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Interview   

A Pale Horse Named Death : prophète des Enfers


Certains en sont persuadés : la fin des temps est proche. Ils ont même la bande originale du film : l’ex-Type O Negative et Life Of Agony Sal Abruscato avait déjà « prophétisé » le monde qui se défait, il y a deux ans et demi avec When The World Becomes Undone de son groupe A Pale Horse Named Death. Avec tout ce qui s’est passé ces derniers temps, la pandémie en tête, il n’y a clairement pas de quoi se réjouir, sauf peut-être pour l’inspiration que cela apporte à un tel artiste qui se nourrit à l’obscurité. Infernum In Terra, l’enfer sur terre en latin, tout est dans le titre. Sal Abruscato appuie sur la fibre doom, en s’inscrivant à la fois dans la continuité et dans la rupture.

Toujours aussi expansif, malgré ses côtés associable et maniaco-dépressif, il nous livre sa vision du monde actuel mais aussi de lui-même et de sa vie avec beaucoup de franchise. De quoi mieux comprendre la teneur d’Infernum In Terra. Entre expérience sous anesthésie et bienfaits de la Bible, il évoque également la marque indélébile qu’aura laissée sur lui le regretté Peter Steele, dont l’année 2020 marquait les dix ans de la disparition. A l’époque, Sal était en train de mettre les touches finales sur And Hell Will Follow Me, le premier album d’A Pale Horse Named Death…

« Plus je vieillis, plus je ralentis [rires]. Je trouve qu’avoir de l’espace entre les notes est propice à la création de belles mélodies sur de la musique lente et un peu doom. »

Radio Metal : Tu as commencé à planifier l’enregistrement de nouvelles idées pour Infernum In Terra à peu près un an après la sortie de The World Becomes Undone, mais tu as dit que « la pandémie a tout changé ». Du coup, comment la pandémie a-t-elle modifié tes plans ?

Sal Abruscato (chant, guitare, batterie…) : En gros, j’étais coincé dans mon studio et avec toutes les mauvaises choses qui se passaient partout dans le monde, ça m’a inspiré pour travailler sur de la musique supplémentaire. Je voulais sortir un autre album, parce que je ne savais pas à quoi allait ressembler le futur. Pour préserver ma santé mentale quand la pandémie est arrivée, j’ai commencé à travailler sur des idées et à les enregistrer. Puis, plus tard dans l’année, à mesure que les choses progressaient, c’est devenu plus sérieux et j’ai enregistré quatre autres chansons. J’ai parlé au label et j’ai dit : « Je pense que je vais être prêt à faire et sortir un autre album. » Ils m’ont dit quand ils voudraient que ça sorte. J’ai littéralement fini en février 2021. Nous avons masterisé l’album en mars.

Il m’a fallu un an pour faire l’album parce que j’ai pris mon temps. Evidemment, avec la pandémie, on avait énormément de temps, on n’était pas pressés, il n’y avait nulle part où aller. Pour autant, tout m’est venu assez rapidement. Certains groupes prennent un peu plus de temps pour confectionner un album, mais le flot d’idées était incessant et je travaillais souvent jusqu’à tard le soir. Mais toute la musique a été écrite vers la fin 2020. J’ai enregistré à l’automne. Je l’ai fait moi-même parce que c’est essentiellement ainsi que je fais les albums. Je joue tous les instruments, à l’exception des solos de guitare. Avec la pandémie, ce n’est pas comme si je pouvais me réunir avec le groupe pour travailler sur des chansons, mais même en temps normal, je ne le fais jamais. Ce n’est pas comme ça que je fais des albums. J’ai toujours écrit les chansons tout seul, j’ai toujours tout fait et joué tous les instruments moi-même. La pandémie ne m’a donc pas arrêté ou ralenti dans la réalisation de l’album. Faire des albums semble être la chose la plus facile à faire en ce moment. On ne peut pas vraiment faire de concert. Je ne vais pas pouvoir prendre l’avion pour me rendre en Europe et y donner des concerts de sitôt. La situation est différente, mais au moins, je sais que je peux continuer à faire des albums et c’est une bonne chose.

Cet album sonne comme le plus doom des quatre, les chansons sont très lentes… Dirais-tu que c’est le produit de l’atmosphère dépressive et apocalyptique qu’on a connue l’an dernier ?

[Rires] Plus ou moins. J’ai eu tendance à m’orienter vers des choses plus lentes et doom. Durant les trois dernières années je me suis intéressé à certains groupes de doom que j’aime bien. L’un d’entre eux s’appelle Windhand. Je recommande aux gens d’aller le découvrir. C’est un très bon groupe de doom avec une chanteuse, je l’adore. Donc j’ai voulu aller dans une direction plus à la Black Sabbath et ne pas me soucier de faire des morceaux entraînants. Je dirais que c’est clairement, de loin, l’album le plus lent et doom… Enfin, il y a deux ou trois morceaux sur les autres albums qui sont lents aussi, mais de manière constante, du début à la fin, le concept de ce nouvel album va clairement dans un côté doom brut, qui est quelque chose qui m’attire de plus en plus. J’ai le sentiment que lorsque je vais me mettre à faire d’autres musiques dans le futur, ça continuera dans cette veine. J’imagine que plus je vieillis, plus je ralentis [rires]. Je trouve qu’avoir de l’espace entre les notes est propice à la création de belles mélodies sur de la musique lente et un peu doom. Par exemple, je suis excité par la chanson qui sort dans deux semaines pour laquelle nous avons fait un clip et qui s’intitule « Reflections Of The Dead ». C’est une chanson vraiment doom et sombre, très dépressive. Je l’adore et le clip qui a été fait est vraiment super. Cette chanson, à la toute fin de l’album, je crois que c’est la dernière que j’ai écrite pour cet album, en novembre 2020. C’est un indice de la direction que je commence de plus en plus à prendre. Si je me mets sur un autre album, je pense que ça sera encore plus dans cette veine, ce sera encore plus lent. Donc tu as clairement vu juste.

Dirais-tu que tu prospères sur le plan créatif lors des périodes misérables et sombres comme en ce moment ?

Oui. Enfin, je suis personnellement une personne misérable [rires]. J’ai plein de problème en moi. Donc ça semble ressortir dans la musique. J’imagine que le fait que je sois maniaco-dépressif me met dans cet état d’esprit. Cette période sombre… Enfin, regarde ce qu’il se passe ! J’ai honnêtement l’impression que le visage de l’industrie musicale a changé pour très longtemps. Je ne sais pas si ça redeviendra un jour comme avant. Je sais que de nombreux festivals ont de l’espoir pour l’an prochain. Par exemple, le Hellfest est très optimiste pour 2022, mais regarde ce qui se passe en ce moment en France (interview réalisée au mois d’août, NDLR). Regarde ce qui se passe en ce moment en Italie. Regarde ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis. Ça revient. La situation avec ce virus, qu’elle soit politisée ou utilisée pour d’autres raisons à l’avantage des gouvernements, ça ne s’améliore pas, ça ne s’arrête pas. On a aussi le problème des gens qui refusent d’essayer le vaccin. Donc maintenant on a des gens qui ne sont pas vaccinés et qui essayent d’aller à des concerts ou de sortir, ils tombent malades et transmettent le virus, et il ne disparaît pas.

« On est stupides et on n’apprend aucune leçon du passé. Je trouve qu’on était plus intelligents avant, même si on a maintenant toute cette technologie. Traite-moi de fou, c’est juste mon opinion. Je pense juste que les gens ont trop de confort en ayant autant à leur disposition. »

Cette misère générale avec tout ce qui se passe est la raison pour laquelle le titre de l’album semblait parfait. C’était aussi pour commémorer les dix ans de notre premier album And Hell Will Follow Me. Je voulais vraiment que le mot « enfer » soit présent dans le titre, mais avec ce qui était en train de se passer quand ils ont enfermé tout le monde pour la première fois et qu’ils rapportaient tous les décès de personnes âgées à cause de ça, j’étais là : « Ouah, c’est presque comme une forme de contrôle de la population », et tous les gens qui décédaient, et tout le monde perdait ses grands-parents, et tout le monde perdait son boulot et ses économies, et personne ne pouvait aller à l’école. C’est littéralement l’enfer sur terre pour tout le monde. Peu importe qui on était, ça nous affectait d’une façon ou d’une autre. Donc le titre semblait parfait. J’étais là : « Cet album serait vraiment porté sur le côté obscur » et je ne trouvais pas génial de l’appeler simplement Hell On Earth. C’est pourquoi je l’ai traduit en latin, je trouve que c’est plus joli. Ça sonne très intéressant. C’est plus attirant. Le latin est une langue ancienne universelle, d’une certaine façon. C’est comme l’araméen. Je trouvais que c’était une belle manière de transcrire le titre, et ça colle avec ce qui se passe. Et juste quand on pensait que les choses s’amélioraient, je vois maintenant un paquet de groupes, encore, cette semaine annuler leur tournée, parce qu’ils pensaient pouvoir partir en tournée, mais en fait non.

