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CR De Festival    Live Report   

70000 TONS OF METAL 2019 : Carnet de bord


60 groupes, 3000 chevelus, l’océan à perte de vue, un paquebot plus long que la tour Eiffel… et des tonneaux par milliers. Pour la neuvième année consécutive, le festival flottant 70000 Tons Of Metal s’apprête à lever l’ancre à quelques encablures de Miami pour quatre jours de bringue extrême et cette fois-ci, nous en sommes ! Au programme de ce report : ce carnet de bord rédigé au fur et à mesure de notre périple, une galerie photos (prévoir vos lunettes de soleil pour une meilleure immersion) et un after-movie en guise de souvenir animé.

Notre équipage n’étant constitué que de deux boucaniers à la peau fragile, inutile de dire qu’il serait purement et simplement impossible de livrer un compte-rendu exhaustif de la croisière. Ce que vous trouverez ici, c’est l’angle de vue d’un festivalier parmi d’autres qui vit pour la première fois cet événement hors-du-commun, au sens littéral du terme. Sur ce… See you on board !

DAY 1

Bye Florida!

12h32 : Après deux jours d’acclimatation Floridienne, nous voilà au pied de l’Independance Of The Sea. C’est gros. Vraiment gros. Plus gros que le Uber de Pedro qui s’est un peu perdu au milieu des multiples quais de Port Everglades.

12h38 : Nos bagages sont pris en charge. « Any liquors in there? » Nope. juste un fond de graines de chia et des baies de goji.

13h02 : Suspens au check-in, la formulaire ESTA de Claudia semble attirer l’attention du personnel, on attend, on attend, on attend… « Have a nice trip ! » Ouf.

13h28 : La chambre s’ouvre, lit king size, salle de bain privative et joli balcon. Dommage qu’il n’y ait pas de mini-bar gratuit, c’était le prix de notre intégrité. Quant à la vue, pour l’instant nous profitons d’un magnifique panorama sur les usines (de quoi, on ne saurait dire) de Fort Lauderdale.

14h12 : Première déambulation dans les étages, nous découvrons le mur d’escalade, le bassin de surfing (où un illustre inconnu se fait lyncher par les flots), le terrain de basket, le toboggan de la mort… Walibi, nous voilà.

#pimpmypéniche

14h56 : « Ca marche ? […] Ca marche pas. […] Ca marche ! […] Ca marche plus.. […] Ah si ça marche ! » Connexion Wifi : check. Pas de quoi binger dans le jacuzzi mais ça devrait suffire pour les fondamentaux.

15h32 : Telle une instagrameuse foodporn déambulant au carnaval de Satan, Claudia et sa veste en papier crépon à fleurs provoquent quelque peu l’incompréhension dans le regard de certains tee-shirts noirs. Keupon.

16h15 : C’est l’instant sécurité avec les consignes de survie données sous les canots de sauvetage. Bon, soyons honnêtes, les trois quarts de l’assemblée s’en battent la rate et discutent du running order ou du buffet garni. Croisons les doigts pour ne pas se prendre un ouragan dans la trogne.

16h34 : On remarque quelques bambins avec leurs parents. Clairement il y en a qui vont se la péter à la cour de récré.

Calorie’s Avenue

17h08 : Ravitaillement en vitamines / théine au Café Promenade. Objectif zéro gastro / indigestion.

17h39 : Le kraken éloigne doucement sa carcasse de luxe de Fort Lauderdale, bramant et longeant la côte, recevant au passage les salutations des pêcheurs et autres golfeurs empolotés.

18h01 : La Floride s’éloigne et les gratte-ciel du Downtown de Miami commencent à rapetisser. Les golfeurs laissent place aux cargos porte-conteneurs.

18h20 : Ne voyant pas notre grosse valise arriver, nous passons dire bonjour à la sécurité du paquebot. Et en effet, le dit-bagage bloquait car contenait… une multi-prise. On le saura.

19h07 : Virée au Royal Theater où Delain a l’honneur d’ouvrir les hostilités et remplit sans peine la salle. Première bonne impression, le son est certes un peu fort mais bien équilibré et propre. En combi-cuir rouge pétant, Charlotte Wessels prends son rôle de frontwoman à cœur et communique beaucoup avec son public, au taquet et disposant encore de 100% de son énergie. George Oosthoek de Mayan viendra même user de son scream pour finir le concert avec une dose d’agressivité supplémentaire.

