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Interview   

A Day To Remember ouvre ses portes


L’expansion d’A Day To Remember n’est pas prête de s’arrêter. Une affirmation qui vaut autant pour son public que pour sa musique. Car si déjà on avait du mal à positionner le groupe floridien en termes de genre musical, et que eux-mêmes ont été confrontés à la confusion de certains interlocuteurs lors de recherches de tournées, le nouvel album You’re Welcome risque de renforcer cette ambiguïté. Ayant ouvert ses portes pour collaborer avec une multitude de personnes, A Day To Rememeber se retrouve avec un disque où cohabitent sans sourciller hardcore et pop, avec toutes les nuances qu’on peut trouver entre les deux.

Après tout, le titre de l’album, annonce la couleur : c’est aussi bien un « de rien » anticipé en réponse à un « merci » qu’une invitation lancée à tout le monde, sans distinction. A Day To Remember est inclusif et positif. C’est le reflet d’un groupe bien dans ses baskets et qui profite de son album pour atténuer un petit peu le pessimisme ambiant après un an de pandémie. Le guitariste Neil Westfall nous donne son regard sur tout ceci.

« Le fait d’arriver comme ça et de travailler avec quelqu’un qui voit une même chose de manière complètement différente, ça fait que tu vas forcément obtenir un nouveau résultat, et c’était le but. »

Radio Metal : A Day To Remember était revenu en 2019 avec la chanson « Rescue Me » avec Marshmello, produisant un mélange du rock et d’EDM. Il se trouve que pour le nouvel album vous avez transposé au groupe l’approche collaborative qu’on retrouve dans l’EDM et le rap, en composant avec plein de gens différents. Peux-tu nous décrire votre expérience à réaliser un album ainsi ?

Neil Westfall (guitare) : Honnêtement, nous avons juste essayé de faire un album qui nous excite en introduisant toutes ces influences différentes qui sont très importantes pour nous maintenant que nous avons évolué et sommes devenus les compositeurs et musiciens que nous sommes aujourd’hui. Nous n’essayions de rien faire en particulier, c’est juste que nous en sommes naturellement venus à collaborer avec ces personnes. Quand tu travailles avec de nouvelles personnes comme ça, tu fais toujours plus ou moins ce que tu as l’habitude de faire, tu fais ta musique, mais eux la voient sous un angle différent, ce qui est intéressant et cool. Ils sont évidemment habitués à faire de la musique par le biais de leur propre processus aussi. Nous faisons de la musique tous les jours, et le fait d’arriver comme ça et de travailler avec quelqu’un qui voit une même chose de manière complètement différente, ça fait que tu vas forcément obtenir un nouveau résultat, et c’était le but. C’était tout un processus vraiment amusant, pour être honnête !

Le résultat, c’est que vous vous retrouvez avec un bon mélange de styles, allant du hardcore à la pop, en passant par le rock, le punk et le metal. Jeremy a dit que c’était la première fois depuis un moment que vous ressentiez une telle fraîcheur. As-tu l’impression que vous aviez atteint une limite avec vos précédents paramètres de travail ? Penses-tu que c’était une nécessité d’étendre vos horizons aujourd’hui ?

Je ne pense pas que c’était une nécessité, mais c’était clairement quelque chose que nous voulions faire. Tu rentres dans le processus, et lorsque tu es en train de travailler sur quelque chose, c’est genre : « Oh, on va travailler avec ce producteur, ou dans ce studio, ou on va faire mixer l’album par cette personne » et c’est comme ça. C’est un peu limité par ton propre mode de pensée. Cette fois, nous y sommes allés avec l’esprit ouvert, en disant : « Et si on essayait ceci ou faisions cela pour cette chanson ou la donnions à mixer par cette personne ? » Nous avons vraiment tout essayé. C’était ce qui était cool dans le fait de travailler avec Fueled By Ramen, ils nous ont vraiment permis de ne pas avoir de limites quant aux personnes avec qui nous voulions travailler et à la façon dont nous voulions travailler. Le fait d’avoir tous ces producteurs et mixeurs différents a vraiment permis à chaque chanson d’atteindre le niveau que nous espérions toujours qu’elle atteigne. C’est assez sympa de ne pas être limité comme ça. Quand nous étions en train de faire Bad Vibrations, nous avons travaillé avec un producteur, un ingénieur, un mixeur, tandis que sur cet album, nous avons vraiment voulu essayer de voir comment chaque style pourrait s’épanouir avec un producteur qui comprenait ce style. Nous n’étions pas limités par le passé par quoi que ce soit d’autre que nous-mêmes, je dirais. C’était vraiment sympa d’ouvrir ces portes et de voir ce qui se cachait derrière.