Il y a eu beaucoup de déprime et d’anxiété chez de nombreuses personnes durant la pandémie. Vu ta tendance maniaco-dépressive, dirais-tu que tu étais mieux préparé ou, au contraire, est-ce que ça l’a accentuée ?

Ça nous a fait un peu rire ma femme et moi parce que nous sommes relativement antisociaux, donc pour nous, ça n’a pas vraiment été un problème de nous tenir à l’écart des gens. J’ai passé beaucoup de temps sur scène et à faire des concerts, mais autrement, quand je ne fais pas ça, ça ne m’intéresse pas d’être au milieu de grands groupes de personnes. Ceci dit, c’était dur. C’était dur pour les enfants. C’était dur de voir mes enfants ne pas aller à l’école. Ils suivaient des cours via Zoom sur l’ordinateur. J’avais de la peine pour tous les enfants qui ne comprenaient pas à cent pour cent ce qui se passait et qui ne pouvaient pas voir leurs amis. Moi, ça allait. Ça me dérangeait un peu parfois, mais je pense que des gens l’ont plus mal vécu que d’autres. Certaines personnes ont besoin de tout le temps sortir. Certaines personnes ont besoin d’aller au bar, au café, et de fréquenter des gens. Nous avons fait ce que nous devions faire, parce qu’il fallait que nous soyons responsables et protéger nos enfant pour éviter qu’ils tombent malades. Etant maniaco-dépressif, peut-être que parfois je suis déjà dans cet état émotionnel, mais j’essaye quand même de ne pas baisser les bras. J’ai une famille et nous essayons d’avancer comme il faut. Je pense que mes frustrations venaient plus de tout ce qui se passait sur le plan politique, toutes les conneries que nos gouvernements nous font gober. J’avais l’impression qu’ils profitaient de la situation aussi pour contrôler les gens. Ils ont vu là-dedans une opportunité de nous contrôler. Donc mes opinions sont partagées.

Dans la chanson « Lucifer’s Sun », tu chantes sur le fait de « voir le monde s’effondrer » et « la fin du monde [qui] a commencé ». C’est un point de vue très sombre sur notre monde et notre avenir. Penses-tu qu’on soit condamnés ? Ne vois-tu aucune lueur d’espoir à l’horizon ?

Cette chanson parle particulièrement de ce qui se passe en ce moment dans le monde. C’est à fond dans le sujet. Je pense que d’une certaine façon, nous sommes condamnés. Je trouve qu’on régresse au lieu de progresser et de devenir plus intelligents. On se repose de plus en plus sur la technologie et tout ce que tout le monde nous gave. Plein de gens ne savent plus ce qu’on savait faire auparavant. Le mépris qu’a l’humanité pour la nature, pour les animaux, pour les uns et les autres… J’ai remarqué que cette pandémie a rendu les gens très méchants. Les gens ne sont pas sympas. Tout le monde est fou furieux. J’ai vraiment l’impression que le monde est sur une mauvaise trajectoire. Je ne sais pas si c’est lié au fait que les gens ont perdu la foi, et notamment en l’environnement familial – ils ne croient plus au fait de fonder une famille. Je trouve qu’on fait preuve d’un énorme irrespect pour notre environnement. La manière dont ils s’y prennent n’est pas bonne. On dirait qu’on laisse les pays qui polluent réellement le monde continuer à faire ce qu’ils font. Même si tous les pays disent qu’ils vont réparer le climat, ils ferment les yeux sur les autres pays qui sont les plus responsables des dégâts causés à la Terre. Je pense que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes condamnés pour cette raison. A savoir si l’espèce humaine va s’éteindre, je ne sais pas. Ça prendra longtemps, au-delà de notre temps de vie.

Nous sommes devenus une société vraiment gaspilleuse : on achète des choses qui sont faites pour casser et être jetées. Dans le temps – il y a cinquante ans – si quelque chose se cassait, on l’emmenait dans un magasin spécialisé pour le faire réparer – ta radio, ton mixeur ou ton grille-pain, peu importe ce que c’était. Maintenant, que fait-on ? Tout est en plastique, c’est-à-dire fait à base de pétrole… C’est pourquoi je ne crois pas à l’idée de la voiture électrique. Ça ne va pas sauver le monde, car on va continuer à utiliser des produits basés sur le pétrole pour concevoir les éléments de ces voitures et tout ce qu’on a. On jette tout. Quelque chose se casse, on le jette et on en rachète un neuf. Les gens changent de téléphone tous les deux ans. On est devenus une société confortable et gaspilleuse où tout est toujours disponible pour acheter du neuf et tous les ans on nous pousse à acheter le dernier ordinateur, le dernier téléphone, le dernier tout. Même les voitures ne sont pas conçues pour durer. Je pense que c’est ce qui tue le monde, car on a des piles de camelotes, d’ordures et de déchets qui s’entassent partout dans le monde, dans tous les pays. Tout le monde dit qu’il faut être responsable avec l’environnement, qu’on doit se débarrasser de l’essence. Eh bien, ça ne va pas résoudre le problème parce qu’on reste une société gaspilleuse, on continue à consommer plus qu’on ne devrait et on jette tout à la poubelle, on ne répare rien. Plus personne ne sait réparer quoi que ce soit. Personne ne veut réparer quoi que ce soit. C’est un peu ce que j’entends quand je dis croire qu’on est condamnés. On est stupides et on n’apprend aucune leçon du passé. Je trouve qu’on était plus intelligents avant, même si on a maintenant toute cette technologie. Traite-moi de fou, c’est juste mon opinion. Je pense juste que les gens ont trop de confort en ayant autant à leur disposition, au bout de leurs doigts. Commande sur Amazon, reçois-le le lendemain. Tu peux l’utiliser pendant un mois et ensuite le jeter.

« Il faut un équilibre. Si tu veux croire en Dieu, tu dois croire au diable. Si tu veux croire qu’il y a une lumière au bout du tunnel, tu dois croire au fait de devoir d’abord traverser l’obscurité pour atteindre la lumière. »

L’Union européenne a justement pour ambition de bannir les voitures thermiques au profit du tout électrique d’ici 2035. Ça risque notamment de faire pas mal de véhicules qui iront à la casse prématurément…

Oui, pense aux voitures électriques : ils doivent extraire le lithium pour créer les batteries. A la fois, quand ces batteries ne fonctionnent plus, c’est un désastre environnemental et on ne peut pas s’en débarrasser. C’est drôle, tu m’appelles depuis la France et j’ai vu une image récemment d’un champ de voitures électriques appartenant à une ville, qui ne marchaient plus, elles sont juste laissées à l’abandon et ils ne savent pas quoi en faire, parce que c’est dangereux pour l’environnement d’enterrer ces vieilles batteries. On ne peut pas les jeter. A la fois, ils ont encore besoin de pétrole pour ces voitures électriques ; ils en ont encore besoin pour fabriquer toutes les pièces de plastique, les composants, les parties en caoutchouc plus ou moins basées sur le pétrole. Je ne pense pas que ce soit à cent pour cent la meilleure solution, parce que par exemple, que se passe-t-il quand on ne peut pas avoir l’électricité nécessaire pour recharger ces voitures ? Ici en Amérique, au Texas, ils ont eu plein de problèmes parce qu’ils ont tout remplacé par des éoliennes. Les éoliennes n’étaient pas en mesure de produire suffisamment d’électricité pour leur Etat et ils ont eu beaucoup de mal à fournir de l’électricité aux gens. Pareil en Californie ; la situation en Californie avec l’électricité est horrible. Pourquoi ? Parce qu’ils dépendent de l’énergie éolienne. Après, l’énergie éolienne, c’est cool, c’est une bonne idée, mais que se passe-t-il quand il n’y a pas de vent ? Donc ils ont toujours des problèmes de coupure d’électricité. Alors maintenant, imagine si tu as des millions de gens qui utilisent des voitures électriques et qu’ils essayent en plus de recharger leur voiture, qu’est-ce qui se passe s’il n’y a pas d’électricité pour recharger ta voiture, que tu as une urgence et que tu as besoin de te rendre à l’hôpital ? Ici, dans mon village, il y a un parking public et ils n’ont qu’une seule borne de recharge payante pour une voiture électrique. Peut-être qu’il faut trente ou quarante minutes voire une heure pour recharger ta voiture, donc comment ça pourra être utile aux gens s’ils sont vingt à avoir besoin de recharger leur voiture ? Ça n’a aucun sens.

