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Interview   

Aaron Keylock : graine de rock-star


A l’heure où les groupes divergent entre « retour aux sources » et « nouveau souffle », se divisent entre technologique et organique, il est un tout jeune artiste, dix-huit ans à peine, qui a très bien choisi son camp, celui du vintage et du son seventies : Aaron Keylock. Jeune peut-être, mais pas inexpérimenté, car le guitariste britannique a déjà beaucoup tourné, confronté ses compositions au public, adapté, retravaillé, toujours avec une détermination sans faille, pour arriver à son but.

Aujourd’hui, il nous livre son premier album, Cut Against The Grain, fruit de ses années sur la route et dans les bars, au contact des plus grands, Joe Bonamassa en tête, et en ouverture de groupes tels que Blackberry Smoke. Il en résulte un album d’une maturité étonnante, à l’image de son créateur, qui nous en parle et nous relate son parcours étonnant dans cet entretien.

« J’étais suffisamment arrogant déjà très jeune pour dire que je vais faire ce que je veux faire. Je savais qui je voulais être. »

Radio Metal : Tout d’abord, parlons un peu de tes influences. Elles vont de Black Sabbath, les Rolling Stones, Aerosmith, Led Zeppelin et les Black Crowes à Steve Marriott, Robert Johnson, Charley Patton et Johnny Winter. Ce ne sont pas vraiment de jeunes artistes en vogue…

Aaron Keylock (guitare & chant) : Pas du tout !

Comment en es-tu arrivé à apprécier leur musique ?

J’ai commencé à apprécier ça à partir d’un très jeune âge, genre quatre ou cinq ans, ce sont mes premiers souvenirs à écouter ce genre de groupes. Mon père écoutait ce rock classique des années 70, et ça m’a tout simplement parlé. Mais je ne me suis jamais intéressé aux modes ou quoi que ce soit, comme tu peux le constater [petits rires]. Mais, je veux dire, c’est ce que je voulais faire et c’est ce que je me suis décidé à faire, donc je l’ai fait ! [Petits rires].

Ça peut être assez difficile pour un adolescent de ne pas suivre une mode. T’es-tu déjà senti gêné de ne pas jouer la musique à la mode ?

Ouais, c’était marrant, grandir dans un petit village vers Oxford, j’étais vraiment le seul gamin qui ne serait-ce que s’intéressait à la musique. Donc j’ai toujours été différent, mais ça n’a jamais vraiment eu d’importance parce que, je suppose, j’étais suffisamment arrogant déjà très jeune pour me poser là et dire que je vais faire ce que je veux faire. Je savais qui je voulais être. Evidemment, tu as toujours des gens qui essaient de dire « tu devrais sonner comme ci ou comme ça, » mais au bout du compte, je dois faire de la musique que j’aime et être qui je veux être et être honnête. Ca a toujours été un peu ça m’a mentalité, j’imagine, de faire les choses pour moi-même.

Ceci étant dit, on voit en ce moment de plus en plus de jeunes musiciens revenir aux racines du hard rock et du blues rock. Comment expliquer la popularité que ce genre de musique est en train de regagner auprès de ta génération ?

C’est marrant, ça a probablement plus à voir avec internet, YouTube et ce genre de choses parce que, sans ça, ce serait difficile de trouver ce type d’albums. Tu ne découvres pas vraiment de musique sans… Je veux dire, oui, si tu fais l’effort d’aller rechercher ça mais avec des choses comme YouTube, c’est très facile de tomber sur ce type de musique. Et c’est de la musique honnête, donc évidemment, ça accroche les gens. Donc c’est cool de voir qu’il a des groupes sympas qui sortent et font ça aussi. Il y a probablement plein de raisons mais c’est un peu la seule à laquelle je peux penser, comme étant la raison principale pour expliquer pourquoi les gens tomberaient là-dessus, seraient au courant et rechercheraient cette musique.

Tu as dit que tes « influences varient beaucoup ». Est-ce que ça veut dire que tu es également influencé par des genres de musique et des artistes plus modernes ?

