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Interview   

A-Z ou l’alpha et l’oméga de Mark Zonder


Parmi les grands batteurs de la scène prog, il y en a un dont on parle finalement assez peu, et pourtant son style est immédiatement reconnaissable et fascinant à plus d’un titre, toujours très juste dans son adéquation avec les riffs et créatif notamment dans son utilisation des cymbales, comme en atteste son passage remarquable au sein de Fates Warning de 1988 à 2005. Il s’agit bien entendu de Mark Zonder. Peut-être a-t-il été trop discret médiatiquement, en tant que batteur mais aussi avec ses nombreux projets qui ont rarement dépassé le statut confidentiel – même la reformation du groupe culte Warlord en 2002 avec le chanteur Joacim Cans (Hammerfall) a été peu suivie, à sa grande déception. Mais il compte bien y remédier avec son tout nouveau projet.

A-Z (à prononcer A thru Z) est né de la volonté de Mark Zonder de toucher les gens avec des titres rock et metal accessibles, accrocheurs, tubesques même, sans pour autant donner dans la simplicité et rogner sur la créativité du jeu, à la manière des Toto, Rush, Kansas ou le Yes de 90125 (1983). Les fans de Fates Warning devraient s’y retrouver car la teneur musicale de ce premier album n’est parfois pas sans rappeler les élans plus « commerciaux » des albums Parallels (1991) et Inside Out (1994), mais aussi parce qu’il s’est de nouveau associé avec ni plus ni moins que Ray Alder. Vivian Lalu (clavier), Philip Bynoe (basse) et Joop Wolters (guitare) viennent compléter un line-up qui ressemble furieusement à ce qu’on peut qualifier de « supergroupe ».

Nous nous sommes longuement entretenus avec le batteur, leader et aussi business man afin de mieux comprendre sa vision d’A-Z, ses rouages créatifs et son ambition, mais aussi pour parler batterie et brièvement revenir sur Fates Warning et Warlord.

« Les chansons, ça a toujours été mon truc. Je n’ai pas un million d’albums de prog dans ma collection. […] Quand on trouve de très bonnes parties, il s’agit de savoir qu’on n’a pas besoin de quinze autres parties pour rallonger le morceau. »

Radio Metal : Quand tu as commencé à travailler sur de la musique pour A-Z début 2020, tu avais une vision très claire du groupe que tu voulais monter. Tu as déclaré vouloir « un groupe très accessible qui plairait au plus grand nombre et permettrait de tourner dans de grandes salles et créer un second et troisième album sur la base du succès du premier ». Mais depuis combien de temps avais-tu un tel projet en tête ? Quand et comment as-tu songé à faire quelque chose comme ça ?

Mark Zonder (batterie) : Ça fait longtemps que j’ai cette idée, depuis 2007 je crois. Mon groupe Slavior venait de la même idée. Ça commençait avec des plans de batterie et des chansons qui étaient accessibles pour l’époque. Je ne dirais pas que le nu metal était en train d’arriver, mais c’était un style un petit peu différent pour l’époque. J’ai toujours eu ce style. J’ai passé une bonne partie de ma carrière dans des groupes qui n’étaient pas mainstream et qui étaient un peu en marge. Ce n’est pas un problème, mais quand tu es dans un groupe et que tu ne plais qu’à un nombre limité de personnes, c’est dur d’entretenir une carrière et de faire avancer les choses. J’ai toujours adoré ce type de musique ; les chansons, ça a toujours été mon truc. Je n’ai pas un million d’albums de prog dans ma collection, ce sont surtout des chansons, des chanteurs… Après, peu importe ce qu’on fait derrière, c’est super, mais le plus important, ça reste le chanteur et la chanson, et c’est vraiment ce que les gens veulent entendre. Ils veulent quelque chose qui leur reste en tête et qu’ils peuvent chanter continuellement.

La première surprise du groupe est que tu as retrouvé Ray Alder de Fates Warning. Ça faisait plus de quinze ans que vous n’aviez pas joué ensemble. Quelle a été votre relation durant tes années post-Fates Warning et même avant ?

Ray et moi avons toujours été amis. Quand j’étais dans Fates Warning, nous étions probablement deux des gars qui avaient le plus en commun, même si Bones (Joe DiBiase), le bassiste, et moi avions aussi beaucoup en commun, car nous aimions tous les deux le sport, le basketball, le baseball et le football. Quand Ray vivait à Los Angeles, il venait traîner dans mon studio, nous nous intéressions aux voitures et nous étions amis. J’ai toujours su que Ray adorait ce type de musique, car nous en avions parlé avant. Grâce à sa mère, il a été élevé avec ça quand il était tout petit. Les chansons d’auteur-compositeur, c’est tout ce qu’il entendait chez lui, donc je savais qu’il serait parfait pour ce groupe. C’était comme au bon vieux temps, rien n’a changé. C’est comme avant. Il n’y a jamais eu le moindre problème entre Ray et moi, y compris quand je suis parti pour fonder une famille et tout. Il n’y a jamais eu de souci, nous avons toujours tout géré en adultes.

J’ai lu que tu avais essayé une vingtaine de chanteurs… Qu’est-ce qui a fait qu’il est sorti du lot ? Est-ce simplement votre amitié ?

En fait, non ! Nous pouvions être amis, mais s’il m’avait renvoyé des choses horribles, ça n’aurait pas marché. Il a tout simplement compris. J’ai eu affaire à plein de gens et ils ne comprenaient pas. Ils essayaient toujours de rendre ça exagérément spécial et d’en faire trop. Il y en a plein qui croyaient que nous cherchions à faire A Pleasant Shade Of Gray – Part Two. Ils n’ont pas compris quand j’ai parlé de publicité pour marques de bière et de voiture, et Cobra Kai. C’est un peu comme du hard rock pour les pubs, du arena rock, mais ils n’ont pas compris. Ray a tout de suite pigé. Il savait de quoi je parlais.

Penses-tu que ton background dans le prog était un problème pour que les gens comprennent où tu allais avec ce projet ?

Oui et non. Ça a ouvert plein de portes simplement parce qu’ils savaient qui Ray et moi étions, mais d’un autre côté, la musique parle d’elle-même. Dans chaque interview que je fais et chaque commentaire que je vois, les gens comprennent. Ils comprennent exactement ce que nous essayons de sortir. C’est assez évident quand on entend ces chansons. Si on prend le chant et le refrain : au bout de douze secondes, on est dans le refrain. Au moment où on arrive au second refrain, on s’en souvient parce qu’on l’a déjà entendu et il reste en tête. Les gens comprennent exactement ce que nous faisons. Ce n’est pas comme si nous l’avions fait à moitié ou un petit peu sur quelques chansons ; les onze chansons sont faites pour être des singles, elles sont faites pour être des tubes.

« Pour moi, quand quelqu’un dit : ‘Je n’entends pas de single’, ce n’est pas bon. Pour moi, le baiser de la mort, c’est quand ils disent : ‘Il faut que j’écoute encore un peu’, car ça veut dire qu’ils n’ont pas saisi. C’est une manière polie de dire : ‘Je n’aime pas ton album’. »

Le reste du groupe comprend le bassiste Philip Bynoe, le guitariste Joop Wolters et le claviériste Vivien Lalu. Comment t’es-tu retrouvé à les impliquer et quel était ton principal critère pour sélectionner les gens qui y prendraient part ?