Vu la diversité de la musique et l’approche collaborative qui implique pas mal d’apports extérieurs, est-ce que ça a amené beaucoup d’effets de tiraillement ou même des tensions pour obtenir cet album ?

Je pense qu’avec n’importe quel album il y aura des effets de tiraillements, surtout, comme tu le dis, quand il y a plus de contributions. Ça n’a jamais été une mauvaise chose. Dès qu’il y avait de la tension ou que quelqu’un pensait que ça devait être de telle manière alors que quelqu’un d’autre pensait que ça devait d’une autre manière, c’était toujours la meilleure idée qui gagnait. Pour être juste, ça a toujours été comme ça chez A Day To Remember, mais nous avons toujours utilisé cette tension pour faire quelque chose de nouveau et frais. Au début du groupe, c’est comme ça que nous faisions : nous nous disputions pour ce que nous pensions être le mieux, et en ayant ces différents regards dans le groupe, différentes personnes qui ont différentes influences, on finit toujours par obtenir quelque chose d’inédit. Cette fois, c’était encore plus comme ça avec différents collaborateurs et différents points de vue, ce qui était génial.

Est-ce que ça nécessite de mettre son ego de côté quand on travaille dans un groupe comme celui-ci, et surtout sur un tel album ?

Dans une certaine mesure, oui. A la fois, je ne sais pas si c’est forcément de l’ego, mais tu sais au fond de toi, tu as une intuition, et c’est ce pour quoi tu te bats. Certaines choses sont super importantes pour certaines personnes et je pense qu’il faut les écouter. Il faut un certain niveau de confiance en la personne. Tu espères qu’elle se bat pour quelque chose en lequel elle croit et pas juste pour faire perdre du temps à tout le monde alors qu’au final elle s’en fiche. Il y a un peu des deux, il faut laisser son ego mourir un peu mais il faut aussi se battre pour ce en quoi on croit et ça nécessite un peu d’avoir confiance, d’être là : « Ça vaut la peine de se battre pour ça » ou « Bon sang, on devrait vraiment l’écouter » ou « Eh, je sais vraiment ce que je dis et j’y crois à fond, ça me procure des émotions, il faut que ce soit dans la chanson. » Vu sous cet angle, il y a beaucoup de tiraillements, mais je pense que globalement, c’est pour le meilleur.

« Il faut laisser son ego mourir un peu mais il faut aussi se battre pour ce en quoi on croit et ça nécessite un peu d’avoir confiance […]. Vu sous cet angle, il y a beaucoup de tiraillements, mais je pense que globalement, c’est pour le meilleur. »

Jeremy a déclaré que « c’est important de faire en sorte que chaque chanson compte, chaque morceau doit être impossible à passer ». Est-ce la raison pour laquelle vous avez créé plus de quarante chansons pour finalement vous retrouver avec les quatorze présentes sur l’album ? Ces quatorze chansons étaient-elles celles qui étaient « impossibles à passer » ?

Je pense que nous avons fait ça pour les trois ou quatre derniers albums, nous avons écrit une abondance de chansons. C’est parce que il y a énormément de gens qui contribuent au processus. Je crois que chacun d’entre nous a apporté dix ou quinze idées, certaines personnes en ont même apporté plus que ça. Je pense que le fait d’avoir une abondance de chansons permet vraiment de sélectionner le meilleur. Ça permet aussi d’essayer des choses qu’on n’essaierait pas normalement si on n’avait composé que douze chansons pour un album de douze chansons. Ça permet de repousser un peu les limites et d’être plus créatif, plus aventureux dans nos choix, car on sait qu’il y a énormément de matière. Avec une telle abondance de musique, tu te retrouves aussi avec plein de choses similaires, genre : « Il y a la même progression d’accord là-dedans, et peut-être que le pont de cette chanson ne fonctionne pas, le couplet de cette chanson ne fonctionne pas », du coup tu combines ces deux choses et tu obtiens quelque chose qui n’existait pas avant. La seule façon d’en arriver là, c’est en écrivant une tonne de musique.

