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Nouvelles Du Front   

A Kaboul, le metal fait école


Il y a un peu moins d’un an, nous découvrions l’existence d’une scène rock à Kaboul. Après dix années de guerre, c’était avec plaisir que nous voyions l’expression musicale d’une certaine liberté retrouvée, où les hommes et les femmes venaient se défouler ensemble au tout premier festival de rock du pays, le Sound Central Festival (festival de musique moderne d’Asie Centrale).

Dernièrement, on a retrouvé dans les colonnes de Reuters un article sur un des groupes qui était présent à ce festival. Décrit comme « le tout premier groupe de metal d’Afghanistan », District Unknown joue sur une palette allant du psychédélique au doom-death (leurs influences allant d’Opeth à Slipknot), et même si la qualité n’est pas au rendez-vous sur toutes leurs compos (leur reprise de la version de « Sweet Dreams » de Marilyn Manson n’est déjà pas ce qui fera qu’on se souviendra d’eux), un tel groupe a déjà le mérite d’exister dans un tel pays, où, à leur début, ils étaient obligés de cacher leurs noms et leurs visages derrière des masques suite à des menaces d’ultra-conservateurs.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est en Iran que deux des membres du groupe, les frères Pedram (batteur) et Qasem Foushanji (guitariste), ont découvert le metal, nous apprend Reuters, quand on leur a offert un album de Metallica, en les avertissant au sujet du son « rude », en complet contraste avec la musique traditionnelle afghane. En 2008, ils fondent District Unknown et leurs thématiques sont certainement loin des papillons et des fleurs. Le guitariste Qais Shaghasi précise : « Notre musique ne parle pas de cœurs brisés, de relations filles-garçons. On ne vit pas ça. On parle de filles de 15 ans mariées à des hommes de 50 ans par leurs pères pour de l’argent. C’est ce que nous voyons. » Et contrairement à tant de groupes occidentaux qui parlent de mort et guerre depuis leur studio climatisé à Los Angeles, les metalleux Afghans savent, eux, de quoi ils parlent : « Nous vivons constamment dans la peur d’une mort soudaine. » nous dit Qasem Foushanji.

Mais à l’instar de nombre de metalleux occidentaux, l’amour du metal vient aussi d’un sentiment que tout fan du genre connaît, comme l’explique Pedram Foushanji : « Je me sens plus à l’aise en jouant du metal car quand tu sors, dans la vie de tous les jours, tu reçois un paquet d’énergie négative. Le metal me fait me sentir mieux. Pour moi, ça fait ce que la méditation fait pour d’autres. »

District Unknown et ses membres font partie des musiciens gravitant autour de l’école de musique « Sound Center » de Kaboul, qui a déjà attiré une vingtaine d’étudiants, dont des filles, et qui permet aux jeunes afghans d’évacuer la violence dont ils ont été témoins depuis 2001 et de trouver un refuge dans le rock. Ouverte en mai, cette école du rock, souligne l’article de Reuters, n’aurait évidemment jamais pu exister du temps de la domination des Talibans et aurait sans doute été détruite et les musiciens tués.

Parmi les membres fondateurs de cette école, on trouve l’Australien Travis Beard, guitariste punk et aussi considéré comme l’un des parrains du rock à Kaboul. Il explique certains des intérêts de cette école : « Ça leur donne du caractère. Il y a trois ans, c’était des petits garçons timides. L’un des gros problèmes dans ce pays, c’est que le peuple n’a aucun aucun moyen pour exprimer son opinion, on ne peut pas sortir dans la rue et commencer à dire des trucs, les gens vous tabasseraient. Le seul espace de liberté, c’est la scène. » Mais une liberté qu’ils ne sauraient expérimenter hors de Kaboul, toute une partie du pays étant encore sous influence talibane : « Kaboul est une bulle, nous ne pourrions aller à Kandahar pour faire ça. » souligne encore Beard.

En plus de cet esprit de liberté, cette école du rock cultive aussi l’égalité des sexes en autorisant les filles à monter sur scène, ce qui fait de cette école une exception dans ce pays. Les étudiants ont aussi à réaliser des performances mixtes une fois par semaine. « La ségrégation des sexes cause un tas de problèmes inutiles dans ce pays. » dit un Beard qui rêve de monter un groupe de filles.

Voici d’ailleurs les mots de Sahar Fetrat, étudiante de 16 ans dans cette école, qui y apprend la guitare alors que sa sœur Sadaf, 20 ans, apprend la batterie : « J’ai toujours voulu apprendre à faire du rock et essayé d’apprendre dans d’autres cours, mais l’enseignement n’est réalisé que par des hommes pour des étudiants masculins, alors nous étions souvent harcelées. Les professeurs dans cette école ont l’habitude d’être en présence de femmes. Les étudiants aussi. Ils ne rendent pas la chose inconfortable. Je veux apprendre à faire du rock car je suis une personne très active, le rock est sauvage et ça me permet d’être sauvage en en jouant. »

White City : un groupe d’expatriés à Kaboul.

