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Interview   

A Pale Horse Named Death : Sal Abruscato reprend son oeuvre inachevée


Cinq ans qu’A Pale Horse Named Death, le « chapitre final » de Sal Abruscato, n’avait pas sorti d’album. En cinq ans, au-delà d’un monde dont il a observé le délitement, la vie lui a réservé bien des épreuves personnelles, touchant à sa famille et sa santé. Ayant claqué la porte de Life Of Agony avec fracas suite à des tensions internes, dont il nous dit tout sans filtre en fin d’entretien, il était maintenant libre de reprendre les choses où il les avait laissées avec Lay My Soul To Waste, avec forcément beaucoup de choses à dire et une lourde charge émotionnelle à évacuer.

Mais s’il est question de continuation, A Pale Horse Named Death a légèrement muté : Matt Brown, le guitariste-producteur et compère de Sal depuis le début, s’en est allé, et le projet est devenu désormais davantage un vrai groupe, en impliquant en studio les musiciens live. When The World Becomes Undone est l’œuvre résultante, voulue comme une expérience cinématographique, démontrant une fois de plus les qualités de compositeur de l’ancien batteur de Type Of Negative devenu frontman. Car en plus d’évoquer l’album, Sal Abruscato nous raconte, à la fois, à quel point son expérience auprès de Peter Steele fut enrichissante et comment être batteur a fait de lui un meilleur arrangeur.

« Quand allons-nous voir la paix sur Terre ? Je ne crois pas que ce soit notre destin de la connaître. L’humanité est trop méchante et cupide. C’est ma philosophie. Désolé… »

Radio Metal : When The World Becomes Undone est le premier album d’A Pale Horse Named Death en cinq ans. J’imagine qu’on peut l’expliquer par le fait que tu étais pas mal occupé avec Life Of Agony. Mais je sais que tu es très attaché à A Pale Horse Named Death et que tu le qualifiais même de « chapitre final ». Etait-il donc temps que tu t’y remettes ?

Sal Abruscato (chant & guitare) : J’ai ressenti le besoin de revenir et de faire un troisième album. Je n’en ai jamais eu fini avec A Pale Horse Named Death, ça n’était pas terminé, c’était mon bébé. Je l’ai conçu en 2009, ce qui signifie qu’en 2019, ça fera littéralement dix ans que l’idée m’est venue. J’ai eu le sentiment que pour les fans aussi c’était très important. Je recevais des lettres au fil des années demandant : « Quand vas-tu faire un autre album ? » « C’est un groupe tellement excellent, il faut que tu fasses un autre album. » Et alors que je prenais de l’âge, je ressentais aussi : « Il faudrait vraiment que je fasse un autre album parce qu’on ne sait jamais quand des choses arriveront dans la vie et feront qu’il deviendra totalement impossible de faire un autre album. » Ouais, j’étais retenu à faire l’album de Life Of Agony, pour lequel j’ai écrit et arrangé de la musique, j’étais très impliqué là-dedans. Ensuite, j’ai dû tourner un peu avec eux, et puis au bout d’un moment, j’ai réalisé que je n’avais rien en commun avec qui que ce soit, je n’étais pas vraiment heureux de la situation et je parlais déjà avec les gars d’A Pale Horse Named Death à propos du fait de nous réunir à nouveau parce que ça faisait trop longtemps. When The World Becomes Undone, le titre, l’idée et le concept étaient déjà là en 2014. En 2014, j’avais déjà en tête : « D’accord, il faut qu’on travaille sur un troisième album. » J’avais le titre depuis lors et j’avais plein d’ébauches musicales à l’époque. Ça attendait à l’intérieur de moi de sortir. Puis enfin, cette année, j’ai connu plein de changements dans ma vie, l’année dernière était une année difficile, et c’était le moment de faire un autre album et d’offrir au monde un autre morceau de ma musique, afin de montrer exactement ce que je fais, quel que soit le groupe dans lequel je suis, et il était temps.

Comme tu l’as mentionné, une bonne portion de cette musique attendait d’être enregistrée, et certaines chansons ont été écrites il y a entre deux et quatre ans. Mais crois-tu que le laps de temps de cinq ans a été bénéfique à ces nouvelles musiques ?

Je pense que c’était une bonne chose à bien des égards, car ça a aussi permis aux choses d’être réfléchies. Même quand j’étais en tournée avec Life Of Agony, j’avais les démos sur mon téléphone et je les écoutais avec mes écouteurs pendant que je voyageais et autre, j’écoutais ce que ça donnait en réfléchissant à ce que j’allais faire. Je pense que ça a permis aux événements de la vie d’avoir lieu, pour devenir de la bonne matière pour les textes. Parfois je pense que lorsqu’on essaye de passer rapidement d’un album à l’autre, on finit par peut-être ne pas écrire à propos de sujets authentiques. Je pense qu’il faut parfois laisser un peu la vie se dérouler pour qu’elle influence un album. Donc le laps de temps de cinq ans m’a aussi permis de vraiment réfléchir aux choses. Après cinq ans, When The World Becomes Undone était toujours ancré dans ma tête, je n’ai rien trouvé de mieux qui s’associait à ce qui se passait dans le monde et dans ma vie. Je savais que c’était le titre qu’il fallait. Tout arrive pour une raison.

Penses-tu que c’est aussi ce qui permet à cet album d’être une suite logique à Lay My Soul To Waste, de ne pas ressentir, musicalement, que cinq ans sont passés ?

Tu dis que tu ne ressens pas tellement l’écart, musicalement, que ça sonne comme une conclusion naturelle à Lay My Soul To Waste ? Je trouve que c’est vraiment cool. Peu de gens l’ont dit, peu de journalistes l’ont dit, que ça sonne comme une suite logique. Je suis content et je suis d’accord avec ça parce que certaines musiques étaient déjà esquissées littéralement après que Lay My Soul to Waste soit sorti, il y avait déjà des idées qui tournaient, et je pense que ça aussi ça a aidé. Et le fait que nous soyons restés fidèles aux mêmes racines, à la même source et aux mêmes idées a permis de conserver une cohérence. Nous n’avons pas procédé à des changements musicaux radicaux. Ce qui en revanche a changé, c’étaient les membres du groupe et la façon dont nous avons enregistré l’album. Les deux premiers albums, je les ai enregistrés avec Matt Brown, et lui et moi avons produit les albums, et il était aussi guitariste dans APHND, mais il ne pouvait plus continuer. Donc quand nous avons décidé de redevenir actifs et de faire un autre album, il s’est retiré, nous lui avons souhaité le meilleur et tout était amical, pas de souci, il cherchait une nouvelle voie dans la vie. Ensuite, nous avons accueilli Joe Taylor pour le remplacer, qui a été le guitariste de Lita Ford et qui a aussi travaillé avec Doro pendant huit ans en étant son guitariste, il est extraordinaire. Ensuite, j’ai enregistré l’album avec Eric Morgan, le bassiste du groupe. Lui et moi avons produit l’album ensemble, car nous n’avions plus Matt Brown avec qui travailler. Il y a donc aussi eu des changements. Et comme nous avons essayé de faire que l’album sonne comme une suite logique, ça fait du bien d’entendre ça, qu’il n’y a pas de changement dramatique. Je sais cependant que nous avons vraiment voulu aller vers un son plus sombre, un peu plus granuleux, plus sale, et même plus organique, mais ouais, je trouve aussi que c’est probablement la meilleure conclusion après Lay My Soul To Waste. Nous ne voulions pas trop changer comme le font certains groupes.