Je ne juge pas les choses en fonction du moment où elles sont sorties. Je veux dire, ça varie mais c’est essentiellement de vieux albums, juste parce que je pense que les albums étaient faits de manière plus honnête à l’époque. J’aime les groupes et les artistes qui ont beaucoup de caractère et tu peux entendre que c’est eux, et c’est un peu ce qui a toujours été important pour moi. Mais je pense que de nos jours, peu de musique possède l’identité qu’elle avait à l’époque, ne serait-ce que pour la technologie. La technologie dissimule en quelque sorte toutes les erreurs, et les erreurs sont un peu ce qui fait des gens ce qu’ils sont. Donc je pense que c’est un peu la raison. Mais, je veux dire, j’apprécie des groupes qui sortent maintenant, mais ce sont des groupes qui, je suppose, ont une identité.

Tu as commencé à jouer de la musique à l’âge de huit ans et tu as donné ton premier concert à onze ans. Penses-tu que, ayant commencé à travailler en tant que musicien à un âge si précoce, ça a altéré ta relation aux adultes et aussi aux gens de ton âge ?

Ouais. C’est marrant comme je séchais l’école pour partir en Allemagne en tant que petit bluesman de sept ans [petits rires]. Mais je suis content de l’avoir fait. Je ne sais pas, je veux dire que j’ai beaucoup appris sur le fait d’être une personne, d’être une grande personne, et sur la musique, tout, vraiment, grâce à tous ces mecs. Tu rencontres plein d’amis, rien que par le lien que vous avez via la musique. Mais, ouais… Je veux dire… Je ne sais pas. C’est marrant… Encore une fois, tu ne juges pas les choses là-dessus. Si je m’entends avec ceux avec qui je parle, c’est tout ce qui compte. La musique m’a clairement apporté plein d’amitiés et de liens avec des gens.

« La technologie dissimule toutes les erreurs, et les erreurs sont un peu ce qui fait des gens ce qu’ils sont. »

Est-ce que ça t’as donné plus de maturité ?

Ouais, je suppose, car tu traines avec différents types de personnes provenant de différents backgrounds aussi. Ce n’est pas forcément l’âge des gens, c’est le fait que tu travailles avec plein de types de personnes différents. Lorsque tu joues dans des bars et tout, tu es là dehors exposé au grand jour plutôt que d’avoir une enfance qui consiste juste à aller à l’école et rentrer chez toi, aller au parc, peu importe, là tu es dans le monde. Et puis aussi le fait de toujours voyager, j’imagine que ça te fait mûrir. Mais tu joues aussi de la musique, donc… [Petits rires]. Mais j’imagine que oui, globalement.

Est-ce que tu as rencontré des gens qui t’ont sous-estimé ou ont essayé de profiter de toi, au niveau business, à cause de ton âge ?

Je ne me suis pas vraiment impliqué dans le côté business avant d’avoir environ seize ans. Mon père me manageait jusque-là. Et encore aujourd’hui, je ne m’implique pas vraiment dans le côté business parce que ce n’est pas vraiment mon truc. J’ai la chance d’avoir un management qui me soutient en tant qu’artiste et qui sait ce que je veux. Et mon père faisait toujours attention à moi en ce sens, et c’est encore le cas, donc… Si ce n’était pas le cas et que j’étais un gamin de douze ans qui fait ça, bien sûr, mais je suppose que parce que j’ai des parents et tout qui veillent là-dessus, ça a aidé.

Lorsque tu as eu treize ans, tu avais déjà l’emploi du temps d’un musicien professionnel, car tu jouais tous les soirs de la semaine. C’est assez incroyable, surtout si on prend en compte le fait que tu étais (et es encore) un adolescent qui devait aller à l’école. Comment as-tu fait en sorte que ça marche ?

