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Interview   

Al Pitrelli : une carrière, un conte de Noël


La pandémie aura-t-elle raison de Noël cette année ? Al Pitrelli espère bien que non et fait ce qu’il faut pour faire sa part. Directeur musical de Trans-Siberian Orchestra, voilà vingt-cinq ans que le guitariste a pris l’habitude de célébrer Noël, chaque année entre novembre et décembre, en sillonnant les États-Unis avec un des plus gros spectacles qui soient, accompagné de musiciens parmi les plus talentueux du metal et au-delà. Face aux circonstances, ne voulant se résigner à annuler cette fête annuelle, c’est en live-stream mondial, le 18 décembre prochain, que Trans-Siberian Orchestra fera perdurer la tradition.

Nous avons joint Al Pitrelli pour qu’il nous parle de ce projet de concert « le plus important de sa vie » et des circonstances actuelles, de la situation du Trans-Siberian Orchestra trois ans après la mort de son créateur, le producteur-parolier-compositeur Paul O’Neill, et de son propre rôle de directeur musical de la troupe. Mais pas seulement, puisque Al Pitrelli est un musicien à la carrière riche qui est passé par des groupes prestigieux tels que celui d’Alice Cooper, Megadeth ou Savatage – dont il fait toujours partie et dont il nous donne des nouvelles suite au concert événement au Wakcen 2015 –, et a même eu l’opportunité d’enregistrer pour… Céline Dion ! Autant dire que les leçons qu’il a apprises sont innombrables et il partage ci-après ses expériences avec nous.

« C’est le cœur de l’histoire de Paul [O’Neill]. C’est l’espoir et le fait de se retrouver tous ensemble en famille et entre amis. Il nous a dit il y a longtemps que face à l’adversité, on s’adapte, on surmonte et on improvise. »

Radio Metal : Trans-Siberian Orchestra est un projet réputé pour ses énormes concerts et ses tournées annuelles en novembre et décembre. Comment décrirais-tu l’impact de la crise du Covid-19 sur ce projet ?

Al Pitrelli (guitare) : Ça a été dévastateur pour le projet. Ça a été dévastateur pour toute la planète. Des gens meurent, des familles souffrent, l’économie est sens dessus dessous. Globalement, pour la première fois de ma vie et sûrement de ta vie, on n’a jamais rien vu de tel. On est tous affectés et personnellement, ça a mis subitement tout mon monde à l’arrêt. Nous avons dû annuler la tournée 2020. Nous n’avions jamais annulé le moindre concert auparavant ! Je n’avais jamais été ne serait-ce qu’en retard pour un concert ! Vingt-cinq ans d’enregistrement, vingt et un de tournées, et tout d’un coup, cette année nous sommes confrontés à cette crise, c’est juste incroyable.

Comme de nombreux autres groupes, afin de surmonter la situation, vous allez apporter le spectacle de Trans-Siberian Orchestra directement dans le salon des gens via un live-stream le 18 décembre prochain. Qu’est-ce qu’un tel événement, sans public physique, implique pour Trans-Siberian Orchestra ?

Je n’en ai aucune idée ! [Rires] Quand nous avons annulé la tournée en août, évidemment nous étions dévastés, toute l’organisation l’était, mais nous sommes devenus une telle tradition pour tant de gens, tant de familles, depuis tant de décennies maintenant que l’idée de faire Noël sans ça… Je ne sais pas le faire ! C’est ce que je fais, c’est ce dont m’a famille a l’habitude. Tout dans ce projet s’est passé à l’identique pendant des années mais pas cette année. Nous avons donc décidé de faire un live-stream parce que nous estimons qu’il est nécessaire de présenter à nouveau l’histoire, Christmas Eve And Other Stories, aux gens parce qu’ils le réclament aujourd’hui, ils en ont besoin, ils ont besoin d’un sentiment de familiarité, d’un sentiment de sécurité, d’un sentiment de tradition, surtout cette année. Donc le vendredi 18 décembre à vingt heures, heure de la côte Est américaine, ça sera en live dans le salon de tout le monde. Au lieu que les gens soient obligés de partir de chez eux, d’affronter la circulation, de chercher une place de stationnement, une baby-sitter et tout, ils peuvent rester à la maison dans leur pyjama s’ils veulent, au coin du feu, allumer la télévision, forte et lumineuse, et profiter d’un siège au premier rang pour la tradition préférée de tous. L’autre truc qui est intéressant, car je vois toujours le verre à moitié plein, c’est que c’est la première fois que vous pourrez vous joindre à nous aussi. La France, l’Europe, l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Australie, etc., si ça vous intéresse de profiter de cette tradition pour les fêtes de fin d’année dont beaucoup d’autres ont pu profiter, s’il vous plaît, joignez-vous à nous et voyez quelque chose que vous n’avez jamais vu.

Est-ce que vous vous y retrouvez financièrement parlant avec ce genre d’événement diffusé sur internet comparé à une vraie tournée ?

Non, mais ça n’a rien à voir avec les finances. Nous n’avons pas fait ça pour l’argent, ni pour quoi que ce soit. Tout le monde dans l’organisation est dans le même bateau que tous les autres. Personne ne gagne d’argent cette année. A la fois, on nous a donné l’occasion, au moins, de présenter un spectacle et de partager. Je pense que les fêtes et l’amour que nous avons pour ça supplantent tout le reste. Je ne crois pas que nous gagnions le moindre centime avec ce truc, frangin ! Mais encore une fois, je ne le fais pas pour l’argent, je le fais parce que c’est ce que j’aime.