As-tu l’impression que c’était davantage l’album d’un groupe, si on compare aux deux premiers que tu as faits en duo avec Matt Brown ?

Ouais, je trouve. Evidemment, quand les gens changent dans un groupe, l’alchimie change, l’atmosphère change. Tout le monde était excité et c’est davantage l’album d’un groupe dans la manière dont les choses ont été exécutées. Nous avons travaillé très dur pendant neuf mois, pour enregistrer l’album. Nous avons tous travaillé ensemble sur la batterie et tout le monde a fait ses parties. Je me suis chargé de la majorité des guitares rythmiques, mais Eric a fait sa basse, Johnny a travaillé sur la batterie, Joe et Eddie ont fait tous leurs propres solos. C’est très complexe parce que tout le monde vit loin les uns des autres [rires], c’est la seule chose, c’est très complexe aujourd’hui. Nous avons utilisé deux studios. Je vis dans la campagne dans le nord de l’Etat de New York, certains des gars vivent tout au sud du New Jersey, Johnny est au Texas… C’est compliqué maintenant, mais avec la technologie c’est possible. Tout le monde était très content, et pour l’instant nous sommes contents des retours, ceux-ci sont positifs et les gens disent : « Wow, c’est bon ! » Ce qui est marrant est que les deux premières chansons que tout le monde a entendues sont un petit peu plus entraînantes, alors que le reste de l’album est très doom, bien plus lent et sombre. J’ai hâte que les gens entendent tout l’album.

« On m’a diagnostiqué comme étant maniaco-dépressif. On m’a aussi diagnostiqué comme étant dans un état précancéreux. Durant les cinq dernières années, ma fille a vécu une épreuve : elle est née handicapée, et ça a été une épreuve pour toute la famille. Plein de choses se passent dans la vie des gens et j’ai une vie comme celle de n’importe qui. […] Certaines personnes vont tuer des gens [rires], d’autres s’attirent des problèmes, ou d’autres encore sautent du haut d’un pont ou se suicident. J’essaye de gérer ça en faisant de mon mieux. »

Tu as mentionné que When The World Becomes Undone est une phrase qui t’était venue déjà en 2014. Est-ce que l’idée derrière ce titre s’est renforcée au fil des années, avec tout ce qui s’est passé dans le monde depuis ?

Ouais, c’est assez marrant, n’est-ce pas ? En 2014, j’étais en Europe et je regardais les infos, cette année-là était plus ou moins l’apogée de ce qui se passait avec l’organisation terroriste Daesh, l’Etat islamique. Ils tuaient des gens, ils étaient impliqués dans toutes sortes de choses aux informations, ils envoyaient des vidéos, et il y avait des problèmes politiques avec qui était en guerre, et puis j’avais aussi des problèmes personnels dans ma vie et dans ma famille. J’en étais à un point, dans ma tête, où je me disais : « Tout tombe en ruine. Le monde se défait et tombe en ruine. Regarde ce qu’il se passe ! Les gens se comportent encore comme des barbares. Rien ne s’améliore, personne n’a appris quoi que ce soit en dix mille ans. Je me bats avec des gens de ma famille, ma sœur… » J’ai donc trouvé que ce titre, When The World Becomes Undone, était très pertinent par rapport à tout ce qui se passait et je savais que la plupart des gens s’y identifieraient facilement. Il m’est resté en tête durant les quatre dernières années, le monde a continué à devenir un peu plus fou. Donc ouais, je ne sais pas quand ça va s’arrêter, mon ami, je ne sais vraiment pas. Je ne sais pas quand il y aura… disons, « la paix sur Terre » ? C’est Noël et quand allons-nous voir la paix sur Terre ? Je ne crois pas que ce soit notre destin de la connaître. L’humanité est trop méchante et cupide. C’est ma philosophie. Désolé…

Non seulement le monde est devenu fou, mais un peu comme tu l’as mentionné, tu as aussi déclaré qu’« à la fois, plein de choses folles se sont produites dans [ta] vie personnelle ». La musique est-elle ta façon d’exorciser toute la folie à laquelle tu es confronté, afin de ne pas devenir fou toi-même ?

Absolument. En l’état, on m’a diagnostiqué comme étant maniaco-dépressif. On m’a aussi diagnostiqué comme étant dans un état précancéreux. Durant les cinq dernières années, ma fille a vécu une épreuve : elle est née handicapée, et ça a été une épreuve pour toute la famille. Plein de choses se passent dans la vie des gens et j’ai une vie comme celle de n’importe qui. On intègre toutes ces choses, et au moins j’ai essayé de les mettre dans cet album, afin de tourner la page et d’aller de l’avant. C’était dans un but thérapeutique et afin de ne pas devenir complètement dingue, et j’adore créer. C’est une des choses qui m’ont toujours sauvé depuis que je suis gamin. Que ce soit quand j’avais des problèmes ou quand j’étais déprimé, j’adorais toujours créer de la musique, de l’art ou autre chose. Ça me fait du bien, ça me donne l’impression de valoir quelque chose. Plein de choses surviennent dans la vie, dans la vie de tout le monde, tout le monde a des problèmes. Crois-moi, je ne me considère pas du tout comme étant spécial. Je sais que le monde entier a des problèmes. Ceci est ma façon d’y faire face du mieux que je peux. Certaines personnes vont tuer des gens [rires], d’autres s’attirent des problèmes, ou d’autres encore sautent du haut d’un pont ou se suicident. J’essaye de gérer ça en faisant de mon mieux. On verra où on va à partir de là. J’espère que j’aurais du temps, car j’ai déjà des idées pour un autre album. J’espère que par la suite je pourrais trouver le temps pour concrétiser ça, car c’est très chronophage, tu consacres des années de ta vie, et quand tu as une famille et des enfants, c’est très dur, c’est compliqué. Mon souci, c’est le temps, et la santé. Mais c’est une bonne thérapie, c’est certain. C’est une vie type amour/haine. On dit que la plupart des musiciens souffrent beaucoup de stress post-traumatique et de dépression parce que c’est une vie vraiment folle, d’être un musicien professionnel. Un jour tu te sens en pleine forme, un autre jour tu te sens mal, un jour tu as des potes, un autre tu n’en as pas. C’est dingue, ça fait perdre la boule. Donc, il est certain que faire un album est une thérapie.

