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En Tournée Avec    Interview    Live Report   

Alerte à la bombe à Clamart !


Artistes : Black Bomb ANutcaseSpiritual Addiction
Date : 15 janvier 2011
Lieu : Clamart
Salle : Conservatoire Henri Dutilleux

Avertissement préliminaire : ce live report est un travail collectif. La partie coulisses et interview a été assurée par Lost alors que nous devons la partie concert à Stan. Bonne lecture !

Black Bomb A à Clamart

Pourquoi aller voir Black Bomb A ? Pas de disque sorti récemment – From Chaos date d’il y a deux ans maintenant – ni de DVD en vue. Et à Clamart en plus ! Si désormais il faut compter avec la banlieue, où va-t-on ? Et pourtant avec des No One Is Innocent à Chaville (92), des Mass Hysteria à Versailles (78), bientôt des Dagoba à Brétigny (91) au Rack Am, là même où les BBA se produisaient il y a quelques mois, il faut arrêter de considérer la banlieue comme un no man’s land entre la capitale et la province. La preuve : ce concert de BBA à Clamart dans le cadre du festival itinérant Träce.

Mais tout cela ne répond pas à la question posée. Pourquoi donc aller voir Black Bomb A ? Pour le Chaos, tout simplement. Celui évident de leur dernier opus au titre explicite et aussi celui de leurs prestations. Impressionnant celui-là, ce qui justifie la position suivante : il est des groupes que tout métalleux qui se respecte doit avoir vu au moins une fois, pour ressentir l’expérience. Black Bomb A en fait partie.

Un beau chaos (photo : Stan)

J’arrive vers 15h45 au Conservatoire Henri Dutilleux où le groupe se produit en ce samedi 15 janvier 2011. Au programme, photos pendant les balances qui devraient se terminer vers 16h30 et interview à partir de 17h00 puis photos du concert. Côté interview, l’information arrive la veille en début d’après-midi donc un léger coup d’adrénaline me met au travail le soir. Il ne s’agit pas de débarquer la fleur au fusil avec trois questions passe-partout. Heureusement votre serviteur a le groupe en ligne de mire depuis un moment déjà, les idées pour l’interview arrivent. Vous trouverez d’ailleurs les réponses à l’entretien que le groupe a donné à Radio Metal le jour-même du concert au gré de ce reportage.

Sur place, la ruche habituelle s’affaire et, après avoir fait un tour du lieu sans identifier de membres de Black Bomb A, je demande à une des premières personnes que je croise sur scène où est Étienne des Black Bomb A. Et la personne de demander à la volée : « Quelqu’un connaît un Étienne ? ». Sa question est plutôt déconcertante. Étienne est quand même le bassiste de la tête d’affiche du soir et accessoirement leur tour manager. Bref, lui ne connaît pas. Heureusement quelqu’un m’accompagne dans les loges où je croise Poun.

Premières balances

Premier contact, premiers échanges réservés, nous ne nous connaissons ni l’un ni l’autre. J’explique le but de ma venue, que l’idée est de pouvoir passer le maximum de temps avec le groupe sans toutefois être dans leurs pattes. Il m’explique qu’ils devront s’éclipser à un moment pour parler du nouvel album. Poun précisera plus tard que les travaux du nouvel album commencent à peine et qu’ils doivent justement discuter de tout cela. Qu’à cela ne tienne, en attendant le prochain album, arrêtons-nous sur leur dernier opus From Chaos et sur ce qu’en pense le groupe avec le recul. Rapide et sec, Poun lâche un « C’est de la merde » suivi de rires généraux. Hervé trouve que « c’est un bon album. Après, tu l’écoutes beaucoup au début, moins par la suite. Les morceaux que nous avons choisis pour jouer sur scène marchent très bien et pour ma part sont très agréables à jouer ». Djag de confirmer que « c’est un opus qui se transpose bien en live et (que) c’est très agréable ». Comme Hervé, il ne l’écoute plus vraiment et est par ailleurs très satisfait de se dire que le groupe a pu tourner deux ans dessus sans se lasser – From Chaos est sorti en mars 2009.

Étienne confirme : « ce n’est pas donné à tout le monde d’arriver à faire deux ans de tournée sur un album ». Djag continue en indiquant que la réception des morceaux au niveau du public a été très positive. « Souvent quand tu sors un nouveau disque, au début de la tournée les gens vont plus écouter les nouveaux morceaux parce qu’ils ne les connaissent pas forcément, etc. Et là, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y a pas eu cette séparation avec les nouveaux morceaux qui s’incorporaient très bien dans le live. Les gens ne se disaient pas : tiens, ça c’est nouveau, je vais me poser un peu. En fait, ils restaient dans l’ambiance générale du concert ».