Que faites-vous avec les musiques restantes, vous jetez tout à la poubelle ?

Il est clair que ce n’est pas jeté à la poubelle, mais souvent, elles restent là en attente. Nous avons une Dropbox contenant des musiques inutilisées issues de Common Courtesy, de Bad Vibrations et de cet album. Les jours où nous avons le syndrome de la page blanche, nous pouvons toujours mettre le nez dedans et peut-être s’inspirer de choses que nous avions composées avant. Dès que nous entamons un nouveau projet d’album, nous sommes toujours là : « Merde, j’ai écrit tous ces nouveaux morceaux, j’ai envie de continuer dans cette nouvelle direction. » Je pense que ça sert surtout de source d’inspiration pour le futur, et certaines musiques seront effectivement utilisées. Nous avons composé « All Signs Point To Lauderdale » à l’époque d’Homesick, mais elle n’a pas été terminée à temps, et lorsque nous avons travaillé sur What Separates Me From You, nous nous sommes remis dessus, nous l’avons terminée et c’était l’une de mes chansons préférées sur cet album. Donc on ne sait jamais ! Ça part et fait sa vie dans la Dropbox.

You’re Welcome est clairement votre album le plus catchy à ce jour. Même s’il y a quand même des passages vraiment heavy, vous allez encore plus loin dans le côté pop. Etait-ce juste une question d’élargir la dynamique du groupe ou bien aviez-vous dans un coin de la tête l’idée de conquérir encore plus de gens ?

Je pense que nous avons toujours flirté avec ces influences. En vieillissant et en évoluant en tant que musiciens et compositeurs, c’est une composante que nous avons toujours voulu avoir dans notre groupe, et que, je pense, nous avons toujours eue. Nous l’avons juste utilisée différemment. Ensuite, il y a le fait d’avoir travaillé avec Colin [Brittain], son influence a également poussé l’album dans cette direction. Etant donné d’où il vient au sein de la musique, il réfléchit aussi bien sous un angle rock que sous celui d’une production pop ; c’est là qu’il est bon. De même, le fait d’avoir ces années supplémentaires et des influences en plus sur la musique, ça nous a permis d’utiliser des éléments de production auxquels nous n’aurions jamais pensé avant. C’est quelque chose que nous avons probablement toujours voulu avoir et inclure dans notre musique mais nous ne comprenions jamais vraiment comment y parvenir. Ces outils additionnels nous ont donc permis de faire ces choses que nous avons toujours souhaité faire.

D’un autre côté, en se diversifiant ainsi dans toutes ces directions, n’y a-t-il pas un risque que les fans de hardcore le trouvent trop pop et les fans de pop trop agressif ?

Je pense que c’est quelque chose qu’A Day To Remember a toujours ressenti, depuis le début du groupe. Nous avons toujours fait les choses telles que nous le voulions, nous avons toujours essayé de faire la musique que nous voulions écouter, et il en est de même de cet album. Nous avons essayé de partir en tournée avec certains groupes de pop et ils étaient là : « Non, c’est trop heavy, ça ne fonctionne pas. » Et nous avons essayé de partir en tournée avec certains groupes heavy et ils étaient là : « Non, c’est trop pop, ça ne fonctionne pas. » Nous avons toujours été ce genre de groupe, mais il y a aussi toujours eu des opportunités où ça fonctionnait. Des gens prennent le risque de nous mettre à l’affiche et ils sont là : « Wow, ça fonctionne ! » Nous devions partir en tournée avec Slipknot. Qui aurait cru que notre groupe pop-punk avec des breakdowns pourrait coller avec Slipknot ? Mais ça collera ! Ce n’est jamais un risque, c’est toujours ce que nous voulons faire, et je pense que tant que nous sommes contents, nous trouverons toujours nos fans.

