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Live Report   

7 Weeks : le stoner s’élève sur scène


Quiconque a assisté en festival ou lors d’autres évènements à une prestation de stoner a pu voir sur les côtés de la scène d’autres groupes de stoner en train de profiter du concert, de soutenir leurs potes. C’est ainsi que nous avons pu, par exemple, voir les membres de Kylesa en train d’apprécier le set de Kyuss ou les membres de Corrosion Of Conformity en train de headbanguer sur du Down, où Down s’exciter pendant la prestation des Melvins au Hellfest 2011.

La scène stoner se caractérise par un son authentique et par une forte solidarité entre les groupes. Pas de concurrence entre eux, juste une passion commune pour la vibration, le gros son et le partage avec le public. Le stoner est d’ailleurs l’un des styles de metal qui met le moins en avant la technicité instrumentale et qui se concentre sur l’essentiel : l’impact du riff.

Et cette solidarité, nous avons eu l’occasion de la voir aussi sur la scène française. Le 8 mars dernier, le Ninkasi Café proposait une date coup de cœur gratuite, le Stoner Rise, avec à l’affiche Loading Data, Mudweiser et 7 Weeks. Un mini festival itinérant sans tête d’affiche, puisque l’ordre des groupes changeait selon les villes, afin que chacun puisse se faire plaisir.

Artistes : 7 WeeksMudweiserLoading Data
Date : 8 mars 2013
Salle : Ninkasi Café
Ville : Lyon

Joan-Jettienne Louise (Loading Data)

Mine de rien, Loading Data, ouvrant la soirée, existe déjà depuis quatorze ans et a eu le temps de rouler sa bosse jusqu’aux États-Unis, où le groupe fut repéré et manqua, pour des raisons de visa, d’être signé par des managers extrêmement motivés par leur musique. Autant dire que leur professionnalisme, leur musique et leur jeu de scène n’a rien à envier aux têtes d’affiche de cette soirée. Même si, comme on l’écrivait plus haut, il n’y a pas vraiment de tête d’affiche (d’ailleurs tout le monde joue le même temps sur cette tournée).

Lo S. Data, la classe rouflaquettes.

Loading Data se situe entre le rock’n’roll et le stoner avec une pointe de hard et l’exécute avec autant d’élégance que d’énergie. Le tout avec une mise en place impeccable. L’entente au sein du groupe est plaisante, y compris avec l’ancien guitariste du groupe, venu en dépannage pour remplacer avec aisance et enthousiasme Julien Ribeill, l’actuel guitariste, sur quelques dates. Chaque musicien est bien mis en avant et a tout l’air de se faire plaisir, menés par un Lo S. Data, frontman économe en paroles mais élégant, charismatique et même plutôt charmeur. Personne ne se plaindra côté scène ou côté public d’un accident de corde du gratteux qui la remplacera pendant que le reste du combo enchaîne le temps d’une chanson ; et le reporter mâle peut aussi se laisser séduire par le charme punk « à la Joan Jett » de Louise, à la basse

Loading Data ne manque pas d’annoncer en fin de set la sortie de son tout nouvel album Double Disco Animal Style, avec une belle liste d’invités dont Nick Oliveri, et produit par Alain Johannes, membre de la sphère Josh Homme et donc de Queens Of The Stone Age.

Bouge ton corps avec Mudweiser.

C’est au tour de Mudweiser, le projet stoner/hardcore de Reuno de Lofofora. On aura aperçu plus tôt l’homme déambuler dans la salle sans complexe. Il fait plaisir de voir un personnage ayant bien plus de renom que certains artistes qui ont déjà la grosse tête se montrer aussi naturel et accessible. Et la prestation de Mudweiser est dans cet esprit. De toute façon, dans le stoner, il n’y a nulle place pour le superficiel.

Le stoner de Mudweiser est particulièrement crasseux et teinté d’une pointe d’agressivité hardcore, héritée des groupes d’origine des membres, et d’un chant particulièrement rauque grâce à Reuno. Ce dernier est un frontman dont le charisme est authentique. Il n’active pas un mode « frontman » en montant sur scène, il est ainsi. Ses yeux sont pénétrants – et on se met volontairement dans les premiers rangs pour se choper son regard dans la gueule – et traduisent un état de transe dans lequel rentre Reuno sur scène. En disciple d’Iggy Pop, entre deux lignes de chant, l’homme danse et se tord d’une manière presque lascive au rythme de sa musique. On ne dira pas qu’il égale l’Iguane mais sa gestuelle n’en est pas moins obscène (parfois) et parfaitement en accord avec le son de Mudweiser, puissant et sale. Là où Loading Data réussissait à trouver un difficile compromis entre élégance et énergie, Mudweiser plonge les mains dans la boue.

Mudweiser : la température monte.

Et Mudweiser est le premier à tomber la chemise. Plus précisément son bassiste barbu Jay, tournoyant, sautillant et se contorsionnant sans cesse comme si la musique qu’il jouait lui brûlait la peau, mais ne pouvant arrêter de jouer, il lui faut bouger sans cesse pour que le feu qui l’envahit s’échappe.