Eh bien [petits rires], j’avais pas mal de jours de vacances [petits rires]. Non, j’ai été à l’école primaire et au collège mais j’ai décidé très tôt que j’allais faire de la musique. Donc c’était un peu ce sur quoi je me concentrais principalement mais ce n’était pas comme si j’avais choisi la musique comme la solution de facilité [petits rires] ou peu importe. Mais ouais, j’ai fini l’école à seize ans et j’en suis sorti et j’ai fait ça. Ça n’a pas tellement été gênant parce que… C’est marrant que les gens s’inquiètent toujours à propos des soirées où j’ai veillé tard, car mes amis restaient probablement éveillés tout aussi tard à jouer à la PlayStation ! Et c’était ce que j’avais choisi de faire, et il faut travailler dur si tu veux faire quelque chose que tu veux faire. Donc c’était un peu ça ma vision des choses. Mais la bonne chose, j’imagine, à propos du fait de commencer jeune est que tu n’as aucun engagement ou distraction. La seule autre chose que tu as est d’aller au parc ou chez tes amis, peu importe, et si tu as quelque chose à la maison que tu préfères faire, alors c’est ce que tu fais. Je veux dire que ça se complique lorsque tu deviens plus âgé, tu as davantage d’engagements, tu as des choses sur lesquelles tu dois te concentrer. Et puis ça fait si longtemps que je fais ça que de toute façon, c’est ma vie maintenant, je n’ai pas vraiment le temps pour autre chose, donc… [Petits rires]

Tu parlais de tes parents, à quel point t’ont-ils soutenu dans ta démarche ?

Je n’aurais probablement pas pu avoir un plus grand soutien de la part de ma famille ! C’est marrant parce que j’ai choisi de le faire, et je l’ai fait de façon professionnelle et ils ont vu que je travaillais dur et que c’était le genre de choses que je faisais chaque jour, ils ont cautionné ça, ils ont tout financé. Ils sont la raison pour laquelle j’ai pu partir jouer tous les soirs ; ils me conduisaient en voiture [petits rires]. Mon père a été mon tour manager jusqu’à récemment, lorsque je devais partir pendant deux mois, il était là : « Il faut que j’aille travailler. » Nous avons un tour manager pour ça maintenant. Donc ouais, c’est grosso-modo la raison pour laquelle je fais ce que je fais parce qu’ils m’ont permis de le faire.

Tu as rencontré Joe Bonamassa lorsque tu avais treize ans et, apparemment, il t’a donné des conseils basés sur son expérience de jeune guitar hero. Peux-tu nous en parler ?

Je l’ai rencontré quatre fois, je dirais, au cours de quelques années, à chaque fois qu’il passait dans le coin. La première fois que je l’ai rencontré, c’était plus… Car j’étais si jeune, ce n’était rien de plus que le fait de jouer autant que possible, il m’a fait monter sur scène et j’ai joué sur sa guitare… Mais le conseil qu’il m’a donné, c’était plutôt quand j’avais quinze ans et j’étais toujours en train de jouer tous les soirs, et probablement sur des mauvais plans de concert parce que c’était le genre de concert qui t’épuisait et ne te faisait pas vraiment avancer une fois que tu étais sur scène. Et il est la raison pour laquelle j’ai commencé à chercher un management parce qu’il disait : « Tu dois regarder où tu vas et être plus serein plutôt que de t’épuiser. Regardes les prochaines étapes et comment t’améliorer. » C’était donc la raison pour laquelle j’ai commencé à passer à autre chose et chercher un management.

Est-ce que d’autres artistes que tu as rencontrés t’ont aidé ?

Ouais, plein. Il y en a eu quelques-uns très tôt dans ma carrière que j’ai juste rencontré pour un jam de blues. Le premier était un gars d’Oxford qui s’appelle Robert Wakeley. C’est un incroyable guitariste, un vieux gars avec qui j’avais l’habitude de jammer, et c’est encore le cas aujourd’hui, et il m’a vraiment aidé et m’a donné confiance lorsque je suis sur scène. Et il y a un autre gars, un an plus tard, lorsque je jammais à Londres, qui s’appelle Sam Hare, qui est un super artiste, avec de supers albums et tout. Il me disait toujours qu’il fallait être honnête et être l’artiste qu’on veut être, et il m’a aidé pendant des années avec ce genre de choses et à me développer et tout. Depuis, j’ai rencontré des gens avec qui j’ai tourné, de Blackberry Smoke à Rich Robinson, tous ces types de personnes, et ils sont tous là derrière toi et prennent du temps pour te donner des conseils, où même ne serait-ce qu’ils viennent te voir sur scène ou peu importe, ça signifie beaucoup de la part de gens comme eux, pour qui tu as du respect, que tu aimes beaucoup et dont tu es fan.