Comment organisez-vous un tel évènement ? Est-ce totalement différent à mettre en place comparé à un événement live traditionnel ?

Oh mon Dieu, oui, c’est complètement différent ! Mais encore une fois, différent, c’est tout ce que nous avons aujourd’hui. Nous allons aller en répétition dans pas très longtemps, mais avant ça, aujourd’hui, nous nous sommes tous individuellement mis en confinement. Nous avons tous dû passer un test de dépistage du Covid-19, nous allons faire un autre test avant de partir, nous allons devoir faire encore un autre test avant d’arriver à l’établissement dans le Tennessee, juste à côté de Nashville, nous devrons faire une quarantaine là-bas pendant quelques jours jusqu’à ce qu’ils reçoivent nos résultats et alors nous pourrons entrer dans le bâtiment et commencer à répéter. Une fois que je serai rentré dans le bâtiment et que j’enfilerai ma guitare et que je pourrai diriger le groupe, ça je sais faire ! Mais évidemment, nous devons porter des masques, tout le monde doit garder une petite distance, donc ce sera différent, mais je ferai tout pour au moins jouer une fois cette année.

« J’ai toujours été une personne un peu autoritaire. Si on remonte aux groupes dans lesquels j’ai été en école primaire, au collège et au lycée, j’ai toujours été du genre à prendre les choses en main, je suis un peu une grande gueule [petits rires]. »

Evidemment, vous ne pourrez pas interagir directement avec le public, il n’y aura pas d’échange d’énergie et pas d’applaudissements, de cris, de bruit entre les chansons. Comment vous préparez-vous pour cet aspect particulier du concert ?

Je ne sais pas si on peut s’y préparer. Je pense que ce sera un petit peu différent mais ça fait tant d’années que nous faisons ça ensemble que j’ai énormément de souvenirs et de choses que je peux me remémorer… Quand je joue, je peux fermer les yeux et me rappeler à quoi ça ressemble et ce qu’on ressent quand quinze à vingt mille personnes te regardent. Ce n’est pas très différent du football américain. Ils font des matchs tous les dimanches sans spectateur dans le stade. Je suis sûr qu’au départ ça leur paraît un peu étrange, mais dès qu’ils commencent à jouer, qu’ils se font plaquer et défoncer par quelqu’un, je suis sûr qu’ils sont là : « D’accord, c’est le moment de jouer ! » C’est pareil pour moi et pour tout le monde dans le groupe : une fois que le groupe commencera à jouer, ça paraîtra aussi normal que ça puisse l’être actuellement.

Est-ce important que les groupes fassent de leur mieux pour continuer à faire des concerts en ces temps particuliers, d’autant plus à la période de Noël, afin de donner de l’espoir aux gens et leur montrer que la vie continue ?

Oui, exactement. C’est aussi une question d’espoir, il y a un côté : « Oublions cette horrible pandémie, au moins pendant une heure et demie, afin qu’on puisse se réunir tous virtuellement et célébrer quelque chose d’aussi important et spécial. » C’est le cœur de l’histoire de Paul [O’Neill]. C’est l’espoir et le fait de se retrouver tous ensemble en famille et entre amis. Il nous a dit il y a longtemps que face à l’adversité, on s’adapte, on surmonte et on improvise. Aucun d’entre nous n’a demandé ce désastre, aucun d’entre nous n’a vraiment provoqué ce désastre, et pourtant nous devons trouver le moyen de l’affronter, d’y survivre et de persévérer. Il y a toujours de l’adversité mais, encore une fois, de toute ma vie, c’est la première épreuve qui soit mondiale que j’ai eu à affronter, tout comme toi j’en suis sûr.

Certains artistes sont très pessimistes concernant l’avenir de l’industrie musicale à cause de cette pandémie. Comment toi-même vois-tu le futur post-Covid-19 de cette industrie ?

Oh, je ne sais pas. Je m’inquiète plus pour le futur de la planète, pour être honnête. Si ça affecte mon industrie, ça affectera toutes les industries ; si ça affecte toutes les autres industries, je suis sûr que ça affectera mon industrie. Ma tâche immédiate est de mettre en place le spectacle le plus important de nos vies et de nos carrières et faire qu’il soit le meilleur possible. Qu’est-ce qui se passera dans le futur avec le Covid-19 ? Je vais faire confiance à la science et à la médecine et je vais espérer qu’un vaccin va arriver aussi vite qu’ils le disent. Peut-être que ça nous rendra plus intelligents à l’avenir, que ça fera de nous de meilleures personnes, que nous ne prendrons plus autant les choses pour acquises. Car qui aurait pu imaginer l’année dernière que tous les deux nous aurions aujourd’hui une discussion sur le monde qui s’arrête net ? Je dis toujours que je suis extrêmement fier de faire partie de Trans-Siberian Orchestra parce que qui pourrait m’enlever Noël ? Regarde ce qui s’est passé !

Tu es le directeur musical live de Trans-Siberian Orchestra depuis 2007. Peux-tu nous expliquer ce qu’est un directeur musical ? Quel est ton rôle en tant que tel ?