Je pense que c’est une escroquerie financière, avec tous ces investisseurs élitistes qui ont aussi la mainmise là-dessus et vont se faire un paquet d’argent si tout le monde se convertit au tout électrique. Je pense que l’idée de l’hybride est bonne. L’idée de combiner l’essence et l’électrique est bonne, car au moins l’un peut prendre le relais de l’autre, car la voiture hybride génèrera sa propre électricité pour recharger les batteries, alors qu’une voiture tout électrique… Je ne sais pas. Il y a plein de gens là où je vis qui en possèdent, et je vois les câbles sortir de leur garage, leurs voitures branchées… Enfin, c’est cool de peut-être explorer ça et d’essayer, mais totalement bannir l’essence, je ne sais pas. Ça n’a pas de sens, car si tu veux aller de Toulouse à Paris ou de Paris à Clisson, ce n’est pas possible en voiture électrique. Elle pourrait être à court d’électricité. Avec une voiture à essence, tu peux faire la route et t’arrêter cinq minutes à une station essence, remplir ton réservoir et poursuivre ta route, mais avec une voiture électrique, que se passe-t-il si tu ne trouves pas le moyen d’avoir l’électricité ? [Rires] Je pense que c’est un peu un casse-tête. Ils ne sont pas encore à cent pour cent au point là-dessus. Je pense qu’il faudra un peu de temps.

When The World Becomes Undone évoquait déjà l’idée du monde qui s’effondre. Penses-tu que cet album et cette phrase ont gagné en pertinence au fil des derniers mois ? Est-ce la suite logique de tes observations à l’époque ?

Je pense, oui. C’est la continuation logique. Enfin, qui pouvait savoir ? Cet album est sorti en janvier 2019 et avec un tel titre, je ne savais pas qu’un an plus tard le monde serait littéralement défait. C’était une grosse coïncidence. J’ai toujours eu une approche apocalyptique avec tout ce qui se passe dans le monde, donc ça semblait adapté d’aller encore un peu plus loin. Cet album est probablement encore plus sombre. Il évoque un peu Lucifer et aborde le côté obscur des choses. Je dirais qu’en termes de contenu des paroles, il se pourrait bien que ce soit l’album le plus sombre que j’ai jamais fait. C’est ainsi que je le vois. Je pense que c’était l’étape suivante qui convenait après l’album précédent, c’est sûr.

D’un autre côté, tu as déclaré que « pour avoir la lumière, il faut avoir l’obscurité afin de tout équilibrer ». Comment A Pale Horse Named Death t’aide-t-il avec cet équilibre ? Quelle quantité de lumière reçois-tu en retour après avoir mis autant d’obscurité dans ta musique ?

Je ne sais pas, il faut que j’actionne l’interrupteur ou me procure une lampe torche pour trouver la lumière [rires]. Parfois, je suis mon pire ennemi, car je crois en cet équilibre mais parfois j’ai du mal à reconnaître la lumière. Je pense essayer un peu plus maintenant. Ma famille va à l’église et ma fille joue du violon dans la chorale à la messe toutes les semaines. Je crois réellement que – qu’on parle de Dieu, de l’univers ou peu importe en quoi les gens croient – tout est équilibré. Le yin et le yang. On a tendance à le retrouver dans toutes les cultures, il faut un équilibre. Si tu veux croire en Dieu, tu dois croire au diable. Si tu veux croire qu’il y a une lumière au bout du tunnel, tu dois croire au fait de devoir d’abord traverser l’obscurité pour atteindre la lumière. Donc peut-être que dans le message que j’essaye toujours de communiquer, aussi sombre puisse être ce message, il y a toujours un petit peu d’espoir et une tentative pour trouver un peu de bon dans la vie. Je suis coupable de ne pas le faire moi-même. J’essaye très fort d’apprécier ce qu’il y a de bon dans la vie, parce que je me laisse absorber par mes trucs personnels, peu importe ce que c’est, l’obscurité qui vit en moi. J’ai l’impression que la seule manière pour moi de l’évacuer, c’est quand j’écris à son sujet, mais même comme ça, je suis parfois coupable d’être pris dedans et de me laisser ronger. J’essaye de ne pas laisser mon âme se faire trop ronger, car j’ai trois enfants et ma femme, et il faut que je tienne le coup pour eux.

« J’aimerais pouvoir moi-même suivre mes propres paroles, car si je le faisais, je serais probablement une meilleure personne. Donc je suis un bon prédicateur, mais il me manque la capacité de faire ce que je dis. J’essaye d’y travailler. »

Mais on a le jour et on a la nuit, c’est un équilibre qui perdurera longtemps après nous, et pour croire en l’un, il faut croire en l’autre. Ça aide peut-être des gens à tenir dans les moments difficiles, car au final, ça veut dire qu’il faut avoir la foi et un peu d’espoir que ça pourrait ou que ça va aller mieux. Peut-être que finalement, c’est mon message, car j’espère toujours que ça ira mieux pour moi aussi et j’essaye d’avoir de l’espoir, car je suis coupable de souvent perdre la foi. Tout au long de ma vie, j’ai été en colère contre Dieu, disons, et je me suis toujours battu contre cette pensée. Quand je dis ces choses et, souvent, quand j’écris ces paroles, en fait je me parle à moi-même, en essayant de me redonner foi et de l’espoir que ça ira mieux, car la vie passe, on vieillit, ce n’est pas comme si j’étais un gamin qui pensait vivre éternellement. Non, ce n’est pas le cas. Il faut essayer d’en profiter. J’aimerais pouvoir moi-même suivre mes propres paroles, car si je le faisais, je serais probablement une meilleure personne. Donc je suis un bon prédicateur, mais il me manque la capacité de faire ce que je dis. J’essaye d’y travailler aussi.

Tu as changé l’esthétique de l’artwork, créant une séparation avec les trois premiers albums – même si tu as gardé le ton vert. Est-ce que tu vois les trois premiers albums comme une sorte de trilogie en estimant que désormais un nouveau chapitre est en train de s’ouvrir pour A Pale Horse Named Death, surtout si on considère, comme tu l’as dit, que cette année marque les dix ans du premier album ?

On peut dire ça. En gros, j’avais l’impression que peut-être c’était le moment de changer un peu. Parfois, je m’ennuie. Après l’album précédent, je me suis demandé combien d’autres albums j’allais sortir avec les mêmes couleurs et le cheval sur la pochette. Enfin, tout le monde connaît déjà le nom du groupe. Peut-être qu’il est temps de faire quelque chose de différent. J’ai rencontré un artiste irlandais. Avant ça, j’ai donné une chance aux artistes précédents qui avaient fait les trois premiers albums, mais ils ont refusé car ils étaient impliqués dans d’autres choses. Donc je me suis dit que c’était l’occasion de changer l’imagerie du groupe. Parfois, un peu de changement ça a du bon, pas trop, mais juste un petit peu. Nous avons incorporé des éléments similaires, mais je trouve que le résultat sur cet artwork est exceptionnel et fait vraiment ressortir le côté apocalyptique. C’est presque comme une scène biblique, avec cet être tenant une bible. On peut voir la tête de cheval dessus, il y a de petites choses comme ça qui reviennent. Je trouve que c’est bien. Je n’ai eu que des retours positifs. Quand les gens pourront enfin voir tout le rendu – que ce soit sur vinyle ou CD – avec les illustrations intérieures, le lettrage et tout, je trouve que c’est extraordinaire. Les couleurs sont magnifiques. C’était une nouvelle approche pour susciter l’excitation des anciens et nouveaux fans, car je commençais à me dire que les trois albums avaient les mêmes couleurs et la même atmosphère, et qu’il était temps peut-être de changer. Je suis content de l’avoir fait !