The Royal Fuckin Theater.

19h57 : En regardant bien le parterre de metalhead qui nous entourent, nous nous rendons compte à quel point la moyenne d’âge est élevée en comparaison d’un festival plus classique. Après une analyse pointue basée sur des estimations on ne peut plus scientifiques, notre pifomètre se montre sans appel : 38 ans. Ou 43. Enfin par là quoi. C’est vrai qu’entre le billet d’avion et le prix de la cabine, nous ne sommes pas tout à fait sur un tarif Erasmus.

20h34 : Escale au Dining Room qui, conformément à son nom mais contrairement à ce que nous avions imaginé, propose des vrais repas à la carte servis en bonne et due forme et pas un buffet géant. Ici, on vous avance votre chaise, on vous déplie votre serviette et on vous beurrait presque la biscotte. Bref, c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à déguster une soupe à l’oignon gratiné avant un concert de Soulfly.

21h29 : A la bourre donc, nous retrouvons les Brésiliens au théâtre au plein milieu d’un blast sanguinaire de « Under Rapture ». Un mix de « Fire » et « Porada » puis « Prophecy » s’enchaîne tandis que l’on ressent le bateau légèrement tanguer. La fosse elle, est particulièrement rugueuse en son avant-centre, le gabarit requis pour résister aux circle-pits de « Arise Again » ou « Dead Behind The Eyes » est probablement au moins semi-lourd. Max Cavalera (et sa dread mutante de cinquante centimètres) est en forme et son fils Zyon encore plus, ce dernier met le feu aux fûts et frappe comme un bûcheron. Le show s’achèvera sur un « Eye For An Eye » survolté et groovy qui donnera lieu à un jump collectif synchronisé du plus bel effet. Brutal.

« Um ! Dois ! Três ! Quatro ! »

22h02 : Nous nous arrêtons devant la Dining Room qui offre un joli contraste. Les protagonistes débraillés de la longue table centrale beuglent, avec entrain et un sens tout particulier de la justesse, des airs mi-guerriers mi-pintés, sous le regard amusé des serveurs aux vestons impeccablement repassés.

23h59 : C’est avec « Dead To Me » que CyHra ouvre son concert au Star Lounge et d’emblée on comprend qu’il aurait été judicieux d’arriver bien en avance. Le groupe jouant quasiment au niveau du sol, la vision est vite limitée dans les rangs arrières, idem sur les côtés où la vue est obstruée par les enceintes latérales et une paire de colonnes. La présence de Jake E (ex-Amaranthe) et aussi mais surtout de Jesper Strömblad (ex-In Flames) n’est bien sûr pas étrangère à l’importance de l’assemblée. Les morceaux, ultra mélodiques, parfois à la limite du cheesy, collent parfaitement à l’ambiance festive et excessive qui règne à bord.

00h03 : Sous les étoiles, des jacuzzis remplis de festivaliers, eux-mêmes remplis de bière et de rhum. La recette d’une nuit paisible.

00h22 : Nous rendons les armes. Décalage horaire 1 – RM 0.

DAY 2

Matin venteux, marteau glorieux.

07h08 : La lumière pointe le bout de son pif à travers les rideaux mal refermés. Impossible de se rendormir. Bravo le veau.

08h46 : Petit-dej au Windjammer Café qui propose de quoi gaver un régiment berserk sans sourciller. Le buffet XXL propose à peu près tout ce qu’il faut pour se vriller la panse, salé, sucré, épicé… Sachons raison garder, prenons du melon.

11h02 : C’est sous un vent à décorner le Malin et un ciel gris métallique que Gloryhammer démarre la journée sur la scène du Pool Deck. Pas besoin de ventilo géant à la Steve Vai, Éole se charge tout seul de faire voler les chevelures, soulever savoureusement la robe du claviériste et même tomber quelques malheureuses bouteilles du bar. Si une partie des metalheads troque leur tee-shirt contre un sweat, l’atmosphère elle ne faiblit pas tant les Écossais se démènent pour foutre une ambiance de taverne apocalyptique. Pas avares en boutades et bouffonneries, Thomas Winkler et Cie nous plongent avec un gros second degré dans leur univers grandilo-épique, le tout parés de leurs plus kitchs atours. Gloire au marteau astral.