J’ai été le directeur musical de Paul depuis que ce truc a été lancé en 2005-2006. Nous n’avons pas tourné durant les trois ou quatre premières années. Paul m’expliquait les idées qu’il avait en tête, soit en les jouant à la guitare, soit en les jouant au piano, soit oralement. Mon boulot est d’enregistrer ça et aussi d’être capable de communiquer ces pensées à d’autres musiciens. Quand nous avons commencé à tourner en 1999, Paul était très occupé à organiser l’intégralité du spectacle, avec les lumières, les effets spéciaux, la tournée en elle-même, etc., et mon job était de me poser avec le groupe et m’assurer qu’ils jouaient du mieux qu’ils pouvaient, individuellement et collectivement. Au fil des vingt et une dernières années à faire ça, j’ai été entouré des meilleurs musiciens sur Terre et ils viennent tous préparés parce qu’ils n’ont pas envie de se faire gueuler dessus lors des répétitions ! Les répétitions, ce n’est pas le moment pour apprendre à jouer tes parties. Les répétitions, c’est là qu’on se réunit et peaufine le spectacle. J’ai donc un œil sur les parties de guitare, les parties de claviers, les parties de basse, les chants, les orchestrations, tout, parce que je connais intimement chaque note de chacun de ces albums.

« Je suis toujours à l’affût de jeunes guitaristes, des champions qui peuvent jouer très bien et en particulier cette musique, parce qu’il est inévitable que, si ceci doit perdurer – nous l’espérons et nous travaillons en ce sens –, nous allons tous devoir être remplacés à un moment donné. »

Quelles sont les plus grandes qualités que doit avoir le leader d’un groupe ou un directeur musical ?

Il faut être capable de parler le langage musical couramment avec les gens qui parlent ce langage et il faut aussi être capable de parler le langage des gens qui ne parlent pas ce langage. Il faut être capable de communiquer avec différents musiciens suivant s’ils parlent couramment la musique ou pas. L’autre chose qu’un directeur musical doit comprendre, c’est que s’il est entouré de grands talents, alors tout ce qu’il a à faire, c’est les regarder et dire : « Allez, on commence ! » C’est comme n’importe quel bon chef d’orchestre, si les musiciens sont vraiment bons, il suffit de les lancer et les arrêter.

Tu as aussi été le guitariste et directeur musical d’Alice Cooper sur la tournée Trashes The World ; c’était ta première vraie expérience en tant que tel. A quel point t’es-tu inspiré de cette expérience dans TSO ?

C’était mon premier vrai gros rodéo ! Mon premier souvenir c’est un concert, je crois que c’était à Wembley, et en regardant dans le public, j’ai vu que Jimmy Page était là, en train de me regarder en retour, et j’étais là : « C’est vraiment cool ! » C’était tellement amusant de participer à cette tournée ! J’ai appris de toutes les expériences que j’ai eues dans ma carrière. J’ai toujours été une personne un peu autoritaire. Si on remonte aux groupes dans lesquels j’ai été en école primaire, au collège et au lycée, j’ai toujours été du genre à prendre les choses en main, je suis un peu une grande gueule [petits rires]. L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises d’Alice était l’incorporation de scènes théâtrales dans un concert et la manière dont ça fonctionnait. Au lieu de rester là à jouer, c’était très théâtral, j’observais Alice passer d’Alice à… Quand nous faisions « Ballad Of Dwight Fry », il enfilait sa camisole de force, ou quand nous faisions « I Love The Dead », il mettait sa tête dans la guillotine. C’était tellement marrant et ça créait un concert tellement divertissant avec beaucoup plus de profondeur. Donc maintenant, dans Trans-Siberian Orchestra, les chanteurs donnent vie à ces personnages et ces histoires deviennent le cœur du spectacle. Je ne savais pas que Trans-Siberian Orchestra allait exister quand j’étais avec Alice, mais tout ce que j’ai appris de lui, ainsi que tout ce que j’ai appris de mes deux ans dans Megadeth a toujours fait de moi un meilleur musicien et un meilleur leader de groupe.

Tu n’avais pas participé à l’album Trash, du coup comment as-tu eu le job à l’époque ?

Un ami à moi, il s’appelle Steve Vai – je suis sûr que tu sais qui c’est –, a grandi dans la ville à côté de l’endroit où j’habitais quand nous étions enfants. Quand il est allé au Berkeley College, il a quitté son groupe local et j’ai répondu à une annonce dans un journal, j’ai auditionné et je me suis retrouvé à le remplacer dans son groupe local. Donc quand il revenait à la maison durant les vacances, il allait voir ses amis et traînait avec le groupe, et il disait : « Oh mec, j’adore comment tu joues de la guitare ! » J’étais là : « Oh mec, c’est super sympa, merci ! » Nous sommes restés amis. Au fil des années il m’a beaucoup aidé en me donnant des cours particuliers, me disant sur quoi travailler, ce genre de choses. Evidemment, il a rejoint le groupe de David Lee Roth et ensuite, il est parti dans Whitesnake et est probablement devenu l’un des guitaristes les plus extraordinaires et accomplis de tous les temps, mais il s’est toujours souvenu de moi. Donc Alice Cooper lui avait originellement demandé d’être dans le groupe pour Trash et il a respectueusement refusé parce qu’il s’était engagé avec Whitesnake, mais il a dit : « Ecoute, j’ai un pote en tête à New York qui serait génial pour ce poste, il s’appelle Al Pitrelli » et les gens d’Alice m’ont appelé sur les conseils de Steve, je me suis rendu à l’audition et ils m’ont engagé sur place !

Quelles sont tes références et influences en tant que directeur musical ?

