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Metalanalyse   

Airbourne continue à ronger son os


Airbourne est un chien fou. Un chien fou qui ronge depuis dix ans son héritage musical avec fougue, plaisir, et insolence. Depuis ses débuts et doublement à partir de son avènement sur la scène internationale, le jeune combo ne cesse d’être comparé, confronté, et mesuré à son illustre ancêtre et compatriote, l’immense AC/DC.

Le rapprochement est naturel lorsque deux frangins australiens décident de monter un groupe de hard rock et conquérir le monde la rage au médiator. Doit-on parler de similitudes, voire de plagiat, ou plutôt simplement d’une « Australian touch » ? Airbourne ne renie pas son hérédité, bien au contraire. Mais il y a probablement autant d’AC/DC qu’il y a de Rose Tattoo, voire de The Angels, chez Airbourne. Reconnaissons également à Joel O’Keeffe plus de caractère qu’une simple copie de Bon Scott ou Brian Johnson et une attitude et une nervosité qui lui est propre. Tout comme à la batterie l’autre frère, Ryan O’Keeffe, se fend d’un toucher plus appuyé, plus metal peut-être, qu’un Phil Rudd.

A bien y regarder, Airbourne offre bel et bien sa propre écriture du rock australien, le temps aidant à mieux discerner les atouts qui font sa personnalité et son succès. Pour autant, le rapprochement avec AC/DC n’est bien évidement pas galvaudé (les intros typiques de « Animalize » et « Live It Up » façon « For Those About To Rock (We Salute You) », cette pléthore de riffs à rendre jaloux les frères Young, ces chœurs, etc.) et ne peut même que les réjouir. Car, au-delà du style pratiqué, gageons que le public voit désormais dans cette comparaison un succès grandissant, une batterie d’hymnes, une vraie efficacité, une propension à faire taper du pied même si on ne le voulait pas, etc. Quelque part c’est que le pari est réussi et que la relève est assurée pour le rock’n’roll.

Airbourne débarque ce mois-ci avec son troisième album et montre clairement qu’il a les crocs, qu’il a faim, qu’il a plus que jamais l’envie d’en découdre. Ils le clament d’ailleurs haut et fort dans le titre « Hungry » et sur cette pochette prête à happer l’auditeur. Alors oui, Black Dog Barking propose les mêmes recettes que ses deux prédécesseurs. Non, Airbourne n’évolue pas ou peu. Reproche-t-on aux bluesmen de ne pas changer de gamme ? Il n’y a alors qu’à percevoir la musique d’Airbourne comme un blues sous caféine. Et écrire des hymnes hard, aussi simples puissent-ils être dans les apparences, n’est pas donné à tout un chacun : il y a évidement une part de génie et d’inspiration à l’œuvre. Cette même part de génie qui a frappé les AC/DC mais aussi Motörhead ou Slayer. Le genre de groupes dont la carrière fait définitivement rêver mais dont, paradoxalement, on reproche le manque d’audace, sauf lorsqu’ils tentent de changer et que l’on crie alors à la trahison…

Tout ça ce sont déjà trop de questions et de réflexions pour un groupe tel qu’Airbourne et ce Black Dog Barking. Chercher à l’intellectualiser, c’est inévitablement passer à côté. Airbourne c’est du rock’n’roll, de la spontanéité, le genre de musique qui vient des tripes (« No Guts, No Glory » disaient-ils). Airbourne suit ses pulsions animales, son instinct qui lui a déjà bien réussi, et ressert avec les dents une tranche saignante de hard rock comme il l’aime. C’est bien ce caractère impulsif et instinctif qu’on retrouve dans sa musique et qui pousse le frontman de la bande à escalader sans réfléchir les armatures des scènes des festivals, ce en dépit du vertige dont il souffrait à l’origine. Airbourne est sans retenue, il suffit d’entendre comme les cordes claques, comme Joel O’Keeffe s’époumone ou comme les baguettes frappent les peaux comme un coup de trique. Un jeu de batterie qui, par ailleurs, se révèle comme une composante aussi essentielle que la guitare, avec ces rythmiques droites, la grosse caisse qui appuie les temps, comme une marche en avant que rien ne saurait dévier. L’impact est immédiat et sans détour.

Là est la clef de voûte de son succès : une énergie débordante et un goût prononcé pour la fête. Airbourne joue plus que tout sur la face divertissante du rock, son immédiateté et son côté défouloir. Voilà tout ce qui attire irrémédiablement le public dans ses filets. Il suffit d’entendre l’appel aux bas instincts de « Animalize », au lâcher-prise de « Firepower », les femmes qui sont toujours au centre de l’attention avec « Woman Like That » ou le plus douteux « No One Fits Me (Better Than You) » (« personne ne me va mieux que toi », « to fit », en anglais, pouvant être interprété comme « aller » mais aussi comme « satisfaire » ou même dans un sens vestimentaire…) ou l’explicite « Ready To Rock », titre taillé pour les concerts issu de leur tout premier EP, aujourd’hui introuvable, et qui se montre presque méconnaissable dans cette version réactualisée et gonflée à bloc. Airbourne n’en oublie pas sa face la plus posée et mélodique avec les refrains de « Back In The Game » ou « Cradle To The Grave » dont il pourra devenir difficile de se débarrasser.

A défaut de surprendre, Airbourne ne déçoit jamais. Oh, il y a bien ici et là des débuts de surprises, comme cette amorce hispanisante sur « Hungry » qui restera en l’état, comme une tentative avortée d’aller chercher son inspiration ailleurs. Mais Airbourne fait partie de ces groupes qui veillent à préserver les traditions. Ou alors on pourra tout aussi bien expliquer cet apparent manque d’audace artistique par l’expression « chassez le naturel, il revient au galop ». Car naturel, Airbourne l’est assurément et tant que ce sera le cas il ne sera pas prêt de décrocher.

Par Spaceman et Le Phasme.

Album Black Dog Barking, sortie le 20 mai 2013 chez Roadrunner Records



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  • Heavybourrin dit :

    En effet Airbourne aura du mal a changer, et s’ils le font, ça à intéret à être génial ! (comme un certain black album)
    En tout cas ce groupe est super !

    [Reply]

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