Tu as dit qu’on t’a diagnostiqué comme étant dans un état précancéreux. Tu vas bien maintenant ?

On m’a diagnostiqué quelque chose qui s’appelle la gammapathie monoclonale et on doit me faire des examens tous les trois mois. C’est un problème sanguin qu’il faut surveiller. Si ça devient agressif, ça se transforme en myélome, qui est un type de cancer du sang. C’est gérable, ce n’est pas comme une leucémie ; la leucémie est un cancer du sang qui est très terminal, la plupart des gens n’y survivent pas. Ils disent donc que ça peut être géré avec des médicaments. Je ne sais pas, mais au final, je dois continuer à me faire examiner tous les trois mois jusqu’à la fin de ma vie, afin de s’assurer que ça reste stable. Si ça devient agressif, alors ils devront procéder à une biopsie de la moelle osseuse. C’est quelque chose qu’on m’a diagnostiqué juste avant la sortie de l’album de Life Of Agony. Pendant ce temps, ma fille a subi quelque chose comme vingt-cinq opérations chirurgicales, donc 2017 a été une année difficile. C’est une autre chose qui m’a un peu incité à procéder à des changements dans ma vie, afin que je reste un peu plus chez moi, et à faire cet album.

Il y a en effet beaucoup de douleur, de désespoir et d’obscurité qui transparaissent dans cette musique, mais comment concrètement matérialises-tu dans la musique ces sentiments et émotions que tu as traversés ?

[Hésite] Parfois je me pose aussi cette question [petits rires]. C’est un peu plus dur maintenant mais avant je trouvais les moments pour canaliser les émotions. Il peut y avoir quelque chose que j’ai vu ou lu qui a pu m’affecter aussi. Je m’en sers. C’est un peu comme, j’ai une idée, je trouve un sujet, et je commence à parler de ce sujet, et ensuite ça devient des paroles. Pour moi, la mélodie est le plus important. Souvent, pour moi, la musique est là et ensuite la mélodie est ce qui va l’élever. Une fois que tu as la mélodie et que tu connais le placement des notes, tu peux travailler sur comment tu vas mettre des émotions profondes dans les mots, concrétiser l’ensemble. Parfois ça vient presque en rêvassant. Je commence à penser à quelque chose et je commence tout de suite à écrire. Parfois c’est simple, et d’autres fois c’est très difficile de mettre des mots sur les choses et de faire que ça fonctionne. Ceci dit, c’est juste un processus. Ce qui se passe généralement, c’est que la musique arrive en premier, je trouve un riff et ensuite je commence à chanter une mélodie par-dessus, et ensuite je vais me mettre à réfléchir à ce qui s’est passé, à ce qui se passe dans ma vie, à ce qui s’est passé même jusqu’à il y a vingt ou trente ans – parfois il y a des choses qui ne nous quittent jamais. Et comme je l’ai dit, quand tu laisses la vie se dérouler, si tu ne te presses pas de faire un autre album, des choses se passent. Et en cinq ans beaucoup de choses se sont passées qui ont mis beaucoup de douleur et d’autres sentiments dans mon esprit, surtout l’année dernière. L’hiver dernier, j’ai eu encore plus de carburant pour alimenter mes textes et c’était le moment de mettre tout ça sur papier, et tout a commencé à prendre forme. Mais il n’y a pas de motif prédéfini. Ce n’est pas comme si à chaque fois on se réveillait et disait : « D’accord, je vais faire ça comme ça. » Ecrire une chanson est toujours une expérience différente. Et je pense que c’est important, car ça vient de façon authentique.

« La batterie est difficile en soi mais être un frontman et chanter est l’un des boulots les plus durs qui soient, il y a beaucoup de pression. […] Quand tu es batteur, tu es au fond, tu peux te cacher un petit peu derrière la batterie, mais quand tu es le chanteur, tu es toujours devant, tu es toujours là pour donner le meilleur de toi-même, et garder la tête haute, et assurer, et essayer de montrer que rien ne te déstabilise, et répondre aux attentes de tous. »

Il y a encore plus un accent qui a été mis sur l’atmosphère dans cet album, avec les interludes et ambiances sonores qui permettent de vraiment plonger dans l’univers que tu as créé. Cet album a-t-il été conçu comme un seul morceau cohésif, comme un voyage, plutôt que comme un ensemble de chansons individuelles ? Ou même comme la bande-son, peut-être, des épreuves que tu as mentionnées ?

Ouais, tu as tapé dans le mille. J’ai fait cet album avec Eric Morgan, le bassiste du groupe. Lui et moi avons échafaudé l’album. Il était très intéressé pour rendre cet album conceptuel. Il a dit : « Faisons-en une expérience cinématographique, presque comme une bande-son, d’un voyage. » Et trois des quatre ambiances sonores, c’est Eric qui les a faites. Nous avons travaillé sur toute cette idée de passer d’une chanson à une ambiance sonore et ensuite… C’était prévu pour être conceptuel. Je trouve le résultat extraordinaire. C’était quelque chose qui manquait un peu aux deux derniers albums, et je suis très content que nous ayons pris cette voie. Si l’auditeur joue l’album du début à la fin, ça forme une longue histoire complète, d’une certaine façon.

Il y a aussi des moments de calme et même de silence : est-ce important pour toi que la musique respire afin d’être vivante ?

Absolument. Il est nécessaire d’avoir, comme on les appelle, des collines et des vallées. Tout ne peut pas être toujours à fond, car autrement, tout commence à sonner au même niveau. Il faut de la dynamique, il faut des moments de calme. Ça emporte l’auditeur dans une aventure, disons, dans leur esprit, ça apporte de la texture et des ambiances. Avec des silences et des moments calmes, on peut créer quelque chose de très sombre. On peut pousser quelqu’un à se sentir très troublé ou très sombre, rien qu’avec de petites choses. Je trouve que cette dynamique est très importante pour qu’un album ou une chanson restent intéressants. Parfois, si une chanson est toujours « à dix », c’est monotone. Il faut les hauts et les bas, il faut les émotions, c’est comme une vague, comme l’eau, ça monte et ça descend.

Tu as déclaré que la nouvelle musique possédait cette « combinaison caractéristique de sonorités musicales manifestement déprimantes et sombres et de mélodies étonnamment jolies ». Penses-tu que c’est lorsqu’il y a ce type de tension dans la musique, entre la beauté et la laideur, la lourdeur et la légèreté, que la magie a lieu ?