J’ai en fait d’abord contacté un autre claviériste qui m’a donné le nom et le numéro de téléphone de Vivien. Je l’ai contacté, nous avons discuté et il m’a dit à quel point il était fan de tout ce que j’ai fait, Chroma Key, Fates Warning, Warlord, etc. Ensuite, j’ai commencé à lui envoyer des idées de batterie et il s’est mis à composer par-dessus. En plus d’être claviériste, Viv est un très bon compositeur, donc dès le début, je savais qu’il y avait quelque chose de spécial dans la musique qu’il composait et les sons qu’il utilisait. Il avait travaillé pendant vingt ans avec Joop, donc quand nous avons eu besoin d’un guitariste, Viv l’a contacté. Ce qui est intéressant, c’est que quand Viv compose, il a plein de sons de guitare dans son clavier. Quand lui et moi avons créé les chansons, il savait exactement où mettre la guitare et comment l’utiliser, donc nous avons fait venir Joop pour jouer les parties en vrai, mais aussi pour qu’il apporte sa créativité. Je connais Philip depuis vingt ou quinze ans, c’est un super ami. C’est automatique, je ne me suis même pas posé la question, c’est Philipe qui allait jouer la basse. Ça s’est fait très facilement. C’était le chanteur qui posait problème – pour le trouver. J’ai fini par dire : « Ça fait un bail que je n’ai pas parlé à Ray, je vais lui passer un coup de fil. Soit il me raccrochera au nez, soit il dira : ‘Je ne suis pas intéressé’ ou alors ‘Envoie-moi un truc’. » Voilà comment ça s’est fait !

Le but était toujours le même : faire des chansons courtes et aller directement au refrain, pas de morceau de douze minutes. Au final, malgré ce qu’on pourrait croire, dirais-tu que c’est plus difficile et que ça requiert plus de compétences de faire une chanson courte et accrocheuse qu’un morceau épique et progressif de douze minutes ?

Pas forcément. Je pense qu’il s’agit plus, quand on trouve de très bonnes parties, de savoir qu’on n’a pas besoin de quinze autres parties pour rallonger le morceau. Ce n’est pas plus difficile, c’est juste une autre façon de voir les choses. Nous n’allons pas mettre cinq parties différentes dans une chanson, il faut que ce soit plus concis. Je pense que c’est plus facile et Ray l’a même dit, quand tout est à peu près en quatre-quatre, on peut ressentir le groove, on sait où il est, on sait qu’il y aura trois refrains, donc on peut trouver une idée et simplement la faire varier. Nous abordons ça un peu plus comme de la pop, où il y a trois refrains, nous les jouons un petit peu différemment à chaque fois, mais ça reste les trois mêmes refrains, on n’est pas obligé de faire de nouvelles parties. Souvent, ces longues chansons sont en fait un assemblage de trois ou quatre morceaux. Personne n’a envie d’entendre une chanson de douze minutes qui répète constamment la même chose. Donc ce n’est pas plus dur, il faut juste garder à l’esprit ce qu’on veut faire.

Tu as dit vouloir que chaque chanson soit un tube, mais comment crée-t-on un tube ? De nombreux groupes ont essayé et peu y sont arrivés…

Absolument. Philip l’a parfaitement dit : « Si c’était aussi simple, tout le monde le ferait. » Notre boulot en tant que musiciens était d’essayer de créer la musique la plus intéressante possible. Nous trouvons que c’est exaltant et que quand on écoute, ça procure un sentiment fort et émotionnel. C’est Ray qui a permis d’obtenir ça, car dans ce style de musique, il faut des lignes mélodiques très accrocheuses, comme dans « Trial By Fire ». On ne peut pas chanter des mots que personne ne comprend. Donc ça reposait en grande partie sur les épaules de Ray et il a fait un boulot formidable, car comme je l’ai dit tout à l’heure, je savais qu’il savait ce dont ce type de musique avait besoin. C’est drôle parce que d’autres chanteurs ont proposé du chant et il était évident qu’ils n’avaient pas compris, mais Ray savait exactement ce qu’il faisait.

« Même si Parallels était très bon et a très bien marché, l’industrie a changé à ce moment-là. C’est là que Nirvana a débarqué et que, tout d’un coup, le paysage musical a changé. On ne voulait plus de ce style de musique. […] A Pleasant Shade Of Gray était un anti-Parallels, c’était : ‘D’accord, vous n’avez pas aimé ça, que dites-vous de ça ?’ et nous avons poussé le bouchon. »

Tu as déclaré que tu ne voulais « pas entendre des choses comme : ‘Je n’entends pas de single, c’est trop prog, je ne comprends pas, laisse-moi écouter un peu plus.’ [Tu] savais qu’il y aurait des parties musicales sophistiquées mais les grosses accroches étaient la priorité. » As-tu souffert par le passé de cette étiquette de « trop prog » ?

Toute ma carrière se résume à deux choses. D’abord, le fait d’avoir toujours du mal à trouver un chanteur. Ensuite, il faut se souvenir qu’au début de Warlord, c’était l’époque de Ratt, Mötley Crüe, Cinderella, Faster Pussycat et ce genre de groupe, donc les gens entendaient Warlord et disaient : « Je ne comprends pas », « Je n’entends rien qui ressemble à ‘Girls, Girls, Girls’ de Mötley Crüe » ou « Je n’entends pas de single ». De même, pendant longtemps, de nombreux auditeurs ne comprenaient pas du tout Fates Warning et sa sophistication. Encore une fois, c’était juste : « Je n’entends pas de single », « Vous ne ressemblez pas aux autres groupes », « On ne sait pas quoi faire avec vous ». Parallels était le plus proche que j’ai été de ça. Mais oui, c’est quelque chose qu’on entend toujours. Pour moi, quand quelqu’un dit : « Je n’entends pas de single », ce n’est pas bon. Pour moi, le baiser de la mort, c’est quand ils disent : « Il faut que j’écoute encore un peu », car ça veut dire qu’ils n’ont pas saisi. C’est une manière polie de dire : « Je n’aime pas ton album. » Quand nous sommes partis à la recherche d’un label, une très grosse et célèbre maison de disques m’a dit tout net : « C’est trop commercial et c’est trop AOR pour notre label. » J’ai donc su à ce moment-là que nous faisions ce qu’il fallait, nous faisions passer notre message.

Autant dans ton jeu que dans la musique en général, en particulier sur une chanson comme « Trial By Fire », on retrouve un côté qui rappelle les albums Parallels et Inside Out, qui étaient les plus « commerciaux » de Fates Warning. Y avait-il un regret chez toi que le groupe n’ait pas continué dans cette direction au lieu de devenir plus cérébral avec A Pleasant Shade Of Gaey ?

