ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Ace Frehley – Space Invader


Si dès 1978 Ace Frehley a su démontrer avec son premier album solo (parmi les quatre sortis par les membres du groupe à cette époque) qu’il était le principal détenteur du patrimoine ADN du son Kiss, dès le commencement de sa carrière solo, le Spaceman n’a pas moins su combler les attentes des fans qui ne lui ont pas tourné le dos après son départ de la bande il y a trente ans. Et après la très bonne impression laissée par Anomaly, son dernier opus en date, sorti en 2009, soit vingt ans après le précédent, Trouble Walkin’, le public pouvait se réjouir de n’avoir pas à attendre à nouveau si longtemps pour une nouvelle offensive spatiale ; surtout après le très conventionnel Monster de ses ex-camarades sorti entre-temps. 2014 : l’invasion vient de l’espace. Le monde tremble…

… mais pas trop. Car si ce Space Invader frappe sur les murs de nos tympans, le hard rock ici déployé par Ace Frehley est-il assez bien armé pour s’emparer de la forteresse ? S’il assène du solo sur tous les fronts, à chaque morceau, il n’emploie jamais tous les pouvoirs de sa hache sans avoir déjà harcelé les défenses auditives par plusieurs minutes de chant assez monotone – Frehley, aussi bon soit-il sur ses six cordes, n’a pas le même niveau sur ses vocales – sur une musique peu inventive, qui vous tire d’abord par l’oreille par un groove, une détonation de cordes avant de suivre son train-train déjà entendu, seulement interrompu par des solos eux-mêmes assez convenus. Sur ce schéma, la première vague d’assaut menée par le trio de tête « Space Invader » (une entrée en matière efficace et « catchy »), « Gimme A Feelin' » (diablement entêtante !) et « I Wanna Hold You » réussit principalement à reproduire avec une certaine accroche une recette élaborée il y a quarante ans chez Kiss. Efficace (pour les fans) mais cette première bonne impression ne perdure pas. Si à mi-chemin « Inside The Vortex » reprend la tête de l’invasion, la distorsion sur la voix pour un effet spatial finit par paraître aussi accessoire que le sous-accordage pour redonner force et intérêt à cette épopée. « Reckless » éveille encore certains réflexes résiduels en impulsant quelques battements de pieds. Mais après des « Immortal Pleasures » et « Past The Milky Way » soporifiques, l’auditoire s’est probablement perdu dans l’espace.

Enfin, coup de poker, vient l’exercice rituel de la reprise auquel Frehley s’adonne depuis 1978 et le succès de son « New York Groove », alors il retente le coup en invoquant un classique sans risque : « The Joker » de Steve Miller. S’il est une version de ce hit qui saurait faire oublier l’originale, ce n’est pas celle de Frehley. Cela n’ajoute rien au morceau, comme le reste de l’album semble n’apporter que peu à l’œuvre globale du guitariste. Et quand « Starship », instrumental final dans la tradition de la superbe tétralogie « Fractured », s’éteint déjà au bout des six minutes (sur sept) du morceau en fade-out, il atteint le summum de l’emploi compulsif de cette technique entendue à la fin de chaque titre de cet album, comme un aveu persistant d’un travail de composition non-fini, ou une perche tendue pour encourager l’auditeur à couper avant la fin. Si ce dernier n’a pas déjà obéi à l’ordre prononcé en intro de « Starship » dans un message sorti du système de communication d’un scaphandre de spationaute : « Go back the other way », partir dans l’autre direction, à la recherche du valeureux Ace Frehley du passé.

Ci-dessous le titre « Gimme A Feelin' » :

Album Space Invader, sortie le 18 août 2014 chez SPV/Steamhammer.



Laisser un commentaire

  • J’apprécie la votre éthique journalistique. Vous publiée une chronique sur un disque au moment ou seules des preview de 30 secondes sont sorties sur amazon. Aujourd’hui le disque est sorti et vos commentaires sur chacun des extraits trahissent soit vos jugements expéditifs soit votre surdité.

    Et dire que j’ai faillit vous écouter et ne pas acheter le disque.

    [Reply]

    Une chronique d’album à partir d’extraits de 30 secondes, c’est vrai que c’est une idée. Mais si c’est ce que le public avait au moment de la sortie de cette chronique, les médias comme nous avaient droit à l’album complet pour faire leur travail. Que vous n’appréciez pas notre jugement est une chose non seulement tolérable, mais aussi parfaitement respectable. Que vous pensiez que notre jugement se fait en trente secondes, c’est probablement ignorer comment nous travaillons car même une chronique comme celle-ci peut nécessiter des heures d’écoute et d’écriture.

    Cordialement,

    l’auteur.

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3