Ouais, c’est le cas. Tu n’es pas le premier à aborder le sujet et c’est effectivement ce que je recherche. J’adore combiner de jolies mélodies par-dessus des sons très sombres et underground, un peu en combinant la lourdeur avec la légèreté. Je trouve que ces contrastes offrent une expérience intéressante. Personnellement, j’aime que la musique soit ainsi. Ce type de musique est toujours ce que j’aime entendre parce que c’est intéressant et ça laisse de l’espoir à l’auditeur. Après avoir écouté quelque chose de déprimant, il peut littéralement entendre l’espoir dans ce type de musique. Il y a toujours un côté lumineux dans l’obscurité, et dans toute lumière, il y a de l’obscurité. C’est le yin et le yang du monde, c’est l’équilibre global. Donc oui, chef, je suis d’accord. C’est une formule qui me correspond, j’aime incorporer les deux ensembles.

Johnny Kelly joue en live avec toi depuis le tout début mais il fait sa première apparition studio avec le groupe sur cet album. A l’époque de Lay My Soul To Waste, tu nous a dit que tu étais « très pointilleux sur la façon dont tout doit être joué sur les titres » et que tu es très possessif avec la musique, et évidemment, la batterie a été ton principal moyen d’expression pendant longtemps. Etais-tu donc enfin prêt à lâcher ce rôle de batteur ?

Je ne l’ai pas vraiment lâché, je continue à écrire les rythmes comme j’ai envie qu’ils soient quand je fais les démos. Donc, en gros, il copie et joue ce qui convient à la chanson, car au final, il faut que ce soit bien pour la chanson. Il fait ça et il ajoute ses petits trucs. Il y met sa touche ici et là. Je continue à tout écrire, musicalement, mais ensuite je leur passe ça, je les laisse l’apprendre et le jouer.

Toi et Johnny avez tous les deux été batteurs dans Type O Negative : ce point commun vous a-t-il rapproché ou permis de créer une relation spéciale ?

Je le pense, oui. Je trouve que c’est cool. Evidemment, à l’époque, dans les années 90, nous étions tous les deux jeunes, donc nous avions quelques désaccords, mais venant du même background, ayant les mêmes racines à Brooklyn, il est clair que nous nous entendons bien. Je suis très content qu’il travaille dans le groupe, nous rions souvent, je m’amuse beaucoup avec lui. C’est vraiment une chouette personne. C’est super ! J’ai hâte quand nous allons venir… Nous allons faire des dates en Europe en mars, j’ai hâte que nous tournions ensemble, pour rigoler, passer du bon temps avec la musique, sur scène. C’est excellent, en fait. C’est sympa de faire ça avec des gens qu’on connaît depuis si longtemps. Ça fait un bail que je le connais, environ trente ans, donc c’est génial, vraiment.

Tu as été batteur la majorité de ta carrière, y compris ces cinq dernières années avec Life Of Agony. Ta vision de la musique est-elle très différente quand tu abordes ça sous une perspective de frontman plutôt que de batteur ? Ou bien n’y a-t-il aucune différence ?

Il n’y a aucune différence. J’y vais et je le fais, tout simplement. Exactement de la même façon que je monte sur scène et m’assois derrière un kit de batterie, je monte sur scène et attrape ma guitare. La batterie est difficile en soi mais être un frontman et chanter est l’un des boulots les plus durs qui soient, il y a beaucoup de pression. Donc l’approche est, évidemment, un peu plus sérieuse, en s’assurant que je fais mon boulot comme il faut avec le chant et tout. Avec la batterie, je jouais certaines de ces chansons depuis si longtemps que c’était devenu une seconde nature. Avec le chant, ça a nécessité beaucoup de discipline, mais j’aime m’amuser et passer du bon temps, et j’apprécie vraiment de communiquer un petit peu avec le public, de faire une blague ou de raconter une histoire. L’approche est donc plus sérieuse mais aussi légère. Je veux juste faire de mon mieux pour les gens et leur proposer un super spectacle, leur jouer les chansons comme elles doivent l’être.

« Certaines personnes ont reçu une formation technique et sortent de l’école, elles sont extraordinaires sur leurs instruments et peuvent tout jouer, mais dès qu’il s’agit de transmettre de l’émotion et de créer une chanson qui touche les gens, elles n’en sont pas capables parce qu’elles ont été formées de manière tellement clinique et technique que peut-être elles ne composent pas avec le cœur. […] Je ne crois pas que l’un garantisse l’autre. »

As-tu l’impression qu’il y a plus de pression quand on est frontman que quand on est ce gars au fond de la scène qui est la colonne vertébrale de la musique ?

Je pense qu’il y a plus de pression. C’est une pression différente parce que tu viens de le faire remarquer, oui, le batteur est la colonne vertébrale du groupe et il a cette pression, mais je pense que le frontman est celui qui a le plus de pression parce qu’il est juste en face des gens, et si le public ne t’aime pas ou si le concert ne se passe pas bien… Quand tu es batteur, tu es au fond, tu peux te cacher un petit peu derrière la batterie, mais quand tu es le chanteur, tu es toujours devant, tu es toujours là pour donner le meilleur de toi-même, et garder la tête haute, et assurer, et essayer de montrer que rien ne te déstabilise, et répondre aux attentes de tous. Je dirais qu’il y a plus de pression quand on est frontman, c’est certain.

Est-il déjà arrivé avec A Pale Horse Named Death de vivre un moment où tu aurais souhaité être encore ce gars au fond de la scène ?

Heureusement, il ne s’est jamais produit quoi que ce soit qui m’aurait fait ressentir ça. [Hésite] Il se peut qu’il y ait eu un ou deux concerts que nous avons donnés où les gens ne savaient pas qui nous étions, ils étaient juste debout, en train de nous regarder, sans aucune réaction, mais rien de mauvais ou négatif qui m’ait donné envie de me cacher. Heureusement, jusqu’ici, nous n’avons rien vécu de si mauvais.

D’un autre côté, y a-t-il eu des fois avec tes autres groupes où tu t’es senti chanceux d’être ce gars planqué au fond ?

Ouais, de nombreuses fois [rires]. Comme en 2005, Life Of Agony était en tournée avec Mudvayne, et le public de Mudvayne, putain, il nous détestait ! Il nous balançait tellement de merdes, genre nous allions à ces concerts et ces gosses nous jetaient des CD, de l’argent, des chaînes, des pièces de monnaie, en essayant de nous heurter, et ils ont atteint Keith – à l’époque c’était Keith, pas Mina – à l’œil avec une pièce de vingt-cinq cents. J’avais des CD qui s’éclataient et se cassaient sur ma batterie. Je me souviens qu’à ces concerts, j’étais content d’être là-derrière au moins un petit peu protégé, parce que ces concerts étaient horribles ! Cette tournée était horrible, elle ne s’est pas bien passée du tout. Voilà un exemple [rires].