« Fluctuat nec mergitur » qu’ils disaient.

12h58 : Déferlante power au Royal Theater avec Unleash The Archers. Dans la fosse, ambiance forcément radicalement différente de la folie furieuse de Soulfly. Au programme, pas de circle-pits anarchiques mais une cohorte de fans qui scandent et headbang au rythme des mélodies heavy de « Time Stands Still » ou « General Of The Dark Army ». Brittney Slayes envoie des notes d’une hauteur vertigineuse pendant que ses collègues, un peu à la manière des gratteux de Maiden, ne cessent d’inverser leurs positions sur scène, de jouer côte-à-côte et d’haranguer les premiers rangs.

14h15 : Arkona contre vents et marées. Rarement cette expression n’a été aussi légitime dans un report. Car oui, le déluge s’abat littéralement sur l’Independance Of The Seas, douche intégrale et rafales pour tous. Le groupe attend encore et encore derrière la scène, l’embrun en pleine face. Enfin, alors que l’intempérie s’estompe à peine, le combo franchit l’estrade. S’en suivent quarante-cinq minutes de bravoure scénique qui auraient tout à fait trouvé leur place dans un clip. La posture des artistes, l’averse, les machines à fumée qui voient leur contenu partir dans tous les sens, tout semble réuni pour sublimer l’esprit pagan d’Arkona, comme si les esprits de la nature se joignaient à la fête. Mémorable, pour les fans comme pour le groupe.

15h12 : Halte à la salle d’arcade, pas franchement prisée par les hardos ou tout du moins pas à cette heure-là. Il faut bien dire qu’à part une vieille borne Rambo délicieusement kitsch, il n’y a pas grand-chose d’attrayant à nous mettre sous les phalanges.

Cosy dans le jacuzzi.

15h36 : Pause ratatouille / flageolets. Le combo des champions.

16h12 : Premières brasses dans la mini-piscine. On est pas loin de la superficie d’une mare aux canards mais l’eau est bonne. On se dit que cela aurait pu être drôle de ne pas vider le grand bassin et qu’il serve de pit à la main stage. Alors oui logistiquement c’est infaisable et il y aurait probablement eu quelques noyés lors des mosh-pits… Mais quand même, l’idée est belle.

17h03 : Prise de position face à la grande scène, posé sur un siège au dernier niveau accessible en plein air. La vue est belle mais les bourrasques sont tellement insistantes qu’il est même difficile d’écrire cette phrase. Avouez que ce serait nul de laisser tomber son téléphone dans un jacuzzi dix mètres plus bas, quand bien même celui-ci est en principe water-proof.

17h56 : Pour une raison probablement technique, Coroner commence avec près de trois quarts d’heure de retard et… ce n’est pas grave. Le groupe est fidèle à lui-même et déroule ses titres sans artifice, la setlist est de toute manière tellement solide qu’il serait difficile de ne pas apprécier la balayette auditive reçue. Seule ombre au tableau, le vent, lui encore, qui joue au yoyo avec le volume du son global dès que l’on s’éloigne un peu. Qu’importe, des titres comme « Serpent Moves » ou « Grin » passeraient crème même avec un son cassette. Il sera intéressant d’aller au match retour qui se tiendra au Royal Theater.

Trve shopping.

18h34 : Halte au Merchandise Store principal qui se tient sur l’une des trois salles dédiées en principe au dining room. Une longue file d’attente se tient le long du couloir, chaque personne dispose de son petit ticket de passage (oui, comme à la boucherie) et pénètre dans les différentes salles lorsque son tour est venu. Une peu déroutant à première vue mais finalement assez efficace puisqu’ainsi chacun peut prendre le temps de regarder le merch (de l’événement et des groupes) sans se faire marcher dessus. Pas con.

21h28 : Persefone ou la guigne progressive. Les Andorrans enchaînent à peu près tous les soucis techniques possibles : larsens à répétitions, micros foireux, ampli qui fait des siennes… Inutile de dire que pour rendre justice à des compositions techniques dans ces conditions, mieux vaut être rodé. Malgré ça, et pour compenser, les musiciens donnent le max (le chanteur lancera un circle-pit puis s’y mêlera) et tentent de garder leur calme. L’énergie déployée sauve le concert mais nul doute que le groupe appréciera d’autant plus son deuxième passage.

