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Interview   

Alexxx Rebecq (Hellfest) : « Nous apprenons tous les jours »


Alexxx Rebecq est le responsable communication du Hellfest Open Air. A l’occasion de la grande tournée du Warm-Up qui démarre ce mercredi 18 avril par une date à Rennes, nous l’avons rencontré pour évoquer le lien très fort qui unit le Hellfest à sa communauté de fans. Dialoguer avec près de 500 000 personnes sur les réseaux sociaux n’étant pas toujours évident, Alexxx explique ici sa manière de travailler au quotidien.

Il n’hésite également pas à s’interroger sur les retours des internautes qu’il peut parfois observer. Des retours qui l’aident souvent à essayer d’être le plus juste possible lorsqu’il s’agit de dialoguer avec la fanbase du Hellfest. Cette conversation pouvant parfois paraître assez décousue, nous vous proposons sa retranscription au discours direct pour maintenir son caractère vivant et par souci de cohérence d’ensemble.

« Sur les réseaux sociaux, tu ne sais jamais vraiment quel est le bon ton à adopter, quelle est la bonne ligne éditoriale à suivre lorsque tu dois t’adresser à des gens. »

LE HELLFEST SUR LES RESEAUX SOCIAUX

« Ce qui est très particulier, très spécifique, c’est notre communauté. C’est grâce à notre communauté que nous sommes dans la mesure d’exploiter les réseaux sociaux. Notre communauté est extrêmement réactive. Si cette communauté n’était pas aussi réactive, je ne sais pas en quelle mesure nous pourrions communiquer sur les réseaux sociaux. Nous amènons du contenu et c’est la réactivité des fans du festival qui font vivre les réseaux. A ce titre, nous ne faisons pas de posts sponsorisés, par exemple. Ce n’est pas la peine. Le budget communication diminue sur le volet investissement parce que les réseaux sociaux sont une machine infernale bien huilée. D’ailleurs, c’est marrant de discuter de ce sujet car je déjeune avec Facebook France demain ! Donc nous verrons ce qu’ils en pensent. De mon côté, évidemment que je me pose des questions par rapport à tous ces sujets.

D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, tu ne sais jamais vraiment quel est le bon ton à adopter, quelle est la bonne ligne éditoriale à suivre lorsque tu dois t’adresser à des gens. Ce n’est pas chose aisée. J’essaye d’avoir une certaine présence, même si je ne peux pas répondre à tout. Je réfléchis souvent par rapport au ton. Car à la fois tu essayes de prendre du recul, de prendre également le temps d’expliquer, mais lorsque tu prends le temps d’expliquer à une personne et que les gens ne lisent plus les réponses, et qu’ils attendent qu’on leur donne les réponses tout le temps, je ne suis pas une machine non plus ! Quand je vois ce que fais le Community Manager du Download Festival France, qui est notre concurrent direct, lui a une approche complètement différente. Et je me pose des questions, je me dis ‘Tiens, est-ce que c’est ça maintenant la manière dont ça doit fonctionner ? Est-ce qu’il faut communiquer comme ça ?’. Lui est beaucoup plus direct que moi, beaucoup plus friendly. Il a un côté beaucoup plus cash. Il répond très du tac o tac. Ce n’est pas trop ma ligne même si je pourrais par exemple l’exploiter sur une story décalée. Si nous avons un projet décalé, nous pourrions avoir une story décalée. Et donc c’est intéressant tout ça parce que je vois qu’il s’en sort, que ça plaît. Car c’est toujours difficile, comme par exemple lorsque tu essayes de faire de l’humour. J’ai bien conscience que tu ne peux pas faire rire tout le monde. Parfois, lui va prendre le parti pris de poster certaines choses que moi je ne posterai pas.

