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Live Report   

Alice Cooper : une belle cerise sur un bien sympathique cauchemar


Deux groupes dont l’actualité discographique n’est pas affolante – Alice Cooper sort un EP, le dernier album de Black Stone Cherry date d’avril 2018 et le Black To Blues Vol 2 reste à venir – se retrouvent sur scène, sur une île à deux pas de la capitale. Signe de cette époque où tourner est plus rentable que réaliser un disque ? En tout cas, l’idée de retrouver le maître du « shock rock » pour l’une de ces trois dates françaises avec Marseille et Bordeaux est toujours un plaisir tant l’artiste est coutumier de concerts spectaculaires ! L’homme le dit par ailleurs, l’idée désormais est de divertir, plus de choquer. Spectacle et divertissement ? Comment ne pas adhérer à un tel programme ! Avec quelques cerises drôlement pêchues pour s’ouvrir les papilles auditives. Prêt à traverser la Seine pour le retour du « Ol’ Black Eyes » ? Franchissons donc le pont.

20h. Les cerises du Kentucky débarquent et c’est pied au plancher qu’ils lancent la soirée. Ben Wells et Jon Lawhon n’arrêtent pas de bouger, de changer de côté, d’aller au plus près de la scène sur les plateformes pour prendre de la hauteur. Derrière ses fûts, John Fred Young est démonstratif en diable. Décoiffant !

Artistes : Alice CooperBlack Stone Cherry
Date : 20 septembre 2019
Salle : Le Seine Musicale
Ville : Boulogne-Billancourt [92]

Une cerise gorgée d’énergie

A noter que le batteur porte un tee-shirt Alice Cooper de circonstance. Derrière, une grande tenture avec une cerise pas commode habille le fond de la scène. Sobrement et efficacement. A l’image de ce qui se déroule sur scène. « In My Blood » calme un moment les esprits après ce début tonitruant. Le blues s’invite ensuite avec le court intermède de guitare de Chris Robertson bientôt soutenu par l’énorme frappe du batteur. C’est « Blame It On The Boom Boom » qui arrive et le groupe en profite pour solliciter le public, le faire chanter. Surtout ne jamais lui laisser l’opportunité de décrocher. L’enchaînement direct avec « White Trash Millionaire » illustre d’ailleurs assez bien cette volonté de garder la salle en éveil. C’est efficace et finalement varié. Sur scène, l’attitude des musiciens, débordants d’énergie, en contact permanent avec les spectateurs, est irréprochable. Rock’n’roll en fait.

Chris s’adresse au public, lui demandant comment il va, le remerciant, indiquant que c’est une belle manière de démarrer le week-end. Histoire d’amener la Seine Musicale à bonne température, le chanteur demande si la salle est prête pour le parrain du shock rock. Et de demander quel est son nom à des fans qui n’en demandent pas tant ! Chris demandera un peu plus tard qui a déjà vu Black Stone Cherry avant de présenter le groupe. Côté son, un petit peu fort, brouillon. Rien toutefois qui ne gâche la soirée, rien qui ne gâche le clin d’œil à Hendrix sur un extrait de « Purple Haze ». Les spectateurs sont bien là, qui terminent la phrase : « Excuse me while I kiss the sky ». Il est 20h45 quand la première partie se termine. Dire que ces quatre garçons sont là depuis le début du groupe ! Le secret de leur efficacité sur scène ? Peut-être. Musicalement, ils ne révolutionnent pas énormément les choses, mais ce soir, ils ont offert une très belle prestation, généreuse, avec un énorme esprit. N’hésitez plus à goûter à quelques cerises lors de leur prochain passage près de chez vous. Leur goût est délicieux !