22h13 : Arrêt aux stands pour faire le plein d’énergie. Nous constatons une nouvelle fois le rapport privilégié que peuvent entretenir les festivaliers avec les artistes, les contacts sont fréquents et cordiaux, que cela soit autour d’une pizza ou dans les tribunes d’un concert. Force est de reconnaître que cette proximité est assez unique et donne lieu à de belles rencontres.

Première mondiale d’Ategnatos, dernier rejeton d’Eluveitie.

23h50 : C’est devant un parterre bien maigre que Krisiun commence son set, beaucoup de gens étant encore devant Eluveitie, heureusement tout vient à qui sait riffer. Et les Brésiliens savent riffer, notamment le gratteux qui semble être un sosie de Dimebag Darrell. Très vite, la jauge grimpe, grimpe et grimpe encore jusqu’à remplir approximativement les trois quarts du Studio B. Le trio balance un death old school, les titres les plus lourds tel que « Descending Abomination » semblent plus fonctionner sur la fosse. Exception à la règle, la reprise survoltée de « Ace Of Spades » qui fera péter une case au pit qui déclenchera le plus gros mosh-pit du concert. Le mantra du jour reviendra au chanteur-bassiste Alex Camargo : « Drink some beer, smoke some weed and support Metal! »

00h11 : Bronzer pépère sur un transat, faire trempette dans le jacuzzi, se remplir le bide au buffet à volonté, se poser devant un concert avec sa binouze et puis, avant d’aller pioncer comme un sac, acheter son beau tee-shirt « 70000 Tons Of Metal SURVIVOR ». Lolilol.

00h25 : A l’aide du précieux running-order, exfiltration sur le balcon d’une grosse punaise des familles pendant que Claudia décède sur la moquette.

00h37 : Zone sécurisée. Au schloff.

DAY 3

Welcome to Labadee!

07h25 : Terre en vue ! Haïti se dessine à l’horizon et c’est juste très beau.

07h50 : Claudia loupe le panneau « Attention ça glisse » et se vautre magistralement dans les toilettes pour femme, puis échoue à se remettre debout toute seule. Bah oui. « Ça glisse ». Ah ah.

08h15 : Le comité de bienvenue fait le tour du bateau en jet-ski et reçoit quelques hurlements de satisfaction depuis les balcons.

08h38 : Passage d’une barque de pêche plus toute jeune le long du paquebot de quinze étages. A bord, deux Haïtiens avec un succinct matériel de pêche. Tout un symbole.

09h02 : Et une poêlée de champis dans le bide, on est bien.

10h14 : C’est parti pour Labadee. Nous descendons sur le quai après le contrôle de rigueur (rappelons que nous entrons dans un nouveau pays) et direction l’accueil de l’île pour confirmer notre réservation de « snorkel safari », en gros aller dire bonjour aux poissons dans la barrière de corail.

Dans la place.

10h30 : Après avoir eu le temps de contempler le paysage (assez ouf) et la pelouse artificielle (moins ouf), l’équipe d’encadrement de l’expédition vient nous chercher avec une trentaine d’autres chevelus. Une fois sur l’embarcation, on nous remet palmes, gilets de sauvetage, masque, tuba, puis plein gaz (vraiment) sur la destination.

10h46 : Après le classique laïus sur les règles de sécurité (ne touchez à rien et ne vous noyez pas s’il vous plaît), ne reste plus qu’à enfiler l’équipement et faire le grand plouf. See you on the other side.

12h34 : Retour sur la terre ferme après une grosse heure de barbotage et un cocktail arhumatisé. Premier conseil si jamais vous comptez faire cette activité un jour, laissez passer le guide et la meute devant et prenez tranquillement votre temps à l’arrière, vous serez bien plus à l’aise pour observer la faune. Vous ne saurez pas forcément le nom des spécimens croisés mais vous en verrez plus et n’aurez pas la singulière impression de faire partie d’une colonie de phoques. Vous verrez alors passer plusieurs espèces différentes aux couleurs et formes variées. Pour ce qui est de la flore par contre, on constate que le corail est sévèrement touché, le phénomène de blanchiment lié au réchauffement climatique est très visible, les couleurs sont nettement moins flamboyantes que les images publicitaires… C’est à se demander pour combien de temps encore ce genre d’activités seront envisageables.

Forbans du dimanche.