Oui, je l’ai toujours pensé, mais ce dont beaucoup de gens ne se souviennent pas, c’est que même si Parallels était très bon et a très bien marché, l’industrie a changé à ce moment-là. C’est là que Nirvana a débarqué et que, tout d’un coup, le paysage musical a changé. On ne voulait plus de Parallels, de « Eye To Eye », de ce style de musique. On voulait des gens qui avaient l’air de ne s’être pas lavés depuis trois semaines, qui portaient des chemises en flanelle, qui jouaient de la musique très simple et agressive. C’est dans cette direction que s’est tournée l’industrie. C’était intéressant de voir comment après Parallels, malgré son succès et ses chiffres de ventes, nous n’arrivions pas à obtenir de contrat avec une maison de disques, car nous ne faisions pas ce que l’industrie et les labels pensaient que les gens voulaient entendre. Il y a sans doute eu une décision inconsciente au sein du groupe – et je peux me tromper – pour dire : « D’accord, pour quelle raison allons-nous continuer à faire ça ? Personne ne veut entendre notre musique. » Nous l’avons donc simplement fait pour nous. Nous avons misé sur nos forces en tant que compositeurs et musiciens, et nous avons poussé le bouchon ; c’est un peu ce qu’était A Pleasant Shade Of Gray. C’était un anti-Parallels, c’était : « D’accord, vous n’avez pas aimé ça, que dites-vous de ça ? » Je pense que lorsque Jim a commencé à composer, il s’est éloigné du style de Parallels et a adopté une attitude en se disant que tout était permis, c’est-à-dire que nous n’avions pas besoin de faire des chansons de quatre ou cinq minutes. Il a écrit ses parties, puis j’ai rajouté mes parties et ça a évolué. Il se peut qu’il y ait eu un effort conscient derrière malgré tout… Disconnected était un peu comme ça aussi, mais A Pleasant Shade Of Gray était un revirement complet.

A propos de Fates Warning, une petite digression : peux-tu nous parler de ton départ du groupe en 2005 à l’époque de FWX ?

C’est drôle, parce que tu peux parler à cinq personnes et tu entendras cinq histoires différentes. Mais la vérité est que je me suis marié et ensuite, nous avons prévu de fonder une famille. Aujourd’hui, j’ai des jumeaux de seize ans. Je pensais simplement que ce n’était pas juste d’être sur la route tout en essayant d’élever des enfants et en étant marié. Je savais que ça n’allait pas marcher. Enfin, si tu joues dans Rush ou Deep Purple, peut-être que c’est possible, mais je savais qu’au niveau où nous étions, ça n’allait pas marcher. Ça n’allait pas être juste envers moi, ni envers le groupe, ni envers les enfants et ni envers ma femme. Ça faisait quinze ans que j’étais dans le groupe. Je lui ai donné tout ce que j’avais. Je voyais l’industrie changer un petit peu. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, ceci dit, c’est que quand je suis parti, j’ai parlé à Jim et à Ray, et j’ai dit : « Je sais que je ne ferai plus partie du groupe. Je sais que je ne serai plus un partenaire et tout, mais j’aimerais quand même continuer à faire les enregistrements et travailler sur la musique. Je le ferai gratuitement et ensuite, vous pourrez faire appel à quelqu’un d’autre pour les concerts. » Je trouvais qu’il y avait une magie entre nous. Je trouvais que ce que nous faisions était spécial et que je pourrais continuer à contribuer au groupe et à l’aider. Mais Jim voulait avoir quelqu’un qui tourne et enregistre les parties, ce que je comprends et respecte, c’est sa décision. Voilà comment ça s’est passé. Il n’y a pas eu de grosse bagarre, on ne s’est rien jeté à la figure, rien de tout ça. C’était une décision très simple que j’ai prise au bout d’un certain temps. J’ai pesé les pour et les contre de ce qui était en train de se passer et j’ai pris ma décision. Evidemment, on peut voir qu’il n’y a pas de rancœur car nous sommes restés en contact, nous avons fait des concerts de reformation et quand Jim a fait Arch/Matheos, il m’a contacté et j’ai joué sur le dernier album. Donc si ça avait été aussi moche, pourquoi m’aurait-il appelé ? Ou pourquoi l’aurais-je fait ? Pareil quand j’ai appelé Ray. Il n’y avait donc aucun problème, nous sommes tous adultes et c’est comme ça.

« Le truc que j’ai probablement pris chez Rush, c’est le fait qu’on peut être extrêmement doué et utiliser sa technique de façon contrôlée. Ils le faisaient bien. Au départ, ils partaient dans tous les sens, ce qui est super, mais ensuite, ils ont appris à se maîtriser. »

D’ailleurs, on dirait que Fates Warning est une grande famille, car il y a eu tous ces concerts anniversaires : ceux de Parallels dont tu as fait partie et ceux d’Awaken The Guardian avec John Arch et les autres gars. Sans parler, comme tu l’as dit, du projet Arch/Matheos…

Oui, c’est une grande famille dysfonctionnelle ! C’est intéressant, car c’est le cas, mais c’est aussi différentes époques et personnes. Tout ce qui comprenait John Arch, Steve Zimmerman et Vic [Arduini], c’est d’un côté, et tous les autres après, sont d’un autre côté. Je pourrais me tromper, mais je pense être le seul à avoir joué les vieux morceaux et les morceaux plus récents. Quand Bobby [Jarzombek] a rejoint le groupe, je ne sais pas s’ils ont joué des morceaux de No Exit, je crois que ça commençait seulement à Perfect Symmetry. Donc je suis peut-être le seul à avoir joué des deux côtés de la clôture. Je me souviens avoir joué « Epitaph », « Fata Morgana » et ce genre de chose dans le temps. Je ne sais pas s’il leur est arrivé de faire ça avec Bobby ensuite. C’est un peu comme une grande famille et je pense que tout le monde s’entend bien avec tout le monde. Je ne crois pas qu’il y ait le moindre problème.

Pour revenir à A-Z, malgré cette envie de faire des chanson accessibles et accrocheuses, on retrouve quand même un côté prog, surtout dans ton jeu qui reste très inventif : comment concilies-tu les deux aspects ?

Je savais quand j’ai créé le groupe, surtout avec les musiciens que j’avais, que nous aurions la capacité de faire tout ce que nous voulions. Je n’avais pas des musiciens basiques, j’avais des gars très expérimentés et très bons qui savaient comment mettre les choses en place. Ce qui importe, ce sont les chansons, et c’est vraiment à la charge de Ray. Tant qu’il y a un une grosse accroche, tant que nous mettons la musique en place… Ce n’est pas parce que la chanson est construite en refrain/couplet/refrain/couplet que le refrain ou le couplet doivent être ennuyeux. Quand tu écoutes « Trial By Fire », pas que ça sonne comme un solo de batterie durant les couplets, [mais il s’y passe pas mal de choses], et pourtant ça reste répétitif, il y a toujours un groove, on peut toujours compter : « Un, deux, trois, quatre… » Il s’agissait simplement d’être créatif et c’est pourquoi j’ai commencé à faire tous ces trucs à la batterie. Je voulais faire ressortir ma créativité et l’utiliser avec les autres qui étaient au même niveau. Trouver des parties et tout était très facile, c’était super. Il y a eu beaucoup de peaufinage, ce n’était pas : « Ok, voilà ma partie. » C’était : « Ok, c’est cool, mais laisse-moi travailler là-dessus pour voir si je peux changer ça. Laisse-moi donner un peu plus d’espace. Laissons le chant respirer un peu plus. » Ça a impliqué beaucoup de travail, mais c’était facile. C’est juste de la musique, il faut lâcher prise.

J’imagine que vous êtes le genre de groupe qui prouve que c’est une fausse idée de croire qu’accessible veut dire simple et sans inventivité.

