, j’ai l’impression qu’il n’y a rien au milieu. J’ai un ami qui aime bien tailler le prog et qui aimait bien me tailler là-dessus, il me disait : « Le public de prog, les mecs sortent les calepins au premier rang ! Ils notent le nombre de mesures, etc. » C’est vrai que ça a toujours eu cette espèce d’image de musique d’intello. Disons que dans la famille du metal, c’est le cousin qui a des lunettes et la chemise à carreaux et qui était au premier rang à l’école. Est-ce que c’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup de second degré ou d’humour ? Je ne sais pas.

Flo, de ton côté, tu ne faisais pas encore partie du groupe à ce moment-là, mais qu’est-ce que le premier album représente pour toi ?

Flo : Comme je te disais tout à l’heure, c’est les prémices de ce qu’allait être 6:33. Je me souviens du jour où je l’ai écouté, parce que c’est un jour qui a changé ma vie. Je revenais d’un voyage à La Réunion, j’en avais marre des groupes que j’avais… J’avais un groupe pourtant que j’aimais bien mais il y a des trucs qui ne marchaient pas dedans et je savais que ça n’irait pas beaucoup plus loin, il y avait des tensions comme il y en a parfois dans les groupes, toujours ces histoires vieilles comme le monde. J’en avais ras le cul et je décide d’aller sur internet pour voir des annonces, genre Zikinf – ce que j’ai dû faire deux fois dans ma vie – pour chercher un projet Dubstep, où un mec aurait des machines et moi je poserais du hip-hop dessus. Tu vois, c’était loin de 6:33 ! Je vois une annonce où ça parle de la recherche d’un nouveau Mike Patton. Ce n’est pas souvent que j’entends le nom de Mike Patton ressortir. Je suis allé écouter. Je me souviens de la sensation que j’ai eue quand j’ai écouté et du visage de ma copine de l’époque quand elle m’a regardé écouter : j’ai su que c’était pour moi. Pourtant, ce n’était pas la même voix, le mec avant moi avait une voix beaucoup plus metal, très différente de la mienne, justement pas tellement à la Mike Patton. Pour le coup, je suis un peu plus à la Mike Patton, c’est-à-dire que je module, je pars en voix de tête, etc. c’est un peu la même démarche du travail vocal, alors l’ancien chanteur ce n’était pas la même chose. Par contre, il y avait les prémices d’un concept complètement fou, avec des dissonances, des saccades, tout ce que j’aimais. Et ce côté crooner crade qu’il y avait dans « Drunk In Krakow », ce côté grandiloquent du dernier morceau « Orphan Of Good Manners » qui partait en mode comédie musicale où je voyais des éléphants avec des ballons et des trompettes. Je voyais déjà ce que nous sommes en train de faire avec 6:33 quand j’ai entendu cet album.

Nico aujourd’hui dit qu’il ne l’écoute pas parce qu’il n’aime pas les progs de batterie et qu’il n’aime pas ce qu’il faisait à l’époque, car c’est lui qui l’a créé, donc il a du mal à avoir une oreille un peu objective. Moi, je trouve qu’il y a des morceaux super ou, en tout cas, des énergies, des couleurs et les prémices de ce qu’allait être ce qui est pour moi le groupe de ma vie. J’en rêvais d’un groupe comme ça. Je suis heureux d’avoir correspondu à ce que Nico cherchait ; je sais faire exactement ce que lui ne sait pas faire. Nous nous sommes complètement trouvés. C’est une super belle rencontre et histoire. Pour moi, c’est ça cet album. C’est un souvenir d’une révélation. Ce jour-là était un jour particulier, je me suis dit que soit ça allait être une journée de merde, parce que j’ai eu deux ou trois conneries, soit ça allait être une journée qui allait changer ma vie. Et c’est une journée qui a changé ma vie.

Nico, est-ce le fait que Christophe Denhez, alias Kinky Zombie, ne correspondait pas à une voix typée Mike Patton qui a fait que ça n’a pas fonctionné avec lui ?

Nico : Non, ce n’est pas du tout ça. A l’époque, il y a eu des divergences artistiques et Chris, c’est quelqu’un d’un petit peu spécial, je ne vais pas en dire plus [rires]. Nous nous sommes un petit peu engueulés, nous n’étions pas d’accord sur certaines choses. C’est pour ça que ça ne l’a pas fait et que nous n’avons pas continué. Mais ça n’avait rien à voir avec sa voix. Quand nous avons arrêté avec lui, nous voulions un Mike Patton mais, déjà, c’était une petite blagounette, et c’était le fait de dire que s’il y a un gars qui est fan de Mike Patton, ça collera forcément avec nous. C’était un petit raccourci pour essayer de trouver un mec qui nous ressemble sans avoir à foutre quarante demandes de chanteurs.

Quel impact l’œuvre de Mike Patton a eu sur toi ?

Beaucoup de choses ! Quand j’ai découvert le premier album de Mr. Bungle, ça m’a mis une sacrée gifle ! Autant j’ai toujours adoré Faith No More, autant quand j’ai découvert Mr. Bungle, je me suis vraiment aperçu qu’on pouvait mélanger et façonner énormément de choses, que c’était possible et que des mecs l’avaient déjà fait. J’ai mis du temps à aimer Mr. Bungle. Je me souviens, quand j’ai découvert leur premier album, c’était : « J’aime bien celle-là tiens. » Et à la fin, je me suis réveillé deux mois après et j’aimais tous les morceaux, alors qu’au début c’était tellement étrange que j’avais été un poil bousculé. C’est très compliqué de rentrer dedans, de prime abord, et j’ai appris à aimer. Et plus c’était fou, plus ça me bousculait. Patton a vraiment été une très grosse gifle. Pas tout ce qu’il a fait, parce que des fois, il part dans des expérimentations… Nous en rigolons avec Flo en nous disant qu’il pourrait péter dans un trombone et en faire un disque. Des fois, il part un petit peu trop loin dans ses délires, mais le mec est un couteau suisse. Ce sont vraiment des gens, que ce soit lui ou Townsend, qui sont tellement polyvalents et que je respecte. Ces mecs font tout et savent presque tout faire. C’est bluffant.

Flo mentionnait The Dillinger Escape Plan aussi…

Oui. Tu vois, on parlait du premier album : je voulais faire une espèce de mix improbable entre Faith No More et The Dillinger Escape plan. J’étais à fond dans Dillinger ! Le mathcore, ces rythmiques qui partent dans tous les sens, etc. c’est vraiment quelque chose qui m’a… Je n’avais jamais entendu ça ! Pourtant j’adorais la musique extrême avant de découvrir Dillinger. Ça a été une grosse influence sur le tout premier album du groupe. Un peu moins aujourd’hui, mais c’est clair que j’ai eu une grosse passade Dillinger.

Interview réalisée par téléphone le 28 octobre et le 4 novembre 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de 6:33 : www.facebook.com/6h33official

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