« Des gens prennent le risque de nous mettre à l’affiche et ils sont là : « Wow, ça fonctionne ! » Nous devions partir en tournée avec Slipknot. Qui aurait cru que notre groupe pop-punk avec des breakdowns pourrait coller avec Slipknot ? Mais ça collera ! Ce n’est jamais un risque. »

L’album a été enregistré en 2019, dont une partie lorsque vous étiez sur la route en plein Degenerates Tour. Penses-tu que ça ait eu un impact sur l’énergie que vous avez mise dans les enregistrements ?

Quand nous étions en train de travailler sur l’album en étant sur la route, la majorité des chansons étaient terminées, nous ne faisions qu’ajouter des petits bouts de production pour finir certaines parties de certaines chansons. Le gros du lifting était déjà fait. Nous avons peut-être travaillé sur seulement trois chansons et ce n’était que des parties de ces chansons, nous apportions de petites touches finales ; c’était ça durant cette partie du processus. Ceci dit, il est clair que le fait de voir… En l’occurrence, nous jouions « Degenerates » sur cette tournée et nous voyions l’énergie qu’elle recevait en live, donc nous avons clairement essayé d’incorporer dans les chansons sur lesquelles nous étions encore en train de travailler ces ingrédients qui comptent en live.

Vu que l’album a été enregistré en 2019, ça signifie que ça s’est fait avant la pandémie, mais au final, l’album sort plus d’un an plus tard. Qu’est-ce qui a pris autant de temps une fois l’album enregistré ?

Tout d’abord, nous avons fait cette annonce anticipée qui était très prématurée, très ambitieuse, alors que l’enregistrement et le mixage de l’album n’étaient pas terminés. Il fallait donc que nous finissions de l’enregistrer et ensuite, je crois que nous avons fini par travailler avec cinq ou six mixeurs différents sur l’album. A cause de toutes les influences et tous les sons différents, nous avons vraiment voulu nous assurer que les personnes qui travailleraient sur chaque chanson seraient les bonnes. Ça a pris énormément de temps de travailler avec toutes ces personnes et leurs différentes méthodes de travail. Surtout que la pandémie a vraiment commencé à prendre de l’ampleur au moment où l’album était en mixage, ce qui fait que nous passions par des coups de téléphone, des appels Zoom et ce genre de chose. En temps normal, nous pouvons aller sur place parler à la personne ou se poser avec elle durant la session pour faire les choses mais là ce n’était pas possible et ça nous a fait perdre beaucoup de temps. Pour couronner le tout, nous sommes passés par environ quarante concepts artistiques différents pour la pochette de l’album et aucun ne convenait. Une fois que nous avons trouvé le bon concept et le bon artiste… En fait, nous avons travaillé avec trois artistes différents pour obtenir l’illustration telle qu’elle est actuellement. Chaque partie de ce processus était une collaboration de plein d’influences différentes, et entreprendre quelque chose d’aussi ambitieux, ça prend beaucoup temps pour le faire comme il faut. C’était donc les circonstances qui ont fait que chaque partie du processus a pris beaucoup plus de temps que d’habitude. Essayer de gérer l’artwork par e-mail, téléphone, réunion Zoom, etc. a fait que ça a pris beaucoup plus de temps que ça aurait dû.

Ensuite, pendant que les choses se terminaient, nous avons commencé à voir quand l’album pourrait sortir. Nous avons dû comprendre comment produire ces objets pendant la pandémie, là où normalement, créer un produit vinyle… C’est une autre chose. Le label a suggéré que nous le sortions en format numérique, mais alors il n’y aurait aucun produit, rien. Nous étions là : « Nous avons passé sept ou huit mois à travailler sur l’artwork de l’album. Il nous faut ce produit physique, on pense que nos fans apprécient beaucoup ces produits physiques et ces interprétations de l’artwork, de la musique et de ce format, donc il faut faire ça bien. » Ça, en soi, ça a pris beaucoup temps. Je crois qu’il y a eu des retards de fabrication jusqu’à six ou sept mois. Il y a encore trois ou quatre semaines, ils nous disaient qu’ils n’étaient pas sûrs si nous pourrions avoir le vinyle à temps. Tout le processus était en suspens avec de nouveaux obstacles toutes les deux semaines. C’est vraiment ce qui a pris autant de temps mais nous voilà maintenant, c’est tout ce qui compte !

