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Chronique   

A Pale Horse Named Death – Infernum In Terra


Sal Abruscato se repaît des contextes les plus sordides. L’ancien batteur de Type O Negative et Life Of Agony avait trouvé un terrain fertile aux considérations lugubres avec A Pale Horse Named Death créé en 2011. Fort d’un succès mérité, When The World Becomes Undone (2019) au titre prophétique entérinait le metal pratiqué selon Sal : un enchaînement de riffs sombres, flirtant avec le doom, et de vocalises qui empruntent au registre grunge. La pandémie a évidemment redéfini les projets d’A Pale Horse Named Death. À l’inverse de nombre de formations, Sal Abruscato en a profité pour s’adonner à d’autres projets, pas forcément musicaux, et prendre son temps. S’il avait déjà commencé à travailler sur le successeur de When The World Become Undone auparavant, il ne s’en est préoccupé de nouveau qu’à l’automne dernier. Infernum In Terra peut presque se concevoir comme une suite thématique. Rien ne va et l’espoir n’est pas vraiment permis. A Pale Horse Named Death s’enfonce de plus belle dans le funeste avec pour seule préoccupation de l’orner davantage.

Infernum In Terra se démarque immédiatement de ses prédécesseurs par une certaine volonté de renouvellement. L’artwork délaisse les images de chevaux macabres pour une « communion » autour d’une figure religieuse détournée et squelettique. Infernum In Terra se nourrit des représentations de la mort issues de la fin du XIVe siècle et des danses macabres, symbole d’une foi en mutation suite aux épisodes de la Peste noire. L’introduction « Infernum » joue d’ailleurs sur ce symbolisme en développant des cantiques religieux à peine audibles, supportés par un jeu de percussions en contraste, lui-même très discret. Les élucubrations d’un homme fou précèdent le riffing lent à la production caractéristique du groupe – des guitares « sales » qui donnent l’impression d’être étouffées – de « Believe In Something (You Are Lost) ». Sal Abruscato fait honneur à son timbre proche de Layne Staley et à ce goût pour les voix dédoublées et les mélodies languissantes. L’inédit survient avec les notes de piano du doomesque « Cast Out From The Sky ». A Pale Horse Named Death parvient à accroître la densité et la profondeur des guitares en utilisant le piano comme véritable support. Ce dernier lui permet en outre de jouer sur les dynamiques, Sal étant prompt à intégrer des accalmies qui ne laissent que quelques notes stridentes s’échapper. Par ailleurs, A Pale Horse Named Death parvient à ne pas s’enliser malgré une volonté constante de nous entraîner dans les bas-fonds. « Slave To The Master » repose sur un tapis d’orgue Hammond réconfortant, tandis que les mélodies vocales de « Shards Of Glass » tirent leur force d’une mélancolie aux relents optimistes. On se contentera de la lumière qu’on peut déceler.

Infernum In Terra est surtout le fruit d’une évolution thématique de la part d’A Pale Horse Named Death. Sal Abruscato désirait s’écarter des problématiques liées au suicide et à la dépression. « Lucifer’s Sun » utilise une thématique biblique pour chanter « la fin des temps [qui] a commencé » et profite d’un riffing aussi solennel que grave. « Two Headed Snake (Propofol Dreams) » relate quant à lui le vécu de Sal lors d’une anesthésie par intraveineuse. Il ne faut pas s’y tromper, A Pale Horse Named Death reste fortement attaché à l’accablement omniprésent. Certains remarqueront d’ailleurs une parenté explicite avec Type O Negative à travers l’hypnotique « Devils’s Deed ». Il étend simplement ses horizons et ne se contente plus seulement d’une introspection, ce qui se corrobore musicalement par les multiples arrangements disséminés tout au long de l’opus. La conclusion « Souls In The Abyss » est représentative du dessein de Sal Abruscato. Un enchevêtrement de murmures, de chants religieux émergeant à peine au milieu du mugissement du vent qui côtoie le piano. La désolation qui ne se prive pas d’élégance.

Infernum In Terra réussit à nous confronter à la situation de notre monde qui prend des allures crépusculaires. Sal Abruscato conserve la même intensité à la fois en appuyant sa fibre doom et en diminuant l’aridité de sa musique. Comme s’il romançait plutôt que de simplement décrire la décadence et la décrépitude. A Pale Horse Named Death est davantage une entité pleine de regrets et de tristesse que morbide, justement parce qu’il cultive une grâce au sein du marasme.

Clip vidéo de la chanson « Reflections Of The Dead » :

Chanson « Shards Of Glass » :

Chanson « Believe In Something (You Are Lost) » :

Album Infernum In Terra, sortie le 24 septembre 2021 via Long Branch Records/SPV Entertainment. Disponible à l’achat ici



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