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Chronique   

Alice Cooper – Detroit Stories


Devenir « Capitaine Crochet ». C’est en ces termes que Vincent Furnier définissait ce qui l’a poussé à devenir Alice Cooper. Il s’agissait de devenir le pendant agressif, presque répulsif, des héros du rock d’alors. Alice Cooper a choqué par son image et son art, jusqu’à devenir une figure emblématique et fondatrice d’une philosophie rock différente. Un rock désenchanté, moins orné et plus subversif en apparence. Detroit Stories s’inscrit dans la droite lignée de l’EP Breadcrumbs (2019) qui cherchait à rendre hommage à la scène musicale d’une ville mythique, berceau du hard rock et de Vincent Furnier lui-même. Detroit Stories a été produit par Bob Ezrin, à l’origine du cachet sonore d’Alice Cooper il y a cinquante ans sur son premier succès Love It To Death (1971). Detroit Stories s’apprécie comme un temps de réflexion sur une époque où « percer » signifiait arpenter toutes les salles de concerts – aussi miteuses soient-elles – avec la volonté d’en découdre avec la concurrence. De quoi entretenir le fantasme d’une époque révolue.

Detroit Stories a bel et bien les allures de ce fantasme. Bob Ezrin n’est pas la seule icône à être venue prêter main-forte à Alice Cooper dans un studio de Detroit. Il a fait venir plusieurs musiciens de Detroit dont le guitariste Wayne Kramer (MC5), le batteur de Detroit Wheels Johnny « Bee » Badanjek, le bassiste de jazz et R&B Paul Randolph ainsi que les Motor City Horns. Le cachet de Detroit Stories se veut résolument old-school, avec cependant une diversité que Paranormal (2017) n’avait pas nécessairement. « Rock & Roll », la reprise du titre culte du Velvet Underground, a beau être l’œuvre de musiciens new-yorkais, Alice Cooper se l’approprie sans sourciller : groove alourdi, énergie décuplée et interventions qui gagnent un tranchant foncièrement hard (Steve Hunter et Joe Bonamassa ont participé à l’enregistrement), avec un certain degré de sensualité dans le chant, allant jusqu’à reproduire le léger grain éraillé de Lou Reed. Au jeu des reprises, Alice Cooper incorpore dans la tracklist certains morceaux de l’EP Breadcrumbs, qui trouvent sans peine leur place : le classique « East Side Story » de Bob Seger et « Sister Anne » du MC5. « Go Man Go », également de la partie, explicite les accents punks de la musique d’Alice Cooper. Ce dernier se prête même au jeu de l’actualisation futile avec « Detroit City 2021 » (qui n’est autre que « Detroit City 2020 », remake du « Detroit City » de 2003 sur The Eyes Of Alice Cooper, réduit à une forme plus primitive). Autant de réemplois qui font sens lorsqu’on appréhende la démarche d’ensemble de l’artiste. Detroit Stories est la réalisation finale d’un projet dont Breadcrumbs n’était que l’ébauche.

Ces morceaux participent par ailleurs à la variété de Detroit Stories, son véritable point fort. Alice Cooper s’est décidé à explorer tous les registres et à mettre en avant la richesse d’une scène et la polyvalence des musiciens, au-delà du hard rock élémentaire (« Social Debris », « Shut Up And Rock », simple et efficace). « Our Love Will Change The World » cache un constat amer et pessimiste derrière des atours de pop joyeuse proche des Sixties. A l’inverse, le mélancolique « Hanging On By A Thread (Don’t Give Up) », mêlant guitare grungy et clavier gothique eighties, cherche à véhiculer un message de courage face à la tentation du suicide. « $1000 High Heel Shoes » présente la facette plus glamour d’Alice Cooper en faisant intervenir cuivres, chœurs féminins soul, basse groovy et guitares funk faisant directement écho à la Motown également née à Detroit. « Drunk And In Love » nous communique la peine d’un pilier de comptoir désabusé et dévasté pouvant à peine taper du pied le shuffle blues qui l’accompagne. « I Hate You », avec son déversement de fiel autodérisoire, a quant à lui l’énergie juvénile et l’austérité des balbutiements du punk. Detroit Stories est en réalité, au-delà de l’hommage évident rendu à une scène qui permettait de se laisser emporter par la folie des Stooges ou de Ted Nugent pour une bouchée de pain, une ode à la faculté d’adaptation d’Alice Cooper. Detroit Stories nous relate tout ce que l’artiste a traversé, naviguant entre les évolutions d’un genre qui a connu une quantité faramineuse de transformations.

Alice Cooper ne choque plus personne, l’avènement d’internet et la réalité même ont rendu obsolètes les artifices et les discours que l’on pouvait alors dévoiler sur scène. Detroit Stories peut certes donner du grain à moudre aux partisans de l’argument fallacieux « c’était mieux avant ». Ce serait ne pas comprendre ce qu’Alice Cooper a entrepris. Un hommage n’est ni une comparaison ni un regret. Detroit Stories est à considérer pour ce qu’il est : des histoires pour une Histoire, celle qui doit mettre en avant les monuments du rock. Ceux qui sont pertinents aujourd’hui le doivent bien à ces derniers, Alice Cooper en tête.

Lyric vidéo d’ « Our Love Will Change The World » :

Chanson « Rock‘n’Roll » :

Album Detroit Stories, sortie le 26 février 2021 via earMUSIC. Disponible à l’achat ici



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