Je pense que tout ce que je suis en tant que musicien influence ma manière de gérer un groupe. J’ai grandi à la fin des années 60 et au début des années 70, à écouter toutes les sortes de musique qui étaient disponibles à l’époque. Donc dans les années 60, quand j’étais gamin, il y avait beaucoup de Motown, il y avait plein de big bands, il y avait les Beatles, les Rolling Stones, les Beach Boys, Carol King, James, Taylor, Cat Stevens, etc. Puis, dans les années 70, avec l’avènement de la radio FM : The Allman Brothers, Lynyrd Skynyrd, Genesis, Pink Floyd, The Who, King Crimson, puis les mecs qui faisaient de la fusion comme Al Di Meola, John McLaughlin, John Scofield, les œuvres plus tardives de Miles Davis, Weather Report, etc. J’écoutais tout. J’ai donc une très bonne compréhension de tous les différents styles et genres musicaux. Encore une fois, quand j’étais gamin à New York, j’étais toujours dans des groupes d’école, les orchestres d’harmonies, les ensembles de vents, les chœurs, les orchestres, donc j’avais une très bonne compréhension des arrangements et des partitions classiques. Donc quand Paul m’a embauché, peu importe ce qu’il me demandait de faire, j’étais capable de le lui rejouer assez fidèlement. Stylistiquement parlant, il n’y avait rien que je ne puisse vraiment faire, parce que les musiques de ses histoires incluent tous les styles de musiques possibles et imaginables, donc il fallait très bien s’y connaître et heureusement, c’était mon cas.

« [Travailler avec Dave Mustaine] c’est comme avec n’importe quel perfectionniste. Si tu fais ton boulot, tu n’as pas de problème ; si tu ne fais pas ton boulot, tu t’en prendras plein la tête [rires]. […] La plupart du temps, je me débrouillais bien, et de temps en temps il me foutait un coup de pied au cul. »

Malheureusement, Paul O’Neill est décédé en 2017. Puisque c’était le fondateur du projet et qu’il était une partie importante de la vie de ce dernier, comment son absence a affecté Trans-Siberian Orchestra ?

Sur le plan personnel, c’était dévastateur. Nous avons tous perdu notre leader, sa femme a perdu un mari, sa fille a perdu un père. Moi, personnellement, j’ai perdu mon meilleur ami et mon patron, et mon grand frère. Mais nous avons travaillé pour lui pendant tant d’années, des décennies même, que nous savons tous exactement ce qu’il faut faire, donc nous faisons perdurer son nom, sa tradition et son honneur. Nous le faisons comme si c’était la chose la plus importante de nos vies, parce que c’est la chose la plus importante. Sa famille a été là pour nous guider en son absence. Tout est fait en mémoire de Paul parce qu’il a toujours voulu que ce projet vive éternellement et c’est notre responsabilité, ainsi que celle de la famille O’Neill, que ce soit le cas.

Est-ce que ça a changé quoi que ce soit dans l’organisation ou le rôle des gens dans le groupe ?

Non, pas vraiment. Je pense que tout le monde a commencé à travailler un petit peu plus dur, avec un petit peu plus d’engagement, et un petit peu mieux, mais Paul a établi tous les chefs de département et les responsabilités de chacun. Le manageur est l’un de mes meilleurs amis, nous avons tous grandi ensemble et nous nous parlons plusieurs fois par jour, comme ça a toujours été le cas, mais ils me laissent tranquille, comme Paul aimait le faire, et je les laisse faire leur boulot, comme Paul l’a toujours fait. Sa famille fait la même chose, ils comprennent que ce truc fonctionne, ils sont là pour nous guider. Je ne m’implique pas dans l’aspect business, en conséquence, je ne parle jamais de ces choses avec les gens, mais quand il s’agit de musique, ils savent que je suis là et que je vais en faire le meilleur rendu possible.

Est-ce que l’idée que sa mort puisse signifier la fin de TSO t’a traversé l’esprit ou bien, au contraire, c’était dès le départ important de poursuivre son œuvre, au moins, comme tu l’as dit, pour honorer sa mémoire ?

C’était très important de continuer parce que c’était la volonté de Paul. Personne ne savait qu’il allait décéder quand il est décédé, lui-même ne le savait pas, mais nous avons passé vingt-cinq ans ensemble, douze heures par jour en studio, nous avons parlé de beaucoup de choses au fil des années. L’une des choses qu’il disait toujours était : « Je veux m’assurer que ceci nous survivra largement. » Il n’a cessé de le dire. C’est la raison pour laquelle nous avons toujours intégré de plus jeunes gens dans l’organisation, parce que j’ai cinquante-huit ans maintenant, je vais bientôt en avoir soixante ! Je suis toujours à l’affût de jeunes guitaristes, des champions qui peuvent jouer très bien et en particulier cette musique, parce qu’il est inévitable que, si ceci doit perdurer – nous l’espérons et nous travaillons en ce sens –, nous allons tous devoir être remplacés à un moment donné. Les histoires et les œuvres sont supposées vivre éternellement, alors que ce n’est malheureusement le cas d’aucun d’entre nous.

Quelles ont été les plus grandes leçons que tu as apprises et retenues auprès de Paul ?

La toute première leçon que j’ai apprise de Paul, et qui est la plus importante, est celle qu’il m’a apprise il y a longtemps : « Simplement, concentre-toi pour faire du grand art, pour faire la meilleure forme d’art dont tu es capable. Ne te soucie pas du succès commercial, ne te soucie pas d’autre chose. Soucie-toi juste de faire du grand art et d’en être fier, comme si c’était l’un de tes enfants, et ensuite, avec un peu de chance, tout le reste suivra. » Ceci n’a pas été conçu pour rencontrer un succès commercial, ceci a été conçu pour être une incroyable forme d’art, et il a accompli ça, et quelques éclairs plus tard ainsi que beaucoup de travail, nous voilà aujourd’hui, toutes ces années plus tard, en train encore d’en parler.