Beard y enseigne aussi, tout comme l’Anglaise Ru (de son vrai nom Ruth Owen), aussi chanteuse et bassiste du même groupe que lui, White City, une véritable curiosité puisqu’il s’agit d’un groupe de rock basé à Kaboul, fondé en 2006 et composé de trois expatriés – le troisième larron étant Andronik, batteur d’origine suédoise. Avec une petite visite sur leur site officiel, on peut découvrir un peu mieux le panorama musical (et principalement rock) kaboulien et aussi un peu du cours de la vie sur place : « Il y a d’autres merveilleux groupes de rock afghans […] faisant leur propre musique. […] Nous comprenons que lorsque les gens voient l’Afghanistan à la télé, une situation incroyablement complexe, qui s’est développée sur des années, compactée en 2 minutes en un festival d’action en stéréo et technicolor, il est facile pour les gens de croire que c’est une zone de guerre. En fait, il est relativement aisé de vivre une vie normale. Oui, de mauvaises choses arrivent à Kaboul, mais pas tous les jours. Oui, il y a des bombes, des attaques et parfois des gens que vous connaissez sont pris là-dedans, mais il y a aussi une ville florissante pleine de vie et vibrante d’énergie, qui va de l’avant, qu’importe ce qui s’y trouve. […] [Ce n’est pas dangereux de faire de la musique à Kaboul]. Même si on prend plus de précautions pour un concert qu’on ne le ferait en Occident, nous trouvons ici une demande de musique. Nous ne sommes pas ici pour offenser qui que ce soit – nous ne jouerions pas si les fans afghans ne nous demandaient pas quand aura lieu le prochain concert. »

Enfin, au sujet de la scène kaboulienne en elle-même : « Petite. Mais très impliquée. Du metal psychédélique au rock fusion ethnique, il se passe beaucoup de choses. c’est dans la nature de Kaboul : les gens vont et viennent, les groupes se forment et se défont, mais il se passe toujours quelque chose, même si ce n’est qu’une jam informelle près du domicile de qulqu’un. Parmi les groupes les plus notables : District Unknown, Lap o Jap, White Page, Kabul Dreams, Sound Studies et Morcha. »

Résumé en vidéo et en musique du Sound Center Festival 2011

Pour le matériel, ils font venir des instruments et autres depuis Hong Kong, Dubaï, Istanbul, Melbourne, le Royaume-Uni, les États-Unis, mais tout ça s’use souvent très vite à cause de la poussière et des fluctuations électriques qui endommagent les amplis. Et bien sûr, il est difficile d’organiser des concerts puisqu’aucun lieu n’est prévu pour, il n’y a pas de salle avec l’installation électrique et sonore adéquate et il est parfois difficile de faire venir le public pour des raisons de sécurité, ce qui oblige parfois à annuler des concerts.

Et c’est aussi Travis Beard, encore lui, qui est le fondateur de ce Sound Central Festival, pour apporter une scène à Kaboul. Rien de politique derrière ce projet, que de la musique. Dans le cadre de la première édition, le 1er octobre 2011, ils étaient parvenus à impliquer Brian Viglione, batteur de The Dresden Dolls, pour animer un atelier en ligne. Ils prévoient maintenant de rendre l’événement annuel, de le rendre plus grand, avec notamment un déroulement sur trois jours et la venue d’une quarantaine d’artistes afghans et internationaux. Ils ont d’ailleurs déjà le soutien du guitariste de Testament, Alex Skolnick, qu’on peut voir dans cette vidéo ci-dessous, où nous est présenté par l’excentrique Beard le projet SCF 2012 et un appel au don (via un système de « crowd funding ») pour vraiment permettre à cet événement de grossir.

A-t-on jamais vu autant de T-shirts de metal sous le ciel de Kaboul ?

Par ce système, ils visent près de 34.000 dollars de dons. Bien sûr, s’ils n’atteignent pas cette somme, l’événement ne sera pas annulé mais ils devront rogner sur les groupes internationaux. D’ailleurs, l’argent servira avant tout à la location des lieux et de l’équipement sonore, à l’emploi de technicien son et lumières, à la sécurité, à la publicité sur place, etc. Pour l’instant, seuls 2500 dollars ont été réunis, ce qui est encore loin de leur but, surtout à 26 jours de la fin de la campagne de dons. Alors si ça vous tente d’encourager la scène rock/metal kaboulienne, n’hésitez pas : il y a des enregistrements des concerts de l’année dernière qui seront offerts aux donateurs, quelques goodies à partir du moment où vous mettez un peu plus… et si vous montez jusqu’à 2000 dollars de don, vous aurez même droit à un véritable tapis afghans. Sans blague ! Et si vous, vous ne pouvez pas, demandez-vous qui voudrait d’un vrai tapis afghan.



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  • En effet, très bon article.
    Et je confirme, à quand le folk metal afghan ?!

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  • Je connaissais le groupe Acrassicauda, composés d’Irakiens expatriés. Donc qu’il puisse y avoir des groupes issus de ces pays ravagés par la guerre ne me surprend pas non plus. Mais ceci est plus grand encore. C’est bon de savoir que des initiatives de ce genre voient le jour. Et puis, cette volonté de mixité, d’intégrer les filles dans le processus, je trouve que c’est une façon très positive de combattre les inégalités. Et puis, on veut tellement nous faire croire que ces gens sont des moutons soumis trop contents de voir les gentils occidentaux leur apporter la liberté. Cet article nous montre bien que les gens n’ont pas attendu les bombes américaines pour rêver de la vraie liberté. Moins de flingues, plus de grattes, de batteries et de micros. Je sais que c’est utopique mais ça porte à mon sens plus d’espoir qu’une voiture piégée talibane ou un bombardement des montagnes afghanes par les forces coalisées.

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  • Merci pour cet article, très intéressant, qui permet une autre vision de ce pays trop stéréotypé par la TV française…

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  • Au Bahreïn il y a le groupe Narjahanam qui est vraiment pas mal.

    http://www.myspace.com/narjahanam

    Ca fait plaisir de voir que l’expansion mondiales du metal perce de plus en plus loin dans des cultures jusqu’à récemment pas touchées. Le métissage à venir avec les musiques traditionnel va être intéressant. A quand du folk metal afghan ?

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  • Mooncore Fitzchivalry dit :

    Chouette article. Le metal n’a pas de frontière si ce n’est la dictature.

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