ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Acherontas – Psychic Death: The Shattering Of Perceptions


L’univers musical est tout entier fracturé par la tension entre évolution et perpétuation stylistique. La scène hellénique n’échappe pas à cette réalité et c’est même en cela qu’elle s’est construite dans le metal extrême, ontologiquement marquée par cette problématique clivante. Dès le départ, Acherontas semble être une formation emblématique de cette dualité et, si le groupe annonce reprendre le flambeau des premiers groupes de black metal grecs, il cultive indubitablement l’évolution. Aussi, lorsque, pour son huitième opus, Psychic Death: The Shattering Of Perceptions, il annonce autant une perpétuation qui tient presque du repli stylistique qu’une diversification inégalée, l’intention autant que le résultat interpellent.

Pour initier et présenter le propos de cette nouvelle offrande, les premiers titres servent un double objectif. Premièrement, ils définissent un champ sonore qui répond parfaitement à un horizon d’attente, comme « Paradigms Of Nyx » ouvertement classique dans son approche et dans ses lignes de guitares. Plus important encore, ils inscrivent Psychic Death dans une continuité formelle. Il est ainsi aisé de percevoir l’ensemble de l’historique du groupe tant les premiers motifs rythmiques et les riffs sont représentatifs de la poétique qu’il construit depuis des années. Néanmoins, s’il aurait pu être à craindre que cela ne laisse l’album s’embourber dans une démarche old-school, Acherontas parvient d’ores et déjà à injecter dans sa musique un élan de nouveauté, avant tout porté par les mélodies. La férocité ne laisse ainsi pas l’auditeur se reposer sur des acquis, mais le pousse au contraire à une écoute soutenue et entretenue. Loin de proposer un virage stylistique majeur, cet élan mise avant tout sur un équilibre général. Le bien nommé « The Brazen Experimentalist » propose ainsi un contact frontal avec une nouvelle perspective qui jongle judicieusement entre les assauts hypnotiques du black metal et des atmosphères sournoisement lénifiantes. Ce qui aurait pu sembler être un temps de repos ne fait en réalité que renforcer l’emprise du jeu sur l’affect et les scansions déstabilisantes.

Or, sur ce point, il est évident que la démarche musicale tend à rejoindre la thématique inhérente de l’album, puisque Psychic Death se présente précisément en manifeste de l’introspection troublée. Qui plus est, si le thème n’est ni une originalité particulière, ni une nouveauté fringante, la manière dont Acherontas l’articule à son propos musical et l’utilise comme base de réflexion poétique est ici particulièrement intéressante. En effet, la volonté de proposer un panorama des sources et inspirations qui permirent au black metal des années 90 de se constituer en tant que mouvement artistique ne s’oppose ici jamais à l’impulsion, intrinsèquement luciférienne, de l’album ; le dépassement – presque transcendance – épouse la véhémence des compositions pour porter les sons au-delà de ce qu’ils semblent être à la première écoute. Car, si le substrat thématique d’Acherontas se structure toujours autour d’un syncrétisme subjectif de mysticismes occidentaux, d’occultismes méditerranéens et de philosophies orientales, cet opus donne, plus encore que sur Faustian Ethos (2018), une importance majeure à l’auditeur. C’est autant dans la création mise en œuvre par le groupe – qui répond au jeu des influences et des personnalités – que dans l’interprétation opérée par l’auditeur, que l’album se définit. De fait, au-delà des inspirations kabbalistiques, lucifériennes et hermétiques, totalement diluées et assimilées au sein de la poétique du groupe, l’album appelle un paradigme à la fois ambigu et totalement en adéquation avec l’intention qui l’a engendré. L’enchaînement de « Psychic Death » et « Coilled Splendor » met ainsi en musique une évolution sonore qui se veut incarner et figurer une progression de la pensée. L’alternance des instruments et des motifs tendent de fait à être l’allégorie de réflexions et d’allusions dans une démarche qui n’est pas sans rappeler celle du surréalisme.

Avec Psychic Death, Acherontas parvient à proposer un huitième opus à la personnalité affirmée qui s’affranchit au besoin de sa propre histoire pour simultanément émuler et dépasser un ancrage dans les années 90 pour autant revendiqué. A l’instar de la thématique évoquée, la formation grecque nous invite à déchirer le voile de notre propre perception et à remettre en question non seulement nos attentes, mais aussi la manière dont nous reconstituons, de manière artificielle, les horizons musicaux qui servent de références et d’inspirations. Une invitation présentée sans exagération et sans superfétation. Psychic Death: The Shattering Of Perceptions, à rebours de la scène grecque, renie en partie l’outrance musicale et l’emphase conceptuelle, pour laisser toute l’amplitude stylistique invoquée lors de ce rituel sonore infuser les esprits. Quoique l’album demeure malgré tout un échelon dans la carrière du groupe, il démontre une rigueur d’écriture particulière qui s’exprime avec intelligence, et la mort psychique qu’il dépeint n’est jamais qu’une abstraction nécessaire pour « percevoir », étymologiquement, c’est-à-dire s’emparer d’une réalité, la ressentir, la recevoir et la concevoir simultanément à travers le filtre de nos sens et de nos préconceptions. Comme si sa thématique, finalement toute personnelle, nécessitait qu’on eût chassé l’hubris fielleuse de nos esprits pour entendre les mystères qu’elle renferme.

Album en écoute :

Album Psychic Death: The Shattering Of Perceptions, sorti le 26 juin 2020 via Agonia Records. Disponible à l’achat ici

Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3