Parlons un peu de Savatage. Savatage a été reformé en 2015 pour un concert au Wacken Open Air. De nombreux fans espéraient que ce serait un tremplin pour d’autres concerts ou même un album, mais on n’a pas eu beaucoup de nouvelles depuis. Alors quels sont les plans de ce côté-ci ?

C’était vraiment une superbe soirée, c’était super amusant à faire. Je sais que certains gars dans le groupe parlent constamment de se réunir et de travailler sur un album. Jon Oliva est le musicien et le compositeur le plus brillant que j’ai jamais approché, il compose de la super musique. Mais la vie se met parfois en travers de notre chemin. Quand nous avons terminé ce concert au Wacken, peu de temps après, nous avons commencé à répéter pour la tournée 2015 de Trans-Siberian Orchestra et ensuite, malheureusement, comme tu viens de le dire, en 2017 Paul est décédé. Donc avant même que nous ayons eu une chance de vraiment discuter de la suite, la vie a fait barrage et a tout changé. Donc actuellement, nous sommes encore en train de gérer les effets du décès de Paul et puis, bien sûr, cette année, nous gérons les effets occasionnés par le Covid-19. Nous avons beaucoup à affronter actuellement. Mais Savatage et les gars dans le groupe sont toujours en train de se parler de ceci : « Hey mec, ce serait super de faire quelque chose à un moment donné. On en verra quand tout ça sera derrière nous. »

« Mustaine, Dee Snider, Alice et tous ceux avec qui j’ai eu le privilège de travailler dans le passé, je suis content pour eux qu’ils soient encore en train de travailler, car c’est un business très dur à conserver après vingt ou trente ans. »

Le temps mort provoqué par la pandémie n’offre-t-il une fenêtre de temps pour faire quelque chose ?

Pas vraiment parce que, tout d’abord, nous sommes tous plus ou moins confinés. Avant que la pandémie n’explose en mars, nous étions en studio. Jon Oliva, moi-même, la famille O’Neill et quelques chanteurs étions en train de travailler sur l’album Romanov pour Trans-Siberian Orchestra et ensuite, en regardant les infos, nous avons réalisé que nous ferions mieux de rentrer chez nous et de fermer le studio pendant un petit moment. Nous avons pensé que ça n’allait durer que deux ou trois semaines. Qui aurait pu penser que ça allait devenir ce que c’est devenu ? Ça fait huit ou neuf mois que nous regardons les infos en nous demandant si TSO allait tourner ou pas. Ça a été notre principale source d’inquiétude, en dehors de la santé et la sécurité de tout le monde. Nous n’avons vraiment pas eu d’occasion de faire quoi que ce soit, si ce n’est de nous préparer à ceci : « Est-ce qu’on va tourner ou pas ? » Ensuite, nous avons pris la décision en août et après ça, nous étions là : « Maintenant, il faut se préparer pour ce live-stream parce que c’est le truc le plus important dans notre vie à faire ! » D’autres gens ont toujours du temps, ils ont un studio à la maison, ils peuvent faire ce qu’ils veulent faire, mais TSO est un boulot à plein temps depuis deux décennies pour nombre d’entre nous et c’est capital que nous fassions quelque chose avec ça et que ça soit extraordinaire.

Peux-tu nous en dire plus sur le concert de reformation de 2015 ? Comment c’était de raviver le groupe ?

C’était la meilleure chose à faire parce que nous sommes plusieurs à déjà jouer ensemble dans Trans-Siberian Orchestra, donc nous ne sommes jamais loin les uns des autres et nous avons toujours fait deux ou trois chansons de Savatage lors des concerts de TSO, suivant l’année et ce qui est décidé. C’était donc vraiment magique de nous retrouver tous dans une pièce pour jouer ces chansons ensemble, c’était tellement amusant. On oublie à quel point ces chansons sont bonnes, on oublie comment est le groupe, on oublie l’alchimie, c’était un gros rappel comme quoi c’est vraiment spécial. La réaction des gens du Wacken et du public était géniale. Nous avons été tête d’affiche face à quatre-vingt mille personnes, c’était vraiment un grand moment dont je me souviendrai toute ma vie.

Tu as rejoint Savatage en 1995, tu as fait les albums Dead Winter Dead et The Wake Of Magellan, et aussi quelques parties lead sur Poets And Madmen, mais quelle est la place de Savatage et de ces albums dans ta riche carrière ?

C’était des albums extraordinaires, c’était un groupe extraordinaire, de super chansons, j’ai adoré le temps passé en studio avec eux, nous nous sommes éclatés à tourner ensemble, j’étais sonné, scotché par la réaction des fans face au groupe, surtout en Europe, mais à la fois, ça a mené à Trans-Siberian Orchestra grâce à « Christmas Eve (Sarajevo 12/24) » sur l’album Dead Winter Dead. J’étais loin de me douter que ça allait être la chanson qui rencontrerait le plus gros succès en Amérique. Paul a dit : « D’accord, commençons à faire plusieurs choses à la fois, faisons un autre album de Savatage – qui était The Wake Of Magellan, comme tu l’as dit – mais j’ai aussi envie d’enregistrer tout un album sur la base de la chanson ‘Christmas Eve (Sarajevo 12/24)’ et je veux appeler ça Christmas Eve And Other Stories, et le nom du groupe sera Trans-Siberian Orchestra. » Qui était plus chanceux que moi en étant en studio vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec simultanément deux projets extraordinaires et qui aurait pensé que TSO deviendrait aussi gros ?

