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Interview   

Aborted : une vision d’horreur


Le nouvel album d’Aborted, TerrorVision, prend sa source dans la tournée de promotion de l’album précédent, Retrogore, et dans la décision initiale de faire moins de dates afin, notamment, de mieux préparer ce disque. Sven nous parle de cette décision, de la démarche que représente ce disque pour Aborted et de son écriture avec le concours de Kristian « Kohle » Kohlmannslehner, producteur qui semble être devenu avec le temps une sorte de sixième membre pour le groupe. Un collaborateur franc et sans détour, à l’image de Sven lui même. Celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à nous dire qu’il était loin d’être convaincu, du moins au départ, par certaines idées de Kohle pour cet album.

Dans cet entretien et dans cet album, derrière une couche d’humour et d’imagerie de film d’horreur, Sven émet un jugement sévère sur les médias d’aujourd’hui et sur la manière dont le public s’informe.

« Kohle est allemand, donc forcément, il aime la musique allemande et les refrains tout catchy, donc il a dit : ‘Votre musique est déjà super extrême et dense, donc il s’y passe beaucoup de choses en même temps. Pourquoi ne prendrait-on pas des passages plus accrocheurs, que les gens puissent chanter avec toi ?’ J’ai dit : ‘Bon… On peut essayer ! J’en ai rien à foutre, mais pourquoi pas !’ [Rires] »

Radio Metal : Vous avez déclaré avoir été très sélectifs sur la tournée pour l’album Retrogore. Apparemment, vous saviez déjà que Retrogore n’était qu’une étape dans l’évolution sonore du groupe et que vous avez pris votre temps pour écrire pour avoir le meilleur résultat possible sur TerrorVision. Est-ce que vous aviez déjà ce nouvel album en tête lorsque vous tourniez pour Retrogore, voire même lorsque vous l’écriviez ?

Sven De Caluwé (voix) : Non. Nous n’étions pas déjà en train d’écrire TerrorVision quand nous faisions Retrogore. Ceci dit, quand nous avons fait la tournée avec Kreator, etc. pour Retrogore, oui, nous avions déjà commencé les compos pour TerrorVision. Et ceci dit, nous avons été très sélectifs avec les tournées parce que nous ne voulions pas exagérer avec le nombre de fois que nous allions jouer, que les gens ne se lassent pas de nous, parce que nous en avions pas mal fait les dernières années, et en même temps, nous voulions faire quelque chose qui vaille le coup. Moi, j’avais un job à ce moment-là qui était très demandeur, donc j’avais aussi moins de temps libre qu’avant. Donc nous avons été forcés d’être très sélectifs, et en même temps, ça nous a donné la liberté et le focus dont nous avions besoin pour écrire TerrorVision.

Est-ce que ça n’a pas été frustrant de tourner moins ?

Oui et non. Oui parce que bien sûr, nous voulions jouer un peu plus, mais en même temps, ça a vraiment donné un départ complètement frais pour TerrorVision, nous avons vraiment pu bosser au maximum pour avoir le meilleur résultat possible. Pour te dire, en deux semaines et demie, nous avons enregistré soixante-cinq minutes de musique. L’album n’en a que quarante-cinq, et il reste encore un EP de vingt minutes, avec des morceaux dont nous sommes vachement contents et que nous sortirons plus tard. Ça a quand même été vachement productif pour nous.

Sur la tournée Retrogore, en étant aussi sélectifs, en jouant moins, en ne passant pas par telle ou telle ville, n’aviez-vous pas peur que votre public vous en veuille ?

Je ne pense pas que le public nous en a voulu, en tout cas pas que je sache. Nous avons fait l’Europe une fois, nous avons fait quelques dates sélectives aussi, nous avons fait les États-Unis, et là nous repartons en tournée européenne, presqu’un an et demi après… Je pense que ça va. Ce n’est pas comme si pendant quatre ans, nous avions dit « fuck off ! On ne vient pas jouer ! ». Ce n’était pas si extrême que ça. Mais c’est vrai que normalement, nous faisons, comme pour The Necrotic Manifesto, deux tournées européennes en un an, ou un an et demi. Là, nous en avons fait une en un an et demi ou plus. Donc il y a une grosse différence pour nous, mais je pense que pour le public ça n’a pas été si extrême que ça.