13h15 : Retour sur l’Independance Of The Seas pour une douche express. Le sable et le sel de mer ne sont pas les amis de vos interstices.

14h08 : Promenade sur la côte et sur quelques points de vue, le paysage est… paradisiaque. Les monts verdoyants, l’océan, le soleil, le ciel bleu, une carte postale quoi. Il est du coup assez frustrant de ne rester que quelques heures pour aussitôt remonter sur le bateau, aussi beau soit-il.

15h42 : Une partie de la station balnéaire est entièrement dédiée à la vente de souvenirs, d’un côté la grosse boutique classique, de l’autre : une multitude de petits étalages mais qui proposent exactement les mêmes produits, sans prix affiché. Et autant dire que traverser cette allée tient du tour de force. Concrètement, tous les vendeurs vous sautent dessus pour vous emmener dans leur stand, ce qui est aussi triste que déstabilisant. Nous prenons le temps de discuter avec l’un deux, il nous explique que la Royal Caribbean paye l’état haïtien (l’un des plus pauvres au monde, rappelons-le) pour disposer de l’endroit mais qu’eux ne sont pas employés par la compagnie, ce que l’on pourrait croire puisqu’ils portent tous le même polo floqué. Au contraire, ils sont à leur compte, s’approvisionnent chez les mêmes artisans locaux et doivent se livrer à une concurrence féroce pour espérer ne pas rentrer bredouilles, en sachant qu’ils sont également tenus de payer une taxe quotidienne pour garder leur emplacement. A quelques mètres de là, les festivaliers sirotent des cocktails à 12$, ce qui correspond grosso modo à un salaire hebdomadaire à Haïti. Chacun en pensera ce qu’il veut mais le constat prête à réflexion.

Déjà l’heure de lever l’ancre.

16h24 : Le soleil descend doucement sur Labadee, comme l’impression de se retrouver dans une carte postale en VR

16h40 : De retour en cabine, Claudia m’informe que j’ai le dos comme une plancha. Du coup, nouveau conseil pour le « snorkel safari », sauvez votre peau, plongez en tee-shirt.

17h58 : Belle communion au Royal Theater avec Týr qui dispose d’une bonne fanbase présente dans la fosse, prête à chanter en cœur ses refrains guerriers ou lancer spontanément des danses folks collectives dans le pit. Au dessus de l’assemblée vole un orque en plastique véritable, parfois catapulté à grands coups d’épées ou de marteaux. Eux aussi en plastique. Le concert entier est à l’image du dernier morceau « Tróndur Í Gøtu », joyeusement rentre-dedans et entraînant.

18h41 : Une demoiselle en détresse est épaulée pour sortir d’un jacuzzi, de toute évidence dans un état second. Reste à savoir à qui la faute, le cocktail du jour ou les remous ardents de la baignoire à bulles.

La rétine en PLS.

20h03 : « Faith Divides Us – Death Unites Us », « One Second », « Hollowed Lands », « Gothic », « Beneath Broken Earth », « The Longest Winter »… Setlist variée pour Paradise Lost qui tape dans toutes les époques de sa discographie désormais trentenaire. A son habitude, Nick Holmes fait preuve d’humour piquant et troll gentiment son public. On retiendra cette belle preuve d’honnêteté « C’est le moment où je vous demande quel morceau vous voulez… alors que dans le fond je vais juste suivre le papier posé à mes pieds.» Un sans-faute.

21h13 : Je ne sais ce qui est le plus écarlate et assaisonné, la part de pizza dans mon assiette ou mon scalp dorsal ?

22h07 : Déambulation dans le casino. Pas de débat possible, il rencontre nettement plus de succès que la salle d’arcade. Les hardos sont partout, aux machines à sous (et à soûls), aux tables de poker, à la roulette… Nous respectons une minute de silence pour toutes les cartes bleues tombées au combat.

23h14 : Extinction des feux pour moi. Début de soirée pour Claudia.

DAY 4

Round 4… Fight !

09h36 : Tranquillement installé sur le balcon, occupé à fignoler le présent article, j’entends des « ploufs » dans l’eau. Machinalement je jette un coup d’œil. Trois ou quatre dauphins qui nagent dans le sens inverse. Merci à eux, pendant quelques secondes j’ai eu huit ans.