On sent l’influence de Chopin pendant les balances

Joli bilan effectivement et, pour en revenir au futur, il va bien falloir s’y mettre à ce nouvel album, créer quelque chose, avoir de l’inspiration. Après avoir eu comme réponses Bach ou Chopin, Poun expliquera que l’inspiration leur vient d’un peu partout en fait, Étienne précisant sur le sujet que le groupe n’y réfléchit pas trop : « Quand arrive le moment de faire un album, nous nous retrouvons pour nous y mettre. » « Ce n’est même pas après avoir écouté une salve d’albums que nous nous disons « tiens, il faudrait faire ça comme ça », ajoute Poun. « Ou alors, si, au niveau de l’énergie mais tu ne te dis pas j’ai envie de reproduire ce même style de trucs. Quand nous nous retrouvons, nous faisons notre musique qui ne sonnera pas forcément comme ce que nous avons écouté. »

Le chanteur me montre où est la scène et je prends le temps de découvrir cette salle. Assez bizarre avec des rangées de fauteuils comme dans un cinéma côté public et une forte inclinaison. Côté groupe, la scène est très profonde, spacieuse.

Sur scène, justement, Hervé est là. Je vais le saluer et il se souvient m’avoir déjà vu. Sympa tout de même de sa part, nous nous sommes juste croisés au Paris Extreme Festival et au HellFest 2010 (il s’y produisait avec LoudBlast). A propos du PEF, Sam se souvient que le groupe jouait assez tôt dans la journée. « En fait, nous n’étions pas prévus » précise Poun, Djag expliquant « qu’ils sont rentrés par la fenêtre, vite fait ». En gros, ils ont vu de la lumière à l’Élysée et ils sont rentrés. Et le groupe de préciser unanimement : « Non, c’était par une sortie de secours, derrière ! ».

Sam (Black Bomb A) et son T-shirt The Exploited pendant le concert. (photo : Stan)

Hervé, reprenant un fil plus sérieux dans nos échanges, indique que « c’était mortel d’être sur la même affiche que deux des plus grands groupe de punk », à savoir Discharge et Exploited. Exploited, groupe particulier pour Black Bomb A et si Sam arbore souvent leur tee-shirt en concert, ce n’est pas simplement pour se donner un style. Wattie, le chanteur des punks écossais, a quand même chanté sur From Chaos et pour Poun, c’est clairement un rêve de fan qui se réalise. Hervé précise que de son côté « jamais il n’aurait rêvé d’un tel truc. Avoir sur un de ses albums un de ses chanteurs préférés, aller boire des verres avec lui, faire un clip avec lui, c’est incroyable, un truc de fous ! » Poun reconnaît que le punk a eu une influence particulière sur le groupe : « Surtout au début. Cela peut s’entendre sur le cinq titres et éventuellement dans l’énergie du premier album mais, effectivement, le punk et en particulier Exploited ont été de grosses influences. Par l’attitude aussi, le punk insouciant, à faire les choses sans se poser de questions. »

C’est bien joli de parler de punk mais le doute s’immisce. Black Bomb A ne serait pas un groupe de metal ? Merde ! Le reportage est bien pour Radio Metal pas pour Radio Punk ! « Nous sommes un peu de tout » répondra Hervé soutenu par les autres membres du groupe, Djag indiquant qu’ils mettent beaucoup de choses dans la marmite. Et From Chaos est là pour leur donner raison avec cette synthèse rock / metal / punk. « Hardcore aussi. Certaines influences hardcore sont plus flagrantes sur cet album que sur le précédent qui était peut-être plus metal. Enfin, il y en a sûrement qui entendent ça et qui disent « c’est pas du tout metal ». Nous ne sommes ni metal, ni punk, ni hardcore » précise Poun. « Nous ne sommes rien en fait » lancera Étienne déclenchant les rires des autres. Djag pour sa part trouve qu’ « il est plutôt agréable de ne pas être identifiable clairement. Cela veut dire que tu as fait un truc à ta manière ». « Nous sommes des espèces de précurseurs, à la manière des Venom » plaisante Poun. « Ou des Twisted Sister » renchérit Djag.