Il y a plein de groupes dans l’histoire qui l’ont prouvé. Toto l’a prouvé. Je n’ai pas envie de jouer dans un groupe de reprises de Toto. Je ne veux pas avoir à apprendre ces chansons. Ça sonne bien et ça sonne facile, mais quand tu commences à décortiquer, il s’y passe beaucoup de choses. C’est comme lorsque Yes a eu du succès, rien que « Owner Of A Lonely Heart », c’est une chanson très commerciale, mais il s’y passe toutes sortes de choses. C’est un peu la direction que nous prenons, car je savais que j’avais les musiciens pour et aussi que si je faisais un album d’AC/DC, je perdrais tous les fans de prog, notamment ceux de Fates Warning, qu’on veut quand même avoir. Donc avec cet album, je pense que nous avons les deux, car personne ne peut dire : « Ouah, cette musique est vraiment ennuyeuse ! C’est très simple. » Les gens qui ont envie d’écouter tous les petits détails en trouveront plein. Mais oui, je pense que tu as raison, nous traversons la frontière entre les deux et c’est tout l’intérêt.

Votre musique est une sorte de mélange « des années 80 et 90 avec une touche d’années 70 » comme Ray le disait lui-même : ces trois décennies sont-elles des références pour toi pour ce genre de musique ?

Il se peut que ça fasse partie de nous parce que nous n’avons plus vingt-cinq ans, donc nous avons vécu ces périodes ; ces souvenirs et ces chansons font partie de nous, donc peut-être que ça ressort naturellement. Mais je pense que nous puisons aussi dans l’époque moderne avec divers sons. Une bonne partie des sons de batterie électroniques que j’ai joués ne viennent pas des années 70 et 80, il y a une approche plus moderne derrière. Je pense qu’une fois que nous avons eu l’idée de faire de grosses accroches et chansons, nous avons laissé les choses se faire naturellement, nous n’avons pas réfléchi spécifiquement d’une certaine manière.

« Je suis ce gars qui a une certaine éthique de travail et je m’attends à ce que tous les autres l’aient également. Je me donne tout le temps à cent dix pour cent. J’attends ça aussi des autres et quand les choses ne se font pas, c’est un petit peu décevant et contrariant. Si tu veux faire ça, fais-le bien. »

Nous avons eu une discussion par le passé avec Steven Wilson qui à un moment donné a essayé de revenir à la sophistication pop des années 80, car selon lui, c’est quelque chose qu’on a perdu. Même si ton groupe est un petit peu plus rock voire metal, es-tu d’accord avec lui ?

Je peux me tromper, mais je pense que ce à quoi il fait référence, ce sont les grosses accroches, les chansons entêtantes et marquantes qui font du bien. Pendant un certain nombre d’années il y a eu beaucoup de morosité, tout était sombre ; que ce soit avec le Covid-19, les situations financières, la guerre… On dirait que, ces dernières années, tout était pessimiste et la musique a un peu suivi cette tendance. Il n’y a plus beaucoup de musique qui nous exalte, nous fait nous sentir bien et nous fait bouger dès qu’on l’entend. Tout est un peu sombre. Je pense qu’il parle surtout de chansons accrocheuses avec de super mélodies qui restent en tête. Je pense que ça a un peu disparu. Et puis c’est aussi lié au fait que la radio a complètement changé. Nous plaisantions en disant : « Dommage qu’il n’y a plus de radio comme dans les années 80, car une chanson comme ‘Trial By Fire’ serait parfaite pour ça. » Avant, on entendait « Separate Ways » de Journey, « Jane » de Jefferson Starship, Survivor avait un million de chansons qui étaient de super morceaux de hard rock… Whitesnake était partout à la radio car ils avaient des chansons courtes et hyper accrocheuses, on se souvenait de ce que chantait Coverdale. Mais je ne sais pas si cet exutoire existe encore. Je ne sais pas si la radio est encore dominante.

Tu as mentionné Toto tout à l’heure et c’était justement l’une de mes questions. Votre approche musicale rappelle clairement ce groupe qui était constitué de musiciens très doués et qui utilisait leur technique pour jouer des chansons sophistiquées mais accrocheuses. D’ailleurs, un morceau comme « The Far Side Of The Horizon » aurait pu venir de Toto. Était-ce une référence pour vous ? Est-ce que ça faisait partie de vos inspirations ?

Plein de groupes de ce genre, qui étaient constitués de musiciens extraordinaires, ont rencontré un succès commercial. Comme tu l’as dit, il y a une sophistication. Je ne compare pas côte à côte, mais tu as mentionné « The Far Side Of The Horizon » et, pour moi, c’est grosso modo notre « Carry On Wayward Son » [de Kansas]. Ce que je veux dire par là, c’est que si tu écoutes « Carry On Wayward Son », c’est presque deux ou trois chansons différentes avec deux ou trois superbes accroches. « The Far Side Of The Horizon » est comme ça. Il y a de superbes accroches, puis on tombe sur un passage complètement diffèrent vers la fin et ensuite ça revient. C’est un peu notre chanson prog, on pourrait dire, nous la tirons un peu plus en longueur, mais ça reste dans les cinq minutes et je la trouve très fluide. Mais oui, c’était le genre d’inspiration pour dire : « On est tous capables de jouer. Rendons ça intéressant pour attirer les gens qui aiment simplement les chansons avec un super refrain qu’on n’arrive pas à se sortir de la tête, mais il y a aussi tous ces petits trucs qui se passent. » C’est drôle, ceci dit, pour une chanson un peu prog, car l’intro commence avec un effet sonore que j’ai inventé, c’est un coup de batterie qui crée un accord et ensuite, je joue juste du tambourin. Dès le début, ça pose un groove fait pour embarquer les gens. Ce n’est pas un morceau prog avec des tourbillons de vent, du tonnerre, etc. Dès le début, tout tourne autour du groove et le fait de bouger. Je ne sais pas si c’était une inspiration, mais oui, nous sommes dans le même bateau. J’aime croire que nous avons la sophistication pour faire ça. Il existe plein de groupes à succès dont je ne suis pas sûr qu’ils aient cette sophistication.

Un autre groupe auquel on pourrait penser est Rush, surtout avec la pochette signée Hugh Syme. A un moment donné dans leur carrière, en particulier vers le milieu et la fin des années 80 avec des albums comme Power Windows et Hold Your Fire, ils ont opté pour une approche un peu plus art-pop rock. Ce n’est pas forcément l’époque la plus connue de Rush, mais t’identifies-tu avec ça ?

Je m’identifie avec le fait qu’ils essayaient d’écrire… je n’ai pas envie de dire des chansons plus accrocheuses… En fait, tous ceux qui écoutaient Rush s’en fichaient, ils adoraient, peu importe ce que c’était. Je n’oublierai jamais quand nous étions posés dans notre petite salle de répétition avec les gars de Warlord – car c’était pendant l’époque Warlord – à écouter pour la première fois Grace Under Pressure. La réaction des gens était souvent : « C’est quoi ça ? » Personnellement, j’ai trouvé ça super. C’était exaltant et accrocheur. Je ne dirais pas que c’était plus facile à saisir et certaines personnes n’aimaient pas parce que ce n’était pas assez « artistique », mais je trouvais ça génial. Je n’étais pas sûr qu’ils avaient vraiment besoin de faire ça. C’était un groupe qui tournait et qui avait énormément de succès, et peu importe ce qu’ils faisaient, j’adorais, donc ça n’avait pas d’importance et je pense que les autres fans pensaient la même chose. A un moment donné, ils ont déjoué les attentes des gens : ils ont invité Aimee Mann, une chanteuse. Je crois que c’était sur « Time Stand Still » sur l’album Hold Your Fire. Mais ils écrivaient de super chansons. Le truc que j’ai probablement pris chez Rush, c’est le fait qu’on peut être extrêmement doué et utiliser sa technique de façon contrôlée. Ils le faisaient bien. Au départ, ils partaient dans tous les sens, ce qui est super, mais ensuite, ils ont appris à se maîtriser. Comme tu l’as dit, Power Windows est un classique.