L’année prochaine marquera les vingt ans de l’album The World Needs A Hero de Megadeth, le seul album studio que tu as fait avec eux. Que représente cette expérience au sein de Megadeth pour toi et ta carrière ?

C’était une expérience incroyable. J’ai plein de super amis et un pote à moi, avec qui j’ai aussi grandi, Jimmy DeGrasso, qui jouait la batterie dans Megadeth à l’époque, m’a appelé et a dit : « Ecoute, on a un petit problème, Marty Firedman veut quitter le groupe et on a besoin que quelqu’un vienne nous aider jusqu’à ce qu’on trouve un guitariste permanent. Je sais que tu en est capable », car j’étais connu pour être capable de faire ça. J’étais là : « Donne-moi la setlist, je vais apprendre à jouer les morceaux, je vais venir et je vais vous aider à faire la transition de la manière la plus fluide possible pour moi. » Ils m’ont fait venir en avion, d’abord pour moi Jimmy, ensuite j’ai pu rencontrer David Ellefson et enfin j’ai rencontré Dave Mustaine. J’ai dit : « Ecoutez les gars, dites-moi simplement ce que vous voulez que je fasse et j’aiderai comme je pourrai. » Marty Freidman était encore là, il a été un vrai gentleman, il m’a aidé avec certaines parties qui me donnaient du fil à retordre ; c’est un guitariste incroyable et les chansons sont très compliquées. Il est resté avec moi pendant deux ou trois semaines et nous travaillions toute la journée sur les morceaux, puis le soir il allait faire les concerts. Il revenait ensuite au bus et je m’entraînais avec lui. Un jour, Dave a dit : « Ok, ce soir tu y vas. » J’étais là : « Oh oh… » Ils m’ont jeté à l’eau, mais faire le concert a été génial. Je suis resté à leurs côtés environ huit ou neuf semaines, puis ils ont dit : « Eh, ça te brancherait de poursuivre ta carrière avec nous ? Ça te dirait d’aller là avec nous ? » J’étais là : « Ouais, c’est super. Tant que je fais du bon boulot et que vous êtes contents, comptez sur moi ! » Ça a duré environ vingt-deux ou vingt-trois mois.

« [Céline Dion] est arrivée, elle a chanté sa chanson en deux prises et est repartie ! Elle était incroyablement professionnelle et incroyablement adorable et bienveillante. Elle a dit : ‘Bonjour, ravie de vous rencontrer.’ Avant même de s’en rendre compte, elle avait fini et était partie. J’étais là : ‘Bon sang, elle est douée !' »

Quand tu as rejoint Megadeth, tu as remplacé Marty Friedman qui est probablement le guitariste le plus aimé des fans du groupe. Non seulement ça, mais vous deviez travailler sur le successeur de Risk, un album très controversé. N’était-ce pas une position délicate pour toi ? Ces circonstances ne t’ont pas rendu encore plus nerveux ?

Non, parce que je voulais simplement faire du bon boulot. Mon boulot est de reproduire les parties des autres guitaristes. Peu importe qui a été guitariste dans Megadeth avant moi, mon boulot était simplement de jouer leurs parties en étant aussi fidèle à l’original que possible. Dave a eu pas mal de problèmes à cause de Risk, mais je trouvais qu’il y avait de super chansons sur cet album et nous en jouions certaines, et encore une fois, je faisais mon boulot ; peu importe ce qu’il y avait sur l’album, j’allais le jouer. Quand nous nous sommes mis à faire The World Needs A Hero, alors c’était le moment pour moi d’être moi-même, mais c’était un tout petit pourcentage de la discographie, donc je savais au fond de moi que j’avais intérêt à débarquer tous les jours et être le meilleur Chris Poland que je pouvais être, le meilleur Marty Friedman que je pouvais être, etc. Il fallait que je joue ces parties à l’identique tous les soirs. Dave était là : « Tu as loupé une note ici, tu as loupé une note là… » Il avait une éthique de travail incroyable et il a fait de moi un meilleur musicien. Il m’a assurément apporté une compréhension de la musique qui a fait de moi un meilleur guitariste rythmique et il m’a fait comprendre ce que c’est vraiment de gérer un groupe. Il travaille jour et nuit ! Ensuite, ce qui a déraillé, évidemment, c’était le 11 septembre 2001. Peu de temps après ça, j’étais là : « Je rentre chez moi les gars. » Je me suis marié, j’en avais marre de voyager partout dans le monde, ça ne semblait plus très sûr à ce moment-là, c’était le moment de partir poliment et professionnellement.

C’était comment de travailler avec Dave Mustaine ?

Je pense que c’est comme avec n’importe quel perfectionniste. Si tu fais ton boulot, tu n’as pas de problème ; si tu ne fais pas ton boulot, tu t’en prendras plein la tête [rires]. Dave ne mâchait pas ses mots, il n’édulcorait rien, il était direct : « Voici ce que je veux et t’as intérêt à le faire. » J’allais faire ce que le bonhomme demandait parce qu’au final, c’est lui le patron, il a créé ce truc, il mérite ce respect. Je voulais faire du bon boulot. Donc quoi qu’il me demande de faire, j’essayais de le faire au mieux de mes capacités. La plupart du temps, je me débrouillais bien, et de temps en temps il me foutait un coup de pied au cul.

