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Chronique   

Alestorm – Curse Of The Crystal Coconut


La musique n’est pas toujours à prendre au sérieux. Il s’agit parfois d’un simple exutoire ou dans le cas d’Alestorm, un amusement. Les pirates écossais se fichent littéralement de leur apport au « grand édifice de la musique ». Tout ce qui compte est de se marrer sans jamais manquer de respect à son audience. Les prestations live d’Alestorm sont toujours l’occasion d’exprimer ses élans sportifs post-beuverie et d’éclabousser de sueur son voisin. Alestorm écrit de la musique dans cet unique but : foutre le bordel en portant des chapeaux de pirate (les casquettes et sombreros font l’affaire aussi). Leur sixième album Curse Of The Crystal Coconut, référence à Donkey Kong, ne change rien. Il s’agit d’honorer le True Scottish Pirate Metal. Ce qui n’empêche pas quelques (très) légers écarts par rapport à une formule bien établie.

La recherche d’amusement va jusque dans le processus d’enregistrement de l’album. Alestorm a décidé de profiter du Krabi Road Studios en Thaïlande pour ne pas avoir à supporter le temps jugé « immonde » de l’Allemagne en début d’année. Alestorm prétend que composer et jouer ses chansons est très simple, Curse Of The Crystal Coconut ne faisant pas exception. Inutile d’attendre des évolutions radicales : l’album est une collection d’hymnes live illustrant les aspects les plus stéréotypés de la vie d’écumeurs de mer. « Treasure Chest Party Quest » est un voyage dans le cœur de Tortuga, narré par le sens de l’humour douteux du chanteur Christopher Bowes. Alestorm conjugue toujours son heavy/power metal enjoué avec des arrangements folkloriques, que ce soit le son d’accordéon du clavier de Christopher Bowes ou ceux d’Eliott Vernon. Curse Of The Crystal Coconut révèle parfois des influences pop-punk à l’instar de « Fannybaws », voire punk tout court, telle « Pirate’s Scorn » (une reprise d’une chanson de l’émission de télé Donkey Kong Country). Mention spéciale à l’irrévérencieuse « Shit Boat (No Fans) », une minute de flots d’insultes proférées envers un « navire »… Peu importe le registre, Alestorm compose en permanence avec le rendu live comme principal dessein. Sur ce plan, Alestorm est devenu un expert des accroches : le « fuck you ! » concluant le refrain et les breaks façon clappement de mains ou aboiement de chien de « Pirate Metal Drinking Crew » visent évidemment à être repris en chœur, œuvre d’une grande communion alcoolisée.

Au-delà du délire « pirate-bière-quêtes loufoques » et de l’intérêt relatif de ses invités (Vreth de Finntroll sur le heavy véloce de « Chomp Chomp » par exemple), Alestorm s’efforce de s’éloigner de sa zone de confort par endroits. « Tortuga » puise son vocabulaire dans la musique hip-hop et propose une composition hybride qui arrive à conjuguer l’excentricité pirate-metal de l’univers d’Alestorm avec les arrangements d’une musique a priori aux antipodes. Et ça fonctionne. Étonnamment. Jusqu’à devenir l’une des compositions les plus galvanisantes de l’opus qui vient clairement rafraîchir le répertoire du groupe. Les lignes de chant féminines de « Zombies Ate My Pirate Ship » tranchent avec l’univers testostéroné du groupe et mettent en exergue – tout comme le final ronflant de la chanson – son talent d’écriture mélodique, soutenu par le violon d’Ally Storch de Subway To Sally. Surtout, Alestorm est capable d’écrire des chansons aux accents black metal et progressifs à l’image de « Wooden Leg Pt. 2 (The Woodening) », suite de « Wooden Leg Pt.1 » présent sur Sunset Of The Golden Age (2014). Si le second degré est toujours présent (en témoigne par exemple ce passage façon jeu vidéo 8-bit), « Wooden Leg Pt.2 » révèle un Alestorm plus impliqué, plus sérieux et laisse apprécier la versatilité de son chanteur. Ce dernier est capable de véritables hurlements parfaitement maîtrisés que les figures de proue du postcore ne renieraient pas. Alestorm a un arsenal plus développé qu’il n’y paraît…

Curse Of The Crystal Coconut est une entrée supplémentaire dans le journal de bord d’Alestorm, un voyage serein sur des mers bien connues. La piraterie n’est pas toujours synonyme de témérité : Alestorm connaît toutes ses caches par cœur et entend en profiter le plus longtemps possible. Seules quelques excursions notables viennent briser la monotonie d’une vie de pirate imbibé, qui reste toujours aussi satisfaisante pour ceux qui rêvent encore de parler aux perroquets à défaut de mourir du scorbut. Surtout, ne pas oublier que la musique d’Alestorm est avant tout destinée à l’expérience live et à l’esprit de fête, sous peine de ne jamais réussir à lever l’ancre.

Clip vidéo de la chanson « Tortuga » :

Clip vidéo de la chanson « Treasure Chest Party Quest » :

Album Curse Of The Crystal Coconut, sortie le 29 mai 2020 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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  • Otto Rail dit :

    Vous êtes très gentils avec Alestorm, ou alors le reste de l’album est vraiment très bien … je suis fan de la première heure, pourtant les trois extraits du CD sont franchement a des années lumières de ce à quoi ils nous ont habitués … pas besoin de remonter le temps il suffit de comparer les singles du dernier album en date, Alestorm et Mexico, avec les nouveaux, et la baisse de qualité saute aux oreilles … enfin aux miennes … bref tout cela est très subjectif 😉

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