Tu as récemment changé de bassiste et de batteur. Eric Morgan et Johnny Kelly ont été deux personnages importants pour le groupe, à leur manière. Est-ce que ça a joué dans ta volonté d’avoir un nouveau départ ?

Les choses ont pris fin, ils sont partis. Johnny est quelqu’un de très occupé et je le loue pour ça. Je lui souhaite beaucoup de chance. A la fois, je savais que ça n’allait pas changer le son sur album parce que, pour être honnête avec toi, j’ai toujours été celui qui enregistrait la batterie sur tous les albums. J’étais aussi celui qui jouait la basse. Je joue à peu près quatre-vingt-dix pour cent des instruments sur les albums. Il n’y a que les solos de guitare que je ne fais pas. Je fais toujours faire les solos de guitare par les autres guitaristes. Je sais que plein de fans étaient peut-être déçus. Le problème est que je ne peux même pas me soucier des concerts aujourd’hui, puisque nous n’avons pas vraiment la possibilité de jouer en live. J’ai Oddie [McLaughlin] et Chris [Hamilton]. Nous avons répété à quelques reprises certaines des anciennes chansons et essayé de mettre en place un set, mais là encore, nous avons eu des problèmes avec un gars qui a eu le coronavirus il y a deux mois. Et par exemple, Oddie est mon bassiste et il joue dans quelques autres groupes. Il a fait un petit concert il y a deux semaines à Long Island, dans une petite salle. Il était vacciné mais les autres gars avec qui il a joué ne l’étaient pas et il faisait chaud et humide dans cette petite salle. Il a dit que deux jours plus tard, les trois gars de son groupe étaient positifs au Covid-19 à cause de ce concert. Il n’est pas tombé malade parce qu’il était vacciné, mais ça m’a fait halluciner. On ne peut même pas faire un petit concert, genre localement, dans notre propre ville pour l’instant, car les gens tombent malades. C’est tellement la merde que je ne me soucie pas trop du live avec les gars, mais ce sont les nouveaux musiciens pour le groupe live quand nous aurons enfin la possibilité de jouer. C’est aussi un nouveau départ avec ça. Avec un peu de chance, ça durera et ça fonctionnera, car c’est toujours plus ou moins en phase d’essai, mais j’espère que ça marchera comme prévu et que par la suite, nous pourrons faire des concerts quand ça ira mieux. Peut-être que c’est la raison pour laquelle ça coïncide avec le nouvel artwork. Nous avons eu cette trilogie avec certains membres dans le groupe et les choses sont un petit peu différentes maintenant, mais au bout du compte, les chansons viennent toujours du même endroit. C’est pourquoi cet album sonne toujours comme A Pale Horse Named Death.

Tu as dit que tu as toujours joué quasiment tous les instruments sur les albums passés, sauf sur When The World Becomes Undone sur lequel Johnny et Eric ont joué, n’est-ce pas ?

Sur When The World Becomes Undone, j’ai joué tous les instruments, excepté la basse qu’Eric Morgan a jouée. Sur And Hell Will Follow Me et Lay My Soul To Waste, j’ai fait la batterie, la basse et les guitares, sauf les solos de guitare. Sur l’album When The World Becomes Undone, Eric Morgan était le seul à avoir joué de la basse et Eddie Heedles et Joe Taylor ont fait les solos de guitare parce que je ne suis pas très solo. Mais je joue toutes les guitares, je compose la batterie, je joue la batterie. En gros, Johnny était le batteur live. Quand nous pouvions faire des concerts, c’était lui derrière la batterie, mais sur les albums, j’ai toujours gardé cette tradition d’enregistrer les albums à ma manière pour entretenir et conserver le son que je recherche pour les morceaux que j’écris. Tu sais sur quoi Johnny a joué ? Je n’ai pas eu le temps de le faire, il y avait un EP que nous avons sorti intitulé Uncovered, dans lequel nous avons fait deux reprises. Il a joué la batterie sur cet EP. Mais sur When The World Becomes Undone, c’était moi. J’ai toujours composé et enregistré la batterie. J’ai été batteur toute ma vie. C’est pourquoi quand la pandémie est arrivée, ça ne m’a pas empêché de faire un autre album, car grâce à la technologie, Joe Taylor et Eddie Heedles ont pu enregistrer leurs solos de guitare et me les envoyer via Dropbox. J’ai un studio chez moi, donc tout le reste – piano, batterie, guitare, basse – je l’ai fait moi-même sur cet album. Pour moi, c’est la meilleure manière de composer et finir les morceaux, car j’ai appris depuis longtemps, grâce à mon expérience, que parfois, quand on attend après d’autres gens pour qu’ils apprennent les morceaux, le résultat n’est pas comme on veut et ça ne sort pas dans les temps. Je peux me poser ici et travailler sur une chanson, et vingt-quatre heures plus tard j’ai fini. Je peux tout enregistrer et boucler la chanson. J’aime beaucoup jouer de tous ces instruments. C’est la vérité.

« Quand j’étais dans Type O Negative, je jouais avec Peter parce que j’adorais ce qu’il faisait. J’adorais son style. Même quand je n’étais plus dans le groupe, j’emmenais ce style avec moi, peu importe où j’allais. »

Tu avais travaillé en duo pour réaliser les précédents albums, avec Matt Brown pour les deux premiers et ensuite Eric Morgan pour le troisième. Tu as tout fait tout seul cette fois ?

Oui. J’étais un peu déçu de la production du son de When The World Becomes Undone. Il y avait quelque chose qui ne me plaisait pas. Donc je me suis dit que c’était le moment de tout faire, de produire et d’enregistrer l’album moi-même. Au final, je suis très content de l’avoir fait parce que, selon moi, il sonne super. Le mastering a été fait par Maor Appelbaum à Los Angeles, ceci dit, parce que le mastering c’est un tout autre processus. Il avait fait l’album précédent aussi. Il est d’accord pour dire que cet album sonne beaucoup mieux. Je voulais un son un petit peu plus brut et doom, et qui donne plus l’impression d’être dans la pièce. C’est pourquoi en entend les larsens au début des chansons. C’est clairement un accomplissement dont je suis fier. Encore une fois, grâce à la pandémie, je me suis procuré du matériel supplémentaire pour mon home studio, et j’ai dit : « Je vais tout faire comme j’ai envie de faire. » Je suis content car c’est ressorti exactement comme je le voulais. Ensuite, l’ingénieur de mastering Maor Appelbaum a pris tous les fichiers et a masterisé l’album avec du matériel analogique datant des années 1970, genre des trucs à lampe et tout, afin de lui donner un son plus vieux et chaleureux. Le résultat est super.

J’adore le son de batterie et le son de guitare. Je trouve que le chant est bien meilleur sur cet album que sur le précédent. C’était l’un des problèmes que j’avais, je trouvais le chant un peu noyé sur le dernier album. J’ai d’ailleurs eu quelques prises de bec avec Eric Morgan à cet égard sur la manière dont l’album était en train d’être mixé. Le chant n’était pas assez fort. Sans surprise, pas mal de fans m’ont dit la même chose et m’ont demandé pourquoi le chant n’était pas plus fort. J’ai donc voulu m’assurer d’avoir le contrôle sur le chant, les niveaux, le mixage, et je suis content de l’avoir fait. Parfois, il faut passer par des hauts et des bas pour enfin prendre les choses en main. La maison de disque est parfaitement contente et satisfaite. Ils savent que je peux me poser chez moi et faire des albums pour le restant de mes jours si je veux. C’est la différence. C’est un album qui est enfin entièrement produit par moi. Ceci étant en dit, travailler avec Matt Brown me manque. Ces deux premiers albums que nous avons faits ensemble sont incroyables. Ils sonnent extraordinairement bien. Lay My Soul To Waste est un album ayant l’un des meilleurs sons. Ça me manque de travailler avec lui et nous continuons de nous parler, nous sommes toujours amis. Il a une vie chargée et j’ai une vie chargée, donc nous avons pris des chemins différents. Mais il fallait que je rebondisse avec cet album avec un meilleur son que le troisième.