« Ce qui aide plus que tout, c’est le fait que je suis un homme d’affaires et que je l’ai été pendant des années, donc je vois ça différemment d’un simple musicien et artiste. C’est le business de la musique, donc si tu veux avoir du succès, tu dois t’occuper des deux. »

D’ailleurs, on a perdu Neil Peart il y a deux ans, je suis obligé de te poser la question : qu’est-ce qu’il représentait pour toi ?

C’est drôle parce qu’on me pose souvent la question. Je me souviens au lycée revenir à la maison pour déjeuner, me poser sur le lit et écouter le premier album live All The World’s A Stage : « Bastille Day », « Anthem », « In The Mood »… Ce n’est pas tellement la technique que j’ai prise chez Neil. J’ai pris ça chez d’autres musiciens. Mais ce que beaucoup de batteurs ont pris chez lui, c’est cette idée que ça ne posait pas de problème de jouer, qu’on pouvait intégrer d’autres éléments, que ce soit le glockenspiel, les cloches, etc., qu’on peut expérimenter, qu’on peut ne pas se contenter de faire : boum, tap, boum, tap, boum, tap. C’est vraiment ce que j’ai appris avec lui, qu’on pouvait utiliser l’instrument de manière plus mélodique et jouer partout sur la mesure, qu’on pouvait, non pas être l’instrument lead car il ne s’agissait pas forcément de faire plein de roulements, mais rien que la façon dont ses grooves tournaient, ce n’était pas si simple, à chaque fois on pouvait repérer de petites nuances. Toutes les trois mesures ça pouvait être un peu différent, tant que les gens pouvaient comprendre le phrasé complet. On n’est pas obligé de faire que ce soit tout le temps pareil.

Tu as dit que tu n’allais pas expliquer aux autres musiciens quoi faire, que ta seule directive était : « Faites ce que vous voulez. » Vu que tu avais une vision forte pour ce groupe, est-ce que ça veut dire que vous étiez tout de suite sur la même longueur d’onde, que tu leur faisais entièrement confiance pour mener ta vision à bien ?

Oui, parce que Viv et moi avons eu de longues discussions. Ce n’était même pas un problème, mais quand nous nous sommes posés pour faire la musique, nous ne savions pas ce que Ray allait faire. Donc parfois, nous devions revenir sur le morceau et dire : « Faisons huit mesures là-dessus, pas quatre » ou il y avait des trucs où je disais : « A cet endroit, il nous faut une guitare distordue plus heavy », mais ce n’était jamais : « Oh, cette partie est horrible. » Une fois que nous avions l’idée de base, nous savions naturellement où nous allions. Il y a aussi une certaine formule, comme avec la pop. Le refrain va revenir, le couplet aussi, mais peut-être que nous allons faire un couplet un petit peu différent, mais ça restera un couplet. Et il faut avoir en tête qu’une grande partie de la composition a été faite juste entre Viv et moi. Il n’y avait pas tout le temps les cinq gars qui essayaient de faire des choses. S’ils avaient des idées différentes, ce n’était pas un problème, nous les essayions et changions des choses. Ce qui pouvait arriver, disons que Viv et moi avions une structure, c’était quatre mesures/quatre mesures/quatre mesures, mais ensuite Joop jouait quelque chose de sympa sur la dernière, alors nous changions tout pour nous y adapter car nous trouvions ça cool. Nous changions au fur et à mesure, mais encore une fois, il n’y avait aucun souci, tout le monde était vraiment sur la même longueur d’onde. C’est ce qui arrive quand on a affaire à des musiciens et compositeurs très doués, et pas juste à des guitaristes. Le centre de l’attention était la chanson, il ne s’agissait pas de dire : « Eh, où est-ce que je peux me mettre en valeur ? » Je pense que c’est vraiment la force de cet album, il y a onze chansons qui se tiennent.

Tu es le leader de ce groupe : quel genre de leader es-tu ?

Peut-être que tu devrais demander aux autres ! [Rires] J’avais une certaine vision. Je suis ce gars qui a une certaine éthique de travail et je m’attends à ce que tous les autres l’aient également. Je dois vraiment traiter chacun de façon individuelle, car je sais que tout le monde est différent et travaille différemment. Mais je me donne tout le temps à cent-dix pour cent. J’attends ça aussi des autres et quand les choses ne se font pas, c’est un petit peu décevant et contrariant. Si tu veux faire ça, fais-le bien. Quand j’ai commencé ce projet, j’ai mis la main au portefeuille. Evidemment, de nos jours les budgets ne sont pas ce qu’ils devraient être. Nous étions un nouveau groupe. Tu ne fais pas appel à un gars comme Hugh Syme gratuitement. Nous avions un super ingénieur, il n’est pas gratuit non plus. Ça coûte de l’argent de gérer un groupe. Nous avons eu la chance d’avoir un petit budget clip de la part de Metal Blade, ce qui est super. Ils s’attendaient à ce que nous fassions un clip, mais initialement, j’en voulais trois. Je voulais lancer ce groupe comme il faut. Donc je ne m’attends pas à ce que les autres mettent aussi la main au portefeuille, ce n’était pas la question, mais il fallait que je le fasse parce je veux que ce soit fait d’une certaine manière. Après toutes ces années, je crois que c’est ainsi qu’il faut s’y prendre. C’est pourquoi je suis catégorique à l’idée de faire autant de presse que possible. Je pousse constamment les gens de la relation presse à m’obtenir plus d’interviews. C’est un business et j’essaye de vous vendre quelque chose, donc je veux faire le meilleur boulot possible pour le présenter. Si nous avions un artwork et un mix vraiment médiocres – ou mieux encore, si nous disions : « Eh, allez sur notre site web voir notre pochette et nos photos, mais voici le téléchargement » –, je crois que personne n’aurait été excité. Je n’aurais pas été excité. Pourquoi voudrait-on acheter ça ? Alors que si tu as un album et que tu vois que c’est Hugh Syme… Je ne sais pas s’ils t’ont envoyé le reste des visuels. As-tu vu tout l’album ou juste l’avant de la pochette ?

« Je pense que la vraie force de cet album, c’est l’ensemble des chansons, pas forcément juste les deux singles qui sont sortis. Quand les gens auront tout entendu une fois l’album sorti le 12 août, avec un peu de chance, c’est là que le vrai gros buzz autour du groupe commencera vraiment. »

Juste l’avant de la pochette.