Tout possédés qu’ils sont, les membres de Mudweiser dégagent malgré tout une grande sympathie, un plaisir d’être là et développent une authentique proximité et une communication avec le public. Foule qui capte parfaitement l’énergie hardcore qui coule sous la croûte southern metal et part dans quelques pogos qui réchauffent encore plus l’atmosphère, s’il en était besoin.

Julien Bernard (7 Weeks) lâche le carnivore

Rencontrés quelques heures plus tôt, les membres de 7 Weeks nous affirmaient que le début d’une tournée pouvait paradoxalement être plus difficile que la fin, dans la mesure où le corps encaisse et n’a pas encore eu le temps de s’habituer à ce rythme si particulier et difficile. Julien Bernard et ses acolytes montent sur scène avec quelques cernes et l’air visiblement fatigué, et l’on sent le chanteur quelque peu sur la réserve dans ses interventions scéniques ainsi que vocalement. Sur ce point-là, il n’est pas aidé par le son : comme ce fut le cas pendant presque toute la soirée pour les trois groupes, la voix est mixée très en retrait et la compréhension des paroles devient secondaire pour le spectateur qui y renonce finalement. Pas aidé non plus par quelques « relous », comme on dit. Entre celui qui fauche la bouteille d’eau du frontman sur scène, ce dernier lui rétorquant : « Tu m’aurais demandé, je te l’aurais donné ! », avant de la reposer, marqué de ses effluves buccales, où il l’a trouvée ou un autre ruinant l’atmosphère juste avant le pesant « Let Me Drown » pour aller se plaindre auprès du frontman d’une sécurité qu’il jugeait trop autoritaire à son goût…

Néanmoins, le groupe arrive très vite, avec son professionnalisme, à faire oublier tout cela en donnant de l’énergie et en exécutant un set parfaitement dosé dans le choix des titres rapides (« Acid Rain », « Loaded »), des mid-tempos (« Carnivora ») et des titres plus ambiancés (« Let Me Drown »). Une excellente dynamique qui aura fait passer ces 45 minutes bien trop rapidement. Surtout qu’un « Andy Part. 2 » (issu de l’album Dead Of Night), prévu sur la setlist, s’est retrouvé à la corbeille. « Loaded » et « Acid Rain » sont un défouloir jubilatoire. Les atmosphères des titres plus atmosphériques issus de Carnivora et de Dead Of Night sont interprétés avec sobriété et soutenus par des lumières tamisées appropriées. « Carnivora » est aussi percutant qu’hypnotique tandis que « Let Me Drown » captive le spectateur qui n’attend qu’une seule chose : que le crescendo aille à son terme, jusqu’à l’explosion.

Il a l’air calme comme ça… mais non.

La mise en place du groupe est impeccable – Jérémy à la batterie est tout bonnement impressionnant sur un « Loaded » pourtant particulièrement rapide – et contribue même au spectacle, notamment lorsqu’on les voit de temps à autre changer et s’échanger les instruments pour les besoins d’une compo ou triturer les pédales d’effets, signe de la complexité texturelle de certains titres. On notera notamment la présence du nouveau membre, Manu, aux claviers. De prime abord, dans son costard noir, très sobre, l’homme paraît en décalage dans cette soirée de rock’n’roll, mais dès le début du show, il est le premier à s’exciter et à headbanguer sur ses instruments. Sans trop regarder le public, il vit la musique comme possédé. Et finalement, le costard lui confère plus une attitude de tueur à gages dérangé.

Julien nous racontait quelques heures plus tôt le travail que le groupe avait dû fournir lors des ciné-concerts pour Dead Of Night afin d’être en place pour un tel exercice où l’erreur n’est pas permise. 7 Weeks bénéficie maintenant des fruits de ce travail. Toute la richesse et l’atmosphère des compositions et de ses arrangements est restituée de manière parfaite et qui plus est avec décontraction. Le groupe est certes concentré, mais maîtrise parfaitement son sujet. Une concentration et un sérieux qui donne une classe ténébreuse au groupe. Et qui lui permet de bien vivre certaines réactions d’un public (trop) surchauffé par Mudweiser juste avant, qui aimerait bien pogoter, ce qui n’est pas toujours apprécié par le reste de l’audience qui aurait apprécié de profiter des quelques moments plus planants sans se prendre les coudes d’un énergumène parfumé au houblon dans le dos ou sans entendre des « Alleeeeez ! » voulant pousser les Limougeauds à envoyer la sauce là où il faudrait plutôt se laisser porter par la musique.

Dans la famille stoner, c’est ainsi qu’on s’aime.

Mais quand il s’agit de se lâcher, 7 Weeks le fait aussi très bien comme sur « Loaded », rapide, festif et enragé, où Jay de Mudweiser est même invité à partager le chant et la scène où il se vautre pour se laisser pénétrer (oui, ça devient sexuel) par le son de leur co-headliner. Un final résumant à lui seul cette soirée énergique et fraternelle en hommage au stoner.

Live report : Metal’O Phil et Animal
Photos : Spaceman

A voir également :

Galerie photos du concert de 7 Weeks
Galerie photos du set de Mudweiser
Galerie photos du set de Loading Data



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