Sur le plan du rapport avec le public sur les réseaux sociaux, tu évoques les retours que j’avais eus il y a quelques mois lorsque nous avions posté une photo d’une festivalière légèrement dévêtue et les réactions parfois conservatrices qui en avaient découlées. En fait, c’est très étrange de voir que lorsqu’il y a l’exploitation du festival il n’y aura jamais vraiment ce type de problèmes, de jugements, etc. Par contre sur les réseaux en amont, des soucis peuvent se poser. Nous sur Facebook on est à plus de 417.000 personnes. Cela veut donc dire que ce n’est pas l’intégralité des gens qui vont chez nous. Quoi que tu mettes, quoi que tu fasses, tu trouveras toujours le moyen de fâcher quelqu’un. C’est toujours bien pour les gens (et pour nous) de pouvoir donner son avis car, même si l’on ne te demande pas ton opinion, tu as quand même l’opportunité de la donner. Après, nous on a toujours voulu défendre ce côté un peu glamour. Je trouve qu’il y a un côté hyper exutoire sur le festival, que les festivaliers se sentent bien. Et après, il faut dire ce qui est : nous sommes dans un milieu où on travaille le culte du corps. De par les tenues, de par les tatouages, etc. La question est donc : pourquoi chacun pourrait se montrer comme il le souhaite pendant l’exploitation et pourquoi on ne pourrait pas mettre en avant sur les réseaux le reflet de ce qui s’y passe ? Evidemment sans être grossier ou vulgaire, entendons-nous bien. Car je ne suis pas là pour faire de la peine ou être dans la vulgarité. Mais j’aime bien cette espère de décence qu’il y a sur le lieu du festival où l’on se dit ‘nous sommes entre nous, on ne se connait pas mais il y a cette sensation de bien-être et d’exutoire’. Donc il n’y a jamais de soucis durant le fest. Mais c’est vrai, par contre, que sur les réseaux sociaux les gens ont tendance à dire ‘bon voilà, on n’est plus dans le cadre du festival donc ça et ça et ça c’est interdit’. Du coup, nous faisons très attention à toutes ces problématiques.

Nous apprenons tous les jours de toute façon. Parfois certains trucs sont mal passés. Parfois tu penses bien faire et en fait non. Tu vois, on peut prendre l’exemple de la dernière Saint-Valentin. Je voulais mettre quelque chose et puis je l’ai enlevé. Pour l’anecdote, on a l’un de nos collaborateurs qui fait partie des équipes techniques qui s’appelle Valentin. Dans cette optique, je voulais faire un post avec une accroche genre ‘Fuck la Saint-Valentin, le vrai amour est au Hellfest !’. Mais je me suis abstenu parce que je ne voulais pas que ça pose de soucis à tous ceux pour qui c’est important. Et j’ai partagé le message, grosso-modo de base que je voulais partager, mais sur mon propre Facebook. Je ne l’ai donc pas mis sur la page du festival, même si je trouvais ça cool. Après tu sais, souvent lorsqu’il y a des filles et qu’elles sont un peu déshabillées il peut y avoir des soucis. Ce qui est étonnant, c’est que l’événement en lui-même reste focus sur le côté un peu éclectique, un peu sexy. Un moment d’ailleurs apprécié par les photographes de tous les genres. Donc peut-être que ça vient d’un côté mal assumé, je ne sais pas. Je vois un peu les limites mais je ne suis pas du tout infaillible. Concernant la gestion des réseaux sociaux et tout ce qui va avec, Benjamin (Barbaud) me fait confiance. Je ne vais pas, et ne peut pas, lui demander à chaque fois sa validation. Parfois, lorsqu’il se passe quelque chose, on peut néanmoins se dire entre nous ‘tiens nous avons fait ça comme ça, nous aurions pu le faire différemment’, etc. L’apprentissage, sur toutes ces questions-là, est constant. »

« Pourquoi chacun pourrait se montrer comme il le souhaite pendant l’exploitation et pourquoi on ne pourrait pas mettre en avant sur les réseaux le reflet de ce qui s’y passe ? »