Penses-tu que le fait d’être batteur au départ, qui est cette place centrale dans le groupe, t’aide à visualiser un tableau d’ensemble autant que les détails dans la structure de la musique ?

Absolument. La batterie est extrêmement importante dans la composition dans la façon dont on façonne certains rythmes et certains changements. Donc, étant batteur, je crois que j’ai toujours eu un petit avantage, y compris quand je joue de la guitare ou compose une partie, j’entends tout de suite comment doit être la batterie et je fais en sorte que tout fonctionne en osmose. C’est clairement un atout, c’est un bonus d’être à la fois batteur et guitariste. Je suis un multi-instrumentiste, je peux jouer plein d’instruments. C’est assurément une bonne chose. Quand les gens ne connaissent pas leur timing… En gros, tout tourne autour de la batterie, du timing, de la signature des notes, des motifs qu’on joue, c’est vraiment important. C’est très mathématique, et une fois que tu connais toutes ces idées mathématiques et sais comment elles fonctionnent, ça devient bien plus facile d’arranger la musique et de l’élaborer de façon à ce qu’elle s’enchaîne naturellement. Il faut composer la musique avec le meilleur groove de batterie possible, celui qu’on ressent d’emblée. Ça fonctionne donc main dans la main. C’est clairement un avantage, je trouve. C’est vraiment un plus.

Conseillerais-tu à n’importe quel musicien non batteur d’apprendre la batterie ?

Absolument, oui. Je pense que c’est bien parce que, peu importe quel instrument on joue, il faut avoir cette capacité naturelle à tenir le tempo, tenir la métrique. Car même si on est dans un groupe et qu’on joue avec un batteur, il faut quand même compter, il faut aussi tenir le tempo, et il faut être en place avec le batteur. C’est bien de connaître les bases du timing et de compter ; rien que compter, apprendre à compter, en jouant la musique, c’est bien, ça rend meilleur. Ça permet de mieux connaître les choses. Et puis, quand on peut disséquer les choses mathématiquement, on peut créer des arrangements très sympas qui permettent à la chanson d’être un petit peu plus unique, même avec des notes toutes simples, de la musique simple. On peut n’avoir que trois ou quatre notes, mais la façon de les placer, mathématiquement, dans la mesure, déterminera comment le motif se déroule et on peut créer plein de types de musique différents avec les quatre mêmes notes rien qu’en les plaçant différemment, avec la batterie. Donc ouais, je trouve que c’est important. Je pourrais continuer à en parler sans cesse [rires]. Ma formule est beaucoup liée au timing, à la batterie, au fait de taper du pied, de jouer de la guitare et d’écrire la musique.

En dehors de cette notion de timing, comment ton jeu de batterie et ton style rythmique ont-ils influencé ton style de jeu de guitare ?

En fait, je joue la guitare un peu de manière percussive. Souvent, la manière dont je gratte les cordes est assez percussive ou je vais faire des trucs avec une seule main… Je ne suis pas un guitariste traditionnel car je ne prétends pas être un guitariste extraordinaire, je sais juste que j’aime… Je fais ce que je fais. Mon approche est peu orthodoxe, de par ma façon de voir les choses. Ma manière de taper sur le manche, les frets, ou d’utiliser le médiator est presque… Parfois, je peux littéralement jouer comme un rythme de batterie avec les cordes de la guitare. J’aime faire pas mal d’effets de souffle, par exemple en live je jouerai davantage avec la batterie en faisant des « tch, tch », ce genre de truc sympa. J’aime faire des sons percussifs. J’aime aussi beaucoup jouer avec les larsens. Je m’amuse toujours beaucoup avec tout ça.

« Je restais toujours durant toute la durée de création de l’album et je me contentais de regarder et écouter. Parfois j’avais une opinion aussi mais j’avais tendance à les laisser faire parce que ces gars étaient plus vieux que moi et Josh [Silver] était aussi un ingénieur très expérimenté, puis Peter [Steele] savait ce qu’il voulait, donc je préférais simplement m’asseoir et regarder. […] Et quand je suis devenu plus vieux, j’ai appris à quel point toute cette information était précieuse jusqu’à ce que je la mette enfin à profit dans ce groupe. »

Comme tu es multi-instrumentiste et que tu as ce talent pour la composition et l’arrangement de mélodies, te considérerais-tu plus comme un orchestrateur qu’un simple guitariste ou batteur ?

Oui, effectivement. J’aime orchestrer. J’aime créer des mélodies. J’aime mettre une chose par-dessus une autre et faire que ça devienne cet énorme son grandiose. J’aime vraiment arranger et orchestrer de la musique. Je trouve ça amusant. Arranger une chanson peut rendre une chanson bonne ou mauvaise, suivant comment on s’y prend. Donc je me considère vraiment comme quelqu’un qui est davantage un orchestrateur artistique qu’un technicien, c’est certain. Je peux parfois entendre la musique avant même d’avoir un instrument dans les mains. Je peux être dans la voiture… Tu sais quel est mon problème ? Parfois j’oublie plein de trucs vraiment bons, je suis dans ma voiture, ou bien je travaille ou fais quelque chose dans la maison, je répare quelque chose dans mon garage, et un morceau de musique me vient en tête, je pense à des mots et je fais une mélodie, et puis tout d’un coup, je suis là : « Wow, c’est vraiment génial ! » Mais après, c’est fini, je l’oublie ! [Petits rires] Ensuite, je suis là : « C’était quoi ? C’était quoi ? C’était tellement bon, je n’arrive pas à m’en rappeler, bordel ! » Donc j’essaye, du mieux que je peux, de me rappeler des choses, jusqu’à ce que je trouve enfin un moment pour enregistrer une idée. Donc ça me vient souvent avant même que je ne touche une note. Je le fais avec ma bouche. Je rends dingue mes enfants, je rends dingue ma fille, je suis toujours en train de chanter et de faire des chansons pendant que je déambule dans la maison. Parfois ça sonne comme des pubs à la télévision. Je fais toutes sortes de jingles, ça pourrait être… Parce que ce n’est pas forcément du heavy metal. Mais ouais, souvent, ça me vient comme ça. Et il y a des fois où je me pose et j’attrape la guitare, et ensuite je commence à jouer, et puis je dis : « Wow, merde, c’est super ! Il faut que je m’en souvienne. » Donc ça s’est fait parfois comme ça.