Dans l’après-midi, alors que les choses s’installent, nous discutons avec Djag et évoquons le premier concert où j’aurais dû voir le groupe, à l’Élysée Montmartre en première partie des Bad Brains et qui a été annulé. Djag m’explique que, a priori, le staff des Américains n’aurait pas voulu baisser le tarif alors que les préventes n’étaient pas au rendez-vous. Même si pour certains le groupe de hardcore est culte, il est vrai qu’il est difficile de l’imaginer remplir un Élysée. Djag me dit tout de suite qu’il ne remet pas en cause le groupe. Effectivement, il est possible que les membres des Bad Brains n’aient pas été au courant des détails de l’affaire, le management étant normalement là pour gérer ces histoires. La discussion avec le chanteur grave des Black Bomb A continue et nous convenons que la salle est assez particulière pour recevoir autre chose que du classique ou du théâtre. Quand je lui apprends que les Mass Hysteria sont passés au théâtre Montansier à Versailles, il est assez étonné car, ayant habité le coin plus jeune, il connaît l’endroit pour y être allé voir des spectacles et n’y voyait pas un groupe de metal s’y produire ! Concernant la salle du jour, il a déjà repéré l’espace entre le premier rang et la scène qui pourra faire une fosse. Futé, le chanteur.

Sam pendant les balances

Les balances ont pris du retard et après avoir salué Sam et Étienne, je me lance dans la séance photo de l’exercice. Pour l’instant seuls Étienne, Hervé et Sam balancent ensemble histoire de régler les instruments. Vers 16h30, Djag et Poun qui vont et viennent prennent enfin les micros et commencent par quelques exercices de style. Dans ce contexte, la voix de Djag impressionne. Et enfin, arrive ce moment magique, où le groupe se lance dans un vrai morceau. Vraiment la classe. Et il y a ce sentiment génial d’être dans le saint des saints à vivre un moment unique, d’avoir en quelque sorte le groupe en séance privée. Ne le dites à personne, mais les balances, c’est quand même la grosse déconne et j’ai le nom du chanteur aigu qui paraît être le meneur. Mais chut !

La salle semble avoir une bonne acoustique mais plus tard, au cours d’un échange avec ce même chanteur aigu, celui-ci me dira que les salles avec une telle pente ne sont pas idéales pour une bonne acoustique. Ceci dit, de ce que j’ai entendu et de ce que les groupes rendront le soir, il n’y aura pas de souci de ce côté-là.

Les balances se terminent peu avant 17h00 même si Hervé règle encore quelques détails. Nous nous retrouvons dans les loges où le confort est inégal. D’un côté : salles de bain, lave-linge et sèche-linge ; de l’autre : pièce de repos avec un canapé dont un côté est défectueux et dans lequel on s’enfonce si l’on s’y assoit. Ceci dit l’endroit est grand et propre.

Djag m’invite à poser mes affaires et à boire quelque chose. Eau ou cola sont les boissons dont ils disposent. Va donc pour un cola mais une grosse inquiétude se forme dans la cervelle de votre serviteur : n’y aura-t-il pas de bières à partager avec le groupe ? Certains collectionnent les autographes, d’autres les bières bues avec des groupes et là, la collection semble mal partie !

Dans les loges, le programme des différents événements de la journée est affiché : les balances, le dîner, les passages des différents groupes. Les Black Bomb A sont prévus à 22h15. Djag ne trouve pas cet horaire si tardif. En province, ils sont habitués à être programmés plutôt vers 23h. Ce qui sera finalement le cas ce soir mais nous y reviendrons plus tard. Étienne, à cet instant de la journée, table sur 22h30.

Une journée bien planifiée.

Dans l’immédiat, plusieurs choses sont à faire : Étienne a des contrats à faire signer aux autres – eh oui, l’administratif existe même dans le rock’n’roll ! -, le groupe veut se retrouver pour discuter du prochain album et il y a l’envoyé spécial de Radio Metal au cœur de la bombe qui attend son interview. A ce sujet, Poun me demandait qui je voulais pour l’interview. Ce n’est pas la première fois que ce type de questions se pose et l’idée de dire : « Alors, dans la famille Black Bomb A, celui-ci m’intéresse mais pas celui-là » est plus que bizarre, presque irrespectueux. L’orientation doit plus se faire en fonction des contraintes du groupe. L’idée de faire une interview avec tout le monde se détache. Visiblement cette configuration n’est pas si usuelle pour eux. Cool. Avoir tout le groupe peut donner quelque chose de plus vivant, avec plus d’avis, plus d’interactions. Ce qui sera effectivement le cas, la formation donnant une interview plutôt animée, se répondant les uns aux autres, balançant des vannes, avec un Poun très pince-sans-rire. Donc, la chronologie sera la suivante : signature des contrats, interview et « isolement ».