LA COMMUNICATION DU HELLFEST ET SON PROCESSUS DECISIONNEL

« Après, plus globalement, le schéma de communication a changé à cause de ces ventes précipitées. Par exemple, cette année nous fêtons notre treizième année. J’ai voulu travailler autour du chiffre 13, que l’on fasse du story telling autour de ça. Je disais à Ben qu’il serait dommage de se reposer sur ses lauriers et qu’il est nécessaire de continuer vraiment à travailler sur l’image et à réinvestir pour que cela nous donne la possibilité de projeter l’image sur les écrans géants. Donc c’est un budget ; et moi je suis là pour défendre l’importance de la communication pour le festival car nous en avons besoin. Donc tout cela nous en parlons entre nous. Mais, aujourd’hui, le projet est tellement grand que c’est difficile de pouvoir prendre Ben et se dire ‘tiens nous allons faire une réunion sur la comm’’. Car, à chaque fois, nous allons nous dire qu’il faut la faire et, au final, nous ne la ferons jamais parce que nous n’avons pas le temps. Et il faut garder en tête sur ce sujet que nous sommes dans un climat sans rétro-planning, parce que nous sommes tributaires des validations des groupes et de la concurrence. Car si l’on se dit ‘on va tout sortir à telle date deux mois avant’, si la concurrence a interagi avant, ou s’il se passe quelque chose avant, il faut toujours être au taquet. Du coup, c’est vrai que nous travaillons toujours un peu sans filets.

Donc, avec le graphiste, nous essayons d’avoir quelques jours d’avance pour que, lorsque l’on évoque quelque chose avec Ben, ce soit pour une validation totale d’actions que nous avons mené au préalable. Sur le plan du graphisme, nous travaillons avec notre graphiste en interne, Mush, qui est vraiment le graphiste du festival. Et maintenant, sur les activités qui concernant ma partie de communication à proprement parler, et parce que Mush a trop de travail, je travaille avec un graphiste extérieur qui s’appelle Gregory de Visual Injuries. Et à chaque fois que Gregory créé des images, Mush les valide. Ce fonctionnement est bon parce que, comme un climat de confiance s’est instauré au fil du temps, du coup cela permet à Mush de se libérer. Car pour lui le travail est monstrueux avec toutes les déclinaisons, etc. En plus, Mush travaille de chez lui, à Nantes, depuis toujours et n’est pas au bureau. Parfois, cela peut être un peu compliqué quand il faut aller vite car Ben est là avec moi, j’ai Mush au téléphone, donc le processus peut être un peu long. Mais nous arrivons toujours à nous dépatouiller. Quand j’ai approché Benjamin et lui ait dit que j’aimerais bien cette année prendre le risque de tout caler sur le 13 (sortir les groupes un 13, à 13H13, etc.), il m’a répondu que l’idée était cool. Mais il m’a aussi indiqué que si je devais me lancer là-dedans, il fallait vraiment respecter les horaires. Si tu lances à 13H13, il ne faut pas que ce soit à 13H14. Et c’est vrai qu’en plus, lorsque tu fais une mise en ligne billetterie, tu passes par de nombreux prestataires. Mais, au final, cela s’est très bien passé. Même si je pense que l’on ne refera pas 14H14 l’année prochaine !

Tu évoques la synergie de décision, c’est vrai qu’au sein de l’équipe Hellfest nous sommes amenés à discuter sans cesse entre nous des choses. Il est plus délicat d’avoir Benjamin car il est vraiment très sollicité. Lui nous apporte cette espèce de recul dont nous avons besoin. Je travaille beaucoup avec Yoann (Le Nevé), régulièrement avec Mush et un petit peu avec Guillaume qui s’occupe de la partie merchandising via tous les projets du fan club. Il sera présent sur la tournée du warm up. Au Warm-Up, de l’équipe Hellfest il y aura aussi Romain Piot pour la partie technique, Romain Drone qui a été le lighteux d’Ultra Vomit, d’Abbath, etc. Nous avons avec nous un vidéaste. Je me fais également aider d’un Community Manager car, comme sur la tournée je gère la régie générale, je ne peux pas assurer les réseaux sociaux en parallèle. J’ai également un assistant qui arrive chaque année pour nous aider dans tous ces projets. C’est par exemple le cas ce lundi.