L’album a été écrit en plus d’un an et demi, et a représenté un important investissement de temps et d’efforts de votre part. Peux-tu nous parler plus en détail de ce processus et l’investissement personnel que l’album a requis ? Penses-tu qu’il y avait plus d’investissement que sur les albums précédents ?

Oui, quand même. Parce que vu que nous avions le temps, nous nous sommes dit que nous allions nous y mettre à fond dedans. Certains morceaux ont même eu, je pense, une vingtaine de versions avant que nous soyons vraiment contents. Nous voyions le potentiel du morceau, mais ça ne sortait pas exactement comme nous le voulions, il y avait quand même quelque chose que nous voulions faire mieux. Il y a donc quand même eu pas mal de révisions, nous étions super durs les uns les autres sur les feedbacks. En plus, c’est le premier album où nous avons fait des pré-productions de tout. Donc tout ce que nous avons enregistré, nous l’avons enregistré chez nous avant d’entrer en studio, de la batterie jusqu’au chant. Nous avons tout fait, comme ça nous avions une très bonne idée de ce que cela pourrait être avant d’entrer en studio. Quand nous sommes entrés en studio, bien sûr, Kohle [Kristian Kohlmannslehner, le producteur] s’est mêlé de l’affaire aussi, nous avons encore changé quelques petits trucs. Mais ça nous a donné une idée très claire, lorsque nous étions en studio de comment nous allions faire quoi, comment ça allait sonner, et nous avons vachement pu nous concentrer sur les prises de son et moins sur : « Comment on finit l’album ? Comment on finit les morceaux ? » Parce que sur Retrogore ou The Necrotic Manifesto, nous avions fini l’écriture en studio. Nous avions pas mal de démos, mais nous avions bien avancé l’écriture en studio aussi.

Tu as dit que tu souhaitais garder l’intensité, la brutalité et l’atmosphère pour lesquelles vous étiez connus et y ajouter une nouvelle dimension à la musique d’Aborted avec plus de diversité et plus d’accroche sur les refrains. Qu’est-ce qui vous a amené à faire ça ?

Ça, c’est aussi un peu la faute de Kohle. Il est allemand, donc forcément, il aime la musique allemande et les refrains tout catchy, donc il a dit : « Votre musique est déjà super extrême et dense, donc il s’y passe beaucoup de choses en même temps. Pourquoi ne prendrait-on pas des passages plus accrocheurs, que les gens puissent chanter avec toi ? » J’ai dit : « Bon… On peut essayer ! J’en ai rien à foutre, mais pourquoi pas ! » [Rires] L’idée est venue de lui, d’un côté. C’était surtout pour les lignes de chant et les paroles. J’ai vachement fait attention à ça car il y a beaucoup plus de trucs qui se répètent, qui sont beaucoup plus faciles à mémoriser que sur les albums d’avant.

Quand tu parles de l’idée qu’a eue le producteur d’ajouter des accroches, on dirait que tu n’avais pas l’air super emballé au départ…

C’est au niveau du chant que j’étais un peu hésitant au début, on va dire. Parce que nous faisons du death, nous ne faisons pas du Hammerfall, je n’en ai rien à foutre ! [Rires] Mais en même temps, pour moi, ça ne change vraiment pas grand-chose, si ce n’est que c’est beaucoup plus facile pour les gens de retenir ce que je dis, et s’ils veulent, ils peuvent se joindre à moi ! [Rires]

Trouver ce compromis entre ce qu’était votre musique extrême, rapide, technique, et les nouveaux ingrédients que vous avez souhaité incorporer a-t-il été complexe ?