Je retrouve le Conservatoire Henri Dutilleux après le dîner. Djag que je croise dans les rues de Clamart me dit en plaisantant : « tu vois, on visite ». Plus tôt dans la journée, lors de l’interview, le groupe expliquait sa volonté de découvrir les lieux où ils se produisaient, Poun indiquant que «  ce n’est pas toujours évident quand tu es dans des endroits isolés, à l’écart. Par contre au Québec, nous sommes partis dix jours avec quatre ou cinq jours off. On a pu en profiter ». « A Moscou, nous avons eu une petite journée, le temps de voir la Place Rouge » ajoute Sam et Hervé de préciser que « même en France, quand nous sommes dans de belles régions, nous aimerions bien pouvoir aller boire un coup. Mais parfois tu as aussi la flemme et comme nous ne sommes pas toujours en centre ville, s’il faut prendre un bus… C’est bien d’aller à pied dans un endroit ». Djag reconnaît que « c’est frustrant de ne pas toujours en voir un peu plus ».

Je patiente le temps que les portes ouvrent et profite de Djag pour basculer côté coulisses. Ce soir, pas de pass et pas de sécurité non plus. Heureusement que l’esprit de l’ensemble est bon enfant car passer de la salle aux coulisses ou sur scène est simple comme haricots verts. Plus simple pour travailler mais peut-être pas idéal pour la sécurité de tous.

Dans la loge du groupe, Sam change les cordes de sa guitare, s’interroge sur le nombre de places qu’il y aura ce soir. Effectivement, si certains, comme les organisateurs du festival Träce, font bouger la banlieue, les banlieusards ne bougent pas forcément et les Parisiens qui ont pu voir le groupe il n’y a pas si longtemps au Trabendo seront moins enclins à se rendre sur Clamart. Au moins ne peut-on pas reprocher au Black Bomb A de ne pas aller débusquer ses fans partout sans distinction. Hervé confirme « qu’à part le 93, ils ont fait pas mal de banlieue ».

Il est près de 20h30, Djag va mettre le merch en place et les balances du dernier groupe ne sont pas terminées. Ce retard énerve tout le monde, en particulier Étienne dans son rôle de tour manager, et même si les balances des Black Bomb A n’ont pas pu commencer à l’heure (trente minutes de retard par rapport à l’horaire initial), le groupe aimerait bien que ce retard ne décale pas mécaniquement toute la soirée. Malheureusement, ce n’est pas avec trente minutes de retard que le concert commencera mais plutôt avec quarante cinq minutes. Au moins, ce n’est pas mécanique mais on peut penser que ce n’est pas le scénario que souhaitaient les Black Bomb A.

Pour l’instant, un certain coup de pompe se ressent, au moins chez nos chanteurs préférés. Ceci dit, les journées ont beaucoup de moment de vide pour eux, moins impliqués dans les balances que les autres membres du groupe. Et est-ce que les deux ans de tournée ne les ont pas trop fatigués finalement ? « Non, il y a eu des pauses. Là, cela fait un petit mois que nous n’avons pas joué. Nous avons eu le temps de nous reposer, de faire la fête et justement de récupérer des fêtes de Noël » expliquera Poun.

Ce n’est pas décent de ne marcher qu’à l’eau (Black Bomb A ; photo : Stan)

Dans l’immédiat, le chanteur aigu se prendrait bien une petite vodka pour se fouetter. A ce sujet, ce breuvage est-il meilleur en Russie ? « Assurément » répond le groupe d’une seule voix. Ils ont du haut de gamme que nous ne trouvons pas en France. Notre Smirnoff est leur moyenne gamme. Sam me fait par ailleurs remarquer que la vodka est moins chère que l’eau là-bas. Ce n’est donc pas un cliché. A propos de vodka, le groupe ne retient que du bon de leur passage à Moscou et St Petersbourg et Djag se souvient de l’accueil particulièrement hallucinant qu’ils ont eu à Moscou. « Les disques ne sont pas distribués là-bas et pourtant les gens connaissaient les paroles par cœur et ils chantaient alors que nous étions encore dans les loges et plusieurs titres de suite en plus. C’était un truc de fou ! Et puis se retrouver sur la Place Rouge a été une très grosse émotion ». Étienne nous en dit un peu plus sur la manière dont se sont montés ces concerts « En fait, c’est un mec qui adorait BBA. Les Tagada Jones y étaient allés l’année précédente. Niko des Tagada s’occupe aussi de nous au niveau booking. Ce Russe l’a contacté en lui disant qu’il voulait nous faire jouer à Moscou ». Et Poun de compléter, d’un air très sérieux : « A condition qu’on lui donne un peu d’argent quand même. On lui a donné deux mille euros, quelque chose comme ça », déclenchant les rires de tout le groupe.

