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Interview   

Allegaeon : mourir pour vivre plus fort


Si on devait se fier aux paroles du guitariste Greg Burgess, surtout si l’on découvre Allegaeon avec celles-ci, il y a parfois de quoi prendre peur ou au moins être dubitatif : panne créative, un album douloureux à composer, mauvaise interprétation sur la direction musicale à suivre, auto-dénigrement, un groupe qui se tire des balles dans le pied… Pourtant, Apoptosis, cinquième album des Américains, est une petite bombe de death metal progressif/technique, et si l’on en croit Burgess, le mérite revient essentiellement à ses collègues, pour qui il ne tarit pas d’éloges. En réalité, on n’a tout simplement pas l’habitude d’avoir affaire à des artistes aussi honnêtes et autocritiques ; c’est peut-être justement une des raisons pour lesquelles Allegaeon parvient à se surpasser à chaque album, ça et sa capacité à rebondir à chaque départ de membre et à tuer les fausses bonnes idées s’il le faut.

Honnête donc, y compris lorsqu’il s’agit d’évoquer avec amertume le cas de Tim Lambesis, le chanteur d’As I Lay Dying, mais aussi révélateur, que ce soit sur les épineux choix artistiques ou les difficultés éprouvées pour maintenir un tel groupe à flot. Greg Burgess, qui a la particularité d’avoir un pied dans le classique et un autre dans le metal, comme il nous en parle également, est généreux dans ses réponses à nos questions et donc forcément instructif.

« Les meilleures chansons sont celles qui sortent toutes seules. Il n’y avait aucune chanson comme ça sur cet album pour moi. C’était un processus qui a exigé beaucoup de travail et c’était une vraie galère. Peut-être que la composition de cet album a des connotations très négatives pour moi. C’était un album vraiment douloureux à composer. »

Radio Metal : La dernière fois qu’on s’est parlé, Proponent For Sentience n’était pas encore sorti et pourtant tu nous disais que vous aviez déjà commencé à écrire pour l’album suivant, que vous n’étiez « pas loin d’avoir composé un album complet ». Tu disais même que tu adorerais « faire un autre album conceptuel qui ferait deux disques ». Au final, Apoptosis, sort presque trois ans plus tard et ne fait qu’un seul disque. Est-ce que ça signifie que vous avez été très sélectifs sur la musique à inclure dans cet album ?

Greg Burgess (guitare) : Non, la créativité s’est arrêtée après notre dernière conversation ; ça a été assez moche [rires]. Mais tu as une très bonne mémoire ! Ça m’arrive souvent, mais cette fois c’était vraiment la grosse panne sèche. Ceci dit, c’est revenu et ma créativité est au top aujourd’hui. Je pense que, pour ma part, afin de pouvoir me concentrer sur ma créativité, il faut que ma vie soit dans une zone de confort. Il ne faut pas que je sois distrait par… Par exemple, si j’ai des problèmes d’argent ou… En fait, juste après Proponent j’ai vécu un divorce, il m’a donc fallu deux ans pour m’en remettre. Quand tu te soucies de savoir où tu vas vivre, écrire une chanson n’est pas ta priorité. C’est dur de se concentrer là-dessus quand tu as d’autres choses à l’esprit, comme c’était mon cas à ce moment-là.

Quelle quantité de musique datant d’il y a deux ans a finalement été conservée ?

Deux chansons, pour ma part. Je crois que pour Michael [Stancel], c’est deux chansons aussi. Donc je pense que quatre chansons datent de l’époque Proponent.

As-tu toujours comme projet de faire un jour un double album ?

Nous aimerions. Enfin, depuis la dernière fois où nous avons eu cette idée, c’est devenu de moins en moins faisable, simplement à cause du nombre de concerts que nous donnons. A moins que nous fassions encore plus de pauses, je ne vois pas ça se concrétiser, surtout compte tenu du fait que nous sommes éparpillés aux quatre coins des Etats-Unis.

Apoptosis a d’ailleurs été composé et enregistré en pleine tournée. Comment est-ce que ça a affecté l’approche du groupe sur cet album ?