Tu as intégré plus d’instrumentation cette fois. Ces arrangements semblent vraiment soutenir et embellir les guitares plutôt que de les submerger et de détourner l’auditeur de ces dernières…

Je suis très content du rendu. C’est quelque chose que j’ai appris il y a longtemps grâce à un producteur, et Matt Brown croyait aussi à ça. J’ai fait beaucoup de piano qu’on entend dans la musique, mais j’ai aussi fait beaucoup de piano en retrait qui soutient les guitares. Ça semble leur donner un gros son. J’adore avoir du piano sous les notes heavy, ça ajoute vraiment une autre dimension. Ensuite, j’ai intégré sur cet album plus de cloches tubulaires orchestrales ; je l’ai fait sur presque toutes les chansons, ce qui donne à l’album un son un peu « vieux monde » et église gothique. Il y a des moments où on entend ces cloches et d’autres où, comme pour le piano, elles sont juste sous les guitares car je ne voulais pas submerger et détourner, comme tu l’as dit. Je ne voulais pas que ce soit trop tape-à-l’œil, du genre : « Eh regardez ! C’est le moment du piano ! Boum, boum boum ! » Je voulais que ce soit un soutien. C’est presque comme lorsqu’on fait un sandwich, on met une tranche de viande, une feuille de laitue, de la tomate… Ça a été un peu construit comme ça. Je suis très fan de cette manière de faire. Cet album est probablement celui qui contient le plus de chansons avec du piano, des trucs orchestraux et des ambiances sonores. Je suis vraiment rentré dans des choses différentes avec les ambiances sonores. Je crois vraiment à ça. J’adore écouter un piano pur et clair avec de la musique heavy. Je trouve que ça apporte une autre dimension qui donne vraiment à l’auditeur une autre option pour ses oreilles, mais rien qui ne prenne le contrôle, pas trop fort.

On pense forcément un peu à Type O Negative, sur le plan sonore, quand on écoute une chanson comme « Devil’s Deed ». C’est clair qu’A Pale Horse Named Death n’est pas Type O Negative ni n’essaye de l’être, mais d’après toi, dans quelle mesure as-tu amené une part de Type O Negative – consciemment ou inconsciemment – dans A Pale Horse Named Death tant d’années après ?

C’est assez facile à expliquer. J’ai connu Peter [Steele] à partir de 1983-1984. En 1989, j’ai commencé à jouer avec lui, mais il m’a tellement inspiré que j’ai commencé à apprendre à jouer. Je me suis acheté une basse, puis une guitare. J’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare et de la basse parce que j’avais l’habitude de regarder Peter et Josh [Silver] et j’étais impressionné par la façon dont ils composaient les chansons, que ce soit dans Carnivore ou Type O Negative. J’étais épaté. Je m’imprégnais constamment de ses techniques. Même à un jeune âge, j’absorbais. Il m’a motivé à être un batteur. Ce groupe m’a fait devenir un très bon batteur, mais j’ai aussi commencé à devenir un guitariste. Personne ne me voyait, mais je jouais tout le temps de la guitare chez moi. Je copiais ses techniques et sa manière de jouer les notes. Il jouait tout sur une corde, donc on pouvait entendre tous les slides et tout un tas de nuances. Il créait une certaine attitude et un certain son. Je m’appropriais toutes ces choses et ensuite, les années sont passées et j’ai commencé à écrire des chansons. J’ai commencé à tâter le terrain de la composition quand j’étais dans Life Of Agony, en écrivant un petit peu. Ces techniques sont restées en moi. J’ai gardé dans un coin de ma tête tout ce que j’ai appris en studio d’enregistrement.

« C’est bien de parler d’autres choses aussi. Je ne voulais pas que le monde ait pitié de moi. Je ne veux pas être le pauvre gars qui est tout le temps maniaco-dépressif. »

En gros, quand j’en suis enfin arrivé au tout début de ce qui allait devenir le premier album d’A Pale Horse Named Death, j’ai amené toutes ces influences dans cet album car ça m’a toujours plu. Quand j’étais dans Type O Negative, je jouais avec Peter parce que j’adorais ce qu’il faisait. J’adorais son style. Même quand je n’étais plus dans le groupe, j’emmenais ce style avec moi, peu importe où j’allais. Sur le premier album, ce n’était pas intentionnel. Ce n’était pas comme si j’avais planifié de faire en sorte que ça sonne comme Type O Negative, mais par coïncidence j’étais en train de faire cet album et j’avais presque terminé quand Peter est décédé. Du coup, c’était presque comme si je faisais perdurer ce son d’une manière ou d’une autre. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours enregistré la batterie sur album parce que mon style de jeu était une part importante du son de Bloody Kisses et Slow Deep And Hard, et de ce genre musical lent en général. Tout d’abord, ayant été le batteur de ce groupe, j’ai ramené avec moi ce type de jeu à la batterie, mais j’ai aussi ramené la façon dont les guitares sonnent et sont jouées, idem pour la basse. Il se trouve que je connais pas mal ses techniques et je sais ce que lui et Josh faisaient pour obtenir des sons. Ensuite, Matt Brown a utilisé tout ça, nous avons bien travaillé ensemble et nous avons fait ce premier album. Tout d’un coup, « Die Alone » est devenu cette chanson très typée Type O Negative. Je ne me lève pas le matin en disant : « Je vais faire ce style », c’est juste quelque chose qui est en moi. Quand je prends une guitare et que je commence à jouer, c’est ainsi que ça ressort.

L’année dernière était un triste anniversaire : ça faisait dix que nous avions perdu Peter Steele. As-tu eu une pensée pour lui parfois en faisant ce nouvel album ?

Absolument. Quand il est décédé, ses sœurs m’ont donné un paquet de livres à lui, dont un grand nombre était sur la théorie musicale. Quand j’enregistre et écris des textes, il y a un livre qui je sors toujours et qui est le Songwriter’s Rhyming Dictionary. Dans le livre, il y a sa propre écriture lorsqu’il essayait de trouver des rimes et autres pour les chansons. Je me tourne toujours vers ce livre quand je suis coincé sur une phrase, par exemple, et que je n’arrive pas à trouver le mot suivant qui fonctionnera parfaitement avec le précédent. J’ai utilisé ce livre sur les trois derniers albums, dont Lay My Soul To Waste. J’ai fait le premier quand il est décédé, mais peu de temps après ça, ses sœurs sont venues à un concert et m’ont donné un carton plein d’affaires à lui. Ce livre était dedans et quand je l’ai ouvert, il y avait plein d’inscriptions qu’il avait faites et j’étais là : « Oh mon Dieu, c’est incroyable d’avoir ça ! » C’est aussi quelque chose qu’il utilisait quand il écrivait des chansons. Il y a un peu un côté rituel pour moi avec ça. Je l’ai au-dessus de l’enceinte ici, à côté de l’ordinateur. Je l’ouvre quand je suis en train d’écrire des paroles et que j’ai besoin de trouver un mot que, pour une raison ou une autre, je n’arrive pas à trouver. Ce livre m’a aidé pour plein de chansons où je bloquais sur quelque chose. Ça a toujours été un de mes outils. En substance, je me tourne toujours vers une partie de lui, qu’il utilisait lui-même pour l’écriture de ses chansons. Pour moi, ce livre a une valeur inestimable. Je suis en ce moment même en train de le regarder, car il est toujours sur mon bureau. Il est toujours là près de mon enceinte. Je chéris ce que je possède lui ayant appartenu. Il est clair qu’à certains moments, je me suis tourné vers lui et j’ai pensé à lui lorsque que je travaillais sur ces musiques et les enregistrais. Parfois, je me demande ce qu’il penserait de la musique que je fais.

A propos de ce carton d’affaires qui t’a été donné, y avait-il des surprises que tu as découvertes ?

La surprise c’était vraiment ce livre dont je pale, Songwriter’s Rhyming Dictionary. Je ne m’y attendais pas mais quand je l’ai ouvert et que je suis allé à la dernière page, il y a l’écriture de Peter avec une liste de mots et autres. Le reste, c’était d’autres livres. Certains étaient des livres de science sur le scientifique Tesla, par exemple, d’autres parlaient de théorie musicale. J’ai aussi d’autres trucs à lui. J’ai l’une des casquettes qu’il portait à son travail et parfois sur scène. Il me l’a donnée il y a de nombreuses années. C’est le genre de chose qui, j’imagine, a plus de valeur pour moi. Je n’ai pas vraiment d’objet matérialiste, mais pour moi, le savoir c’est le pouvoir et les livres sont précieux, surtout quand ils ont appartenu à quelqu’un comme lui qui utilisait ces livres pour écrire de la musique. C’est très important à mes yeux. C’est presque comme si ses sœurs m’avaient donné la clé pour écrire les chansons que j’écris. C’est une porte ouverte sur là où son esprit allait parfois pour écrire, en particulier des textes.