Le chanteur, revenu à des propos plus sérieux (!), expliquera que ces concerts russes n’ont pas donné lieu à une préparation particulière. « Nous aurions pu te dire que nous avons répété une semaine avant en imaginant un set particulier. En fin de compte, non. Nous avions commencé la tournée From Chaos et avions des automatismes. Nous avons peut-être incorporé deux ou trois chansons que nous ne jouons pas en France mais les shows là-bas sont restés similaires aux autres ».

Ces passages en Russie comme les concerts donnés au Canada et dans dix pays dans lequel le groupe n’était jamais allé jusqu’à maintenant restent les événements marquants de leur année 2010. «  En termes d’export, nous ne nous sommes jamais autant absentés sur la même année » indique Poun.

Pour revenir à Clamart, en 2011, ô miracle, quand je reviens en coulisses après la prestation du premier groupe, la vodka est apparue de même que quelques bières !

2011, en pleine ère du téléchargement illégal, des jeux vidéo qui se posent en loisir concurrent, dur dans ces conditions de vendre des albums et de vivre de sa musique, non ? « Nous vivons plus sur les concerts que sur les albums. Déjà quand cela vendait pour tout le monde à peu près bien, nous ne faisions pas forcément partie des groupes de metal qui pouvaient vivre de la vente de CD. C’est surtout les concerts et heureusement qu’il y a encore les concerts, déjà pour le plaisir de pouvoir rencontrer des gens » précise Poun. Étienne note toutefois que « quoiqu’on en dise, le marché du disque se casse la gueule et nous le payons aussi à notre niveau ».

L’explosion Black Bomb A

Quant au téléchargement illégal et à Internet, le bassiste précise la dualité de « ce bon outil contraignant qui sert et dessert ». A propos du net Djag indique qu’ « au début c’était bien mais il y a tellement de groupes maintenant que les gens peuvent largement passer à côté de toi ». Et Poun de rajouter que « maintenant, finalement, si tu n’as pas déjà une notoriété, les gens ne vont pas aller te chercher ». Voilà pour le côté obscur du net mais il y a un aspect positif que le groupe a constaté lors de son passage en Russie : « Par contre, en Russie, nous ne sommes pas distribués. Et grâce à Internet, les fans connaissaient notre musique. Donc quelque part, cela continue à avoir des aspects positifs » constatent les deux chanteurs. Autre conséquence, la Toile amène le groupe à plus tourner puisque le revenu du disque n’est plus là, même si Poun répète que « ce n’est pas forcément par la vente du disque que nous pouvons en vivre » et que Djag précise qu’ « en dehors même de l’aspect financier, cela a toujours été un objectif pour BBA de faire le plus de tournée possible. Cela reste pour nous l’idée même de la musique ».

(NDLR : et maintenant, passons à la partie concert par Stan)

Clamart est une petite ville de la banlieue parisienne, dans le « neuf-deux », dont le Conservatoire est extrêmement actif dans l’encouragement de la musique moderne chez les jeunes menant à une prolifération du nombre de groupes (de metal ou d’autres genres). Il y en a des bons et… des moins bons. Ce soir le Conservatoire a mis le paquet car c’est Black Bomb Ä qui foulera les planches de l’auditorium. En première partie, nous avons droit à un groupe local de black metal, Spiritual Addiction, et à une bande de tarés du nom de Nutcase ayant participé au festival Träce.

La configuration de la salle est plutôt particulière car elle sert autant à des représentations théâtrales qu’à des concerts acoustiques, et l’espace est aménagé comme une salle de cinéma : la scène, une toute petite fosse, des gradins rouges… On s’attendrait presque à voir du popcorn vendu à l’entrée.

Spiritual Addiction

Après un petit discours d’introduction, les lumières s’éteignent et le sample d’intro en son MIDI de Spiritual Addiction est lancé. Le public, composé principalement de potes de lycée, visiblement, applaudit l’arrivée des musiciens grimés comme des caricatures de Dimmu Borgir. Le batteur/chanteur lance un petit « Salut Clamart, ça va ? » guttural et le groupe commence à jouer. Amateurs de notre ami Matt Kleiber, je vous présente les Devil Rollmops en chair et en os. Tous les éléments y sont pour alimenter un éclat de rire général devant le cliché : la batterie laborieuse à la double pédale frénétique ; lorsque le batteur chante, l’intensité de sa frappe s’en ressent sévèrement ; les guitares au son horriblement creusé de façon à s’assurer que, lorsque le volume est fort, nos tympans sont percés et, lorsqu’il est baissé, il devient inaudible ; et enfin – cerise sur le gâteau – les trois ou quatre claviers aux sons plus « cheap » les uns que les autres.