Non, pas vraiment. Cela a été assez facile. Ce qui était difficile, c’était surtout de trouver quelle direction nous souhaitions prendre avec l’album. Parce que nous pouvions prendre des directions différentes, comme d’aller plus vite, plus technique, plus dark, plus atmosphérique, plus old school… Il y avait plein d’options. Et en fait, nous nous sommes demandés pourquoi nous ne ferions pas tout ça à la fois, faire un mélange, essayer de créer des atmosphères, des ambiances super glauques, pourvu que ça reste brutal. Comme ça, il y a un contraste entre les parties vraiment techniques et rapides, et les ambiances.

« Tout ce qui est films d’horreur des années 80, ça va complètement avec ce que nous faisons, parce que nous sommes de gros nerds qui aimons l’horreur, mais qui se tapent aussi une barre en le faisant. »

Le pressbook annonce que vous avez voulu privilégier la qualité à la quantité. Parle-nous des choix que vous avez dû faire pour préserver le niveau de qualité sur cet album. Comme tu le disais, il y a des morceaux qui sortiront plus tard. Qu’est-ce qui a fait que certains morceaux n’ont pas vu le jour, malgré le fait que ce soit de bons morceaux ?

Ça, c’est une discussion complètement différente. Niveau qualité, je pense qu’on a jeté huit morceaux sur lesquels nous avons vachement bossé. A la fin, nous nous sommes dit que ça ne convenait pas ou que ce n’est pas vraiment au niveau que nous voulions. Ceci dit, les quatre morceaux qui ne sont pas sur l’album sont tous du même niveau que l’album, mais par contre, le problème est que nous avions soixante-cinq minutes, et pour un album de notre type de musique, c’est un peu beaucoup. Au début, nous voulions sortir un album de soixante-cinq minutes, mais même nous, quand nous écoutions le master en boucle, au bout de quarante-cinq minutes, on perd un peu en attention, c’est un peu trop ! [Rires] Donc nous nous sommes demandé comment nous allions séparer l’album et l’EP, ne pas prendre les morceaux que nous trouvions les moins bons pour l’EP, et comment nous allions sortir à la fois un EP et un album qui soient tous les deux super bons. Le choix s’est donc fait à ce niveau-là. L’EP sera donc dans la lignée de TerrorVision, car il a été écrit dans le même temps. Je dirais qu’il y a un morceau qui est très lent, et que tout le reste est hyper brutal.

Par rapport à cette exigence de qualité par rapport à la quantité, penses-tu que certains artistes ont tendance à vouloir remplir inutilement leurs disques ?

Franchement, je n’en ai rien à foutre de ce que font les autres artistes avec leurs albums et leurs choix ! [Rires] Il y a des albums que j’aime, des albums que je n’aime pas, c’est chacun son truc. Je ne vais pas analyser ce que les autres font. Ils ont leurs raisons et je ne vais pas critiquer les autres.

Dirais-tu que toi-même, par le passé, tu as été tenté de mettre plus de morceaux que nécessaire ?

[Réfléchit] Non. Nous n’avons jamais vraiment voulu rajouter des morceaux pour rajouter des morceaux. La question était surtout de savoir comment faire un bon album. Beaucoup de fois, le label a demandé des bonus. Mais là, nous nous sommes dit que la plupart du temps, pour les gens, les bonus sont soit des reprises, soit ils ne font pas attention… Ce sont malheureusement des morceaux qui se font un peu oublier, ou perdre. Donc c’est un peu dommage pour le temps passé dedans. Par exemple, pour l’EP, nous aurions pu mettre des morceaux en bonus, mais nous nous sommes dit que ces morceaux-là n’allaient pas avoir l’attention qu’ils méritent.

C’est votre troisième disque avec le producteur Kristian Kohlmannslehner, qui est apparemment très impliqué dans l’écriture. Qu’apporte-t-il à la musique du groupe ?