Setlist :

Burnin’
Me And Mary Jane
Blind Man
In My Blood
Blame It On The Boom Boom
White Trash Millionaire
Lonely Train
Cheaper To Drink Alone
Family Tree

Une des figures horrifiques

« Feed My Frankenstein », « No More Mr. Nice Guy ». En ouvrant avec deux classiques de sa discographie, l’Américain fait assurément plaisir aux fans et plante le décor d’un artiste qui reste pertinent plus de quarante après. « No More Mr. Nice Guy » date tout de même de 1973 ! Il faudra attendre « Fallen In Love » et son harmonica pour entendre un son récent. Ce titre sera d’ailleurs le seul issu des années 2000, les morceaux joués ce soir datant essentiellement des années soixante-dix et quatre-vingt. Sur scène, le groupe irradie de sa classe et de son attitude, évoluant dans un décor représentant un château, avec tourelle. De-ci, de-là, quelques figures horrifiques sont disséminées. Le son est correct et les trois guitares ravissent nos tympans. Après ce titre récent, retour plus de quarante ans en arrière avec le rythmé « Muscle Of Love », puis nouveau saut d’une décade pour un « He’s Back (The Man Behind the Mask) » au goût légèrement vénéneux et largement plus musclé que l’original de 1986. Malgré les sauts dans les différentes époques, l’ensemble reste cohérent, appuyé sur les guitares. Exit les claviers dégoulinants. Puis arrive un des premiers classiques qui dépassent le simple cadre du musicien, « I’m Eighteen », qui voit l’Américain utiliser une béquille.

Sur ce morceau, le moment où Nita Strauss se rapproche de Ryan Roxie pour récupérer le solo de guitare comme si elle le lui piquait est franchement sympathique. L’effet est très réussi et montre un certain sens du détail dans la mise en scène du spectacle. Sens du détail qui s’applique aussi lorsque Alice dirige ses trois guitaristes avec sa baguette pour une petite note chacun. Gros succès pour ce titre ! Tout au long du concert, l’espace est extrêmement bien occupé avec des musiciens mobiles, toujours sur le devant de la scène, le maître de cérémonie compris. « Billion Dollar Babies » continue la fête et l’arrivée successive des guitares est de toute beauté ! En fond de scène, une tête de bébé… affreux ! Alice a troqué sa béquille pour une épée et un canon à billets et serpentins arrive sur scène, accessoire conséquent du joyeux barnum « cooperien » ! La soirée décolle, Ryan et Nita toujours très mobiles sont désormais sur la plateforme supérieure, en fond de scène, derrière la batterie, elle-même côté jardin de la scène. Jamais deux sans trois ? Jamais deux sans trois classiques indémodables. « Poison » – quel titre ! – débarque et les fans de chanter les premières paroles. Belle interaction entre les spectateurs et le groupe. Groupe dont les trois guitaristes et le bassiste se regroupent derrière Alice pour un plan assez savoureux. A ce sujet, les plans où plusieurs musiciens se regroupent sont toujours justes, naturels, dosés ce qu’il faut pour en mettre plein les yeux, jamais éculés, évitant tout cliché.

Que de classe parmi tous ces musiciens !

Alice et son groupe transpirent une aisance scénique et un naturel « rock’n’roll » indéniables. Bien agréables à savourer. Il va sans dire que ces bébés rencontrent un franc succès ! Sur la tourelle, un guitariste attaque un solo. En fait, il s’agit d’une guitariste : Nina vêtue d’un vêtement à capuche a pris de la hauteur avant de descendre par l’escalier pour retrouver le niveau « bas » de la scène. Les autres musiciens la rejoignent, suivis de très près par Alice Cooper qui revient en chemise blanche, armé d’un couteau, histoire de ne pas laisser le côté horrifique retomber. Et pour continuer le spectacle, arrive une mariée très bizarre, portant un chandelier et un bouquet dont on se dit qu’on ne voudrait pas le recevoir ! Quoi qu’il en soit, « Roses On White Lace » est excellent, rythmé à souhait. Sur « My Stars », c’est au tour d’Alice d’être sur la tour, vêtu d’une belle veste bleue. Puis le chanteur disparaît, laissant les guitares déchirer l’espace et le groupe assurer « Devil’s Blood ».