Il faut cependant essayer de rester positif et féliciter le groupe pour les tentatives d’effets de scène, comme lorsque le batteur enflamme ses baguettes pendant les premières chansons. Le côté théâtral du black métal est également très présent ; en particulier quand un ami du groupe, déguisé en curé vient sur scène pour partager le chant sur un des morceaux. Morceau pour lequel un deuxième batteur viendra s’occuper des fûts pour laisser la liberté au batteur habituel et chanteur principal de se balader sur scène. Nous avons donc droit à un chant partagé entre le méchant curé et le gentil black métalleux sataniste, avec la mise en scène d’une dispute qui verra une bible et un crucifix partir en flammes, quelques étincelles et feux d’artifices de petite taille, et le morceau sera conclu par la mort du membre du clergé. Drôle !

Le concert ayant commencé en retard en raison d’un « problème lors des balances », le set de Spiritual Addiction s’en est retrouvé écourté. Une dernière chanson qui verra le personnage du curé revenir balancer quelques dernières étincelles (« attends, il reste des pétards, il faut les finir ! ») et c’est fini.

Setlist de Spiritual Addiction :

Black Mass
My Wish
My Catharsis
Doctrine Névrotique
For Heroine
Torments

Nutcase

Changement de plateau et le deuxième groupe de la soirée investit la scène. Une chose devient très vite évidente : les types de Nutcase portent très bien leur nom. Le line-up est constitué d’un trio classique batterie / basse / guitare, d’un clavier tenu par une charmante demoiselle chantant à l’occasion et d’une multi-instrumentiste jouant du thérémine, de divers claviers et samplers et de la clarinette (en plus du chant occasionnel). Pour compléter le tout, le frontman en toge orange et à la voix versatile maîtrise aussi bien un chant funky d’une grande amplitude qu’un growl agressif et profond. Ce dernier se fait particulièrement remarquer, d’une part en se débarrassant progressivement de sa toge pour finir en string à la Tarzan, d’autre part en passant l’ensemble du concert à grimper partout, en descendant dans la fosse, en escaladant les gradins pour chanter juste devant le public intimidé qui pensait être assis tranquillement et bien à l’abri de l’agression d’un singe à poil armé d’un micro.

Nutcase : tout bonnement inclassable.

Niveau musique, c’est absolument inclassable. Bien que certains éléments rappellent le côté déjanté de System Of A Down, il est difficile de nommer un style musical qui n’ait pas une grosse part dans l’art de Nutcase. Pourtant le tout ne tourne pas trop au plat indigeste, c’est même plutôt dansant et efficace, en particulier la chanson « Nobody Cares » au refrain entêtant. Tout musicien ayant un grain d’ouverture d’esprit ne peut pas rester indifférent face à ce que fait Nutcase en concert. Il est même difficile de ne pas ressentir une certaine part de jalousie devant le talent absolument hors normes de ce groupe ; nous n’avions jamais imaginé qu’un tel étalage d’influences et de folie puisse être réunis en un seul groupe. Il faut cependant se rendre à l’évidence qu’une musique aussi expérimentale ne peut toucher qu’un public très restreint, il sera donc très difficile pour Nutcase d’avoir le succès qu’il mérite.

Scéniquement parlant, chaque musicien a une présence qui serait considérée comme « bonne » dans un groupe « normal », cependant ils sont absolument éclipsés par la démence envoutante de Loki, le type en string qui semble faire la danse de la pluie sans s’arrêter de chanter. Le groupe termine son set avec « UZI Dance » avant de s’en aller, nous laissant scotchés pendant plusieurs minutes. Black Bomb Ä va avoir fort à faire !

Setlist de Nutcase :

Prelude
A Big Bad Joke
Outrantica
Kiss Kiss Kill
Nobody Cares
Higher Step
The End of Something
UZI Dance

Black Bomb A attaque !

Pourtant, après un rapide changement de plateau, Black Bomb Ä entame son set avec « To Reactivate » du dernier album et il devient évident que même sans prendre en compte les moyens plus conséquents du groupe au niveau éclairage et compagnie, ils sont loin de paraître ridicules après Nutcase. En effet, si certains disent que leur musique sur album est « sympa, sans plus », soyons clairs : Black Bomb Ä en concert, c’est de la Bombe ! (bon, d’accord, elle était facile).