C’était vraiment désespéré. Enfin, je peux seulement parler de mon expérience, mais j’étais désespéré, du genre : « Il faut que je finisse ça. On doit aller enregistrer ce truc. » Tu sais, les meilleures chansons sont celles qui sortent toutes seules. Il n’y avait aucune chanson comme ça sur cet album pour moi. C’était un processus qui a exigé beaucoup de travail et c’était une vraie galère. Peut-être que la composition de cet album a des connotations très négatives pour moi. C’était un album vraiment douloureux à composer. Je devais me concentrer, je m’asseyais pendant des heures rien que pour travailler sur une partie. Il y avait très peu d’élan. Et c’est d’ailleurs comme ça que la reprise du concerto de Bach a été faite, car j’en ai eu ras-le-bol de me taper la tête contre le mur pour essayer d’être créatif et composer. C’était plus facile pour moi de prendre de la musique que quelqu’un avait déjà composée et de l’arranger pour le groupe, car au moins j’avais l’impression d’être proactif et d’aider le groupe à atteindre son but.

N’avais-tu pas peur que le résultat ne soit pas à la hauteur ?

Oui, absolument. Je l’ai même ressenti au moment où nous avons remis l’album au label. Mais je n’étais qu’une voix au milieu de la chorale. Le reste des gars étaient super positifs concernant l’album, alors que moi j’étais assez négatif, mais même dans ce contexte, je passais l’album en revue, chanson par chanson, et je n’arrivais pas à trouver une seule partie faible. Donc je pense que j’avais un regard biaisé sur cet album. Sans doute que les expériences personnelles que j’ai vécues durant l’écriture de l’album ont altéré ma vision de celui-ci, et ce n’est pas une manière très équilibrée de voir l’album. En fait, je suis très excité à l’idée de voir, quand l’album sera sorti, comment il sera reçu. Ça changera peut-être ma vision. Ça a déjà commencé à changer, car ça a été une expérience assez positive.

A propos du processus d’écriture de cet album, Michael Stancel a déclaré que sur cet album, il était davantage ouvert à de nouvelles idées que vous n’auriez peut-être pas utilisées par le passé. Est-ce la manière dont l’ensemble du groupe, toi y compris, a abordé cet album ?

Non, pas du tout. J’essaye de saluer Michael autant qu’il est humainement possible car il m’a vraiment motivé, sans forcément le faire exprès, mais à chaque fois qu’il apportait une chanson, c’était tellement bien que ça me forçait à essayer d’être meilleur. C’était une telle galère d’aboutir à quoi que ce soit que ça me foutait un bon coup de pied au cul, et j’étais là : « Hey mec, est-ce que je peux venir enregistrer mes trucs en démos avec toi ? » Même s’il ne contribuait pas, je voulais juste le faire avec Michael pour m’aider à me mettre dans un état d’esprit créatif. Ceci est le troisième album de Michael avec le groupe et je pense qu’il est de plus en plus à l’aise dans son rôle. Car quand tu rejoins un groupe déjà établi, tu dois faire du rattrapage et tu essayes de ne pas contrarier les fans, pour ainsi dire, et tu essayes de remplir un rôle, et nous ne voulons pas qu’il y ait de changement radical quand il y a un nouveau line-up. On veut toujours éviter les changements radicaux qui casseraient ce qui fonctionne pour le groupe. Mais je pense qu’avec le temps, il est devenu bien plus à l’aise et désormais il est fidèle à qui il est en tant que compositeur. Je pense que c’est un… pas un miracle mais ça a été vraiment payant pour lui et c’est vraiment bien.

Désolé, je m’égare [petits rires]. Pour revenir à ta question, Boo-Boo [Brandon Michael, bassiste] est nouveau dans le groupe et je pense qu’il était vraiment tout feu tout flamme, et c’est un musicien et un bassiste si extraordinaire qu’il voulait utiliser toutes ses compétences et saupoudrer les chansons avec pour les rendre meilleures. Pour ma part, je sais que ce n’était pas tant que je voulais essayer de nouvelles choses que le fait que j’étais désespéré par ma créativité, genre : « Voilà où va la chanson, laissons-la aller dans cette direction. » C’est comme ça que les chansons ont rigoureusement évolué. Je veux dire que c’est le premier album pour lequel j’ai composé des chansons comme des flux de conscience et non pas dans un format pop. Donc, par exemple, dans « Interphase / Meiosis » et « Extremophiles (A) », il n’y a pas vraiment de couplet ou de refrain ; il n’y a que des parties. C’est une approche très différente pour Allegaeon. En revanche, j’ai le sentiment que les chansons sonnent quand même comme Allegaeon, mais le fait qu’elles divergeaient des structures de chansons pop, c’est très différent pour nous. L’idée, c’était : « Je ne sais pas quoi faire, mais ça suit sa propre direction, alors allons là où ça va. »

