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Chronique   

Allegaeon – Apoptosis


Allegaeon avait frappé un grand coup avec Proponent For Sentience. Le groupe du Colorado avait démontré que le death technique avait encore des figures pertinentes. La musique d’Allegaeon avait tout pour désarçonner et pourtant il y avait une certaine aisance à comprendre leur technique et à profiter ainsi de compositions léchées et grandioses. Trois ans plus tard, Allegaeon livre un opus une nouvelle fois lié à la science, Apoptosis, soit la mort programmée de certains organismes d’une cellule comme étape de son développement – que l’on peut voir comme une métaphore des changements de line-up successifs du groupe. Apoptosis est un album où de nombreux passages ont été réfléchis, rejoués, voire recomposés plusieurs fois. À thématique scientifique, démarche scientifique. Peu importe jusqu’où vont les élans de complexité, au terme de l’écoute d’Apoptosis, un seul constat est possible : la méthodologie d’Allegaeon est sans faille.

Il est raisonnablement impossible de rendre compte de l’extrême densité de l’album. Au-delà de l’effort lié à la composition pure, Allegaeon a une nouvelle fois été confronté à des difficultés de line-up (le bassiste Brandon Michael a remplacé Corey Archuleta) et à des carences créatives, si l’on en croit les dires du lead guitariste Greg Burgess, désormais seul membre fondateur de la formation encore présent. Apoptosis n’a rien de l’album spontané, fait de ces compositions issues de jam et d’un momentum favorable. Non, tout est le résultat d’un assemblage chirurgical de parties à la technique irréprochable. Allegaeon favorise toujours l’intégration de l’héritage classique de Greg Burgess, avec toutefois moins de récurrences que sur Proponent For Sentience. Plus que des éléments distincts, c’est la philosophie derrière l’album qui le rapproche avec la musique classique. L’introduction instrumentale « Parthenogenesis » met en valeur les prouesses du nouveau bassiste qui se charge d’ouvrir l’album en fanfare sur un tapping virtuose. Allegaeon conserve son registre extrêmement technique et assumé, mais démontre aussi qu’il sait parfaitement sortir un riff simple et efficace quand c’est nécessaire, ou un passage acoustique/atmosphérique élaboré. « Interphase // Meiosis » livre un panel de ce que sait faire Allegaeon, une composition maîtrisée du début à la fin mise en valeur par une audace technique, entre brutalité et mélodie. Que ce soit le riffing ou les soli – y compris de basse, le nouveau de la bande a décidément vite su se faire une place –, Allegaeon remporte tous les suffrages. « Extremophiles (B) » entérine le constat, en rappelant la faculté du groupe à composer des passages plus groovy et autres envolées mélodiques à la Soilwork, avec toujours des soli incisifs et un growl de Riley McShane qui n’a pas pour seule fonction d’orner le déluge instrumental. Ce dernier confère une véritable profondeur aux compositions en variant son registre, allant de vociférations gutturales à quelques passages clean, distillés avec parcimonie mais tombant toujours très juste et d’excellente facture (« Extremophiles (B) », « Tsunami And Submergence », « Apoptosis »). Si Allegaeon en devient épique, il le doit en premier lieu à son chanteur.

Ce qui impressionne, c’est la pertinence de la virtuosité développée sur Apoptosis. On n’a jamais l’impression d’assister à une démonstration, même lorsque les influences classiques sont explicites. Les riffs-arpèges d’« Extremophiles (A) » sont le parfait exemple de la synthèse de deux univers réussie, il s’en dégage une puissance mélodique presque dramatique. Apoptosis réussit à nouveau ce pari si difficile, celui de ne pas transformer technicité en stérilité (le groove furieux de « The Secular Age » a beaucoup à dire à ce sujet…). La progression de « Metaphobia », avec son introduction synthétique et son sens de l’arrangement que n’aurait pas renié Devin Townsend, en fait l’une des pièces maîtresses et les plus intenses de l’opus, jusqu’à provoquer chez l’auditeur un sentiment de révolte enragée vis-à-vis de l’état actuel de notre monde, exception faite d’un solo de guitare lumineux et libérateur. « Tsunami And Submergence » peut se targuer d’une introduction « hollywoodienne » avec ses violons, avant de devenir progressivement de plus en plus massive et d’illustrer le contraste violence/mélodie littéralement omniprésente sur Apoptosis avec l’alternance growl et voix claire du chanteur, mais aussi le jeu entre guitares acoustique et électrique au début. A noter, à ce propos, la pièce entièrement acoustique « Colors Of The Currents », en duo avec la guitariste classique Christina Sandsengen, qui offre un moment de grâce aux influences légèrement latines, avant de repartir sur « Stellar Tidal Disruption ». Les dix minutes d’« Apoptosis » concluent l’épopée en accentuant l’aspect progressif de la musique d’Allegaeon, introduit avec beaucoup de sensibilité et une belle montée en puissance de Riley McShane. Le morceau tend toutefois à se disperser, en perdant de vue parfois l’essentiel, malgré ses passages mémorables ; seul véritable bémol de la cinquième réalisation des Américains.

Apoptosis est une grande gifle. Il y en a partout et on ne se retrouve jamais perdu. Il y a une maîtrise de l’intensité, de la dynamique, des compositions gargantuesques, une brutalité et son contrepoids mélodique, une intégration intelligente de la technique classique de son lead guitariste et quelques prises de risque du chanteur. Si au départ on ne sait pas où donner de la tête, le sentiment s’estompe vite pour laisser place à de l’admiration et à du plaisir pur et simple. Il faut porter toute son attention à Apoptosis. À l’image de son concept, Allegaeon a dû presque mourir (Greg Burgess avait songé à arrêter le groupe pendant un temps, comme il nous l’avait confié à l’époque de Proponent For Sentience) pour se réincarner sous une forme qui laisse rêveur.

Clip vidéo de a chanson « Extremophiles (B) » :

Clip vidéo de la chanson « Stellar Tidal Disruption » :

Album Apoptosis, sortie le 19 avril 2019 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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