En ce qui concerne les artistes présents au Warm-up, c’est moi qui les aie choisis. Un groupe comme Ultra Vomit, c’est cette année où il fallait le faire. Car je travaille avec l’agent depuis l’année dernière et je m’étais dit qu’il y avait quelque chose à faire avec lui. L’album est sorti, ils sont montés, c’est un groupe qui est vraiment très attendu et c’est facile de communiquer avec eux. Car il est nécessaire de garder à l’esprit que mon travail de base n’est pas du tout d’organiser une tournée. Je ne suis pas tourman, je fais ça à côté. Ca me fait plaisir mais c’est très dur. Après, je n’ai pas envie de déléguer car c’est un peu mon projet à moi, c’est mon petit bébé. Et si tu commences à travailler avec des artistes encore plus gros, là il faut avoir un peu plus de bouteille. Peut-être que ce sera le cas l’année prochaine, nous verrons. Le Warm up nous permet d’aller à la rencontre des fans et de mettre en avant de bons groupes comme Display Of Power, le groupe de reprises de Pantera, qui envoient du lourd !

Au sein du Hellfest, chacun a son mot à dire. C’est également valable sur la partie programmation. Que ce soit la programmation des six scènes, du metal corner, de la Hellstage, la programmation du VIP ou du Hellfest Cult : tout est divisé. Concrètement, Ben va s’occuper des deux Mainstages, Yoann va gérer la Warzone et la Valley, Hélène va concocter la programmation de la Temple et de l’Altar, je donne parfois un coup de main à Yoann pour gérer le Hellstage et le Metal Corner. Personnellement je gère avec mon assistante Shannon également le tremplin Voice Of Hell qui va propulser deux groupes sur les Mainstages. Je gère également la programmation du Cult ainsi que les performeurs. Par contre, concernant les six scènes principales, bien que ce soit Ben et Yoann qui gèrent les quatre petites scènes, ce sera toujours Ben qui jugera de la couleur de la scène. En disant à Yoann ‘là qu’as-tu à me proposer ? Ca manque de ci, de ça’ et j’aime toujours les entendre discuter de ces questions. Au tout début il était vraiment très impliqué, mais maintenant cela fait quelques années qu’ils sont dedans donc ils ont pris le pli. Mais tu sens néanmoins qu’il y a toujours l’influence de Benjamin sur l’intégralité de la programmation. »

« Au sein du Hellfest, chacun a son mot à dire. C’est également valable sur la partie programmation. Que ce soit la programmation des six scènes, du metal corner, de la Hellstage, la programmation du VIP ou du Hellfest Cult : tout est divisé. »

RUNNING ORDER, CONCURRENCE ET ETAT D’ESPRIT PERSONNEL

« La question du running-order est d’ailleurs horrible à gérer parce que sur l’affiche dès que tu tires à droite, ça tombe à gauche. Et dès que tu tires à gauche, ça tombe à droite ! Tu dois mélanger les guerres d’ego des groupes, les guerres d’ego des agents. C’est infernal et c’est vraiment une partie qui embête tout le monde. Imagine ce que ça peut avoir comme conséquence quand nous travaillons avec Mush et que les logos sont à un millimètre, un plus haut, un plus bas. Car ce sont des questions de taille, de place. Et le pire dans tout ça, c’est que Benjamin fait ses négociations avec les agents mais même maintenant, cette année je l’ai remarqué, les fans vont se plaindre de la taille des groupes sur l’affiche. Ce qui n’était pas le cas avant. C’est-à-dire que l’on peut entendre des choses de type ‘pourquoi Napalm Death est plus petit que Septicflesh ?’. Au lieu de se dire ‘eh bien il y a les deux groupes je m’en fous !’. ils vont se plaindre parce qu’ils ne retrouvent pas la considération qu’il voudrait avoir. Après, je pense que c’est le cas parce que les fans ont tendance à oublier qu’il y a des négociations avec les agents. Et puis quelque part nous ne sommes pas là pour leur montrer les mauvais côtés de la musique. Mais c’est vrai que parfois tu as envie de dire ‘bon, plus petit ou plus gros, l’essentiel est qu’ils soient là tous les deux non ?’.

