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Chronique   

Alkaloid – Liquid Anatomy


Certaines formations font un peu ce qu’elles veulent, envoyant valser toutes les restrictions d’un genre. C’est ce que fait sans problèmes Alkaloid. La formation créée par le batteur Hannes Grossmann (ex-Obscura, ex-Necrophagist, Blotted Science) officie depuis 2013, ayant livré l’impressionnant (et déstabilisant) The Malkuth Grimoire (2015) en tant que premier album. L’objectif d’Alkaloid est clair depuis le début et se dessine en deux temps. Conceptuellement, le premier effort cherchait à « jouer aux Lego avec les plus petites unités composant tout ce qui existe. » Ce nouvel opus, Liquid Anatomy, cherche à « créer de nouveaux Legos pour jouer avec. » On peut facilement étendre ce principe à l’approche musicale : on passe d’une « déstructuration » de ce que les musiciens connaissaient et savaient faire à des ajouts de « couches » ainsi qu’une redéfinition des orientations de chacun des membres du groupe. Sur le papier, l’expliquer peut paraître flou et peu convaincant. Il suffit pourtant de quelques écoutes pour se rendre compte que Liquid Anatomy ne peut pas rentrer dans des cases et que c’est devenu un leitmotiv.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec Alkaloid, la formation a des allures de supergroupe, composée justement du batteur Hannes Grossmann, Christian Münzner (ex-Obscura, ex-Necrophagist) et Danny Tunker (ex-Aborted) aux guitares, Linus Klausenitzer (Obscura) à la basse frettée et fretless, et Morean (Dark Fortress) au chant et à la guitare. À l’instar de ce qu’évoque son nom, classe de composants chimiques utilisés à des fins pharmaceutiques voire psychotropes, Alkaloid prône un mélange d’influences sans aucun complexe, le tout sur des fondations death metal. Les premières secondes de « Kernel Panic », faites de guitares qui se répondent en écho, d’un chant clair et d’une rythmique légère font davantage penser à un titre des prog rockeurs de Yes qu’à une composition de musique extrême. Il faut attendre la moitié du titre pour qu’Alkaloid délivre un death très agressif et technique, tant sur les blasts de batterie que les riffs de guitare. « Kernel Panic » est en quelque sorte la suite directe de The Malkuth Grimoire et nous plonge d’emblée dans ce jeu d’oscillation entre les extrêmes. On alterne entre passages ultra-rapides en growls puissants et riffs dans l’esprit hard rock des années 80 sans peiner. Il y a une aisance à survoler les registres qui est presque dérangeante et constante tout au long de Liquid Anatomy. « Chaos Theory And Practice » est introduite à toute allure via une batterie omniprésente et des dissonances démentielles de guitare avant de se muer en duo basse-batterie assisté d’un growl caverneux, puis d’un break fait à nouveau de dissonances et à la rythmique sautillante, soutenue par un chant clair… En réalité, retrouver son chemin au sein des compositions d’Alkaloid est impossible, il faut laisser le groupe nous tenir la main et accepter qu’il nous emmène nous perdre dans ses dédales.

Parfois, il est plus facile de saisir le message d’Alkaloid lorsque celui-ci se veut moins débridé dans ses inspirations, simplement technique. Les riffs de « As Decreed By Laws Unwritten » n’ont rien à envier aux sonorités de Morbid Angel ou Gojira. La touche Alkaloid survient à l’issu du pont d’arpèges de guitares clean avec un riffing à remuer les boyaux plus proche de la philosophie de Crowbar que du death traditionnel. Au-delà de la virtuosité évidente des musiciens, on trouve en outre une certaine richesse au niveau des influences, en témoigne l’introduction faites de sonorités orientales traditionnelles et de percussions tribales d’ « Azagthoth ». La polyvalence de Morean est d’ailleurs à noter, ce dernier participe grandement à l’aspect polymorphe des compositions de Liquid Anatomy : il sait se montrer brutal voire théâtral lorsqu’il fait du pied au death « lovecraftien » de Portal en scandant « Azaghtoth », avant de reprendre un couplet plein d’étrangeté proche du timbre aigu d’un Jon Anderson (ex-Yes).

Pour autant, Alkaloid arrive à créer une identité sonore propre qui n’est pas qu’un refus des catégories ou un agrégat de différents genres. Le titre « Liquid Anatomy » pourrait servir de carte de visite tant il concentre tous les éléments récurrents de la musique d’Alkaloid. Il y a une délicatesse dans les arpèges de guitare et le traitement vocal très mélodique, qui se voit abruptement sanctionné par un riffing très condensé et dynamique, prétexte à des soli aux sonorités très heavy metal et qui pourtant ne réempruntent pas les gammes usées jusqu’à la moelle. L’étendue de l’audace et de l’ambition d’Alkaloid se perçoit finalement lors des vingt minutes homériques de « Rise Of The Cephalopods ». Que ce soit la mise en place d’une atmosphère lugubre via les arpèges et la voix rauque, quasi-sépulcrale, de Morean, le riffing cavalier et complètement décomplexé, le pont aux sonorités claires qui remémore les premiers efforts de Cynic sur Focus (1993) et la fin pseudo-apocalyptique faite d’enchevêtrements de guitares clean, de riffs lourds et de soli cathartiques, Alkaloid ne laisse aucun moment de répit et invite à se questionner sur la pertinence de se limiter aux agencements conventionnels.

Deux semaines d’enregistrement à raison de douze heures de travail par jour, et ce rien que pour le chant. Voilà le rythme stakhanoviste que se sont imposé les membres d’Alkaloid pour permettre à Liquid Anatomy de voir le jour. Un death racé réalisé par des virtuoses qui, au-delà de s’adonner à des prouesses instrumentales, cherchent à combattre les idées préconçues sur les compositions metal. Alkaloid n’a aucun respect pour la classification, la seule limite étant ce qu’ils n’aiment pas en tant qu’auditeurs. Liquid Anatomy est légitime à demander des efforts de la part de l’auditeur, ses nombreuses nuances faisant réfléchir sur notre rapport à la musique.

Chanson « Kernel Panic » en écoute :

Chanson « Azagthoth » en écoute :

Album Liquid Anatomy, sortie le 18 mai 2018 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • Tristan Villanova dit :

    Non mais cet album, et ce groupe surtout, sont de grosses tueries. Y a rien à redire, c’est tout.

    [Reply]

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