Non seulement c’est un très bon producteur, mais il s’est investi dans le son depuis le début de l’écriture. Vu que nous avons fait les pré-productions, nous lui avons tout envoyé aussi, et lui a donné ses opinions, ses idées. Après, nous en avons fait ce que nous voulions, mais c’était cool d’avoir l’oreille de quelqu’un qui est complètement en-dehors du groupe, qui est quand même professionnel dans le milieu, et qui a une bonne idée de ce que nous faisons. Il a fait Termination Redux, Baphos et Retrogore, donc il connaît le groupe, il sait ce que nous voulons faire. Nous lui avons donc dit quelle était notre idée, et il a rajouté ses idées par-dessus ça. Donc c’était cool, surtout pour le chant ; quand nous enregistrions la batterie, il a aidé un peu pour les structures, et il avait souvent beaucoup d’idées pour le chant. Pour moi, c’était nouveau, parce que les mecs avec qui nous avions bossé avant lui, c’était juste : « C’est bon ? » « Ouais, c’est death metal, c’est cool ! » Donc ils n’avaient pas forcément une opinion sur les placements, sur le grain, sur rien. Tandis que Kohle est vachement investi, ce qui est très cool.

Apparemment, au départ de votre collaboration, vous avez été surpris par ses opinions très tranchées. Peux-tu nous en dire plus ? Y a-t-il eu des débats difficiles avec lui au départ ?

Au début, ouais ! [Rires] quand nous avons fait Termination Redux et Retrogore, au début, ça clashait à fond. Parce que nous, nous étions en mode : « Enregistre le truc et c’est bon, nous savons ce que nous voulons. » Mais pendant Retrogore, nous avons vu qu’il avait quand même beaucoup de bonnes idées et qu’il disait ça pour une raison. Avant, nous n’avions pas vraiment cette expérience, donc nous ne savions pas vraiment comment réagir. Une fois que tu es plus ouvert d’esprit et que tu peux voir ça, c’est cool parce qu’il ne me dit pas juste pour avoir ses cinq minutes.

Dirais-tu que le groupe avait besoin d’être « remis à sa place » par quelqu’un comme lui ?

Je ne dirais pas ça, parce que ce ne sont pas des changements monumentaux ou extrêmes. C’est juste une opinion professionnelle qui s’ajoute, qui justement, donne un… [Réfléchit] C’est quelqu’un qui écoute le morceau, la première fois, d’une façon complètement différente de nous, qui avons bossé sur les morceaux depuis très longtemps. Donc c’est intéressant à ce niveau-là. Et c’est sûr que c’est cool qu’il donne son input pour voir ce que nous en faisons avec. Mais ce n’est pas qu’il ait tout changé et qu’il ait tout remis en question. Pas du tout.

Sur cet album, tu utilises l’imagerie de films d’horreurs des années 80 pour dénoncer l’état actuel du monde. Tout d’abord, peux-tu nous parler de tes influences cinématographiques et plus précisément ces films d’horreurs des années 80, ce que ça représente pour toi ?

Pour moi, il y a beaucoup de genres de films différents, dont le film d’horreur des années 1980. Mais pour moi, ce que ça représente, c’est ma jeunesse. Tu avais le sérieux, et beaucoup d’histoires assez originales, comparé à maintenant. Et tu avais aussi un second degré, qui est très présent dans tous les concepts du groupe aussi. En fait, tout ce qui est films d’horreur des années 80, ça va complètement avec ce que nous faisons, parce que nous sommes de gros nerds qui aimons l’horreur, mais qui se tapent aussi une barre en le faisant. Ça va un peu tout ensemble. C’est surtout pour ça. Ceci dit, il y a des films qui sortent maintenant et qui sont vachement cool. Ce n’est pas ça. Mais les idées sont beaucoup repompées, des fois.

En quoi les films d’horreurs des années 80 te permettent de dénoncer ce qui se passe actuellement dans le monde ? Dirais-tu que ces films d’horreurs en disent plus sur la réalité de notre monde qu’on pourrait le croire, qu’ils sont comme des sortes d’allégories ?

Non, pas du tout. Absolument pas. Ça n’a rien à voir avec le concept de l’album. C’est surtout que vu que notre univers, c’est un peu les films d’horreur des années 80 et l’univers gore de cette période-là, quand j’avais un message à dire, je me demandais comment j’aurais pu passer mon message comme si ça avait été un script d’un film d’horreur des années 80. C’est plutôt comme ça.

