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Chronique   

Abbath – Outstrider


Olve Eikemo, plus connu sous le nom d’Abbath, ne veut plus être seulement perçu comme un personnage emblématique de la scène black metal. L’ancien frontman d’Immortal veut envisager son projet solo, Abbath, comme un véritable groupe. Déjà auteur d’un premier album sans titre qui dévoilait des compositions réalisées pendant la période Immortal, Olve entend donner une nouvelle dimension à Abbath avec son second opus, intitulé Oustrider. C’est l’occasion pour Olve Eikemo de dévoiler un nouveau line-up (et de pallier notamment le départ de King ov Hell). Outstrider entérine le glissement du nom Abbath, qui passait d’un pseudonyme renommé à ce qui s’apparente aujourd’hui à une marque, une idée plus grande que la somme de ses parties.

En d’autres termes, Abbath accentue ce qu’il a amorcé lorsqu’il a lancé son projet, qui à l’origine avait bel et bien une dimension soliste affirmée, emportant avec lui les briques musicales d’un album d’Immortal qui n’aura jamais vu le jour. Outstrider est pourtant un effort collaboratif, celui d’Abbah, évidemment, mais aussi de la nouvelle bassiste Mia Wallace, du batteur Ukri Suviletho, remplaçant Kevin Foley, et du guitariste déjà présent sur une partie du premier opus, Ole Andre Farstad. Concernant les paroles, c’est toujours Simon Dancaster qui se charge d’argumenter, avec une très forte inspiration puisée dans les concepts du psychiatre Carl Jung. Malgré un line-up reconsidéré, Abbath ne dévie pas de la direction empruntée avec le premier opus. La distance avec l’Immortal contemporain est accrue, ces derniers prônant le retour à un black au son froid et virulent, tandis qu’Abbath privilégie des influences plus rock n’ roll et met en exergue son sens de l’efficacité. « Calm In Ire (Of Hurricane) » et son introduction construite de bruits de vent et d’une guitare acoustique donnent immédiatement le ton : Outstrider ne cherche pas à innover, on retrouve la marque de fabrique d’Abbath, un riffing hargneux et mélodique, cette voix écorchée inimitable et des leads mélodiques inspirés du heavy metal. « Outstrider » réemploie justement cette formule quelques compositions plus tard, supportée par un binaire appuyé caractéristique d’un hard rock traditionnel ; tous les ingrédients sont là pour aboutir à un véritable hit live, y compris le refrain à scander poing en l’air et des descentes de guitare qui ne sont pas sans rappeler un certain Dimebag Darrel.

Si les expérimentations ou les innovations ne sont pas à l’ordre du jour (ont-elles besoin de l’être ?), cela n’empêche pas Outstrider de connaître des moments d’exaltation, à l’instar du riffing syncopé et des arrangements cryptiques de « Land Of Khem ». Les musiciens désormais associés au nom d’Abbath sont capables de prouesses, à l’instar des interventions lead de « The Artifex » et de ce break massif amorcé par les soli d’Ole Andre Farstad. « The Artifex » est l’exemple de ce qu’Abbath parvient à réaliser de plus probant : un titre hargneux qui profite d’une excellente dynamique où accélérations et ralentissements se complètent et nourrissent leurs puissances respectives. « Harvest Pyre » démontre quant à lui l’une des autres forces du groupe, à savoir une assise rythmique en béton armé, avec un jeu de batterie furieusement percutant, qui en viendrait presque à affadir les élans black/punk plus classiques. Mais même dans ce dernier registre, non seulement l’exécution est soignée, mais Abbath fait preuve d’un certain sens du spectacle, comme ce pond dans « Scythewinder » où un riffing mid-tempo surgit, avec la basse martelée bestialement par-dessus une rythmique de batterie épurée, ou l’intervention subite d’une partie ambiante mais non moins conquérante sur « Hecate », servant d’amorce à une outro intense et cathartique. Outstrider nous gratifie en outre d’une reprise de Bathory, « Pace Till Death » qui a le mérite de ne pas jurer avec le reste de l’opus. Si l’hommage est appréciable, l’intérêt d’Outstrider réside indéniablement dans ses compositions originales et on regretterait presque qu’il se termine ainsi, de manière aussi abrupte.

Outstrider pourrait bien marquer la véritable naissance d’un groupe qui supplante la seule personne de son fondateur, Olve Eikemo. Abbath devient ABBATH, sans réellement dévier d’une formule qu’il maîtrise à la perfection. Outstrider délivre une approche du black immédiate et essentielle, tout en accordant un soin religieux à ses mélodies, son riffing et ses arrangements acoustiques, et s’il se démarque de son prédécesseur, c’est surtout par une réduction des longueurs, une production plus consistante ainsi que la personnalité des morceaux. Outstrider, ou des vertus de l’exigence et du confort.

Chanson « Outstrider » en écoute :

Lyric vidéo de la chanson « Calm In Ire (Of Hurricane) » :

Clip vidéo de la chanson « Harvest Pyre » :

Album Outstrider, sortie le 5 juillet 2019 via Season, Of Mist. Disponible à l’achat ici



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