Tu as dit que ton approche était peu orthodoxe et je crois savoir que tu es autodidacte à la guitare. Penses-tu qu’être un bon compositeur n’a aucun lien avec le fait d’être un musicien ayant reçu une grosse formation technique ?

Tout dépend de l’individu. Certaines personnes ont reçu une formation technique et sortent de l’école, elles sont extraordinaires sur leurs instruments et peuvent tout jouer, mais dès qu’il s’agit de transmettre de l’émotion et de créer une chanson qui touche les gens, elles n’en sont pas capables parce qu’elles ont été formées de manière tellement clinique et technique que peut-être elles ne composent pas avec le cœur. J’ai été témoin de situations de ce genre. Et puis il y a… Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de faire. A titre personnel, je suis effectivement autodidacte. J’ai travaillé pendant des années pour développer mon oreille et je me suis tout appris moi-même, et je fais ce que je fais et j’ai mon propre style. Je pense que c’est aussi pourquoi j’ai un style un petit peu rythmique à la guitare, parce que je n’ai jamais regardé personne d’autre faire. Je me suis contenté de faire ce que je fais parce que ça fait des années que j’adore le son de la distorsion, depuis que je suis gamin.

Mais c’est dur à dire. Quelqu’un peut avoir été éduqué par les plus grands enseignants, et finir par composer de la musique extraordinaire ; peut-être que d’autres sont juste bons pour être embauchés par d’autres gens et jouer ce qu’ils sont censés jouer, ce sont de grands musiciens mais pas des compositeurs. Le fait d’être un grand musicien ne garantit pas qu’on soit un grand compositeur et qu’on sache écrire des chansons. Pour moi, être capable d’écrire des chansons est un tout autre don, c’est un autre talent. Une fois que tu sais comment jouer d’un instrument, maintenant il faut savoir comment transmettre de l’émotion et trouver les douces notes qui flattent l’oreille de l’auditeur et rendent la chanson mémorable. Donc, que tu sois formé de façon clinique ou technique, quel que soit l’instrument, il te faut ensuite avoir cet autre talent afin de pouvoir écrire des morceaux de musique qui transmettent des mots et des mélodies capables de faire pleurer quelqu’un. Parfois ça requiert des choses parmi les plus simples, mais si tu es capable de transmettre cette émotion à l’auditeur et de leur faire ressentir l’envie de pleurer ou de fondre en larmes ou l’impression que quelque chose de similaire leur est arrivé, alors ça, je crois, nécessite un talent unique. Donc je ne crois pas que l’un garantisse l’autre.

« The Woods » est un interlude très tribal : se pourrait-il que ce soit ta façon de te reconnecter aux racines de la musique ?

Tu sais quoi ? Eric Morgan a composé ça. Je vais te dire, il m’a fallu longtemps pour réécouter ce morceau parce qu’il m’a fait flipper ! C’est démentiel ! Il a fait ça dans son studio et ce qu’il a fait est qu’il est allé dans les bois pour enregistrer ses bruits de pas en marchant dans les feuilles. Ensuite, tout le chant, c’est un type de langue celtique qui est le plus proche des druides, et ce qu’ils disent est : « Ta mort est notre vie. » C’est ce qu’ils chantent avant qu’ils ne sacrifient… Car c’est un sacrifice tribal, on peut les entendre couper la tête d’un gars à la fin [petits rires]. C’est fou ! Ça m’a fait flipper. Je pense que ouais, il y avait un côté retour aux fondamentaux, parce que là où je vis, il n’y a que des bois, et c’est pareil là où Eric vit. Où je vis, d’une certaine façon, a une grande influence sur l’atmosphère d’A Pale Horse Named Death. Il y a ce lien aussi : toute l’origine du son des instruments primitifs, des chants primitifs, c’est un retour aux sources, un retour aux racines de l’humanité. C’est quelque chose que les gens ne comprennent plus à notre époque, je suppose. Je trouve que c’est important de montrer cet aspect. Nous voulions faire de cet album une expérience cinématographique, donc quand on est au milieu de l’album et qu’on entend « The Wood », ce morceau, ça nous ramène vraiment à notre histoire tribale, on peut visualiser ce qui se passe, et c’est pourquoi ça m’a un peu déstabilisé pendant un moment, car ça m’a déboussolé, je l’écoutais très fort avec mon casque, et j’étais là : « Wow, oh mon Dieu ! » [Rires] C’est vraiment intense ! Ça m’a filé une sacrée frayeur [rires].

« J’ai commencé à en avoir marre de toute cette situation parce qu[e Mina Caputo] ne comprenait pas la souffrance que je vivais en tournée. Ma fille était à l’hôpital en train de se faire opérer, à deux reprises j’étais pendant ce temps dans un aéroport, ma femme était enceinte, seule, sans personne pour l’aider, et je n’obtenais aucune compréhension de leur part. Donc j’ai commencé à sentir qu’il était temps de partir. »

Tu as dit que « “Love The Ones You Hate” est l’une de [tes] chansons préférées. Ça ramène le metal gothique et alternatif du début des années 90, qui [t’a] inspiré à l’époque ». Es-tu nostalgique de cette époque, du début des années 90 ?

Oui. Je ne me rendais pas compte à quel point cette époque était bonne. Je n’avais aucune source d’inquiétude, je n’avais pas autant de responsabilités, mais la musique qui sortait à la fin des années 80 et début 90 était super. Tout le côté un peu gothique, new wave, y compris des groupes comme The Cure, Depeche Mode, Curve, My Bloody Valentine, tous les trucs new wave qui étaient cool durant les années 80, ça me ramène à ça quand j’écoute ces chansons. Par exemple, si j’entends à la radio une chanson provenant de cette époque, quand j’étais adolescent, j’avais dix-huit ou dix-neuf ans, vraiment j’adore ce son. « Love The Ones You Hate » est un renvoi vraiment cool à cette époque, mais à la fois, je trouve que ça reste attrayant aujourd’hui parce que plus personne ne fait vraiment ça. Donc j’ai un peu l’impression que cette chanson a une réelle chance de devenir populaire, car elle peut paraître très différente par rapport à ce qu’on entend aujourd’hui.

La dernière fois qu’on t’a parlé, tu nous a dit qu’« A Pale Horse Named Death est une sorte de chapitre final de tout ce que [tu as] appris après toutes ces années dans d’autres groupes, à apprendre et expérimenter ». Mais on peut remarquer cette fois des aspects plus proéminents renvoyant à ton passé avec Type O Negative. A quel point ce groupe et l’impact de Peter Steele sont-ils toujours prégnants dans ton esprit aujourd’hui ?