Que penses-tu avec le recul, vingt ans plus tard, de The World Needs A Hero ?

Je pense que c’était une époque de transition où le groupe revenait à ses racines. Je trouve que c’est un très bon album. Si nous avions continué, l’album suivant aurait été encore meilleur, parce qu’il a fait plein de super albums depuis. Ils n’ont de cesse de sortir des trucs de qualité, année après année, avec de super line-up, musicalement parlant. Je parle toujours régulièrement à David Ellefson, nous sommes restés très bons amis au fil des années, il a toujours beaucoup soutenu ce que je faisais et, évidemment, je soutiens beaucoup ce qu’il fait. Je pense que c’était l’évolution qui était gravée dans le marbre pour le groupe. Mustaine se réinvente constamment et surprend constamment tout le monde en faisant toujours de super morceaux.

Depuis, Megadeth a connu plusieurs autres guitaristes : Glenn Drover, Chris Broderick et maintenant Kiko Loureiro. Quel est ton regard sur tes successeurs dans le groupe ?

Je trouve chacun d’entre super. Il faut être super pour être dans ce groupe et suivre la cadence de Dave. Je n’ai pas trop écouté les albums mais sur les chansons que j’ai entendues, j’ai trouvé que chacun de ces gars déchirait, surtout Kiko – j’ai entendu dire que Kiko est un mec très sympa et j’adore son jeu. Mais pour être honnête avec toi, je me suis concentré sur ce que je faisais, c’est-à-dire vingt-cinq ans de Trans-Siberian Orchestra et ça a été un boulot à plein temps pour moi. Quiconque a continué à travailler pendant deux ou trois décennies, je lui tire mon chapeau, bravo, que Dieu le bénisse. Mustaine, Dee Snider, Alice et tous ceux avec qui j’ai eu le privilège de travailler dans le passé, je suis content pour eux qu’ils soient encore en train de travailler, car c’est un business très dur à conserver après vingt ou trente ans.

« Un copain à moi m’a dit il y a longtemps que si Dieu t’a donné deux oreilles et une bouche, mathématiquement, ça veut dire qu’on devrait écouter deux fois plus qu’on parle. Ça m’a très bien servi au fil des années. »

De toutes tes expériences, tu as évidemment tiré énormément de leçons, mais tu as aussi déclaré une fois que celles-ci n’ont pas toujours été de bonnes leçons, certaines ont été douloureuses. Quelles ont été les leçons douloureuses ?

Tout est une bonne leçon, mais parfois la pilule est dure à avaler. Se faire virer d’un groupe n’est jamais plaisant, mais la leçon qu’on en tire, c’est : « Ne refais plus la même erreur. » Je ne pense pas qu’il faille que nous entrions dans les détails, si vous avez suivi ma carrière, vous avez vu de grands triomphes et aussi des expériences qui n’étaient pas si bonnes que ça. Tout ce qui m’est arrivé, j’en suis ressorti en disant : « Ok, aujourd’hui était une bonne journée parce que j’ai appris quelque chose de nouveau. » Si j’ai fait une erreur et que la leçon a été douloureuse, je m’assure de ne pas la refaire demain. C’est une leçon de vie, non seulement en tant que guitariste ou musicien, mais en général. Il y a trente ans, je n’étais pas un aussi bon père, mari ou homme que je le suis aujourd’hui, donc avec un peu de chance notre vie évolue dans le bon sens, on devient plus intelligent et on fait moins d’erreurs. Pour ce qui est d’être dans un groupe, on réalise que c’est un boulot et tout ce qu’on dit à la presse ou à la radio sera écouté et examiné minutieusement, donc ne jamais rien dire de mal sur qui que ce soit.

Tout le monde ne le sait pas, mais tu as aussi fait du travail de session pour Céline Dion – parmi d’autres – qui est une énorme artiste populaire. Comment c’est de travailler dans une sphère aussi différente ?

Pour être honnête avec toi, ma guitare est toujours restée la même. Si on met une guitare devant moi, ça n’a pas d’importance avec qui je suis en studio ou sur scène. La musique c’est la musique, il n’y a que douze notes en musique. Ce que je dis toujours aux gens, c’est qu’il y a une quantité limitée d’ingrédients. Beethoven et les Beatles utilisaient les mêmes ingrédients. C’est les combinaisons qui sont infinies, c’est la raison pour laquelle tout le monde sonne différent. Quand on m’a demandé de jouer avec Céline Dion ou Taylor Dayne ou n’importe qui d’autre, j’étais là : « Comment se déroule la chanson ? D’accord, laissez-moi trouver une partie adaptée à la chanson, avec un son adapté à l’artiste. » J’ai toujours été assez bon pour ça. Je ne vais pas me mettre à jouer une partie de guitare speed metal sur une chanson de Céline Dion et je ne vais pas jouer des parties claires à la Strat sur une chanson de Megadeth. Il faut jouer en fonction du genre spécifique de l’artiste et j’ai toujours été bon pour porter différentes casquettes à différents moments.

Commet était-elle en studio ?

Mec, elle est arrivée, elle a chanté sa chanson en deux prises et est repartie ! Elle était incroyablement professionnelle et incroyablement adorable et bienveillante. Elle a dit : « Bonjour, ravie de vous rencontrer. » Avant même qu’on s’en rende compte, elle avait fini et était partie. J’étais là : « Bon sang, elle est douée ! »

C’est sur quel album que tu as joué ?