Après qu’une voix a précisé en substance « we don’t pledge allegiance to the Black Widow », le groupe lance le titre « Black Widow » qui verra chacun des guitaristes exécuter un solo en se passant le relais en quelque sorte, donnant un côté très complice à la prestation. Le public apprécie cet échange entre les trois musiciens ; il a sacrément raison ! Mais sur scène il y a aussi un batteur ! C’est à son tour de briller avec un solo que les spectateurs saluent à juste titre : l’exercice est assez court pour être plaisant et Glen Sobel est très démonstratif, jonglant avec ses baguettes pour un solo très visuel. Bassiste et guitariste reviennent, se placent à quatre de front devant la scène pour une fin plutôt forte de ce titre. Le divertissement continue avec Alice qui arrive en camisole, accompagné de deux gardiens à énorme tête de bébé. « Steven » nous souhaite la bienvenue dans le cauchemar « cooperien ».

Bientôt, une infirmière arrive, poussant un landau. Libéré de sa camisole, le méchant Alice se saisit du bébé qui se tenait dans le landau. L’infirmière proteste mais est vite évacuée de scène par un homme de main masqué. En fond de scène, des images de bébés parachèvent le spectacle, tandis que de la fenêtre de la tourelle, le public peut apercevoir un autre visage de poupin. Il va sans dire que personne ne voudrait croiser un de ces poupins qui font plutôt peur. Le groupe enchaîne sans temps mort sur « Dead Babies ». L’horreur et le Grand-Guignol atteignent de délicieux sommets au moment où Alice, armé d’un hachoir de boucher, s’apprête à abattre sa folie sur le poupin. In extremis, les deux gardiens qui l’avaient accompagné sur scène pour « Steven » interviennent et évitent l’infanticide. Il est d’ailleurs temps de punir ce fou qui tient la scène : la guillotine arrive, Alice y est installé et sa tête est tranchée ! Les bébés sont sauvés et peuvent se libérer : de la tourelle sort un énorme bébé, celui dont on apercevait la tête. Le poupin géant accompagne les musiciens sur scène.

Alice est en grande forme

La soirée continue et le cirque horrifique aussi. En effet, sur « Teenage Frankenstein », une créature, là aussi de taille conséquente, mi-Alice, mi-Frankenstein, déboule sur scène. Vêtue d’une tunique noire et portant des chaînes autour du cou, elle accompagne le groupe sur ce titre qui intervient juste avant la pause rappel. Il est 22h30. Les musiciens reviennent assez vite. Alice a revêtu un maillot de foot américain floqué d’un « Cooper 18 » et la salle résonne du classique « Under My Wheels ». Piochant dans sa garde-robe assez fournie, le chanteur est désormais habillé d’un queue-de-pie et d’un haut-de-forme blanc. Et la sonnerie de retentir dans la Seine Musicale annonçant que « School’s Out » arrive avec pluie de confettis et énormes ballons de couleur lancés sur le public, que le chanteur se fait un malin plaisir à crever avec son épée. L’incursion désormais classique de l’extrait de « The Wall » de Pink Floyd est toujours bien agréable à entendre.

Vincent « Demon » Fournier profitera de ce titre pour présenter les musiciens qui seront chaleureusement salués par des spectateurs ravis de la soirée. L’infirmière revient sur scène et reçoit elle aussi une belle ovation. Il est 22h40 quand la fête se termine. Il est toujours agréable de plonger dans le cauchemar d’Alice Cooper ; l’homme est en forme, proche de ses fans – n’a-t-il pas jeté sa canne dans la foule au début de concert ? –, son groupe est percutant, son répertoire assez vaste pour ne pas se répéter et le spectacle offert est de grande qualité. Que demander de plus ?

Setlist :

Feed My Frankenstein
No More Mr. Nice Guy
Bed Of Nails
Raped And Freezin’
Fallen In Love
Muscle Of Love
He’s Back (The Man Behind The Mask)
I’m Eighteen
Billion Dollar Babies
Poison
Solo de guitare de Nita Strauss
Roses On White Lace
My Stars
Devil’s Food
Black Widow Jam
Steven
Dead Babies
I Love The Dead
Escape
Teenage Frankenstein
Rappels :
Under My Wheels
School’s Out



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