Toutes vos illustrations d’albums présentent une silhouette vue de dos. You’re Welcome ne fait pas exception. Qu’est-ce que ces silhouettes représentent pour vous ?

Au début c’était juste une coïncidence et puis au fur et à mesure, nous avons commencé à le faire de plus en plus délibérément. Ça pourrait être n’importe qui, c’est pour ça qu’on ne voit pas leur visage. Connaissant Jeremy et sa manière d’écrire les textes, je sais que c’est très important pour lui que n’importe qui puisse s’identifier aux choses et aux situations qu’il décrit. C’est vraiment ce que c’est censé représenter : n’importe qui pourrait traverser ces choses et vivre cette aventure. Nous espérons que notre musique puisse aider et être pour n’importe qui !

L’album s’intitule You’re Welcome. C’est une phrase qui est généralement dite en réponse à un « merci ». Du coup, à quel merci répondez-vous ?

En fait, c’est nos fans qui ont donné ce titre à l’album. Quelqu’un sur internet a suggéré qu’on devrait l’appeler You’re Welcome à cause d’un sweat à capuche que Jeremy portait sur lequel cette phrase était inscrite. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas sorti de musique, donc c’est un peu une manière ironique de dire : « Voilà de la musique, de rien. » Dans notre esprit, nous repoussons les limites en faisant des choses qui seraient trop risquées pour plein de gens, mais pour nous, comme je l’ai dit plus tôt, ce n’est pas un risque. C’est juste ce que nous voulons faire et je pense que grâce à nos fans et à l’extraordinaire soutien que nous avons de la part de notre équipe et de tous ceux qui travaillent avec nous, nous avons la chance de pouvoir faire ces choses, de repousser ces limites et d’ouvrir ces voies qui n’existeraient pas forcément sans ça. C’est un « de rien » en ce sens aussi.

« Quand tu es en tournée dans un groupe de musique, ta vie est très différente de celle de toutes les autres personnes dans ton entourage […]. Tu n’as pas vraiment l’occasion d’avoir un vrai noyau de personnes autour de toi, si ce n’est avec tes confrères musiciens, ils deviennent ta famille. »

Ça pourrait aussi être une invitation.

Absolument ! Vous êtes les bienvenus. Tout le monde est le bienvenu. C’est super important pour nous.

C’est un album très positif, et ce titre donne immédiatement le ton. Aujourd’hui, plus que jamais, à cause de la pandémie, on est entourés de pessimisme. Penses-tu que ce soit le genre d’album dont les gens ont besoin actuellement pour être dans un état d’esprit plus positif ?

J’espère ! C’est ce qu’il a fait pour nous. Il nous a donné quelque chose vers lequel se tourner, sur lequel travailler et de quoi être fier en cette période très négative et difficile à gérer. J’espère qu’il peut aussi être ça pour les gens et qu’ils pourront se créer des souvenirs positifs avec cette musique qui a été un véritable don pour nous en cette période. Avoir pu vivre cette expérience, faire cet album et ensuite comprendre et affronter tous ces défis lorsque la pandémie est arrivée, ça a été dur, mais ça a été une bénédiction, en nous offrant un horizon. J’espère que les gens trouveront quelque chose de positif là-dedans, car ça a été notre cas.

Est-ce que ce côté globalement positif reflète aussi où les membres du groupe en sont dans leur vie et leur carrière aujourd’hui ? Si on met le Covid-19 de côté, pensez-vous être dans une meilleure position aujourd’hui qu’il y a quelques années ?

