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Chronique   

A Perfect Circle – Eat The Elephant


Cela fait quatorze ans, soit depuis l’album de reprises Emotive (2004). Quatorze années qu’A Perfect Circle s’est tu, à l’exception d’un best of ne proposant qu’un maigre titre inédit, puis ne laissant entrevoir que « Feathers » en live pouvant nous laisser espérer un nouvel opus. Maynard James Keenan et Billy Howerdel ont pris le temps de nous livrer Eat The Elephant, quatorze années qui ont permis de gamberger sur la question de la pertinence, de la réinvention et l’impératif de satisfaire ce à quoi le public peut s’attendre. En réalité, comme l’a dit Keenan, il a fallu mettre des « œillères » pour composer cet album. Quel que soit l’attente, pas question de ressasser ce qui a été fait.

Eat The Elephant s’appréhende ainsi : le A Perfect Circle du début des années 2000 n’a que très peu de choses à voir avec celui d’aujourd’hui. Ce qui faisait l’identité metal du groupe, à savoir les riffs lourds tels ceux de « The Pet » ou « The Package » sur Thirteenth Step (2003), a quasi intégralement disparu. Entre-temps, Howerdel a eu un projet plus « pop » avec Ashes Divide, pendant que Maynard s’illustrait avec Puscifer à plusieurs reprises, laissant entrevoir la direction vocale plus suave que ce dernier a choisi de suivre (en attendant de voir ce qu’il proposera avec Tool, un jour…). Eat The Elephant ne fait pas du tout dans le fan-service. Il a l’honnêteté de montrer où en sont les musiciens aujourd’hui, la majorité des titres ayant été composés ces trois dernières années, puis façonnés sous leur forme actuelle au cours de l’année 2017. Soyons francs d’emblée, Eat The Elephant s’apparente plus à un album « pop rock », si l’on veut se risquer à des classifications.

Pourtant, passées les premières impressions mitigées qu’éprouvera l’auditeur tout excité à l’idée d’entendre de nouvelles compositions d’A Perfect Circle, Eat The Elephant révèle une profondeur subtile. On se souvient de bribes de morceaux jusqu’à ce que ces derniers s’immiscent complètement dans notre esprit. L’opus a d’ailleurs l’audace de s’ouvrir sur le très délicat « Eat The Elephant » qui s’amorce par quelques notes de piano suivi de la voix de Keenan au timbre surprenant, il atteint des aigus qu’il n’avait encore pas exploré que ce soit avec A Perfect Circle, Tool ou Puscifer. L’un des atouts d’Eat The Elephant est justement une forme d’imprévu. On ne sait pas réellement comment les titres vont évoluer et on regrette presque que le groupe ait dévoilé trois singles avant la sortie de l’album, ce qui a tendance à gâcher l’effet de surprise des très bonnes idées, à savoir le break vocal de « Disillusionned » qui vient tempérer l’impression d’un morceau plus classique. Ce procédé se répète à nouveau sur « The Doomed » et cette rupture qui prend presque la forme d’une berceuse que Maynard se charge de nous susurrer, tremblotant. À noter que le titre est l’un des plus heavy de l’album (en témoigne le chant hurlé des dernières secondes d’outro qui fera frissonner les amateurs du frontman des premières heures), ce qui conforte l’impression qu’A Perfect Circle livre avec Eat The Elephant son œuvre la plus délicate. Outre « The Doomed », seuls le riff et les lourdes percussions de « TalkTalk » et la conclusion à la Trent Reznor d’ « Hourglass » comportent des bribes d’agressivité.

Si A Perfect Circle s’est effectivement distancié du registre dans lequel il s’illustrait auparavant, on retrouve néanmoins une pléthore de gimmicks propre au jeu de Billy Howerdel, à savoir les grands leads de guitare assistés de reverb, marque de fabrique du guitariste qu’on distingue parfaitement sur le solo de « By And Down The River » qui aurait justement pu figurer sur Mer De Noms (2000). Là où en revanche Howerdel déstabilise, c’est lorsqu’il assume parfaitement des tonalités pop presque « commerciales » (proche de ce qu’il peut explorer dans Ashes Divide) à l’image du rythme enjoué de « So Long, And Thanks For All The Fish » avec ses arrangements de violons qui rapprochent brièvement A Perfect Circle d’autres artistes alternatifs-progressifs tel Anathema. Plus incongru encore est le très rock « Delicious » et ses accords de guitare acoustique portés par une basse ronflante. « Delicious » a des allures d’un titre de Steven Wilson, avec une fausse simplicité apparente et son break violon-guitare acoustique. Ce morceau incarne à lui seul le refus de confort de la part d’A Perfect Circle. Heureusement d’ailleurs, sinon le groupe ne nous aurait certainement pas gratifié d’ « Hourglass » et de son début électro ; titre sur lequel Keenan est méconnaissable avec ses phrasés semi-rappés délurés. « Hourglass » fait partie de ces titres qui ulcéreraient les aficionados du groupe s’ils n’étaient pas parfaitement composés et orchestrés, proche d’un Depeche Mode. On reconnaît d’ailleurs l’influence de Puscifer dans les choix vocaux du frontman, désormais parfaitement à l’aise dans les arrangements électroniques à l’instar du refrain chanté avec une voix robotisée. Cet A Perfect Circle « arrangeur » plus que formation rock se retrouve y compris sur le titre de fin « Get The Lead Out », simple beat assisté de quelques notes cycliques (pizzicato, piano, divers effets synthétiques), et d’un Maynard James Keenan scandant ponctuellement « Get The Lead Out ». Minimaliste et élégant à la fois.