Une vraie fête

C’est donc avec grand plaisir que nous redécouvrons chaque chanson avec l’énergie du live, énergie délivrée à pleine puissance car les musiciens sont visiblement en forme ce soir. Si From Chaos, le dernier album du combo, est particulièrement présent dans la setlist, nous aurons néanmoins droit à quelques morceaux diffus des albums précédents, si ce n’est de One Sound Bite To React, opus datant de 2007, qui est totalement absent ce soir. Nous avons donc dû nous contenter de classiques tels que « My Mind Is A Pussy », de Human Bomb (2001) ou de « Look At The Pain » de Speech Of Freedom (2004). Mais ne vous en faites pas pour nous, on l’a très bien vécu !

Tout au long du concert, un ou deux fans sont montés sur scène pour prendre les musiciens dans leurs bras, hurler les paroles à pleins poumons et se jeter à nouveau dans la fosse. C’était sans compter sur l’arrivée de « Mary » qui verra toute la fosse monter sur scène. Absolument hallucinant ! « Vous êtes des tarés en fait ! », « Je n’ai jamais vu autant de bordel dans un cinéma ! » dira d’ailleurs Djag, le charismatique « nouveau » chanteur grave (qui était présent aux débuts du groupe mais a été remplacé entre 2002 et 2007 par Arno qui, avouons-le, avait une voix plus puissante). Un concert absolument inoubliable, même pour votre serviteur qui n’était pas particulièrement fan de ce groupe. Parfait à un détail près : certains spots – prévus habituellement pour éclairer au dessus du public – visaient directement les gradins en raison de la configuration quelque peu spéciale de la salle et devenaient franchement agaçants à la longue : on leur pardonnera quand même sans trop de mal.

Étienne (Black Bomb A)

2011 commence donc très fort et il y a beaucoup à parier sur le fait que ce concert, ainsi que la découverte de Nutcase, finisse très haut dans la liste des meilleurs moments de l’année. Si Spiritual Addiction n’a pas fait très bon effet, nous pouvons cependant dire avec le recul que n’importe quel jeune groupe, même plus expérimenté et mieux en place, aurait paru risible en comparaison des deux monstres de scène que sont Nutcase et Black Bomb Ä.

Setlist de Black Bomb A :

To Reactivate
Fucking Hate
My Mind Is A Pussy
Look At The Pain
You Can’t Save Me
Digging My Grave
Emergency
All The Way
Born To Die
Police Stop Da Way
Make Your Choice
Down
Dales From The Oldschool

(NDLR : retournons maintenant en backstage avec Lost) Vous vous rappelez, nous avions évoqué un coup de pompe plus haut ? Oubliez, il ne se verra absolument pas sur scène tout comme le fait que la reprise après un mois de concert est un peu dure. A nouveau, les Black Bomb A ont délivré une excellente prestation. Que voulez-vous, il est des explosifs qui se manipulent sans précaution en espérant qu’ils pètent très fort. Ce que font les Black Bomb A.

Et ce n’était pas si évident après la prestation déjantée, déstabilisante et qui claque des NutCase auparavant. Étonnant d’ailleurs qu’après toutes ces années le groupe garde le feu sacré intact. « C’est l’envie, tout simplement » expliquera Hervé. « Ou la drogue » plaisantera Poun,« elle nous fait tout oublier. Ah, ça fait déjà quinze ans ». « Ou Alzheimer »,  lancera Hervé. « On oublie toujours ce que nous venons de faire. Chaque concert est notre premier concert ». Et Djag de rebondir : « Là, nous avons un peu peur car nous n’avons pas encore joué les nouveaux morceaux ». Très bien pour le feu sacré, mais après quinze ans, le trac existe-t-il toujours ? « J’ai énormément le trac, indiquera Djag. C’est aussi ce qui donne l’énergie ». Étienne, de son coté, ne ressent pas un trac ou une peur mais parle plus de sensations qu’il ne retrouve qu’au moment de monter sur scène.

« Sweet Mary » se fait envahir (photo : Stan)

De retour dans les coulisses après le concert, les héros sont fatigués mais heureux, contents de leur concert, de l’ambiance, de la taille de la scène qui leur a permis d’évoluer à leur aise, de l’esprit du public. Bon esprit indispensable car, en l’absence de service de sécurité, l’envahissement de la scène par les fans sur « Sweet Mary » à la manière de ce qui se passe avec les Suicidal Tendencies aurait pu mal tourner.