En parlant de textes, tu as déclaré avoir arrêté d’« écrire chaque chanson sur la dépression, la haine de soi et les pensées suicidaires » et à la place, tu as adopté un point de vue plus tourné vers l’extérieur. Qu’est-ce qui a déclenché ou motivé ce changement – en tout cas en partie – de perspective, en étant plus tourné vers l’extérieur que l’intérieur ?

J’ai commencé à me dire : « Combien de chansons vais-je écrire sur le fait d’être maniaco-dépressif ou suicidaire ? » C’est la raison pour laquelle j’ai écrit des chansons sur d’autres sujets. « Cast Out From The Sky » parle de la chute de Lucifer depuis le paradis. « Lucifer’s Sun » parle du monde qui brûle et se consume lui-même avec ce qui est en train de se passer maintenant. J’ai écrit une chanson qui s’appelle « Two Headed Snake », qui parle de mon expérience sous anesthésie. Je ne voulais pas écrire chaque chanson encore sur ces sujets. Je l’ai fait tellement de fois et parfois j’ai envie de changer un petit peu. Ceci dit, il y aura toujours ce genre de chanson. Mais ce n’était même pas intentionnel, c’est venu naturellement comme ça et j’ai trouvé que c’était une bonne idée parce que parfois, c’est bien de parler d’autres choses aussi. Je ne voulais pas que le monde ait pitié de moi. Je ne veux pas être le pauvre gars qui est tout le temps maniaco-dépressif. Je voulais parler d’autres choses et qui sait, par la suite ça pourrait redevenir comme avant. Ça se fait naturellement et ça m’allait complètement. J’étais là : « Cet album va aborder un peu plus le côté obscur de la Bible ou la chute de l’archange et ce genre de chose. » Puis tu as des chansons comme « Slave To The Master », qui est une chanson personnelle qui parle de moi, mais après tu as « Believe In Something (You Are Lost) », qui est une chanson qui parle au final d’avoir un peu de foi et d’espoir en soi.

« Je pense littéralement que les réseaux sociaux font partie du problème avec ce qui se passe actuellement avec les gens, ça engendre beaucoup de psychose et de destruction dans les familles et dans la société. Ça n’aide en rien la société. »

Comme tu l’as dit, il y a quelques thèmes bibliques dans l’album. Il y a habituellement un rejet de la religion dans le metal, même si paradoxalement ils utilisent beaucoup l’imagerie religieuse, mais penses-tu que ces textes sacrés peuvent être pertinents dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui ?

Oui, je pense. Voilà comment je vois les choses. La Bible est un recueil d’histoires faites pour que les gens apprennent des leçons ou réfléchissent sur eux-mêmes en tant qu’êtres humains. Ça offre des histoires qui peuvent nous ouvrir les yeux sur ce qu’on fait de mal pour soi-même et pour autrui. Je trouve que ce sont toutes des histoires incroyables enseignant une forme de leçon aux gens. Peut-être que ce qu’il manque, c’est que les gens sont perdus et ne savent pas admettre qu’ils ont besoin d’aide et de peut-être lire quelque chose comme ça. Je ne suis pas un prédicateur. Je ne vais pas dire aux gens quoi faire ou croire. Je trouve juste ça fascinant parce que, pour moi, s’il y a la moindre vérité dans la Bible, alors c’est qu’il y a aussi une part de vérité dans les Enfers. Je sais que dans le metal les gens ont vite fait de rejeter la religion parce qu’au final, oui, elle est créée par l’homme. On ne connaît pas la vérité. Ce sont des histoires qui ont été racontées à un moment donné et on sait comment ça se passe avec les histoires. C’est comme quand on entend des rumeurs dans un village, elles changent d’une personne à l’autre. On ne sait pas quelle part de vérité il y a dedans, si tant est qu’il y en ait. Mais il est clair que, selon moi, ce sont des histoires pour enseigner des leçons de vie aux gens sur comment être meilleur et se comporter avec humilité, être humanitaire, être bon et gentil avec autrui, ce qui est absolument ce qui manque aujourd’hui.

Les gens partout dans le monde ne sont pas sympas les uns avec les autres. Tout le monde est tellement absorbé par Instagram et Facebook, et ils veulent tous apparaître comme un mannequin sur Tik Tok ou je ne sais quoi. Je pense littéralement que les réseaux sociaux font partie du problème avec ce qui se passe actuellement avec les gens, ça engendre beaucoup de psychose et de destruction dans les familles et dans la société. Ça n’aide en rien la société. Ça crée beaucoup de problèmes. Je sais d’expérience personnelle le genre de problèmes que ça peut provoquer quand des membres de la famille voient une image et l’interprètent mal, ils disent ou écrivent des choses qui ne sont pas sympas. Ce n’est pas génial. Je ne sais pas, peut-être qu’un jour, ces trucs disparaîtront quand les gens réaliseront que ce n’est pas bon pour eux. Surtout quand les gens vieillissent et sont confrontés à leur propre mortalité, c’est là qu’ils se tournent vers les objets religieux, les histoires religieuses et la Bible. On dirait que c’est lorsqu’ils se rapprochent de la mort que les gens deviennent tout d’un coup croyants. Mais il y a clairement des leçons de vie à apprendre sur la manière de traiter les autres et peut-être que si les gens intégraient un peu certaines de ces leçons, le monde serait un peu meilleur. Encore une fois, les gens continuent à faire des choses barbares dans divers pays, ils font des choses horribles aux femmes, aux enfants et aux animaux. On pourrait croire qu’à l’ère moderne ça n’existerait plus, mais non, ça existe toujours et c’est triste. Quand on pense au trafic d’enfants, aux esclaves sexuels et aux femmes qui sont possédées…

Je ne sais pas quand ça changera. Ça pourrait ne jamais changer et ça pourrait faire partie de la philosophie doom et de la fin du monde. Il y aurait long à dire sur les histoires de Sodome et Gomorrhe. Je ne sais pas quelle est la part de vérité et si c’est vraiment arrivé, mais on dirait presque parfois que le monde a besoin que quelque chose comme ça se produise. Et peut-être que c’est ce qu’est cette pandémie, mais c’est presque comme s’il nous fallait un nettoyage. Il y a plein de mauvaises personnes qui ont beaucoup de pouvoir et essayent de contrôler le monde. Ça ne semble pas prendre une bonne direction. Peut-être que certaines personnes devraient ouvrir une bible. On n’est pas forcément obligé d’y croire et d’être super religieux, il s’agit juste de lire les histoires et peut-être d’en tirer une leçon. Je ne sais pas. Traite-moi de fou ! [Rires]

L’une des chansons s’intitule « Believe In Something (You Are Lost) ». En quoi crois-tu, personnellement? A quoi te raccroches-tu quand tu te sens perdu ?

Je ne sais pas [rires]. C’est là où je dis que je suis coupable de ne pas suivre mes propres paroles. Parfois, je me sens vraiment perdu et je pense avoir écrit cette chanson pour essayer de m’aider à gérer les hauts et les bas de la vie auxquels j’ai fait face sur le plan personnel, avec des gens, la famille et autre. C’est un peu une manière de dire à quelqu’un : « Aie un petit peu foi en toi. Essaye de t’aider. Sors de ce trou. » Ça pourrait vouloir dire de prendre une bible. Ça pourrait vouloir dire d’aller à l’église et d’être croyant. Ça pourrait vouloir dire de présenter ses excuses à quelqu’un qu’on aime et d’essayer de faire un travail sur soi-même pour être une meilleure personne. Encore une fois, je suis coupable de perdre le contrôle. Je suis coupable de faire des erreurs. Personne n’est parfait et je pense que c’est la difficulté de la vie. C’est un voyage où on essaye de comprendre quelles sont les bonnes choses à faire et comment être en paix. Quelque chose que j’aimerais comprendre, c’est comment être en paix. « Believe In Something (You Are Lost) » aborde un peu toutes ces choses parce qu’on se retrouve à un moment où on veut perdre le contrôle, on perd la tête, on devient un peu fous et on essaye de trouver un peu d’espoir et de foi en nous pour retrouver le droit le chemin.