C’est éblouissant. C’est rempli. Il y a des visuels partout. C’est Hugh Syme, Rush, Dream Theater, du début à la fin. Il y a toutes sortes de choses à voir à l’intérieur, le disque lui-même et même les étiquettes sur le vinyle sont faites sur mesure… Nous ne sommes passés à côté de rien, tout est là et c’était l’idée. Tu as demandé quel genre de leader j’étais, quand j’ai commencé ça, il s’agissait de se donner à cent dix pour cent ou alors ça n’en valait pas la peine. Je ne vais pas me donner à quatre-vingt-cinq pour cent. Je pousse constamment les gars à écrire plus de musique. J’ai enregistré cent six idées de batterie ! Quitte à faire ça, autant le faire bien. Il faut adorer ce qu’on fait. Tu vois ce que je veux dire ? Si tu n’adores pas et que c’est juste un boulot pour toi, alors tu n’es pas au bon endroit. J’aime penser que je suis juste et que j’écoute, mais à la fois, si je sais d’expérience que ça ne va pas marcher, je le dis. Par exemple, il y a huit mois, quand nous avons mis tout ça en place, j’ai dit aux gars : « On n’a pas besoin de poster constamment des trucs sur les réseaux sociaux. On n’a rien à vendre et on ne sait pas exactement quand ça arrivera. Donc pourquoi se mettre là-dessus ? Qu’est-ce qu’on fait ? On fait perdre du temps au gens. » Combien de fois voit-on des messages à propos de certaines choses et ça ne se concrétise jamais ? « J’ai ce nouveau groupe et on est en train de travailler là-dessus… » Tout le monde s’en fiche ! Attendez le jour J, quand il y a quelque chose à annoncer, quand le premier single sort, alors on peut y aller. C’est ce que nous faisons. Quelqu’un doit bien conduire le bus et c’était ma vision. Je l’ai dit aux gars : « Pour être honnête, si je n’avais pas poussé pas tout le monde, nous n’aurions que trois chansons et aucun chanteur aujourd’hui. Voilà où nous en serions. » Ce n’est pas toujours le plus facile. Tout le monde n’est peut-être pas toujours d’accord, mais c’est toujours pour le bien du groupe.

Est-ce que ça aide d’être un batteur en tant que leader, vu que tu es un peu la colonne vertébrale des chansons et que tu as donc une vision plus globale de la musique ?

Oui. Je pense aussi que mon expérience et le fait que, pendant des années, j’ai constamment écouté de la musique, en entendant des choses dans la pop et d’autres types de musique que la plupart des gens n’écouteraient pas, des idées de production… J’ai trouvé que les idées de production de Madonna dans le temps étaient super. J’aime m’inspirer de choses venant de différents endroits. Je pense aussi que ce qui aide plus que tout, c’est le fait que je suis un homme d’affaires et que je l’ai été pendant des années, donc je vois ça différemment d’un simple musicien et artiste. C’est le business de la musique, donc si tu veux avoir du succès, tu dois t’occuper des deux. Je pense que c’est surtout ça qui aide. C’est un business, donc il faut l’aborder comme tel.

L’album a été enregistré un peu partout dans le monde – aux US, en Espagne, en France et aux Pays-Bas. Tout le monde a enregistré dans son propre studio, sauf Philip qui est allé dans le tien, et s’est envoyé des fichiers pour ajouter ses parties. Ça ne vous a pas manqué d’adopter une approche plus old school, en vous réunissant physiquement pour renforcer les liens humains entre les membres pour ce premier album ?

Non. Je pense qu’on ne perd rien à parler comme nous le faisons toi et moi en ce moment. Ce que nous avons vraiment gagné, c’est que quand on est dans une pièce et qu’on joue ensemble, tout le monde semble se mettre d’accord sur la première ou la seconde idée, alors que j’ai toujours aimé travailler sur les morceaux, les changer, et travailler, travailler, travailler, puis laisser reposer pendant une journée, revenir dessus et retravailler dessus. Pour moi, c’est ainsi qu’on obtient les meilleurs résultats. Tout le monde est tellement expert quand il s’agit de faire des fichiers et de se les échanger qu’on pourrait littéralement écrire une chanson, toi et moi, et l’assembler. Laisse-moi aller là et enregistrer la batterie, et boum, trois minutes plus tard, on écoute un enregistrement de haute qualité et tu vas pouvoir mettre ta partie de guitare dessus. Le côté vieille école, avec tout le groupe réuni, c’est bien et je comprends, c’est le genre de chose qui se fait quand on part en tournée et fait des concerts. Mais pour le côté « on se réunit pour écrire de la musique et jouer », j’aime recevoir une idée, disons, de Viv et pouvoir vraiment travailler dessus seul, sans faire perdre du temps à tous les autres quand ils sont assis là et que je suis en train de jouer. Je peux enregistrer, réécouter, enregistrer, réécouter et tout va bien. Et malheureusement, à cause de ça, mais aussi du Covid-19 et tout le reste, c’est difficile de se retrouver pour composer.

« J’ai découvert durant toutes ces années passées en tant que musicien que la batterie était d’abord quelque chose de mental et ensuite de physique. J’ai passé du temps sur chacun des deux aspects. »

Concernant le nom du groupe A-Z – qui signifie Alder Thru Zonder – tu as dit aimer que « ça ne limitait pas ce que les gens penseraient du groupe ». Est-ce que ça veut dire que tu te laisses la flexibilité de potentiellement changer la direction musicale à l’avenir ?

Je n’en suis pas sûr. Trouver un nom de groupe est vraiment la partie la plus difficile. C’est vraiment dur de trouver un nom. Un jour, Ray a dit : « Eh, que dis-tu de A-Z ? » Il voyait ça comme Alder jusqu’à Zonder, mais aussi le fait que A à Z couvre tous les styles musicaux possibles, et en plus ça inclut tous les gars du groupe. De même, si nous nous étions appelés Death And Destruction, les gens auraient automatiquement présupposé des choses. C’est comme la pochette de l’album. Quand j’ai commencé, j’ai d’autres artistes qui m’ont envoyé des propositions. Je ne voulais pas de châteaux, de dragons, de donjons, de serpents et de Vikings. Avec cet artwork, Hugh a fait son propre design, ça ne stéréotype pas le groupe d’une certaine façon. Quand on voit cette pochette, ça ne stéréotype pas l’album, mais c’est très iconique, donc quand on sait de qui il s’agit, il n’y a pas de questions à se poser.

Je suppose que maintenant tu es pieds et poings liés avec Ray, vu que le A renvoie à Alder…

[Rires] C’est drôle, il y a eu des plaisanteries… Un gars m’a demandé : « Si tu avais eu John Bush, ça aurait été B-Z ? » Mais oui, ça dépend de Ray. Bonne remarque !

A propos de l’artwork, on retrouve le style surréaliste typique de Hugh Syme : que symbolise pour toi ce drôle de zèbre avec une pomme dans la bouche ?