« C’est marrant que les gens s’inquiètent toujours à propos des soirées où j’ai veillé tard [à faire des concerts], car mes amis restaient probablement éveillés tout aussi tard à jouer à la Play Station ! »

Comment vois-tu l’avenir de ta carrière ?

Je ne fais pas de plan parce que c’est un business trop étrange pour essayer d’établir des plans. Tout ce que tu peux faire c’est vraiment essayer de t’améliorer et saisir chaque bonne opportunité que tu peux saisir, vraiment. J’essaie toujours de m’améliorer en tant que musicien, artiste et tout, chaque bon concert qui se présente à moi, je m’assure qu’on le fait. Tu ne peux pas forcément dire que dans dix ans je vais faire salle comble à la Brixton Academy ou peu importe. Je suppose que tout ce que tu peux faire, c’est simplement essayer et continuer à écrire, continuer à avancer en ce sens, en tant que personne indépendante, en tant que toi-même, et puis espérer que tout le reste s’aligne autour de ça, car tu ne peux pas vraiment le contrôler.

Peux-tu nous parler de tes collègues dans le groupe, Sonny Greaves et Jordan Maycock, et leur rôle dans l’album ?

Ils n’ont pas joué sur l’album parce que… Aller à Los Angeles, tout d’abord, c’était le plus gros truc. Des billets d’avions supplémentaires, des permis de travail et tout le reste, ça aurait été ridicule pour un premier album. Ensuite, l’autre raison est que Fab[brizio] [Grossi], le producteur, jouait de la basse, donc ça avait du sens, et il avait aussi un super groupe là-bas. Mais Sonny et Jordan, je suis avec eux depuis trois ans et c’est un super groupe et tout. Mais ouais, je veux dire que le groupe qui est sur l’album est super, je n’ai pas grand-chose à redire sur eux, vraiment, j’étais avec eux à Los Angeles pendant un mois, ils sonnaient super et ils ont super bien joué, donc…

Avant même de faire un album, tu avais déjà le soutien de certains médias rock. Est-ce que ça t’as donné confiance par rapport à cet album en l’enregistrant ou bien, au contraire, ça t’as mis la pression ?

Je n’avais jamais vraiment pensé à ça ! Je ne ressens pas de pression ou quoi par rapport à ce que les gens pensent, je sais que ça sonne un peu moche mais tant que je peux tenir l’album entre mes mains et dire que je l’aime, alors c’est ce qui était important et c’est ce que je recherchais. Car tout le monde aura sa propre opinion. Mais c’est comme, s’il s’en vend un million d’exemplaires et que je le déteste absolument, et j’ai mis mon nom de dessus, alors c’est un peu… Il n’a jamais été question de ça. Mais s’il fonctionne bien, il fonctionne bien, mais je suis content de l’album, je l’aime bien et au moins, je peux en être fier. C’est grosso-modo ce que je visais. Si les gens l’aiment bien, c’est super, et tu veux que les gens l’aiment bien et tu veux qu’il ait autant de succès que possible mais si les gens n’accrochent pas, alors pas de souci, j’en suis content [petits rires].

Jouer en live et enregistrer, ce sont deux expériences différentes…

Oh, carrément !

A quel point ça a été un défi pour toi d’enregistrer ce premier album ?