Tu évoques le Download. Personnellement je n’y suis jamais allé. Je pense toutefois que nous proposons deux choses différentes. Le Download a une assise financière que nous ne pouvons pas égaler. Et qui peut nous faire mal parce qu’ils sont en mesure d’acheter vingt dates de groupe. Par contre ce sont des gens qui n’ont pas d’histoire, alors que nous, nous avons une histoire. Pour le moment il n’y a jamais vraiment eu de conflits parce que personne n’est vraiment passé à l’attaque. Donc pour le moment ça se passe bien. Après, je trouve que pour l’instant le Download reste un festival parisien. Quand tu es à Paris tu te dis ‘je vais voir le concert de Maiden’, ‘je vais voir le concert de Foo Fighters’, etc. Il n’y a pas cette expérience de ‘je vais faire un festival en intégralité’. L’année dernière, les gens critiquaient les conditions d’accueil. Mais, c’est un nouveau festival donc il est normal que ce soit compliqué en ce qui concerne les conditions d’accueil car lorsque tu es nouveau tu ne connais pas. Mais après, nous ce que nous construisons en dix semaines, ils peuvent le construire en une semaine. Mais oui, avec le temps il vont s’améliorer. Après, ils ont cette force cette année que la programmation soit intéressante. Mais tous ces grands groupes ne sont pas éternels. Ils sont amenés à disparaître. Donc faire perdurer le festival est compliqué.

Avant nous étions leaders donc aujourd’hui c’est bien d’avoir un concurrent au même niveau. Cela permet aux gens de pouvoir comparer, de pouvoir se dire ‘si tu ne vas pas au Hellfest, cela laisse la possibilité à quelqu’un d’autre d’y aller à ta place’ étant donné que nous sommes complets. Et s’il n’y a plus de places au Hellfest, c’est toujours cool de pouvoir proposer aux metalleux un autre festival pour profiter de chouettes groupes. Il ne s’agit pas d’être égoïste, sans être lèche culs. Mais au niveau des rapports, ils sont ce qu’ils sont. Cela reste de la concurrence. Après Ben entretient de très bons rapports avec de nombreux festivals comme le Graspop, par exemple. C’est d’ailleurs dans l’intérêt de tous les festivals de pouvoir caler des dates différentes et de s’arranger en ce qui concerne les groupes. Cette année, je sais par exemple que Ben a fait un geste pour le Graspop en décalant Emperor pour le filer au Graspop. Pourtant, il n’était pas obligé de le faire. Ils se parlent aussi sur les prix ‘combien tu as payé ?’, etc. alors qu’avec Live Nation il n’a pas de relations car ce sont des anciens du Sonisphere. Et là il y a eu des confrontations et des animosités qui étaient humaines.

Après, au niveau des têtes d’affiches, Ben a essayé de faire Guns N’ Roses car il les avaient vu aux Etats-Unis et avait trouvé ça très bien. Idem pour moi qui les aient vus au Stade de France. Mais, dans le cadre d’une dynamique, lorsque tu fais Guns N’ Roses au Stade de France et qu’il n’affiche pas complet, nous trouvons ça bizarre que Download rajoute une quatrième journée un lundi, soit la semaine du Hellfest, en tête d’affiche. Eux ils ont beaucoup d’argent à perdre et peut-être qu’ils sont dans un schéma économique où ils se disent ‘peut-être qu’on perdra tant de millions d’euros les dix prochaines années mais l’intérêt c’est qu’on finira par écraser les autres festivals en achetant les groupes de plus en plus chers’. Après, concernant les négociations, parfois Ben nous en parle et parfois non. Mais Ben peut proposer tant, à telles conditions, et finalement il prend la décision de ne pas prendre le groupe concerné. Mais parfois il va payer un groupe très cher qui ne vaut pas ce prix sur l’affiche mais il va le prendre quand même. Car il va penser que c’est positif pour le rayonnement de son affiche. L’année prochaine, les gens se battront pour avoir Slayer mais cela ne m’étonnerait pas que les cachets soient augmentés par dix !