« Il y aurait long à dire sur les histoires de Sodome et Gomorrhe. Je ne sais pas quelle est la part de vérité et si c’est vraiment arrivé, mais on dirait presque parfois que le monde a besoin que quelque chose comme ça se produise. »

Tu as mentionné la chanson « Two Headed Snake », qui parle de ton expérience sous anesthésie. Ferais-tu un parallèle entre cette expérience et celle de plonger dans un album comme Infernum In Terra ? Je veux dire qu’il est clair qu’après avoir écouté cet album, on est un peu groggy…

[Rires] Peut-être. Tout ce que je sais, c’est que c’était presque un truc marrant pour moi. Même si je suis clean et sobre maintenant, avant j’ai toujours aimé me défoncer. Je fais un peu le rapprochement avec ça. Quand ils m’ont mis sous anesthésie, ça m’a donné l’impression d’avoir été longtemps endormi, alors que je n’avais été sous anesthésie que quinze minutes. Ça m’avait paru une éternité, mais c’était comme le meilleur repos que j’ai jamais eu. J’avais l’impression d’avoir dix-huit ans et de dormir, c’était génial. J’ai regardé l’infirmière et je lui ai dit : « Vous êtes en train de me dire que j’ai été dans les vapes seulement quinze minutes ? » J’avais l’impression d’avoir dormi pendant deux jours. J’ai trouvé ça extraordinaire. C’est du Propofol qu’ils m’ont donné, c’est-à-dire le médicament, l’anesthésique qui a tué Michael Jackson. Il en était accro. Ses médecins lui donnaient du Propofol tous les soirs pour qu’il puisse dormir et il a fini par en mourir. Ça a provoqué une étincelle dans ma tête, du genre : « Oh merde, c’est vraiment du lourd ! Pas étonnant que je me sois senti aussi bien avec ça. » J’ai complètement adoré. Je le referais encore et encore si je pouvais. Ça a provoqué ce truc marrant dans ma tête, ces visions d’une chanson un peu onirique. Ça n’avait rien à voir avec la dépression ou quoi que ce soit de typique, c’était un genre de chanson planante, un peu comme celles faites sous l’influence de drogues dans les années 70. Elle s’est faite un peu toute seule, je trouve ça assez amusant. Il s’avère que c’est une bonne chanson aussi, il y a des trucs assez heavy dedans. Ça renvoie à ce que je disais plus tôt : toutes les chansons ne parlent pas de suicide et de dépression. Celle-ci parle d’être sous anesthésie et d’avoir toutes ces visions de dingue pendant qu’on dort.

Tu as dit que la chanson « Shards Of Glass » « fait référence à la maltraitance mentale et émotionnelle qui se produit dans un contexte familial, tournant autour d’un membre de la famille qui provoque des dégâts émotionnels chez toi and dans ta famille ». La dernière fois, on avait parlé de ton départ de Life Of Agony, donc se pourrait-il que ce soit un parallèle déguisé avec ce que tu as vécu dans ce groupe ?

Non, cette chanson « Shards Of Glass » parle en fait de ma sœur. Ma femme et moi avons une très mauvaise relation avec ma famille depuis dix à douze ans, de manière constante. D’ailleurs, je ne leur parle plus. Dès le premier jour, ma sœur était contre ma femme et elle a retourné toute ma famille et mes proches contre moi en mentant et en faisant des choses vraiment nuisibles. Ça fait des années que je voulais m’exprimer. Encore une fois, les réseaux sociaux peuvent être très mauvais, car c’est l’une des choses qu’elle a utilisés pour correspondre avec ma famille en Europe et dire tous ces trucs faux sur ma femme et moi. Personne ne connaît vraiment mes enfants. Personne n’a été présent pour mes enfants. Ils ont juste leurs amis, leur mère et leur père, et c’est tout. Cette chanson est très personnelle et c’est directement en réponse à ma sœur qui n’est pas une très bonne personne. Elle a cherché à détruire ma vie pendant presque onze ans maintenant. C’est une situation assez merdique. Ça fait partie des choses auxquelles j’essaye de trouver une issue. Ça a causé un certain nombre de problèmes. Ça a presque brisé mon mariage à quelques reprises. J’essaye de maintenir la cohésion de ma famille et d’être tout le temps là pour mes enfants. Honnêtement, en ce qui concerne Life Of Agony, je n’ai rien à dire sur eux. La situation est ce qu’elle est. J’aurais aimé que ça ne soit pas arrivé. J’aurais aimé ne pas avoir eu la dispute que nous avons eue. Au bout du compte, nous vieillissons et la vie est trop courte. Je ne peux vraiment pas perdre mon temps avec eux. Suis-je fan de ce qu’ils font ? Je ne suis pas très impressionné. La musique qu’ils font maintenant ne m’impressionne pas, mais pas de souci. Je leur souhaite le meilleur. Je ne les ai pas laissés m’affecter au point d’écrire une chanson sur eux.

On dirait que tu n’as vraiment pas de chance dans tes relations avec les gens en général.

[Rires] Non, effectivement. Je ne sais pas. J’ai rencontré tellement de gens. J’ai des amis. Il existe des gens qui me connaissent et avec qui je suis bien. Mais encore une fois, la situation avec Life Of Agony donnait l’impression que les choses changeaient de nouveau dramatiquement. Je faisais aussi face à beaucoup de problèmes. J’ai une fille qui a des besoins spécifiques et a pas mal changé la famille. Ça a mis beaucoup de stress sur les épaules de tout le monde, même si c’est ma femme qui gère presque tout. En vieillissant, quand on commence à avoir des enfants et une famille, les choses changent. C’est là que les amis commencent à disparaître. La vie change. J’ai cinquante et un ans maintenant, la route a été longue et j’ai plein d’histoires à raconter. J’ai eu beaucoup d’amis, puis je n’ai eu aucun ami, puis j’ai de nouveau eu des amis. Tu sais comment ça se passe. Quand tout va bien, tout le monde vient vers toi, mais quand quelque chose ne va pas ou qu’un problème survient, c’est là que les gens disparaissent.

Cette année marque donc les dix ans du premier album And Hell Will Follow Me. Dix ans plus tard, est-ce que l’enfer te suit toujours ?

Oui, d’une certaine façon. J’imagine qu’on peut appeler ça la dépression ou l’obscurité. Mais encore une fois, ce sont à chaque fois des phases. And Hell Will Follow Me dérive plus ou moins de la Bible, de la Révélation. Il est clair que je vais toujours écrire de cette manière sombre. Il est clair que ça me suit. Ça suit mon style de musique et mon son. Mais je suis très content d’avoir fait And Hell Will Follow Me. A sa manière, même s’il a seulement dix ans, c’est devenu un classique pour énormément de fans. J’ai vu des gens pleurer à chaque concert en Europe quand nous étions en tournée, quand nous jouions « Die Alone ». Cette chanson parle aux gens de plein de façons, surtout à ceux qui ont perdu quelqu’un qu’ils aimaient. Je suis très content de cet album. Je n’ai aucun regret. Pour moi, c’est une réalisation phénoménale et extraordinaire, surtout quand on sait que j’ai fait cet album tout seul avec Matt – ensuite nous avons impliqué des invités. Je suis tellement fier de cet album. Encore aujourd’hui, je joue plein de chansons de cet album. C’est un un super jalon. Dix ans après sa sortie chez SPV, c’est vraiment bien d’avoir cet album dans mon CV.

« L’industrie musicale est infidèle, c’est comme une femme ou une petite amie qui nous trompe. Elle te brise le cœur. « 

Tu as déclaré avoir « trop de casquettes […], un tas de projets dans [ta] vie, pas seulement en matière de musique ». Peux-tu nous parler de tous les autres projets que tu as en dehors d’A Pale Horse Named Death ?