C’est comme beaucoup de choses dans le rock n’ roll, ça ne symbolise rien de particulier. C’est juste une marque et je trouve que ça fait un excellent logo, comme quand Led Zeppelin avait le label Swan Song, il y avait quelque chose de très distinct. Evidemment, c’est très important, c’est de ça que tout le monde parle, ta marque, ton logo et ce genre de chose. Honnêtement, j’ai eu Hugh au téléphone, je ne lui ai même pas vraiment parlé de musique, nous ne faisions que discuter car ça faisait longtemps que je ne lui avais pas parlé. Il a demandé : « Qu’est-ce que t’es en train de faire musicalement ? » Je lui ai parlé du groupe et il a demandé : « Quel est le nom du groupe ? » Je lui ai donné le nom et je ne lui ai même pas demandé qu’il s’occupe de l’album. Vingt minutes plus tard, il m’a envoyé ça. C’était sa vision. Encore une fois, on en revient à l’idée de trouver les meilleures personnes possible et de leur laisser faire ce qu’elles font. On peut ne pas aimer, ou trouver que c’est ci ou ça, mais on sait globalement que si c’est un gars comme Hugh Syme, ce sera super. C’est comme ça, et c’est pareil avec les gars dans le groupe : tu fais appel aux meilleurs musiciens que tu peux avoir et tu leur laisses faire leur truc. Philip a dit : « J’achèterais ce T-shirt même si ce n’était pas un groupe, juste parce que ça a de la gueule » et c’est un peu ce que nous voulons avec le groupe. Nous ne voulions pas de ce genre d’album sombre qu’on voit partout, avec des gens qui meurent ou peu importe [rires]. Je trouvais ça extraordinaire quand je l’ai regardé sur Spotify, rien que la façon dont ça sautait un peu aux yeux à l’écran et c’était tout le but. Nous avions besoin d’un package d’album qui se démarquait vraiment.

Comme je l’ai mentionné au début, l’un des objectifs était de tourner dans de plus grandes salles. Cependant, c’est difficile d’obtenir des tournées, surtout à ce niveau, quand on vient juste de créer un groupe et qu’on est un paquet de musiciens principalement connus dans les cercles prog rock et metal. Du coup, quel est ton plan ? Comment prévois-tu de toucher suffisamment de gens pour atteindre cet objectif ?

Je pense que la vraie force de cet album, c’est l’ensemble des chansons, pas forcément juste les deux singles qui sont sortis. Quand les gens auront tout entendu une fois l’album sorti le 12 août, avec un peu de chance, c’est là que le vrai gros buzz autour du groupe commencera vraiment. Ce qui est cool, c’est que ce groupe pourrait faire une co-tête d’affiche avec des groupes comme Armored Saint ou Lizzy Borden mais il pourrait aussi ouvrir pour Journey et ce genre de groupe. Nous pouvons jouer sur une grande variété d’affiches. Si c’est de plus petites salles, c’est super, mais vu notre style, nous avons beaucoup plus d’opportunités et de groupes avec lesquels nous pouvons jouer que plein de formations. Si nous étions purement une formation de prog, nous ne pourrions probablement pas jouer avec un tas de groupes qui ne font pas purement du prog, mais en l’occurrence, nous pouvons jouer avec des groupes de porg, comme Porcupine Tree, Neal Morse ou autre. C’est juste un groupe de rock feel-good qui peut avoir sa place sur plein d’affiches, il s’agit juste de voir ce qu’on nous propose. Nous sommes en train de discuter en ce moment avec différentes personnes. Il y a plein de magazines à qui j’ai parlé, comme Rock Hard et Metal Hammer, qui ont leur propre gros festival et ils ont déjà élargi leurs invitations. Nous sommes donc en train de mettre en place les choses actuellement.

« J’adore les cymbales et la façon dont on peut les utiliser. Elles offrent une grande variété de sons. Beaucoup de gens pensent que les cymbales ne sont là que pour donner un grand coup dessus, mais non, c’est à chaque fois une question de dynamique. »

Parlons un peu de batterie maintenant. Tu es l’un des rares batteurs dans le metal à tenir tes baguettes à la manière jazz. D’où ça te vient ?

C’est juste la manière que j’ai apprise quand j’étais très jeune. Au fil des années, j’ai perfectionné ça et j’ai beaucoup travaillé dessus, ça me semble tout simplement plus confortable. J’ai passé énormément d’heures sur la prise tambour. Il m’arrive de jouer occasionnellement en prise timbale, parce que si j’ai quelque chose par là-bas, surtout avec de l’électronique, je ne peux pas jouer comme ça. Ça me va bien et j’aime le feeling que ça me donne. Il y a plein de gars qui jouent en prise timbale qui sont super et tout aussi créatifs. C’est un peu comme un guitariste : est-ce qu’il tient son médiator comme ci ou comme ça ? Peu importe comment il fait, c’est une question de goût personnel. Je ne pense pas que ça aide, ni que ça nuise. Ce n’est pas ce qui fonctionne le mieux pour tout le monde, mais c’est le cas pour moi. J’aime bien jouer comme ça.

Tu as dit que c’était ainsi que tu avais appris à jouer de la batterie. Est-ce que ça signifie que ton professeur était un musicien de jazz ?

Oh oui [rires]. Quand j’ai commencé, j’avais sept ans, et les deux premières années, je n’ai fait pratiquement que du jazz. Ensuite, il y a eu des gars comme Steve Smith et Aynsley Dunbar quand ils faisaient partie de Journey et qui jouaient en prise tambour. C’était des mecs qui étaient dans le jazz traditionnel et qui ont dû jouer plus fort dans un contexte rock. C’est juste une question de force. Ce n’est pas facile et il faut vraiment passer du temps dessus ; c’est pourquoi beaucoup de batteurs ne font pas ça. J’ai vu plein de gars qui avaient une très mauvaise main gauche essayer de jouer comme ça, mais ils n’avaient pas le truc. C’est un peu comme un athlète, tu peux le voir et dire : « Oh, il a le truc, ça se voit », et puis il y a d’autres gars où tu dis : « Il ne l’a pas. »

Plus généralement, tu as un style de batterie très spécial et reconnaissable. Comment as-tu façonné ton style depuis tes premières années ?

C’est juste beaucoup d’entraînement et j’ai découvert durant toutes ces années passées en tant que musicien que la batterie était d’abord quelque chose de mental et ensuite de physique. J’ai passé du temps sur chacun des deux aspects et mon style vient de techniques et d’idées que j’ai piquées à d’autres musiciens que j’aime beaucoup. J’ai étudié la batterie en musique afro-cubaine pendant quelques années avec un gars, simplement parce que je voulais savoir comment ça fonctionnait. Tout n’est pas que du rock n’ roll et juste du boum, bam, boum. On peut prendre d’autres influences et les intégrer à son style, et c’est ce que j’ai fait. Je pense que l’une de mes principales forces, c’est… Je ne suis pas capable de faire de la double pédale pendant douze heures comme Dave Lombardo. Mon truc, c’est mentalement, d’expérimenter quand je suis en train de créer des parties et de jouer. Je fais énormément de choses que personne n’entendra jamais parce que j’ai expérimenté et que ça ne sonne pas comme il faut. C’est beaucoup de tâtonnements. Ce sont les heures passées là-dessus qui développent le son. Je ne suis pas un batteur qui peut s’asseoir, dire « un, deux, trois » et jouer. Ça ne me correspond tout simplement pas. Il y a des gens qui peuvent faire ça et c’est super. J’aime bien sur-analyser un peu les choses et vraiment développer le style. On peut l’entendre partout dans cet album, je trouve que le jeu de batterie y est très varié, car je joue ce qui convient à la chanson, je ne me contente pas de jouer mon truc. Il y a beaucoup de respirations et d’espace. Je n’essaye pas de remplir le moindre petit trou avec des petits roulements chargés. Mais oui, c’est beaucoup d’exercice, d’expérimentation et de travail pour développer son art. Aujourd’hui, je peux physiquement faire tout ce que j’ai vraiment besoin de faire et il s’agit juste de prendre ce que j’entends dans ma tête et le mettre dans mes mains, ensuite de le décortiquer et d’expérimenter.