« Il y a eu des études sur la communication, et en fait, quand tu veux passer un message, cinquante-cinq pour cent du message est passé par la communication non-verbale, trente-huit pour cent par la communication verbale, et seulement sept pour cent, c’est le fond du message. Ce qui veut dire qu’on peut nous vendre n’importe quoi, même un gros sac de merde, si au moins il est bien présenté. »

Tu dénonces notamment le fait que les médias manipulent les masses en diffusant de la haine, de la peur, du racisme. C’est beaucoup dans l’air du temps de taper sur les médias, particulièrement par les politiques, le meilleur exemple étant Donald Trump. D’un autre côté, le média est un garant de la démocratie. As-tu l’impression que les médias ne font plus leur boulot, à cet égard ?

[Réfléchit] Je ne sais pas à quel point nous pouvons faire confiance et être sûrs que tout soit vraiment sans opinion. Il y a toujours une arrière-pensée. Et c’est très dangereux, parce que beaucoup de gens ne vont pas réfléchir à deux fois ce qu’ils entendent, ce qu’ils disent. La meilleure preuve, c’est que pendant les élections américaines, combien de gens ont pris Facebook comme leur source d’information ! C’est triste, c’est stupide mais c’est triste aussi. C’est choquant. Il y a eu des études sur la communication, et en fait, quand tu veux passer un message, cinquante-cinq pour cent du message est passé par la communication non-verbale, trente-huit pour cent par la communication verbale, et seulement sept pour cent, c’est le fond du message. Ce qui veut dire qu’on peut nous vendre n’importe quoi, même un gros sac de merde, si au moins il est bien présenté. C’est triste. Il suffit de faire attention sur Facebook ou n’importe quoi, ou même quand tu te balades en ville, je pense que c’est assez clair que les gens se font avoir. Moi, je veux me tirer une balle la moitié du temps ! [Rires]

Comment, à ton avis, pourrait-on protéger les consciences, encourager les gens à réfléchir par eux-mêmes sans pour autant tomber dans l’extrême inverse des théories du complot, qui est un fléau qui semble de plus en plus toucher la jeune génération ?

Il faut utiliser sa cervelle. Lorsqu’il y a quelque chose qui n’a aucun sens, ça n’a aucun sens. À la place de bouffer n’importe quoi de ce que quelqu’un dit, il faut réfléchir cinq secondes. Il y a aussi un certain instinct qui va te dire qu’il y a quelque chose qui cloche ou que non. Ça serait bien que les gens pensent un peu cinq secondes et fassent leurs recherches. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça, mais nous vivons dans une période où tout le monde se fait juger pour tout, mais pourquoi, en fait ? Moi, par exemple, pour m’informer, je regarde des articles de sources différentes. Des sources crédibles, ou au moins des sources ayant une réputation crédible. Je ne vais pas faire mes recherches sur Facebook, par exemple. Parce que tout le monde peut mettre ce qu’il veut sur n’importe quoi. Tu fais tes recherches, tu regardes des vidéos, tu regardes des articles sur des sites qui sont de renommée scientifique, etc., parce que pour être franc, c’est ridicule qu’il y ait en 2018 un nouveau mouvement qui pense que la Terre est plate !

Finalement, ce que tu dénonces, c’est peut-être pas les médias en eux-mêmes, mais plus la fainéantise des gens qui ne prennent plus vraiment le temps de vérifier les infos qu’ils trouvent et de vraiment s’informer sur des sites crédibles…

Oui, mais c’est les deux. Les médias sont très conscients de ce fait, et ils l’utilisent pour, par exemple, mettre le focus sur un point spécifique et pas sur autre chose.

Penses-tu que les médias sont un des principaux problèmes de nos sociétés aujourd’hui ?