A propos du groupe de Mike Muir, Étienne précise que « les deux déclencheurs sont Metallica et Suicidal Tendencies. C’est Metallica qui m’a donné envie de faire de la musique et c’est quand j’ai entendu Suicidal que j’ai eu envie de faire de la basse ». Pour Djag, l’artiste qui lui a donné envie de faire de la musique est moins identifié même s’il précise qu’au départ, il s’entraînait sur Sepultura : « Je me faisais la voix sur eux et, sans dire que c’est l’artiste qui m’a donné envie, c’est une des bonnes influences quand même ». Quant à Hervé, il aurait évoqué Rémy Bricka…

Pour continuer au jeu des références, même si Poun lui reproche de ne penser qu’au fric en choisissant un titre qui s’est vendu à des milliers d’exemplaire, Sam aurait bien aimé  avoir écrit « Back in Black » d’AC/DC et Étienne enchérit dans les morceaux vendeurs en citant « Nothing Else Matters » de Metallica. Djag de son côté évoque « Antisocial » de Trust. Hervé trouve la réponse difficile tellement le choix est vaste. Continuons néanmoins les exercices de style, avec le « disque-qu’ils-emmèneraient-sur-une-île-déserte ». Back in Black, pour Sam ? « Non, AC/DC, j’ai trop écouté » répondra le guitariste.

Même s’il faut préciser que c’est l’album d’un artiste que l’on emmène et pas l’artiste lui-même, Poun choisit Mylène Farmer pour conclure qu’ « en fait, il vaut mieux ne rien prendre. Avec un seul disque, au bout d’un moment, tu deviendrais fou ». Hervé trouve l’esquive à la réponse en expliquant aux autres que « vous n’avez rien compris à la subtilité de la question. Si tu es sur une île déserte, tu n’as rien pour l’écouter ton CD ! » «Alors, il faut une belle pochette ! » répondent les autres en délirant un moment sur cette idée. Étienne lancera un « Dur, dur d’être un bébé » de Jordy ! Djag hésitera, se laissera tenter par un bonne compilation avec un peu de tout dessus avant de jeter son dévolu sur Beat The Bastards d’Exploited en ajoutant : « Je dis ça aujourd’hui mais hier j’aurais pu dire autre chose et je dirai sûrement autre chose demain ».

L’aventure n’est pas terminée, la soirée ou la nuit se préparent. Je tire ma révérence et les laisse vaquer à leurs occupations. Je les salue et vais retrouver Sam dans les couloirs pour le saluer aussi. Il me dit qu’ils n’ont pas eu beaucoup de temps à me consacrer – c’est déjà énorme pourtant ! – et me demande gentiment si je ne veux pas une bière. En fait, j’en ai déjà prise une avec les gars dans les loges. Ouf, p*tain, la journée a failli être ratée ! Comment passer une « Journée Avec » sans atteindre le Graal de la bière avec le groupe !

Un grand merci à Djag, Poun, Étienne, Hervé et Sam pour leur accueil, leur gentillesse, leur simplicité et les claques qu’ils assènent live. D’ailleurs, si leurs fans ne devaient garder qu’un seul mot en tête après un concert de Black Bomb A, quel serait-il ? « Rincé » répond Hervé. « Libérés, Jouissance » lance Poun avant qu’Hervé ne continue « Heureux, qu’ils aient réussi à exhorter tout ce qui peut faire chier dans la semaine, au boulot ou à l’école, qu’ils viennent nous voir et qu’ils lâchent tout ». « Aspirateur, aussi ». Devinette sans indices : quel membre de Black Bomb A a parlé là ?

Rendez-vous est pris pour le successeur de From Chaos au plus vite évidemment et pour ceux qui en veulent encore, dépêchez-vous : la tournée touche à sa fin et devrait s’arrêter d’ici mars. Une tournée qui, d’après tous les membres du groupe, se passe très bien et « avec de bons moments de plaisir comme le Disorder Tour III avec L’Esprit du Clan et Ultra Vomit » ce que souligne Poun. Ultra Vomit avec lequel Black Bomb A a jammé au Trabendo tout comme il l’avait fait avec Exploited au Paris Extreme Festival. Plutôt rare de nos jours et à saluer. Étienne à ce sujet explique que cela arrive « quand ça se passe bien avec les gens, quand l’occasion se présente. La musique, c’est un partage avant tout».

For all you give to us, we want to thank you, for all you will give to us next time, we want to thank you! Thank you for all!

Photos : Lost (sauf indication contraire).



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  • BBA est un super groupe,je le recommande en live.

    A beauvais il y’a un ans on c’était éclaté comme des fou eux + the Arrs combiné on à passé une éxelente soirée à l’ouvre boite !

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  • Dans l’article en parlant de Loki Lonestar du groupe nutcase « à l’abri de l’agression d’un singe à poil armé d’un micro. », je trouve cette pharse vraiment de nauvais goût, meme si c’est peu être de l’humour…

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