10h44 : Démarrage en douceur au Pool Deck avec Visions Of Atlantis, choix judicieux du running order pour tous ceux qui auraient le crâne en vrac. Le groupe austro-franco-italien fait monter crescendo la tension, que ce soit avec d’anciens morceaux tels que « Lost » ou issus du dernier cru The Deep & The Dark comme « The Grand Illusion » ou « Ritual Night ». Au chant, Clémentine Delaunay et Michele Guaitoli forment un duo efficace et très proche du public, bien campés dans leur rôle avec des gestuelles théâtrales qui collent parfaitement à l’univers apporté.

11h01 : Je trouve le moyen de me paumer sur le chemin du Studio B pour assister au concert de Convulse. Ça aurait été quand même plus simple dans une péniche.

12h13 : Au quatrième étage, je tombe par hasard sur une masterclass dédiée au songwriting et animée par deux membres d’Eluveitie, la chanteuse Fabienne Erni et le guitariste Jonas Wolf. Entourés d’une bonne vingtaine de festivaliers, les deux musiciens répondent avec franchise et humour à toutes les questions posées et décortiquent le morceau « Ategnatos », que ce soit du point de vue instrumental que vocal, technique qu’émotionnel. Pour expliquer concrètement les changements d’intention et d’interprétation, Fabienne Erni s’adonne même à une magnifique démonstration a capella qui nous laisse pantois dans notre canapé. Comme quoi, avoir un sens de l’orientation limité peut parfois aboutir sur de belles surprises. Anecdote bonus : Fabienne Erni n’avait jamais écouté de folk-metal avant d’être dans le groupe, elle était dans la même école de musique que Jonas Wolf qui l’a présentée à Chrigel Glanzmann via une vidéo-cover de « Let It Go ». Quand on vous dit que toutes les voies mènent au metal.

Grâce…

… et volupté.

13h02 : Véritable institution du 70000 Tons Of Metal, le Belly Flop Contest fait rage sur le pont. Ce délicat concours du plus beau plat (rien à voir avec Top Chef) voit défiler bon nombres de candidats qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour provoquer de francs tsunamis dans la petite piscine qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Si la majorité des spécimens sont de gabarit plutôt… charpenté dirons-nous, des petits modèles tenteront également leur chance, parfois avec panache. Le jury composé de Clémentine Delauney (Visions Of Atlantis), Sean Tibbetts (Kamelot), Alain Ackermann (Eluveitie), Aaron Aedy (Paradise Lost) et Heljarmadr (Dark Funeral), donnera son verdict après une lutte acharnée et consacrera le raffiné trio de tête.

15h28 : Autre véritable institution, l’All Star Jam ! Avalanche de tubes et de zicos au Royal Theater, le tout animé par Charlotte Wessels (Delain) et Alexander Krull (Atrocity). Maiden, Metallica, Motörhead, Dio, Lamb Of God, Black Sabbath, Judas Priest, Dio… la setlist est grasse à souhait et est interprétée par une tetratripotée de musiciens, tout droit venus de Soulfly, Sodom, Týr, Mayan, Delain, Eluveitie, Arkona, Raven, Dragony, Onslaught et j’en passe. L’exécution de tous les morceaux n’est pas toujours millimétrée au poil de barbe mais là n’est pas l’essentiel, l’ambiance décomplexée et l’éclate entre les différents protagonistes fait plaisir à voir. Les coulisses sont tellement remplis qu’une bonne dizaine d’entre eux restent sur scène pour suivre le show. Cerise sur le gâteau, les anecdotes livrées entre les morceaux, souvent croustillantes, comme celle d’Alexander Krull qui raconte la fois où il n’a pas pu passer le videur du bar où il devait jouer le soir. Mention spéciale à Max Cavalera qui, lorsqu’on lui demande une histoire sur ses années 90, répond : « oh… vous savez, mes souvenirs de cette époque sont très très troubles… en noir et blanc ou sépia ». Un esprit sain dans un corps sain le Max.

Les femmes et Obituary d’abord.

17h50 : Chaos sur le Pool Deck. Obituary arrive et provoque probablement le plus gros bordel vu sur l’Independance Of The Seas depuis de le début de la croisière. De « Redneck Stomp » à « Slowly We Rot », le groupe écrase, mâche et recrache ses morceaux à la face du pit. Toujours plus lourds, toujours plus gras, toujours plus crades. Les photographes gardent un œil derrière la tête, derrière eux, c’est la grande mousson des slammeurs. A la guitare rythmique, Trevor Peres tire des gueules de serial killer et se fend la poire en voyant le chaos en face de lui. Chaos qui ne s’arrête qu’à l’ultime larsen de l’ultime note. Énorme mandale floridienne.