Je pense qu’ils sont plutôt les facilitateurs des problèmes. Ce n’est pas que ce soit eux les problèmes, en soi, mais c’est un médium. Je veux dire, combien de fois, ces dernières années, on entend tout le temps « terreur, racisme »… C’est tout le temps dans nos têtes. Tandis que par exemple, s’il y a un acte de terreur, et que dans les médias, on dit juste qu’il y a un fou qui a fait tel truc… Par exemple, s’il y a eu un attentat, admettons, et que partout dans les médias, on dit : « Il y a un fou qui a fait quelque chose. » Quel résultat cela aurait, à la place de : « Telle organisation a fait quelque chose, c’est un très gros drame, tout le monde a peur… » ? Là, ça créée déjà des tensions, et ça fait aussi encore plus de recrutement pour telle organisation…

Est-ce que ce sont des sujets dont tu discutes avec les fans d’Aborted quand tu les rencontres ?

Non, pas vraiment. En premier lieu, nous sommes un groupe de death, nous ne sommes pas là pour faire des discours, parler de politique ou autre. Après, il y a toujours un message, ça a été caché plus que d’autres fois. Il y a un message pour ceux qui veulent, mais en premier lieu, nous sommes là pour nous amuser, pour faire de la musique. Je ne suis pas là pour dire aux gens qu’il faut être végan ou pas, qu’il faut voter pour un tel ou pas, ça ne m’intéresse pas du tout. C’est juste que nous, nous faisons la musique, nous voulons nous amuser. Mais il y a toujours un fond de critique dedans, il y a un message, pour ceux qui le veulent. Après, s’il y a des fans qui veulent en discuter, c’est possible, bien sûr.

Vous avez recruté Pär Olofsson pour réaliser l’artwork de l’album. Le pressbook le décrit comme une version gore de Blade Runner. Était-ce le mot d’ordre lorsque vous avez confié la réalisation du visuel à Pär ?

En fait, je lui ai donné le concept, et je lui ai dit exactement : « Pense un peu années 80, Blade Runner, et fais ton truc d’univers horreur là-dedans ». Et c’est ce qu’il a fait ! [Rires]

D’ailleurs, The Final Absolution est introduit par des nappes sonores qui ne sont pas sans rappeler la BO de Blade Runner réalisée par Vangelis. Est-ce que c’était fait exprès ? Qu’est-ce que ce film représente pour toi ?

Oui, c’était absolument fait exprès. Blade Runner, c’est un film énorme. Même le nouveau, si on parle de cinématographie, les visuels sont incroyables, l’histoire est très bonne, il n’y a rien à redire. C’est un super film.

Tu as déclaré que vous prenez tout ce que vous faites au sérieux, votre musique, votre show et même vos blagues de cul et votre imagerie nerd. Votre imagerie vous a-t-elle desservi à des moments dans votre carrière car par exemple des producteurs de spectacles ne vous prenaient pas au sérieux ?

Non. Je pense que les producteurs de spectacles n’en ont rien à foutre de l’image du groupe s’il y a des ventes de billets [rires]. Ils le font pour ça. Et nous avons un sens de l’humour, mais en même temps, nous ne sommes pas Gronibard ou Ultra Vomit. Il y a une différence quand même. Ceci dit, rien de mal sur Ultra Vomit et Gronibard, j’adore les deux groupes et les mecs. Mais il y a une différence entre ce que nous faisons et ce qu’eux font. Oui, nous avons eu des problèmes, mais disons dans des endroits comme Dubaï ou la Chine. Après, non, pas vraiment. Et franchement je ne vois vraiment pas pourquoi nous devrions nous censurer. S’ils ne veulent pas de nous, ils ne veulent pas de nous. Je n’en ai rien à foutre. Ce qui a pu poser problème, c’est plus la violence. C’est surtout les gens qui ne voient pas le côté fun dedans, qui pensent que c’est super sérieux, et qu’en fait, j’ai vingt-cinq putes mortes dans mon frigo…

Interview réalisée par téléphone le 22 août 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Robin Collas.

Site officiel d’Aborted : www.goremageddon.be

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