Oui, toujours là. Il a eu une grande influence sur moi. Quand j’étais dans ce groupe, nous avons fondé un groupe pour jouer la musique que nous voulions jouer, et j’aime ce son. J’aime la musique sombre et dépressive. J’aime tout ce style, ce sont mes racines. Donc, clairement, l’influence est toujours très ancrée, elle sera toujours là, c’est certain, parce que ça fait partie de ma vie. J’ai commencé à jouer avec lui en même temps que j’ai commencé à jouer de la guitare et de la basse chez moi, et j’apprenais à chaque fois que j’étais auprès de ces gars. J’ai appris de son approche de la musique, des chansons et des arrangements, et comment il aimait parfois avoir des tempos extrêmement différents, et, encore une fois, les orchestrations entre lui et Josh [Silver]. Je m’asseyais avec eux dans le studio d’enregistrement, je restais toujours durant toute la création de l’album et je me contentais de regarder et écouter. Parfois j’avais une opinion aussi mais j’avais tendance à les laisser faire parce que ces gars étaient plus vieux que moi et Josh était aussi un ingénieur très expérimenté, puis Peter savait ce qu’il voulait, donc je préférais simplement m’asseoir et regarder comment il faisait les choses ou les changeait à la guitare ou au niveau des notes. Ce gars était très prolifique, il avait plein de musique dans sa tête, il n’avait aucun mal à écrire de la musique. J’ai aussi appris ça, et puis le fait de s’intéresser à tous ces trucs new wave et gothique de la fin des années 80. Evidemment, j’étais aussi un fan de Sabbath et des Beatles, donc c’était la suite logique. C’est gravé en moi. Et quand je suis devenu plus vieux, j’ai appris à quel point toute cette information était précieuse jusqu’à ce que je la mette enfin à profit dans ce groupe.

Et puis il a aussi fait de moi un meilleur musicien. Il était très technique, comme lorsque je te parlais plus tôt du timing, du tempo et des signatures, et si je jouais un petit peu trop vite, il me disait de ralentir pendant que nous jouions, ou il me mettait au défi avec des parties musicales très difficiles sur lesquelles je devais composer une bonne batterie. Les arrangements étaient exigeants compte tenu de la longueur des chansons ; les chansons étaient toujours très longues et je devais à chaque fois me souvenir de plein de choses, de plein d’informations, et ce genre d’éthique de travail répétitif ne fera que te rendre meilleur. Ça m’a appris à être encore meilleur avec mon timing, mes tempos, ça m’a poussé à mieux me concentrer car parfois il nous balançait des trucs complexes. Même si ça sonnait parfois simple, les choses pouvaient devenir compliquées dans Type O Negative ! Donc ça nous poussait à être meilleurs.

A propos de l’idée de jouer des chansons de Type O Negative en live, tu as dit que tu ne pensais « pas que ce serait bien par respect pour Peter ». Qu’est-ce qui te donne le sentiment que ce serait un manque de respect à son égard ?

Déjà, personne ne peut chanter comme lui. Personne ne chantera comme lui. Ensuite, personne ne jouera vraiment de la basse comme lui. Donc monter sur scène pour essayer de reprendre une chanson qui ne sonnera pas forcément aussi bien, je trouve que ce ne serait pas respectueux, ça ne lui rendrait pas justice. Ça ne me paraît pas bien. Ça ne me branche pas, personnellement. Je ne le ferai pas.

Tu as fait un album l’année dernière avec Life Of Agony, le premier depuis la reformation et dans lequel tu as été très impliqué au niveau créatif – tu as vraiment mis ta marque dans cet album –, mais seulement quelques mois après la sortie de l’album, au début de cette année, tu as annoncé ton départ du groupe. Le groupe n’a pas tellement communiqué sur ton départ et les gens ont initialement pensé que la séparation était amicale, jusqu’à ce qu’une querelle éclate entre toi et Mina sur les réseaux sociaux. Du coup, que s’est-il passé entre toi et elle ?

Je ne sais pas. Elle est folle. Pour je ne sais quelle raison, elle a essayé de détruire ma carrière avec ses followers. Quand elle dit… Elle s’est attiré pas mal de problèmes d’ailleurs pour ça. En gros, c’était de la diffamation. Il n’y a rien nulle part où il serait écrit ou qui aurait été posté que j’aurais un jour dit quoi que ce soit pouvant faire croire à quiconque que je suis toutes ces choses horribles qu’elle a dites sur moi, c’est totalement faux. Ils sont furax contre moi parce que j’avais… Je suis parti parce que je ne pouvais plus le supporter l’année dernière. L’année dernière, j’ai eu plein de problèmes personnels, on m’a diagnostiqué des soucis de santé, ma seconde fille a subi plus de vingt interventions à l’hôpital et on m’a diagnostiqué comme étant maniaco-dépressif, ce que je savais déjà mais alors ils m’ont mis sous traitement. J’avais tellement de choses et puis, avant que je ne quitte le groupe, je parlais déjà avec les gars d’A Pale Horse Named Death, disant : « Je songe à faire un autre album. » Car j’avais l’impression d’arriver au bout. Eux, ils voulaient redevenir des enfants, partir sur la route et tourner constamment comme une bande de gamins. J’étais là : « Je ne peux pas faire ça parce que c’est très dur pour ma famille à la maison quand je pars pendant de longues périodes. » Car ma fille était handicapée dans une chaise roulante. C’est donc devenu très personnel à la fin, et elle s’est énervée contre moi. Alors j’ai dit : « Ecoute, tu sais quoi ? Je ne suis même pas heureux. J’arrête. Je me casse. »

« Elle agit comme une ex folle-dingue parce qu’ils étaient vraiment furieux que je sois parti et que je leur aie dit que j’étais musicalement insatisfait du groupe. […] J’étais insatisfait des capacités musicales de certaines personnes, de leur maîtrise musicale, de leur technique. Ça me frustrait. »

Je ne crois pas qu’ils étaient contents que je parle déjà aux gens dans APHND pour nous mettre d’accord pour relancer le groupe car je voulais faire un autre album. Ils voulaient que je compose leur prochain album, ce que j’avais fait avec le dernier album. Sur le dernier album, j’ai écrit neuf chansons. Je n’avais pas fait qu’arranger neuf chansons sur les dix. Tu peux entendre plein de passages influencés par APHND sur cet album. J’avais tout ce que j’avais enregistré moi-même pour eux sur mon ordinateur, et j’avais fait venir Matt Brown, qui, à l’époque, était dans APHND, pour faire leur album, l’enregistrer. J’étais donc l’influence sur cet album parce que j’avais besoin que ce soit un bon album et je leur ai dit que nous ne pouvions pas sortir une merde. Quoi qu’il en soit, d’une certaine façon, pour une raison, quand je leur ai dit que je n’étais plus heureux avec eux, les choses sont devenues vraiment sales et j’ai dit « j’arrête ». Je suis parti l’année dernière exactement à la même période, et j’ai dit : « Maintenant, c’est le moment pour moi de faire cet album. » J’avais besoin de faire l’album d’APHND parce que je ne voulais pas finir comme ça et je dois aux fans de leur proposer au moins un autre album. Je voulais faire un autre album.