Parce que je n’avais jamais fait d’enregistrement avant, c’était différent mais ça allait. Je veux dire que j’y suis allé et c’était relax. J’y suis allé et j’ai joué, tout simplement. C’était cool parce que tu rentres dedans et… Genre, en live, tu joues la chanson une fois et tout est une question d’émotion et de la capturer en quatre ou cinq minutes. Lorsque tu vas dans un studio pour essayer de capturer tout le truc, tu peux tout lui balancer, toutes les idées, et essayer des choses, ce qui revient un peu à revenir au côté créatif de la composition. Donc c’était cool. Je veux dire que tout le truc de l’enregistrement était facile, c’était le mixage qui était … [petits rires] douloureux. C’était un processus différent, ce qui était super parce que, de toutes façon, les nouvelles expériences, c’est ça qui fait que ça reste frais et qui te permet d’avancer.

Tu as joué la plupart des chansons de l’album pendant des années. Comment ces chansons ont-elles évolué avec le temps ?

Du moment où je les ai écrites à lorsque je les ai apportées dans un groupe, c’était là que les premiers changements se sont produits. Et ensuite, tu les emmène sur les routes et tu évolues avec elles et tu évolues en tant que personne, et des idées te viennent, et les jouer chaque soir les change. Mais ensuite, tu les emmènes dans une autre ville avec un autre groupe et un autre environnement, c’était complètement frais pour l’album, ça a changé par rapport aux démos et tout. Et ensuite elles ont encore changé maintenant que nous les rejouons en live avec un autre groupe, avec des arrangements et autres. Donc c’est sympa de voir les chansons constamment évoluer. Elles ne s’usent pas et elles restent fraiches. De toute façon, c’est un peu de la musique libre.

Comment es-tu parvenu à capturer la même énergie et le même enthousiasme que quand tu es sur scène, surtout avec une chanson comme « Just One Question », que tu joues depuis presque cinq ans ?

« Just One Question » a pas mal changé. Mais pour capturer cet esprit live, je ne sais pas ! Je ne sais pas si c’est juste ma personnalité qui ressort ou peut-être parce que je joue plus fort et mieux sur l’album [petits rires] mais je ne sais pas, je veux dire, il n’y a aucune astuce particulière par rapport à ça. C’est probablement juste qui je suis et ça ressort, j’imagine. Mais ouais, « Just One Question » est probablement celle qui a subi le plus de changements avec le temps, surtout pour l’album.

« Ma technique de guitare n’est probablement pas de la vraie technique, mais j’appelle ça juste de l’honnêteté. »

La chanson « Down » est une chanson positive qui parle de rester fort et de croire en soi. Comment parviens-tu à rester fort, surtout dans un monde rude comme celui du business de la musique ?

Je ne sais pas… Je veux dire que la raison pour laquelle je reste fort est parce que je suis suffisamment arrogant pour aimer ce que je fais et m’en tenir à ce que je fais. Mais cette chanson parle de lorsque tu n’as pas le moral mais c’est plus dans un sens gospel, genre, les temps sont durs mais les choses vont aller mieux, plutôt qu’une chanson blues. C’était ça, en gros. Il est évident que nous vivons des temps difficiles, et tu travailles avec différents types de personnes parce que dès que tu t’impliques dans le côté business, tu n’y es plus pour l’innocence de simplement jouer de la musique et le faire pour toi-même. Tu as des investisseurs et des personnes importantes qui arrivent et qui sont là pour l’argent. Il y a donc cet aspect et tu dois l’équilibrer et te rappeler pourquoi tu es là-dedans, ce qui est la raison pour laquelle j’essaie de me souvenir pourquoi je me suis mis à faire de la musique et pourquoi j’aime ça et j’en joue. C’est grosso-modo une chanson qui parle de rester fort avec ce que tu veux faire et ne pas laisser quiconque te dicter quoi faire. C’est juste mon côté arrogant, j’imagine [petits rires].

Il y a deux chansons, « Falling Again » et « Try », qui parlent de certains doutes que tu as ressentis ces dernières années à propos de ta carrière. Peux-tu nous en parler ?

