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Chronique   

Alice In Chains – Rainier Fog


Depuis Black Gives Way To Blue (2009), Alice In Chains ne cesse de confirmer qu’il est toujours l’un des cadors de la scène rock contemporaine. On pouvait à l’origine être sceptiques à l’idée du chant assuré par William DuVall et Jerry Cantrell, mais bientôt dix ans après leur album du retour, force est de constater que ces derniers réussissent avec brio, ce qui fait que Black Gives Way To Blue et The Devil Put Dinosaurs Here (2013) ont en partie ravi les fans de la première heure. Alice In Chains exécutait ses codes avec une production plus lourde, sans pour autant changer sa formule, cette fibre immédiatement reconnaissable. Rainier Fog est un autre animal cependant. Pour la première fois depuis vingt-deux ans, le quatuor revient à Seattle, berceau du grunge. Rainier Fog fait renaître quelque chose que les précédents opus n’avaient pas forcément pu.

Tout dans cet album renvoie à Seattle, jusque dans le titre qui fait référence au Mt. Rainier dans ladite ville. L’enregistrement des pistes de base s’est déroulé au Studio X de Seattle, anciennement Bad Animals Studio, là où Alice In Chains avait produit l’album sans titre de 1995. Nick Rasculinecz est encore aux manettes, ce qui est le cas depuis 2009. Pourtant le son de Rainier Fog n’a que peu de choses à voir avec ses deux prédécesseurs. Il renvoie à la période glorieuse du grunge, avec des guitares plus « sales », une production moins massive et plus authentique. Le riff saccadé de l’ouverture « The One You Know » a le mérite de présenter ce qu’est Rainier Fog : un album audacieux, vivant et surtout extrêmement inspiré. La composition d’Alice In Chains est pourtant toujours la même, mais il y a une force inexplicable qui fait que tout fonctionne encore mieux, que ce soit les couplets pesants tel le riff de « Red Giants » (qui a un feeling similaire au « Grind » de 1995), ceux de « The One You Know », le groove de ceux de « Drone », les refrains enlevés à l’image de « Rainier Fog » ou des harmonies tout en bends de « So Far Under » dont seul le groupe a le secret. « Heaven Beside You » n’est parfois pas très loin lorsqu’on écoute la pseudo-ballade « Fly » ; une chanson légère et lumineuse, avec un cachet à cheval entre les nineties et seventies et un solo digne des grandes heures de Led Zeppelin (qu’on aurait aimé savourer plus longuement), qui voit dans sa successeur, la Sabbathienne « Drone » et ses effets de wah wah psychés sur la fin, une sorte de négatif (joliment amené par l’outro de « Fly » où quelques notes s’assombrissent). Les délicates progressions d’arpèges acoustiques de « Maybe » démontrent de manière flagrante le dessein d’Alice In Chains : instiller sans cesse du mouvement dans ses compositions. Chanson encore en opposition avec celle qui suit, la rampante « So Far Under », dont le refrain – qu’on croirait tout droit sorti de Dirt ou de l’album sans titre – déstabilisera un instant, avant de devenir littéralement addictif.

Le clou de cette nouvelle inspiration reste sans doute un titre comme « Never Fade ». Ce dernier est le plus direct de l’album, avec un Sean Kinney qui martèle sa caisse claire d’une manière presque anachronique et une entrée en matière qui fait ressusciter Layne Staley à nos oreilles médusées. Cette nervosité se transforme en énergie sur le refrain scandé par William DuVall. « Never Fade » n’est ni plus ni moins qu’un tube en puissance, racé, un de ceux qu’on ne trouve que très rarement dans la musique rock actuelle. Et puis il y a les moments de grâce qui nous prennent par surprise, accentuant de facto leur pouvoir émotif, le break de « Rainier Fog », qui nous envoi subitement en lévitation, en est le plus bel exemple. La clôture de l’album, les plus de sept minutes de « All I Am » et ses lignes vocales aux accents à la Chris Cornell permet à Alice In Chains de mêler arpèges et tempo lourd pour créer une atmosphère éperdument mélancolique, transcendée par un refrain sous une douce extase qu’on se surprendra à chanter sans complexe. La composition se termine langoureusement, à coup d’accords, leads et arpèges. Le choix de conclure l’album sur une note plus nuancée fait mouche.

On l’aura compris, que ce soit dans le son ou l’inspiration, Rainier Fog renvoie en grande partie au Alice In Chains des années 90. Toutefois rien n’est démodé, rien n’est obsolète, au contraire. Alice In Chains joue une nouvelle fois avec ses mélodies caractéristiques, cette opposition d’une forme de clair-obscur, à l’image des deux précédents opus. La différence réside dans la variété de Rainier Fog. Que ce soit au niveau des riffs, de l’interprétation des refrains ou de l’agencement des structures, Alice In Chains se surpasse. La grâce et l’élégance côtoient une forme de nostalgie à l’écoute de Rainier Fog. Finalement, c’est simple, Alice In Chains rappelle plus que jamais toute l’étendue de sa classe.

Chanson « Never Fade » en écoute :

Chanson « So Far Under  » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « The One You Know » :

Album Rainier Fog, sortie le 24 août 2018 via BMG. Disponible à l’achat ici



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