En tout cas, le fait de remplir le festival avant d’annoncer l’affiche est quelque chose qui nous dépasse complètement. Et ce qui est marrant, c’est que la première fois que nous avons fait ça en mettant les pass en vente car nous avions un besoin de trésorerie, nous avions fait des petits paris entre nous. Nous nous disions ‘bon on va faire deux milles, trois milles, etc.’. Et quand tout est parti nous avons tous hallucinés. Maintenant, est-ce que ce schéma va devenir classique ? Cette année, quand nous avons remis en vente nous ne nous sommes pas dit ‘c’est bon tout va partir’. Chaque fois il y a des questionnements. Est-ce que, quand l’affiche sera dévoilée, les gens seront déçus ou pas déçus ? Nous nous posons vraiment beaucoup de questions. Et c’est une belle récompense de voir les pass partis et les gens contents de l’affiche. Et puis il y a beaucoup de gens qui viennent et qui disent ‘mais moi Hellfest j’adore et l’affiche je m’en fous ! Je viens pour le festival et quoi qu’il en soit je verrai des groupes que je n’ai pas vus’. Les gens nous font confiance. Mais parfois, ce qui est un peu bizarre, c’est que les gens restent focalisés sur les tous premiers noms qu’on annonce. Si cela ne leur convient pas, ils vont dire que l’affiche n’est pas à la hauteur ou ne les intéressent pas. Alors que nous nous avons toujours véhiculé l’idée de diversité avec 170 groupes. Et quand nous avons annoncé le premier groupe, à savoir Maiden, j’avais mis un petit truc pour leur donner l’eau à la bouche.

Et justement quand nous avons balancé Maiden, qui est quand même Maiden, moi j’ai senti une certaine déception. Les gens disent ‘bah on s’y attendait, finalement’. Donc tu te dis, qu’est-ce qu’il faut pour leur faire plaisir ? Et tu t’aperçois que, finalement, quoi que tu fasses ça ne plaira jamais à tout le monde. Même s’il est très clair que cette année les retours sur l’affiche quand on l’a annoncée ont été très bons. Cette année il va encore y avoir de grosses installations. Toujours dans une même optique, le but sera également de palier à certains soucis rencontrés l’année dernière. Après nous ce qui nous fait peur, à l’instar de tous les festivals, c’est la météo. Car un festival sous la pluie, ou sous les averses, c’est toujours moins bien. Mais nous avons de la chance car, lors des dernières éditions, il a toujours fait beau. Quand tu regardes la météo du Fall Of Summer, sur la dernière édition ce n’était pas drôle. La pluie a des conséquences, car quand tu es sous l’eau c’est toujours plus difficile. Il y a deux ans, nous avions eu énormément de pluie avant le festival. En conséquence, il y avait de la boue partout. Il a donc fallu redévelopper les engins pour que le site soit nickel.

Clisson c’est cool en tout cas ! Maintenant je vis à Clisson Centre. Avant j’étais à Paris, puis Rennes. Le cadre de vie est cool. Et même s’il ne se passe pas grand-chose, nous avons la chance de travailler dans des conditions qui sont super. Sur le plan personnel, j’ai cassé mon plan de travail dix ans après avoir travaillé dans la publicité. J’étais stagiaire, j’ai tenté ma chance. Mon père faisait la grimace me disant ‘tu es cadre dans la pub, tu ne vas pas devenir un saltimbanque !’. Je lui ai dit ‘si si je tente ma chance !’. Et tous les jours je me dis que j’ai de la chance de pouvoir faire ça avec de très bons copains que j’ai rencontré grâce à Hellfest. Avant je connaissais Hélène, notre responsable administrative, qui avait besoin de stagiaires. J’ai du faire patienter ma femme à Paris et prendre un appartement dans les environs sans opportunité d’embauches en plus ! Juste parce que je voulais tenter ma chance. Et comme j’organisais beaucoup de concerts à Bordeaux quand j’étais plus jeune, Hélène m’avait dit qu’il y avait peut-être des choses à faire au niveau de la production Hellfest. Du coup, j’ai fait cinq mois de stage là-bas avant de partir dans une autre boîte sur Rennes pour finalement être rappelé par le Hellfest. Ca s’est passé six mois après et ils m’ont proposé un poste que j’ai accepté sans même demander la rémunération. Ce qui est cool, c’est que nous travaillons tous ensemble avec Ben, Yoann et tous les autres collaborateurs et que nous n’avons jamais ce sentiment d’être sclérosé. Ce projet est immense, et nous pouvons toujours l’améliorer. Améliorer ci, réfléchir à ça ou prendre des initiatives parfois un peu folles : c’est toujours plaisant de pouvoir prendre des initiatives un peu exotiques. »

Interview réalisée à Paris le 15 février 2018 par Amaury Blanc.
Transcription : Amaury Blanc.