Il s’appelait The Colour Of My Love et si je ne me trompe pas, c’était l’album juste avant le film Titanic, quand elle a explosé. Je travaillais pour une société de production à New York qui faisait plein d’albums différents et le producteur à l’époque m’a gardé comme son guitariste principal et peu importe l’artiste, il était là : « Al ! » C’était moi, un batteur nommé Joey Franco et un bassiste nommé T.M. Stevens, et dès que quelqu’un était au studio, c’était ça le groupe. C’était très amusant parce que nous ne savions jamais pour qui nous allions enregistrer ensuite !

As-tu mis à profit certaines choses de ce genre d’expérience dans tes groupes rock et metal ?

Peu importe ce que je fais, j’emporte cette expérience avec moi. Travailler pour Céline Dion ou pour Taylor Dayne, ça m’a appris ce que c’était de travailler pour une artiste ou une chanteuse. Encore une fois, si tu regardes le Trans-Siberian Orchestra, j’ai quatre chanteuses et quatre chanteurs, et il faut communiquer avec chacun d’entre eux différemment. Ça m’a clairement donné une idée des modes de fonctionnement de différents chanteurs. Tout est une leçon de vie, à bien y regarder : on apprend quelque chose tous les jours.

« Noël a eu plein de significations différentes au cours de mes cinquante-huit ans de vie. Cette année il prend encore une autre signification : je ne vais plus jamais rien prendre pour acquis. »

Monte Pittman a travaillé avec Madonna, Nuno Bettencourt avec Rihanna, toi avec Céline Dion, etc. Sans compter Michael Jackson et tous ces grands noms du hard rock avec qui il a travaillé. Qu’est-ce que les artistes pop trouvent chez les musiciens de hard rock et de metal qu’ils ne trouvent pas ailleurs ?

Parce qu’on ne peut pas faire croire qu’on est ce qu’on n’est pas. Les gens veulent un guitariste de heavy metal ou de rock et il n’existe pas beaucoup de musiciens de session capables de le faire de manière authentique. Il faut être ça pour être capable de jouer ça. Si l’artiste veut une couleur particulière dans sa palette, il fera ce qu’il faut pour l’obtenir. Je pense que ça a commencé avec Michael Jackson et Eddie Van Halen sur l’album Beat It et ensuite sur « Dirty Diana » [tiré de l’album Bad] où on retrouvait Steve Stevens, et je crois que Slash était sur l’album suivant. Comme tu l’as dit, Nuno Bettencourt a joué avec Rihanna, Jennifer Batten avec Michael Jackson… C’est sans cesse. S’ils veulent quelque chose, ils iront à la source pour l’obtenir.

Tu as fait des choses très différentes dans ta carrière. La flexibilité, est-ce ça la plus grande leçon que tu as apprise dans cette carrière ?

Absolument. C’est l’une des premières choses que Dave Mustaine m’a apprise : sois toujours prêt à t’instruire, sois toujours ouvert à de nouvelles données. Parce que quand on est dans notre trentaine, on se dit qu’on connaît tout, tout le monde passe par là, mais on découvre très vite qu’on ne connaît pas tout. Un copain à moi m’a dit il y a longtemps que si Dieu t’a donné deux oreilles et une bouche, mathématiquement, ça veut dire qu’on devrait écouter deux fois plus qu’on parle. Ça m’a très bien servi au fil des années.

Pour finir en revenant à Trans-Siberian Orchestra, qui est là tous les ans pour célébrer Noël : qu’est-ce que Noël représente pour toi ?

Un moment de rassemblement et de célébration, un moment de tradition, un moment de souvenirs. Au cœur des chansons de Paul, l’histoire parle d’un père qui implore le retour sain et sauf de sa fille fugueuse. C’est une adolescente, ils se sont disputés, peu importe, elle a fui la maison, mais ils se retrouvent tous les deux à vouloir se revoir pour le réveillon de Noël et bien sûr, l’histoire de Paul a une fin heureuse, ils se revoient. Ce que ça m’a appris, c’est que tout le monde, partout, a quelqu’un qui lui manque, surtout à la période des fêtes. En conséquence, c’est normal que quelqu’un nous manque et on n’est pas seuls à avoir cette pensée, on n’est pas seuls dans notre chagrin ou notre douleur. On peut se réunir et célébrer : « D’accord, ils nous manqueront, on les aimera, on les chérira, mais célébrons ensemble leur mémoire. » Noël a eu tant de significations différentes au fil des années pour moi, mais le plus important, c’est le souvenir, la foi, l’amour et la confiance.

Quels sont tes plus tendres souvenirs de Noël ?

Etant enfant, c’était être avec ma sœur quand elle était bébé, la famille qui se réunit, tout le monde qui était heureux, qui ouvre les cadeaux. Je pense que plus tard dans la vie, c’est le fait de regarder mes propres enfants le matin de Noël, ouvrir les yeux en descendant les escaliers et voir la magie de l’arbre, les cadeaux, etc. De même, c’est le fait de célébrer le réveillon de Noël, pas littéralement, mais musicalement, soixante ou soixante-dix fois par an si on fait soixante ou soixante-dix concerts, regarder le public se transformer en célébration de l’amour et se rassembler. Le pouvoir de la musique, c’est fou ! Encore une fois, Noël a eu plein de significations différentes au cours de mes cinquante-huit ans de vie. Cette année il prend encore une autre signification : je ne vais plus jamais rien prendre pour acquis.

Interview réalisée par téléphone les 20 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Floriane Wittner.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Trans-Siberian Orchestra : www.trans-siberian.com



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