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Chronique   

Alcest – Spiritual Instinct


On ne présente plus Alcest : figure à la fois singulière et représentative d’une scène metal française variée et saluée à l’étranger, en cinq albums, le duo a dessiné une esthétique unique et posé les jalons d’un nouveau genre, rien que ça. Malgré une descendance pléthorique donc, notamment aux États-Unis (on pense évidemment à Deafheaven), Alcest est un groupe à part, comparable seulement à lui-même, écrin des visions de Neige, sa prolifique tête pensante qu’on a pu aussi entendre dans (entre autres) Lantlôs, Peste Noire ou encore Amesœurs. En presque vingt ans de carrière, ses arpèges chatoyants, sa voix éthérée et ses moments d’éclats ont pu prendre la forme de black metal abrasif, de mélodies venues du fond des âges, de post-rock ou de shoegaze, soufflant toujours le chaud et le froid, entre évocations lumineuses et mélancolie. Après un Kodama accueilli avec enthousiasme par les fans et perçu comme un retour aux sources, Spiritual Instinct, le sixième opus du projet, s’inscrit donc dans une lignée déjà riche fonctionnant souvent par contraste (la lumière radiante des Voyages De l’Âme succédant à la mélancolie d’Écailles De Lune, le viscéral Kodama succédant au très aérien Shelter). Aussi désarçonnant que familier, Spiritual Instinct ne dépare pas à côté de ses illustres prédécesseurs.

Cette ambiguïté fondamentale apparaît dès les premiers instants du disque : avant les riffs et les vocalises éthérées typiques du groupe, c’est par une basse ronflante assez inhabituelle que s’ouvre « Les Jardins De Minuit ». Mêlant passages black metal et respirations plus lumineuses, le morceau est soutenu par la batterie enlevée de Winterhalter : tout au long du disque, la section rythmique se verra accorder une place inédite pour le groupe. Cette impression est sans doute renforcée par la production signée Benoît Roux du studio Drudenhaus qui en faisant le choix de l’analogique – quitte à donner du fil à retordre au groupe ! – obtient un résultat clair et chaleureux. À l’image de l’ouverture très heavy de « Protection », Alcest ajoute une nouvelle corde à son arc : il se leste d’une pesanteur nouvelle, d’une lourdeur metal qui contraste autant avec les envolées post-rock que les passages black metal. Sur certains titres – « L’Île Des Morts », « Le Miroir » – des synthés apportent une coloration années 80 et, comme la basse vrombissante à la The Cure, quelque chose d’un peu post-punk qui rappelle Amesœurs et l’atmosphère d’Écailles De Lune.

Bref, ce cru d’Alcest semble pencher du côté de l’obscurité : de l’aveu de Neige, c’est un album particulièrement personnel qui évoque une colère et une frustration qu’il ne s’était pas autorisé à exprimer précédemment. Mais Spiritual Instinct est aussi résolument Alcest, et semble renouer avec ses débuts là où Shelter (dans la forme, avec la suppression des éléments black metal) et Kodama (dans le fond, avec ses thématiques inspirées de Princesse Mononoké) s’en éloignaient : il reprend d’ailleurs exactement le même canevas que Souvenirs D’un Autre Monde et Écailles De Lune (6 morceaux, 41 minutes). Spiritual Instinct tient presque de la mise en abyme : si le cœur de la musique d’Alcest a toujours été de renouer avec des visions primitives de Neige enfant, une sorte d’aspiration spirituelle donc, ce sixième album est selon son créateur une manière de renouer avec cette essence d’Alcest et avec lui-même, et donc avec ladite forme de spiritualité.

Disque le plus vulnérable et donc le plus cathartique du groupe, il transforme la pression et l’anxiété générées par les tournées répétées et le succès de Kodama ainsi que sa longue gestation en éclats de lumière. Entre l’inquiétude de se perdre et la certitude d’avoir un refuge où se retrouver, Spiritual Instinct juxtapose la pesanteur et la grâce. Le processus créatif y apparaît à la fois comme le moyen et la fin d’une quête intérieure. Nouvelle nuance ajoutée à la palette d’Alcest, Spiritual Instinct exprime aussi son essence avec plus d’urgence que jamais : la nostalgie d’une lumière, d’une harmonie comme d’un ailleurs peut-être à jamais perdu.

Clip vidéo de la chanson « Sapphire » :

Clip vidéo de la chanson « Protection » réalisé par Craig Murray :

Album Spiritual Instinct, sortie le 25 octobre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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  • Après trois quatre écoutes (pas suffisant) je le trouve un poil inégal mais il est quand même assurément dans mes favoris du groupe. Et largement suffisant pour me faire prendre un billet de concert des mois à l’avance.
    De toute façon sur quasiment chaque album il y avait déjà ces passages qui me laissaient un peu de marbre (genre « Onyx » sur Kodama, qui me faisait penser à une contrefaçon de la fermeture du « Ashes Against the Grain » d’Agalloch).

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  • Cet album est un Chef-d’Oeuvre. Neige a encore passé un cap supplémentaire. Les mélodies sont absolument phénoménales , toujours très chargées en émotions.Un travail énorme sur les ambiances. Alcest mérite une reconnaissance sur la scène internationale.

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  • Excellent album ! Une vraie perle. C’est rare et ça fait plaisir d’entendre des albums aussi réussis après plusieurs années de carrière pour un groupe (généralement les groupes faiblissent après un âge d’or). Alcest mérite d’élargir son public avec un tel disque.

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