Maintenant, cet horrible tweet qu’elle a posté, quelqu’un lui a dit que j’avais dit qu’elle avait voté pour Trump. Là, elle aurait dû être plus maligne que ça. Tu vois, n’importe qui peut dire n’importe quoi à n’importe qui, que ce soit vrai ou pas est une tout autre histoire, mais de nos jours tout le monde réagit au quart de tour. Donc quelqu’un lui a écrit quelque chose et ensuite elle s’en est prise à moi, disant que j’étais toutes ces choses horribles, un sectaire et ci et ça. Je veux dire que j’ai vécu à Manhattan, à deux pâtés de maisons du quartier le plus homosexuel de la ville. La personne qui me coupait les cheveux était homosexuelle. Je n’ai aucun problème avec les homosexuels. J’ai un problème avec les gens qui agissent… J’avais un problème avec Mina [petits rires]. Je n’avais aucun problème avec le fait qu’elle soit transgenre. J’ai commencé à en avoir marre de toute cette situation parce qu’elle ne comprenait pas la souffrance que je vivais en tournée. Ma fille était à l’hôpital en train de se faire opérer, à deux reprises j’étais pendant ce temps dans un aéroport, ma femme était enceinte, seule, sans personne pour l’aider, et je n’obtenais aucune compréhension de leur part. Donc j’ai commencé à sentir qu’il était temps de partir.

Et ils voulaient agir comme des gamins et être en tournée… Je veux dire qu’on pouvait voir cette année qu’ils ont beaucoup tourné, ils ont beaucoup joué… C’est super, tant mieux pour eux, mais fous-moi la paix et laisse-moi faire mon album. Mais pour une raison, elle avait un truc contre moi. C’est presque comme si c’était une ex-petite amie qui avait pété un plomb. Tu vois ce que je veux dire ? Elle agit comme une ex folle-dingue parce qu’ils étaient vraiment furieux que je sois parti et que je leur aie dit que j’étais musicalement insatisfait du groupe. C’était aussi ça. J’ai dit : « Je suis musicalement insatisfait du groupe, il ne m’apporte rien. J’ai envie de faire mon propre truc avant de crever un de ces jours. » Nous ne sommes plus des gamins. J’ai ma propre vie, j’ai une famille, mon temps est précieux, je ne voulais plus être dans le groupe de Mina. Il n’y avait plus de Life Of Agony, c’était devenu le groupe de Mina et j’en ai aussi eu marre de ça. Car tout le monde ne voulait que parler de sa situation. Le reste d’entre nous était… J’ai commencé à ressentir : « Eh bien, pourquoi ne pose-t-on pas de question au sujet du groupe dans son ensemble ? On est un groupe ! Pas un projet solo », alors que ça commençait à devenir un projet solo. Elle a pris sa carrière solo et en a fait Life Of Agony. C’était donc une autre raison de mon mécontentement. Je savais que c’était le moment de changer. La vie est courte. Je leur ai consacré de nombreuses années.

As-tu l’impression qu’elle n’a pas accepté que tu décides de quitter le groupe et qu’elle te le fait payer ?

Je le pense. Mais ils sont vraiment furieux que j’aie fait un album, cet album, parce qu’il montre au monde qui a également écrit leur dernier album. Ils ne voulaient pas m’accorder de crédit auprès de la presse et c’était un autre problème que j’avais. C’est compliqué. C’est vraiment comme un mauvais mariage. Ce groupe a été un mauvais mariage pendant trente ans. C’était toujours en dents de scie. De bons moments, de mauvais moments, de bons moments, de mauvais moments… Mais ensuite ça a changé et c’était tout le temps de mauvais moments. Mais ils semblent heureux maintenant et je leur souhaite le meilleur. C’est tout ce que je puisse faire. Ils sont contents, ils agissent comme une bande de gamins… Je leur souhaite le meilleur. Moi, je fais mon truc. J’ai mon propre album qui sort maintenant, je ne peux pas demander mieux. Je m’occupe de mes affaires, vraiment. C’est elle qui m’a attaqué, sans raison. Je n’ai jamais rien posté. Je suis plus intelligent que ça. Jamais je n’écrirais sur les réseaux sociaux quoi que ce soit qui m’incriminerait d’une telle façon, c’est démentiel. Je ne dirais jamais rien au sujet de qui que ce soit de cette façon, parce que ce serait fou. Laisse tomber. Avec la façon dont le monde fonctionne aujourd’hui, pourquoi je ferais ça ? En gros, tout ce qu’elle fait, c’est essayer de détruire ma carrière en disant ça. Car ça m’a inquiété, j’étais là : « Oh super, maintenant je vais avoir un tas de gens qui vont m’écrire et me dire un tas de choses dégueulasses parce qu’ils ont lu que j’étais un sectaire ou je ne sais quoi. » Mais heureusement, pas une seule personne ne m’a dérangé ! Donc c’était cool. En fait, les gens ont cru… Car ça partait dans tous les sens… Elle est folle. C’était stupide. Ça m’a aussi fait perdre mon temps.

Tu as dit que tu étais aussi « musicalement insatisfait du groupe ». Vu que tu as énormément contribué à l’album de Life Of Agony, qu’est-ce qui ne te satisfaisait pas, musicalement ?

J’étais insatisfait des capacités musicales de certaines personnes, de leur maîtrise musicale, de leur technique, voilà ce que c’était. Ça me frustrait. J’étais frustré que nous ne puissions pas faire de choses trop complexes. C’était plus par rapport aux capacités des personnes et au fait que leurs compétences techniques ne s’étaient pas améliorées après avoir joué pendant vingt/trente ans.

Interview réalisée par téléphone le 20 décembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Adrien Cabiran & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’A Pale Horse Named Death : www.apalehorsenameddeath.com

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  • Merci pour cet excellent ITW de Sal Abruscato d’APHND.
    Je les ai vus en février 2014 à La Boule Noire et nous étions peu nombreux (une trentaine et c’est peu-être pour cela que leur deuxième tournée ne passe pas par la France cette année). C’était pourtant un très, très bon concert avec un Sal Abruscato chaleureux qui nous a rejoint dans la salle à la fin du concert et qui s’est prêté avec gentillesse au jeu pour des photos. Respect ! Je souhaite le meilleur à Sal et APHND et irait à Deinze en Belgique le 26 mars prochain pour les voir.
    Salut à tous !

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