20h13 : Regarder le Super Bowl quand on ne connait rien au football US n’est pas forcément la meilleure expérience qui soit. Le regarder, sur un bâteau de croisière américain, entouré de hardos venus supporter leur équipe ou juste brailler en coeur, en est une autre. Au programme : les New England Patriots, visiblement les darons du game, affrontent les Los Angeles Rams, qui ont leur chance mais « fautpasrêverilsvontsefairedéfoncer ». Hot-dogs, budweiser et main sur le coeur pendant l’hymne national, le ton est donné, ne reste plus qu’à comprendre les règles. Heureusement, nos voisins (et Wikipedia) nous expliquent les principes de base. Ceci dit, et en ayant bien à l’esprit que ce sport est extrêmement stratégique, mon cerveau s’en est tenu à : ça bourre, ça fait la passe, ça s’arrête, ça bourre, ça fait la passe, ça s’arrête, ça bourre, ça fait la passe, ça s’arrête. Et des fois, ça marque. Et quand ça marque… Dur dur pour les fans de Los Angeles ce soir, qui voient leur équipe se faire plier 13-3 sur beaucoup trop de télés à la fois et se font sévèrement salés par le clan d’en face. Quant à la mi-temps et Maroon 5, ahem, rip le respect.

Hail Patriots !

21h56 : Pause et bol d’air frais sur le pont où d’autres thrashos se délectent de leur « Headbanger’s Delight », cocktail du jour composé de rhum à la noix de coco, vodka, jus de canneberge/orange/ananas. Solide.

22h19 : Des membres du staff commencent déjà à plier la déco à droite et à gauche. Ca sent la fin.

22h38 : Tempête tribale avec Igor & Max Cavalera ! Ultime date de la tournée Return To Roots, le concert nous propose donc une dernière fois de plonger dans l’un des albums les plus cultes de leur discographie et accessoirement de l’Histoire du metal. Si Obituary avait le record de slams, les Brésiliens détiennent probablement celui du nombre de jumps. Chaque morceau disposant de passages ultra groovy, la fosse tangue avec jouissance sur les rythmes guerriers qui s’enchaînent. Tous les zicos sont à fond, notamment Tony Campos qui donne patate sur patate à sa basse, sur les morceaux de Roots mais aussi les autres classiques intégrés, sans oublier la reprise d’ « Ace Of Spades » déjà présentée sur la setlist de Soulfly deux jours plus tôt. Dommage que les photographes ne soient pas autorisés à immortaliser cet ultime show anniversaire.

23h56 : Court passage du côté du Royal Theater où Eluveitie provoque sans le vouloir des chenilles géantes qui montent et descendent des gradins. Nous retrouvons donc entre autres Fabienne Erni qui semble avoir l’aisance et la prestance d’une frontwoman de premier ordre. Folk Metal at its finest.

Andy Piller donne rendez-vous en 2020.

00h40 : C’est à Accept qu’il revient d’achever le running order du deck pool et par la même occasion les festivaliers qui vont avec. Aussi, quoi de plus symbolique que de débuter avec « Die By The Sword », vu la tronche de déterrés de certains metalheads, ce ne serait que mettre un terme à leurs souffrances. S’en suivront « Stalingrad », « Restless And Wild » avant que Mark Tornillo ne s’adresse au public, lui signifiant que l’aventure touchait malheureusement à sa fin. Un inconscient moussaillon, probablement peu enclin à quitter le navire, monte au sommet d’une élément de déco d’environ quatre mètres de haut, manque de bol, Jean-Michel Sécurité n’est pas d’accord et le fera descendre avec autorité, bien décidé à l’emmener « au poste ». Mais le trublion est fourbe et agile, en une fraction de seconde il s’échappe (bousculant environ cinq personnes dans sa lancée) et se fera poursuivre par tous les Jean Michel Sécurité du pont. La légende ne raconte pas si le dit-malandrin s’en sort à la fin ou s’il est jeté par-dessus bord. Pendant ce temps, les tubes des Allemands continuent de pleuvoir, « Monsterman », « Metal Heart », « Balls To The Wall »… On peut cependant regretter le peu de communication de la part du groupe, surtout s’agissant d’un show de clôture. Rien à redire sur la prestation musicale par contre, la machine est bien huilée. Le show finit avec l’habituel « I’m a Rebel » qui verra le jacuzzi central péter une durite. Encore plus que d’habitude.