Site officiel du Hellfest : www.hellfest.fr.
Billetterie du Hellfest Warm Up : www.digitick.com.



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  • Si je comprends bien mais à part quelques fan tout le monde s’en cogne d’helloween…. D’où mon propos pour tout le monde veux son groupe…. Et pourquoi live Nation n’a pas réussi à les avoir non plus avec tout leurs fric ? En plus ils sont passer à novembre en France il me semble…..

    [Reply]

    Al

    D’où tu causes au nom de  » tout le monde « , moi aussi je pourrai dire  » tout le monde s’en cogne d’A7x  » mais je le fais pas par tolérance c’est tout.
    Ensuite, par rapport à Live Nation, je n’ai pas la réponse, je suis pas manageur.
    Oui ils sont passés en France, où ? A Paris comme d’hab car le promoteur en France est une quiche et que apparemment ce genre de groupes ne rapportent pas assez. Je vis en Allemagne, ils ont fait 4 dates en Allemagne et en feront 4 de plus à la fin de l’année. Mais ça ne change en rien que je ( puis d’autres aussi ) voudrais voir ce que ça donne en festival.
    Le Hellfest ensuite est certes un fest qui prône la diversité, mais quand vous avez que 1 ou 2 groupes de Power par édition … On a jamais vu Stratovarius, Sonata Arctica, Freedom Call, Hammerfall et Gamma Ray n’y ont joué qu’une fois et Helloween 3 fois dont la dernière parution était en 2013. Or, certains groupes qui apparemment amènent davantage de monde reviennent trop (?) souvent !

    @Al: de toute façon Ben Barbaud a toujours dit qu’il n’aimait pas le Power. Le Hellfest veut soi-disant « contenter tout le monde », mais au bout de 13 éditions on commence à voir certaines préférences… ça reste un formidable festival, mais c’est dommage.

    Al

    @TofVW : Ah j’avais donc pas rêvé, il avait bien dit ça !!?? Pourtant c’est un style plus abordable que le death, le black ou que sais-je, mais bon faut croire que ce n’est pas fédérateur. Je sais pas sur 180 groupes tu mets 12 groupes de Power, ça contenterait déjà les fans quoi. Mais bon si les gens sont contents de voir X fois le même groupe chaque année, ça les regarde. Perso j’y vais cette année car il y a des groupes que j’ai vraiment envie de voir, mais aussi car c’est mon dernier Hellfest avant une potentielle expatriation à l’autre bout du monde.
    Puis pour Helloween, et bien on ira en Espagne ou en Belgique, on va encore raquer tant pis.

    Le ned

    Al : je répondais surtout au fais que tu disais que tout le monde se plaignait selon toi que helloween ne sois pas au hellfest ce qui n’est pas forcément de mon avis étant donner qu’il n’ont même pas réussi à remplir le zénith de Paris en novembre….
    Après j’apprécie moi aussi le style et dans un sens je suis d’accord avec toi…
    Et effectivement quand t’es un festoch les TA sont aussi fait d’après plusieurs paramètres et justement le truc de dire pourquoi pas tel groupe a la place de tel groupe… Car en plus selon vos dire a7g et à priori plus attendu…. Mais oui malgré le fait que Ben ne sois pas seul à la prog il est sur que dans tout festival organisé par des fans d’un style ça va jouer sur les décisions… Bon et encore Heresement on est encore loin des festivals genre vielle charrues qui prennent le top 50 en novembre pour choisir 80% de leurs prog^^

    Al

    Ils n’ont pas rempli le zénith de Paris, pourquoi ? Aller sur Paris coûte très cher. Par contre ils ont rempli le 3/4 des zéniths dans lesquels ils ont joué. A Stuttgart où je suis allé, c’était sold-out, et depuis longtemps. Alors parlons même pas du Japon et de l’Amérique du Sud, tout sold-out. Et je n’ai pas dis que tout le monde se plaignait de leur non venue, mais que beaucoup de fans de Power se plaignaient.
    C’est juste une erreur de programmation, ce n’est pas la fin du monde, ils sont encore en tournée et on pourra aller les voir ailleurs, mais un passage au Hellfest aurait été énorme quoi et aurait mis du beurre dans les épinards.
    Après la prog de cette année me convient pas mal, ça va, surtout la temple et la altar. On va un peu abandonner les mainstage.