Tu as dit que tu as piqué des trucs à d’autres musiciens. On a tout à l’heure parlé de Neil Peart. Quels sont les autres musiciens qui t’ont influencé ?

Dave Garibaldi d’un groupe de funk qui s’appelle Tower Of Power. J’ai parcouru son livre et j’ai beaucoup appris sur le jeu de baguettes et les syncopes. Les trois premiers albums de Journey avant Steve Perry, avec Aynsley Dunbar, c’était beaucoup plus jazz fusion. J’ai beaucoup pris là-dedans, surtout l’utilisation du charleston au pied, le fait de toujours le changer à l’aide du pied, que ce soit sur le temps, en contre-temps ou peu importe, en incorporant les quatre membres. J’ai parcouru les livres de plein d’autres gens et j’ai piqué de petites idées dedans. Ça va même jusqu’à la pop très simple, la façon dont c’est fait, dont ils abordent ça et les petites astuces et techniques qu’on retrouve là-dedans. Quand tu crées de la musique, surtout avec un groupe comme celui-ci, t’es là : « D’accord Mark, tu as trois couplets différents. Vas-tu les jouer à l’identique ou vas-tu les faire évoluer du couplet un au couplet deux au couplet trois ou y en aura-t-il un qui sera spécial et différent ? » J’écoute juste ce que font les autres et je vois ce que ça me fait ressentir. Mais il est aussi arrivé que Viv et moi étions en train de créer de la musique, et je lui ai piqué une petite partie de batterie qu’il avait utilisée pour écrire sa propre partie, parce que c’était un motif auquel je n’avais pas pensé et que j’ai trouvé cool – c’est arrivé deux ou trois fois sur cet album. Je lui ai dit : « Mec, je vais te piquer ta partie ! Elle est parfaite. » Ça ne me pose aucun problème, du moment que ça sonne super. C’est pour le bien de la chanson.

« [Avec l’album Rising Out Of The Ashes de Warlord], nous avions maintenant un chanteur qui était dans un groupe très populaire. Les chansons étaient super. La production était bonne. Aucun label ne voulait y toucher. Personne. Il est sorti via un ami à moi. J’étais très déçu et choqué. Je ne comprenais pas pourquoi ça ne marchait pas. »

Il y a une chose que je me suis toujours demandé : dans la cinquième partie de « A Pleasant Shade Of Gray », j’ai toujours trouvé que ton jeu, surtout dans ton utilisation des cymbales, ressemblait à des bourrasques de pluie. Est-ce que ça faisait partie de ton idée ou c’est juste mon imagination ?

Non. Encore une fois, je me contente d’écouter la musique et peu importe ce que j’entends dans ma tête, j’essaye de le transformer en partie de batterie. Donc peut-être inconsciemment, mais je ne me suis pas particulièrement posé pour créer cet effet. Mon kit de batterie est très petit, il n’y a que quatre tambours. Je ne pense pas avoir besoin de beaucoup plus que ça. J’ai toujours adoré les cymbales et le son qu’elles créaient. De même, il faut avoir à l’esprit que quand on crée des chansons, les cymbales ne gênent pas. Si je suis en train de jouer de la double grosse caisse tout le temps ou plein de roulements de toms, c’est bruyant et chargé, ça remplit l’espace dans la musique. J’adore la dynamique des cymbales. Il y a deux ou trois passages dans cet album où il y a un petit roulement et tout d’un coup, on entend juste une frappe sur une cloche. J’adore ce genre de chose, c’est très réfléchi et c’est intelligent. J’adore tout simplement les cymbales et la façon dont on peut les utiliser. Elles offrent une grande variété de sons. Je pense que ça a toujours fait partie de mon style et les gens ont dit ça durant toute ma carrière. Je trouve que c’est un composant important de la batterie. Beaucoup de gens pensent que les cymbales ne sont là que pour donner un grand coup dessus, mais non, c’est à chaque fois une question de dynamique.

Pour finir, au début des années 2000, tu avais reformé Warlord, le groupe que tu as fondé avec Bill Tsamis en 1980. Tu as sorti un album avec Joacim Cans d’Hammerfall en 2002. Il semblait que tu avais mis beaucoup d’espoir dans cette reformation, mais au final, vous n’avez fait que deux albums après ça en dix ans avec deux chanteurs différents. Es-tu déçu que ça n’ait pas mieux marché ?

Absolument. Je n’ai aucune idée pourquoi Rising Out Of The Ashes n’a pas marché. Depuis toujours, tout le monde parfait du chanteur. Ok, nous avions maintenant un chanteur qui était dans un groupe très populaire. Les chansons étaient super. La production était bonne. Aucun label ne voulait y toucher. Personne. Il est sorti via un ami à moi. J’étais très déçu et choqué. Je ne comprenais pas pourquoi ça ne marchait pas. The Holy Empire est un autre album que je trouvais très bon, de chanson en chanson, dans le style traditionnel de Warlord, et encore une fois, je ne sais pas si tout le monde en avait marre de Warlord et ne comprenait pas, ou s’ils se disaient : « C’est dépassé depuis longtemps. » Ceci dit, je me souviens que nous avons fait des concerts en Grèce qui étaient absolument fantastiques ; il y a une communauté de fans à certains endroits. Mais oui, c’était surprenant que ça n’ait pas mieux marché.

En mai 2021, on a appris le décès de Bill Tsamis. Je ne peux qu’imaginer ta tristesse et à quel point ça a été un coup dur pour toi. Tu as d’ailleurs écrit un long et émouvant post sur Facebook à ce moment-là, mais quels seraient tes plus grands souvenirs de lui ?

C’était un chouette type, mais d’un point de vue musical, il n’a jamais écrit une mauvaise chanson, jamais une mauvaise note. C’était probablement le gars le plus original avec qui j’ai joué. Warlord, c’était clairement lui, et moi je le suivais dans l’aventure. Concernant mes souvenirs, je n’oublierai jamais quand nous avons enregistré notre première démo. Elle était horrible, nous n’avions pas d’argent, mais nous étions rentrés chez nous dans un petit appartement, nous avons mis la cassette, nous étions assis là et nous nous sommes rapprochés au plus près de l’enceinte pour l’écouter. Il est possible que de l’alcool s’en soit mêlé. Je me souviens de la tête qu’il faisait et de son grand sourire, genre : « Ok, maintenant on est vraiment en train de le faire et de commencer à avancer. » C’était un moment magique.

Warlord est-il inévitablement fini pour toi ?

Oui, absolument.

As-tu l’impression que tout un chapitre de ta vie s’est refermé ?

En effet, mais c’était un super chapitre. Comme je l’ai dit, Bill est Warlord. Il n’y aura pas de reformation de Warlord, il n’y a plus de Warlord. Je ne vois pas l’intérêt de jouer en tant que Warlord sans Bill. Il y a eu un album hommage, c’est bien, mais nous n’allons pas partir sur les routes et trouver un autre guitariste pour jouer la musique de Bill Tsamis. Ça n’a aucun intérêt, je ne le ferai pas.

Interview réalisée par téléphone le 15 juillet 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Alex Solca.

Site officiel de A-Z : www.a-zband.com

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