Tout d’abord, j’ai une grande propriété et beaucoup de terrain, ce qui nécessite beaucoup de travail pour organiser les choses, couper les arbres, monter sur le tracteur, couper l’herbe, entretenir la propriété, réparer les problèmes avec par exemple le drainage d’eau, etc. Ce n’est pas énorme, mais ça fait bien un hectare et demi, donc c’est quand même beaucoup. Ça m’occupe, c’est presque un boulot à plein temps. L’autre truc qui m’intéresse, c’est les voitures anciennes. Je travaille toujours sur deux ou trois voitures anciennes. J’aime travailler là-dessus parce que ça correspond à une autre partie de ma personnalité. J’ai un groupe d’amis différents qui est dans ce domaine, ils aiment les voitures et n’ont rien à voir avec la musique. C’est une autre casquette. La casquette la plus importante est celle de père, donc je dois divertir mes enfants. C’est ça le truc avec moi, autant je suis maniaco-dépressif, autant je suis comme Robin Williams, je suis aussi un comédien. J’ai tendance à beaucoup faire rire mes enfants, je plaisante beaucoup. J’aime cacher ma tristesse en plaisantant avec les gens en général et en les faisant rire. C’est une grosse casquette, il faut que je sois un père pour mes enfants, il faut que je sois quelqu’un qui les soutient et les comprend. Ça aussi ça m’occupe. Je suis aussi très artistique. J’aime faire plein de choses, mais ayant la maison avec toute la propriété, quand arrivent le printemps et l’été, il y a beaucoup de choses à réparer et d’entretien à faire, surtout parce que l’herbe pousse vite. Il faut tout le temps la couper et ça peut prendre jusqu’à cinq heures.

Ceci dit, ça me plaît. Ça me donne un équilibre, car pour être honnête avec toi, si je ne faisais rien d’autre qu’attendre d’être musicien, je deviendrais fou parce que ce n’est pas toujours à plein temps et ça ne paye pas toutes les factures. En gros, c’est devenu une passion. C’est quelque chose que je fais depuis que je suis gamin, mais j’ai d’autres choses à faire et il faut que je me tienne occupé et productif. Autrement, je deviendrais fou, car l’industrie musicale est infidèle, c’est comme une femme ou une petite amie qui nous trompe. Elle te brise le cœur. On passe de bons moments, mais on en passe aussi de mauvais. Comme les choses sont aujourd’hui, je vis un peu une crise de la cinquantaine, car tu arrives à un stade dans ta vie où, parfois, tu commences à te sentir un peu trop vieux pour ça et tu vois plein de nouveaux jeunes groupes débarquer. Il y a beaucoup de compétition. La seule chose que je me suis dite, c’est que j’allais faire la musique que je veux, l’enregistrer, la sortir quand je veux et si quelqu’un l’aime bien, super. Si les gens ne l’aiment pas, pas de problème. Mais au moins je continue à exprimer mon opinion et à créer de l’art. J’adore les moments où je crée de la musique à partir de rien. Mais oui, j’ai tout le temps quelque chose de différent à faire.

Tout à l’heure, tu as dit que tu n’étais pas très sociable, mais tu as l’air très actif sur Facebook en répondant fréquemment aux gens dans les commentaires. C’est important pour toi d’être proche de tes fans et de communiquer directement avec eux ?

C’est facile à faire parce que je suis assis chez moi avec mon téléphone et que je ne suis pas obligé d’être entouré de beaucoup de gens. C’est un truc à mon sujet, dès qu’un fan pose une question ou veut savoir quelque chose ou même fait un compliment, j’aime personnellement dire merci ou répondre aux questions, car je sais que ça peut être très important pour eux d’avoir le retour du groupe. Donc tant que je suis en mesure de leur répondre, j’essayerai toujours de le faire. Ça ne me pose pas de problème de faire ça, mais si tu veux me mettre au milieu d’une place bondée, ça va me taper sur les nerfs. Si je suis sur Facebook, honnêtement, c’est pour le groupe. Autrement, je n’aime pas tellement Facebook. J’aime poster des choses sur ce que je fais de temps en temps, j’ai l’impression que c’est ma seule manière de rester en contact avec les gens et d’avoir un semblant d’interaction sociale. Je trouve que c’est très important de parler aux fans, car au bout du compte, ce sont eux qui avec un peu de chance achèteront ton album. Ceux sont eux qui vont soutenir ta musique. Ce sont eux qui vont parler à d’autres gens de ta musique et viendront à tes concerts. J’ai toujours dit aux fans que je ne serais rien sans eux. Sans eux, je ne ferais que jouer tout seul. C’est pourquoi, lorsque je suis en tournée, j’essaye toujours de parler aux gens sur le stand de merch, ou si quelqu’un vient me voir et que c’est une belle rencontre, je parle avec lui. Certaines personnes arrivent et disent des trucs stupides, c’est là que je me sens obligé de dire : « Ecoute, je dois y aller. » Mais en général, je prends toujours le temps de faire des photos et de signer tout ce qu’ils veulent, leur parler, répondre à des questions, etc. Je trouve ça sympa. C’est agréable quand quelqu’un te pose des questions sur l’œuvre de ta vie. Je trouve ça cool et c’est là que je me sens accompli et que j’ai l’impression d’avoir réussi, pas parce que j’ai de l’argent mais parce que des gens m’admirent, et m’admirent pour ce que je fais. Et pour moi, c’est inestimable et ça me fait du bien.

Merci d’avoir pris le temps de nous parler. En espérant qu’on pourra te voir sur scène quand les choses redeviendront normales.

Tout d’abord, espérons que tout le monde reste prudent et que ce truc disparaisse, et ensuite que les concerts reprennent. J’espère juste que je ne serai pas trop vieux au moment où ça arrivera. Certaines personnes disent… Même mon guitariste a dit que les choses ne redeviendront pas normales avant sept ans. Sept ans ! C’est long, si c’est vrai. En Amérique, ils ont recommencé à faire des concerts, mais à la fois, beaucoup de groupes ont annulé. Limp Bizkit vient d’annuler sa tournée, c’est l’un des gros groupes à avoir annulé. Plein de groupes doutent. Je pense que ça ira un peu mieux pour les festivals en extérieur. Je ne sais pas pour ce qui est des événements en intérieur. Les salles, c’est ce qui pose problème, parce qu’il n’y a pas de bonne ventilation et les gens arrivent non vaccinés. Alors tu as des gens qui peut-être portent le virus sans le savoir, ils sont asymptomatiques. Tu sais, ça affecte tout le monde différemment. Mon voisin l’a eu et il a dit que ça faisait comme un coup de froid, puis la personne d’à côté l’attrape et elle meurt à l’hôpital. C’est différent pour chaque personne, suivant notre santé, si on a d’autres problèmes, etc. C’est presque la roulette russe, on ne sait pas.

A la fois, il y a tous ces gens qui se baladent et se disent être contre le vaccin. Ecoute, ma femme et moi avons été vaccinés. J’ai eu le mien en février et je n’ai rien senti. Il ne s’est rien passé. Je me suis fait vacciner parce que je savais que j’en aurais besoin si je voulais protéger mes enfants et aussi si je voulais voyager, car j’ai pensé que peut-être j’allais voyager – ça se présente mal –, mais quand le moment viendra de refaire une injection, je le referai et on verra. C’est ça qui est dingue dans cette situation : on n’a aucun contrôle, parce que les gouvernements l’utilisent aussi comme une excuse pour nous contrôler. Ils nous ont privés d’une grande partie de notre liberté avec cette pandémie et ils nous tiennent sous contrôle actuellement. La dernière chose qu’ils veulent, c’est cinquante mille personnes qui crient à un concert de heavy metal, car c’est quelque chose de très puissant. C’est très puissant quand tu as quarante mille ou vingt mille personnes dans un festival qui crient avec le groupe, car alors c’est le groupe qui a le contrôle et il pourrait dire n’importe quoi aux gens, et je ne pense pas que les gouvernements aiment ça. Comme ils disent, le droit au rassemblement. Pareil avec l’église, c’est la raison pour laquelle ils ne veulent pas que les gens aillent à l’église. Ils ne veulent pas que les gens se retrouvent et parlent, mais c’est mon côté conspirationniste. Il se peut que j’aie tort. Mais d’après ce que je vois en Amérique, politiquement, ils profitent de la situation, parce qu’on voit ces politiciens au restaurant ou avec leur famille politique, ils n’ont pas de masque, alors qu’ils disent à tout le monde de porter le masque. Donc je suis un petit peu, je ne sais pas… Mais sois prudent, mon ami !

Interview réalisée par téléphone le 11 août 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’A Pale Horse Named Death : www.apalehorsenameddeath.com

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