    Amaury Blanc

    Ils ne sont pas là cette année. Mais leur absence ne sera pas éternelle je pense.

    Al

    Nan bien sûr qu’elle est pas éternelle, mais est-ce qu’ils referont une tournée aussi importante que celle-ci … J’en doute

  • Pourquoi il ton pas répondu ? Parce que ils ont pas que ça à faire car des gars comme toi il y en a 100 par jours qui posent les mêmes questions….

    [Reply]

    Alors si la question revient 100 fois par jour, ça doit sûrement leur tenir à cœur, à ces gens. C’est donc une bonne raison pour y répondre.
    A moins que ton commentaire ait une logique… disons, « différente ».

    Al

    Alors comme l’a dit TofVW, c’était une question qui revenait souvent sur les forums et dans les conversations que j’ai eu, donc je posais la question au nom des fans de Power Metal qui comprennent pas pourquoi le groupe n’est pas programmé. ça change des questions un peu banales qui reviennent X fois du genre  » c’est quand les pass 1 jour ? « ,  » comment on achète la cashless ? « ,  » le camping est inclus dans le pass ?  » etc etc etc
    Alors oui, le passage de ce groupe au Hellfest aurait été un immense plaisir pour bon nombre de personnes car leur tournée est l’une des plus importantes depuis celle de 2005-2006. Du coup on va devoir raquer pour aller les voir dans un fest à l’étranger.

    Le ned

    Oui enfin c’est pareil car chaque fan de certains groupes va demander pourquoi il y a pas son groupe….

    Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas quand on dit que c’est une tournée super-importante, et que ne pas l’avoir au Hellfest est un réel loupé?
    Évidemment qu’il y aura toujours des groupes qui manqueront, mais le Pumpkin United Tour est un évènement, et ne pas programmer Helloween cette année, c’est vraiment stupide (ou alors ils n’ont pas réussi à négocier avec eux).

  • Le Hellfest n’a pas répondu à ma question depuis qu’on a dévoilé l’affiche, pourquoi il n’y a pas HELLOWEEN en TA à la place de A7x !!!!???
    Ils sont en TA des plus gros fests d’Europe ( même au Wacken où ils vont jouer 2h30/3h, une 1ère dans l’histoire de ce fest ). Du coup, aucun passage en France cet été et les fans comme moi vont devoir aller en Espagne, voir … au Wacken.

    [Reply]

    dadou83

    cc apres si tu viens que pour helloween dommage.
    Tout le monde rale mais vois l’affiche.
    y’a quelques années tu achetais hard rock ou hard force ou enfer magazine en septembre pour des groupes qui passaient en aout.
    franchement paye 200e et regale toi.

    dadou83

    et franchement maintenant j’habite dans le trou du cul du var30 km de toulon alors niveau metal mange ta mere.
    met toi toi triggerfinger dans les oreilles
    ha oui j’ai été voir scorpions en me disant si ca peut donner envie a certain de programmer du metal sur ma region

    Al

    Je viens pas que pour Helloween, il y a pleins de groupes cools, puis en Auvergne aussi ( même si je vis en Allemagne depuis quelques temps ) il y a peu de groupes qui viennent.
    Je pensais juste que ce serait sympa pour les fans de Power, qui sont quand même nombreux, puis en TA à côté de Judas et Maiden, ça ferait une TA 100% années 80, et 3 monstres mondiaux sur l’affiche ça ferait une sacrée claque

    Otto Rail

    Helloween c’est LE regret de cette affiche 2018 !!!! Qui par ailleurs est, malgré tout pour moi, la meilleure de mes 4 Hellfest …. le metalleux est un animal compliqué 😂

    Evan

    Justement le Hellfest vise à la diversité et à la non-spécialisation de la prog, donc trois têtes d’affiche 100% Heavy/Power années 80 ça ne correspond pas vraiment à l’image du festival qu’ils essayent de faire passer. Ca orienterait vraiment l’image de la prog au détriment du « y’en a pour tous les goûts, aussi bien des groupes modernes que de l’old-school ».

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