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Chronique   

Alcatrazz – Born Innocent


« Alcatrazz est une marque ». Graham Bonnet ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque l’une des formations les plus cultes du heavy. Pourtant, Alcatrazz a disparu des radars depuis bien longtemps. 1986 pour être exact, date de la sortie de Dangerous Games. Après plusieurs tentatives de reformation infructueuses au cours des années 2000 et 2010, Graham semble enfin avoir trouvé une formule digne de cette « marque » pour opérer un retour, en reprenant logiquement des membres originels : Jimmy Waldo au clavier et Gary Shea à la basse. Le batteur Mark Benquechea vient compléter le line-up et surtout le guitariste émérite Joe Stump à la carrière solo méconnue mais impressionnante et prolifique, professeur à Berkeley et fervent amateur d’Ygwie Malmsteen et de Ritchie Blackmore. Joe Stump s’ajoute à la tradition de guitar-heroes qui ont fait la particularité d’Alcatrazz et permet un retour aux sources, l’époque de No Parole From Rock ‘n’ Roll (1983). Le terrain de jeu d’un certain Yngwie Malmsteen justement. Born Innocent redonne définitivement vie à un Alcatrazz authentique, après trente-quatre ans de silence.

Jimmy Waldo donne le ton : Alcatrazz ne veut pas « réinventer la roue […]. Nous connaissons notre audience et Alcatrazz sait ce qu’il a à faire ». En d’autres termes, Alcatrazz fera du heavy en respectant scrupuleusement sa marque de fabrique et rien d’autre. Andy Haller, déjà collaborateur de Graham Bonnet sur Meanwhile Back In The Garage (2018), s’est chargé de produire et de mixer l’ensemble. Les leads qui ouvrent « Born Innocent » confirment le talent de Joe Stump et son inspiration pour le classique. Graham Bonnet est encore en forme, accusant tout de même le coup sur certains phrasés. Soixante-treize ans obligent. Alcatrazz n’hésite pas à élever le tempo avec « Polar Bear ». L’occasion d’admirer le travail d’arrangement de Jimmy Waldo qui s’en donne à cœur joie tout au long de l’opus derrière son orgue Hammond et autres synthés rétro (« We Still Remember »). Il suffit de seulement deux titres à Alcatrazz pour démontrer toute son énergie. Il faut évidemment apprécier les phrasés incessants de Joe Stump qui fait preuve d’une polyvalence monstrueuse, émulant successivement un Malmsteen ou un Richie Blackmore en apportant une touche supplémentaire. Il est tout aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de reprendre à sa manière le vocabulaire typique de Steve Vai sur le groovy « Dirty Like The City » – sur lequel Graham se mue presque en David Lee Roth. Les amateurs de guitare en auront pour leur argent : celle-ci passe par tous les états, du riffing rock aux harmoniques qui sifflent en ouverture de « Body Beautiful ».

Surtout, Born Innocent profite d’une pléthore de collaborations. Outre « Dirty Like The City » composé par Steve Vai, l’enjoué « Finn McCool », et son inspiration folk irlandaise, étale la virtuosité du maître Nozomu Wakai. Le guitariste Chris Impellitteri prête main-forte à Joe Stump sur « Born The Innocent ». Les multiples accroches mélodiques de « We Still Remember » profitent de la culture classique de D. Kendall Jones tandis que le regretté Bob Kulick donne vie au hard rock réverbéré de « I Am The King ». Le maître italien Dario Mollo a coécrit le mélancolique « Warth Lane » et les multiples articulations (aux teintes parfois orientales) de « Something That I Am Missing », qui lorgne du côté du rock progressif. S’ajoute à cela un solo de Jeff Waters d’Annihilator sur « Paper Flags » (le second pour être précis) et enfin la participation du bassiste Don Van Stavern (Riot) sur la moitié des titres. Alcatrazz a davantage l’allure d’un effort collectif prestigieux que d’un simple quatuor. En résulte un caractère bien trempé de chaque composition, un fantasme pour aspirant guitariste-lead. Joe Stump se démarque malgré une féroce concurrence. Son identité sonore est presque polymorphe : « The Wound Is Open » démontre une aisance dans les sons de leads extrêmement appuyés et le riffing massif. De là à dire qu’il surpasse ses inspirations, il n’y a qu’un pas. L’album se conclut de manière quelque peu insolite voire décalée avec « For Tony », hommage de Graham pour feu son frère Tony, dans lequel il use de toute son éloquence, seulement accompagné de cuivres, à la manière d’une fanfare.

Alcatrazz délivre et ravit. Il faut tout de même adhérer à son culte de la guitare technique se jouant cheveux au vent. Au-delà des démonstrations musiciennes, Born Innocent est un album qui peut paraître d’un autre temps, avec sa production tout droit sortie du début des années 80, mais qui possède la fougue et la virtuosité qu’on n’attendait plus après trente-quatre ans. Et c’est bien là une prouesse.

Clip vidéo de la chanson « Dirty Like The City » :

Clip vidéo de la chanson « London 1666 » :

Clip vidéo de la chanson « Polar Bear » :

Album Born Innocent, sorti le 31 juillet 2020 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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