« Falling Again » était une chanson que j’avais depuis un moment. C’était probablement juste avant d’avoir signé pour avoir un management ; en fait, c’était à l’époque où j’ai commencé à chercher un management, donc j’étais en train de tourner en rond, je n’avançais pas vraiment autant que je l’aurais voulu artistiquement. J’écrivais les mêmes types de choses. Je ne faisais que les mêmes jams et tout, et les mêmes types de concerts et… [Petits rires] Tu veux continuer à avancer, et je veux vraiment toujours continuer à regarder devant moi et essayer de m’améliorer, et là, c’était une période où [j’avais l’impression de ne pas y arriver]. C’était en gros l’idée de la chanson, et heureusement, à partir de cette chanson, j’ai réussi à avancer [petits rires]. « Try », encore une fois, même si c’est à propos de se sentir perdu, vouloir rentrer chez soi et ne pas être très sûr d’où tu vas mais tu sais qu’il y a un endroit quelque part pour toi, cette chanson avait quand même tout un sens gospel également. C’était comme : « Je vais essayer d’aller mieux. Je vais essayer de trouver un endroit où aller parce que je sais qu’il y a quelque chose pour moi là-dehors. »

Est-ce que travailler sur ces paroles et ces chansons t’a aidé à surmonter ces doutes ?

Ouais. C’était un exutoire. Si tu te sens comme ça et tu écris une chanson qui raconte les sentiments honnêtes que tu as, ça te fait te sentir beaucoup mieux et ça te fait aimer la chanson. Pour ce qui est de savoir pourquoi je voulais que la plupart de ces chansons soient sur l’album, c’est parce que, encore une fois, ça te tire de ces situations, le fait d’avoir des chansons comme ça auxquelles tu crois, tu es fier de mettre ton nom dessus et tu es fier de ce que tu as écrit. Donc je crois que oui.

L’album s’appelle Cut Against The Grain (qui peut se traduire par « aller à l’encontre de la normalité »). Est-ce que ça reflète ton sentiment à ton sujet en tant que musiciens mais aussi peut-être en tant que personne ?

Parce que c’était une chanson sur l’album, « Against The Grain », et les paroles parlaient juste du fait d’être différent et d’aller à l’encontre des choses normales que les gens de mon âge font… Et c’était un peu un fil conducteur dans l’album, que ce soit avec des chansons comme « Down », que ce soit juste en disant « continue et reste fort », que ce soit « Falling Again » où tu te sens moche… Mais tout le truc, c’est juste une question d’être ce gamin bizarre qui voulait faire quelque chose de différent avec sa vie. Ca paraissait avoir du sens de coller ça sur la pochette.

Pour finir, quelle est ton approche de la technique de guitare ?

[Il réfléchit et rit] Je ne sais pas si j’ai une technique de guitare ! C’est marrant parce que quand j’ai commencé à prendre des cours, j’ai appris la bonne façon de faire les choses, j’ai appris comment tout faire correctement, les bons doigtés, et puis, tout d’un coup, je monte sur scène et j‘approfondis ça et tu trouves d’abord une manière de faire qui fonctionne pour toi, et tu joues comme tu veux jouer. Et ensuite, tu commences à composer, et ça revient en gros à juste à faire l’idiot avec les choses et voir ce qui sonne bien pour toi. Donc je ne sais pas, je veux dire, tout le truc avec mon jeu de guitare est que je ne me suis jamais intéressé à quoi que ce soit qui était trop technique, je préférais l’émotion et la simplicité de la musique parce que c’est honnête par rapport à qui j’étais. Ma technique de guitare, vraiment, n’est probablement pas de la vraie technique, mais j’appelle ça juste de l’honnêteté. C’est grosso-modo ce que je fais. C’est comme, à chaque fois que je monte sur scène, je joue tout différemment parce que c’est ce que je ressens ce soir-là. C’est une autre raison qui fait que tu approfondis les choses parce que chaque soir, si tu joues avec ce que tu ressens et l’émotion que tu as, alors ça te fait te sentir mieux lorsque tu descends de scène. Si tu es en colère, tu joues différemment de si tu es content.

Interview réalisée en face à face le 13 décembre 2016 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Austin Hargrave.

Site officiel d’Aaron Keylock : www.aaronkeylock.com

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