Je le crois vraiment. Nous avons enfin suffisamment de soutien de tous les côtés de notre équipe et dans tous les domaines pour vraiment pouvoir faire ces choses et vivre cette vie, et aussi pouvoir avoir des familles, un toit sur nos têtes, une voiture pour nous rendre au studio, un studio dans lequel travailler, etc. C’est vraiment extraordinaire d’avoir toutes ces choses grâce à la musique. Malgré cette période négative avec la pandémie et tous ces trucs de dingue, nous pouvons quand même trouver du positif : nous avons des enfants, nos familles s’agrandissent, nous pouvons passer du temps à la maison… Même si, en tant que musicien ayant tourné durant la majorité de ma vie d’adulte, tout ce que je veux faire c’est repartir et soutenir cet album et faire des concerts. Le fait de créer ces expériences pour les gens et les fans, c’est une bénédiction. Nous sommes dans la meilleure position que nous avons jamais connue, par rapport aux gens, à la famille et au fait que nous faisons ce que nous adorons faire.

La chanson « Viva La Mexico » parle de multiples souvenirs durant ton enterrement de vie de garçon à Mexico. Dans la chanson, Jeremy chante « à quel point ça fait du bien de perdre un peu de retenue ». Penses-tu que ce soit particulièrement vrai dans un monde qui semble de plus en plus contrôlé ?

Je pense qu’avec tout ce qui se passe en ce moment, on peut prendre pas mal de choses dans cette chanson. Il s’agit juste de vivre dans l’instant présent, le temps du weekend, d’une soirée ou de ce qu’on a devant nous. Je pense que tant qu’on est responsables, on peut faire à peu près ce qu’on veut ! Tant qu’on ne blesse personne autour de nous, je pense que le fait de perdre un peu de retenue ne blessera pas grand monde.

Il y a aussi ces phrases que Jeremy chante, disant que ça l’a fait réfléchir sur sa vie et qu’il ne sera plus le même une fois rentré. Comment est-ce que ça vous a changés ?

C’est juste un de ces moments où tu sens que tu es en train de grandir. C’est un de ces moments charnières que tout le monde ressent à un moment donné. Quand tu es à ton enterrement de vie de garçon, c’est un peu une manière de dire au revoir à une partie de ta vie, tu passes à la partie suivante. C’est quelque chose que tu réalises après avoir bu quelques verres. Evidemment, quand tu as bu quelques verres, tout semble un petit peu plus exagéré et tes sens sont décuplés par rapport à la normale. Donc l’idée de cette phrase vient de là, c’est-à-dire que tu vis cette transition et tu as l’impression qu’après ça, tu seras une nouvelle personne, et tu es stressé en te demandant ce que tu vas ressentir, comment ça va être, comment cette nouvelle partie de ta vie sera. C’est juste un souvenir de ce moment, avec nos amis, à voire des verres et à vivre ça.

A Day To Remember existe depuis presque vingt ans et a considérablement grandi. Jeremy a dit que vous avez « traversé énormément de choses ». Quelles ont été les choses les plus folles que vous avez vécues en tant que groupe ?

Je dirais que ce serait tout simplement la vie. Tourner, surmonter ces obstacles de dingue, faire face à des labels qui ne soutenaient pas ce que nous faisions ou rester coincés dans certains pays à cause de catastrophes naturelles. Ne serait-ce que le fait de devenir les hommes que nous sommes aujourd’hui, grandir, se marier, avoir des enfants, avoir une famille et être là les uns pour les autres. Je ne sais pas quelle est la chose la plus folle – peut-être que ce n’est pas la réponse que tu attends. Quand tu es en tournée dans un groupe de musique, ta vie est très différente de celle de toutes les autres personnes dans ton entourage, rien qu’à cause du temps que tu passes loin de chez toi et du nombre d’endroits où tu te rends chaque jour. Tu n’as pas vraiment l’occasion d’avoir un vrai noyau de personnes autour de toi, si ce n’est avec tes confrères musiciens, ils deviennent ta famille. Nous avons tout vécu ensemble. Nous n’avons rien vécu de particulièrement fou si ce n’est la vie en général. En entrant dans cette nouvelle époque où on ne peut pas partir en tournée, nous réapprenons à être à la maison, mais nous nous appelons encore les uns les autres et nous sommes là : « Qu’est-ce qu’il se passe ? » [Petits rires]. C’est tellement différent et unique. Je suppose que tout ce qui ce passe actuellement est fou.

Interview réalisée par téléphone le 8 mars 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Floriane Wittner.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’A Day To Remember : site.adtr.com

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