Eat The Elephant est le A Perfect Circle tel qu’il est en 2018. Les quelques permanences avec les opus précédents sont davantage liés à un style de jeu singulier de la part des musiciens (surtout Howerdel évidemment) que d’un agencement des compositions. Ces dernières sont très variées, il faut souligner le travail colossal du frontman qui démontre encore toute l’étendue de ses prouesses vocales – mentionnons à ce titre le langoureux « The Contrarian » et ses nuances à fleur de peau -, parfois très éloignées de ce qu’on a l’habitude d’entendre de sa part. Surtout, Eat The Elephant a besoin de temps. Le processus d’écoute s’apparente à une réunion avec un très bon ami perdu de vue depuis longtemps. Il y a toujours une affection singulière bridée par le malaise de la retrouvaille, et il ne faut que très peu de temps pour que les barrières volent en éclat et que ce ne soit qu’une question de plaisir.

Clip vidéo de la chanson « Disillusioned » :

Chanson « TalkTalk » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « The Doomed » :

Album Eat The Elephant, sortie le 20 avril 2018 via BMG. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Un album hors norme. Un pur moment de plaisir . Du talent et encore du talent.
    La grande Classe. Une production et un mixage ultra soignés. Du très haut de gamme.
    Un des albums de l’année, sans conteste.

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  • Patate "Fromage" Charcuterie dit :

    C’est pas très vegan comme titre.

    [Reply]

    wulfgar

    Ah ah ah…Avis aux Vegans! Dans le japon féodal, les femmes donnaient à manger du soja à leur mari pour calmer leurs ardeurs sexuels, quand le besoin se faisait sentir…

  • Mr Claude dit :

    Bah je connais pas trop A Perfect Circe à part « Mer de Noms » qui traine au fond de mon disque dur sans y avoir prêté trop d’attention.
    J’ai découvert ce matin le duo de Chino et Maynard sur « White Pony » pour combler ma culture.
    De toute évidence, Maynard est un artiste hors norme.
    J’ai juste écouté « Disillusionned », il est excellent.
    Il se cale comme personne sur la musique, son timbre unique, la douceur de sa voix.
    Une caresse de bon matin.

    [Reply]

  • Ok donc en gros c’est d’la bouze.

    [Reply]

    Duncan

    Tu es sûr d’avoir lu le même article ?? 😐
    « Il a l’honnêteté de montrer où en sont les musiciens aujourd’hui… » = Ils font quelques choses de différents, pas de mauvais.
    « … passées les premières impressions… Eat The Elephant révèle une profondeur subtile. » = Il faut ne pas avoir d’attente pour l’apprécier pleinement.
    « L’un des atouts d’Eat The Elephant est justement une forme d’imprévu » = C’est un album original qui sait prendre des risques.
    « « Hourglass » fait partie de ces titres qui ulcéreraient les aficionados du groupe s’ils n’étaient pas parfaitement composés et orchestrés » = Les risques sont bien calculés et récompensent le spectateur pourvu qu’il se laisse embarquer.
    « Minimaliste et élégant à la fois. » = Ca, chez moi, c’est un compliment, pas un message pour ado manichéen.
    « … travail colossal du frontman qui démontre encore toute l’étendue de ses prouesses vocales… » = Ca, ça ne se traduit pas.
    « Eat The Elephant a besoin de temps. » = On appréciera pleinement cet album quand on aura dépassé l’horizon des attentes que l’on peut avoir en tant que fan de metal d’un nouveau bébé A Perfect Circle en 2018.
    Je sais pas quel article tu as lu mais moi j’ai l’impression que RM a pris des précautions de fou pour être sûr de défendre ce nouvel album tout en précisant bien que c’était différent et que ça ne plairait pas à tout le monde tout de suite. Et c’est on ne peut plus limpide.

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