01h21 : Le discours de fin d’Andy Piller commence dans la foulée, avant que la tension ne redescende. Le skipper en chef fait son lot de remerciements, notamment aux équipes techniques pour leur professionnalisme face aux conditions climatiques plus difficiles que d’habitude et annonce directement la dixième édition. Celle-ci se tiendra donc du 7 au 11 janvier prochain (votre estomac n’aura même pas le temps de se remettre des fêtes) et retournera à Cozumel (Mexique), là où tout a commencé. Info statistique bonus : 73 nationalités étaient représentées.

02h34 : Pendant que je pionce, Claudia filme le karaoké final et me rapportera que « c’était trop bien, t’as raté ça, il y a avait une ambiance de ouf ! ». Certes. Mais j’avais sommeil.

Ce que j’ai raté.

CONCLUSION

Le 70000 Tons Of Metal est-il donc hors-du-commun ? Dans un sens oui, forcément. Se retrouver sur un luxueux paquebot, entouré de vestes à patchs, l’expérience est digne d’un rêve sous acides. Rajoutez à ça une organisation très bien rodée, des concerts par dizaines, une ambiance unique et bon enfant… Tout est fait pour que vous passiez quatre jours d’exception et le pari est tenu.

Pour autant et je vais peut-être passer pour un peine-à-jouir, je n’arrive pas à me convaincre que le jeu en vaille la chandelle. Malgré de bons moments qui resteront gravés dans ma rétine et mes tympans, je reviens tout de même avec un sacré goût de décadence dans la bouche et… une empreinte carbone cramée au troisième degré.

Car, avec un peu de recul, est-ce que prendre son pied devant un concert nécessite vraiment de flinguer dix mille litres de fioul à l’heure ? Est-ce que siroter son mojito sur une plage haïtienne justifie de noyer la côte sous les particules fines ? Dans quelle mesure un plaisir personnel, aussi intense soit-il, peut-il légitimer une telle débauche de moyens et un tel impact environnemental ? Certes la croisière s’amuse, mais à quel prix ?

Bref, je pense que vous avez saisi mon point de vue qui, j’insiste là-dessus, n’est que le reflet de mon ressenti à bord et nullement un jugement péremptoire. Aussi, si vous comptez prendre le large lors de la prochaine édition ou si vous avez déjà participé à la fête, n’hésitez pas à venir en discuter et donner votre opinion en commentaires !



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  • Très bonne lecture. C’est intéressant de savoir ce qu’il se passe autour des concerts, vu que c’est ça qui fait la différence avec un festival sur la terre ferme (que ce soit en bien ou en mal).

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  • Joli article! Amusant à lire, et à la fois un peu amer car cette croisière est un rêve pour moi, qui ne se réalisera probablement jamais.

    Quant à la fin de l’article: arrêtons de tergiverser, l’humanité n’en a plus pour longtemps, et a plus que mérité sa fin. Alors autant s’amuser comme on peut pendant le temps qu’il nous reste à vivre.
    Et arrêtons avec « il faut sauver la planète ». La planète a déjà vécu pire que le passage de l’être humain, s’en est toujours relevé et s’en relèvera encore. Il serait bien présomptueux de penser qu’elle va « mourir » à cause de nous.

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  • Merde… Je voulais y aller d’ici 3-4 ans… Tu m’as perturbé… Limite j’veux plus voyager et faire la fête…t’as pourri mon groove !!! Super article néanmoins… Jsais pas en fait… Le mec fait LE truc what the fuck du genre et dis ouais faudrait peut-être pas le faire parce que (fuck) les gens… (fuck) La planète…

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  • Excellent le ton de cet article !!!
    Belle conclusion !

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  • Fikmonskov dit :

    Très chouette, cet article. Bien écrit, rigolo, intelligent.

    Et 100% d’accord avec la conclusion. Même si ça a quand même l’air rigolo 😀

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    Thorpedo

    Excellent!
    Vous m’avez franchement donné envie… de ne pas y aller !
    Plus sérieusement, article très rafraîchissant.

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