« La chanson “Parthenogenesis” est une blague. Nous appelons Michael la “maman du groupe” et moi je suis le “papa du groupe”, et j’avais l’impression qu’il portait vraiment l’album, or la parthénogenèse est évidemment le nom scientifique de la conception virginale [rires]. »

Ceci est album très contrasté, les chansons incluent des passages très mélodiques et d’autres très brutaux. Et Michael a expliqué comme ses « pensées tristes se sont transformées en rage, et au lieu de faire subir ça à [son] entourage, [il a] décidé de tirer profit de cette rage sur sa guitare ». Te reconnais-tu dans cette utilisation positive de la rage ?

Absolument. Je pense qu’il y a assurément des manières constructives d’utiliser la colère. C’est ce que m’a appris mon père à un très jeune âge. J’essayais de construire une serre [petits rires] et je n’arrivais pas à la faire tenir debout. J’ai craqué dans le jardin, je me suis mis à crier et jeter des trucs, et mon père m’a dit : « Tu veux utiliser toute cette colère de façon positive. » Et il avait absolument raison. Il m’a donné un conseil paternel, en étant ce sage doyen, comme le sont généralement les parents. Ça a porté ses fruits dans le cas de Michael, de toute évidence. Il a vraiment démontré sa valeur, ses chansons sont extraordinaires sur cet album. Je ne pourrais pas davantage vanter les mérites des contributions de Michael à cet album. Il a vraiment fait un boulot formidable. Je suis tellement fier de lui. Ça a été très intéressant de voir le parcours de Michael depuis qu’il a rejoint le groupe. Je veux dire que c’était un gamin, il avait dix-neuf ans ! Enfin, un gars de dix-neuf ans rétorquera qu’on n’est plus un enfant à cet âge-là, jusqu’à ce qu’il atteigne mon âge et réalise : « Wow, on était vraiment débiles ! » [Rires] Je me demande quel regard j’aurai dans dix ans et comment je vais me voir aujourd’hui ! C’est toujours comme ça, en repensant au passé et en se revoyant soi-même. Mais rien que le fait de voir comment il s’est développé en tant que personne et comment il s’est affirmé en tant qu’être humain, c’est génial. Je suis extrêmement fier de lui. Je suis sûr qu’il détesterait m’entendre dire ça, parce que pour lui je suis un collègue, pas une figure paternelle, en dehors de notre différence d’âge. Mais c’est super ce qu’il a réalisé en tant qu’artiste. Je le soutiens à fond dans ce qu’il fait.

Vous avez inclus un morceau purement acoustique, intitulé « Colors Of The Currents », où tu fais un duo avec la guitariste classique Christina Sandsegen. Est-ce une conséquence de ton expérience avec « Grey Matter Mechanis – Apassonata Ex Machina » sur l’album précédent, avec les influences flamencos ?

Oui, mais d’un autre côté, j’ai eu un solo de guitare classique sur chaque album, et je pense qu’avec « Apassonata Ex Machina », nous étions en train de gagner en popularité au sein de la communauté metal et c’était davantage remarqué, pour être honnête. Mais ces dernières années, mon œuvre classique a été reconnue par la communauté classique, ce qui rend incroyablement humble, car j’ai abandonné toute cette vie pour faire ce groupe. Par exemple, mon ami le Docteur Corey Flowers a inclus ma trilogie de valses dans son récital de doctorat ; il m’a envoyé le programme, et le fait de voir mon nom à côté de celui de Bach, c’était démentiel ! Et ensuite, Christina m’a contacté, elle adore le metal mais c’est une guitariste classique, et elle était là : « J’aime énormément ton travail », et nous avons continué à converser. Pour une raison ou une autre, elle était dans le pays, au Texas – elle vient d’Oslo –, et nous étions en tournée, nous nous sommes rencontrés et nous avons eu une très bonne discussion. Elle m’a donné l’un de ses disques. Je l’ai écouté en rentrant chez moi et j’étais épaté ! C’était très musical. Je lui ai demandé si ça l’intéresserait de jouer un morceau classique sur l’album, et elle l’était. Voilà comment ça s’est fait. Et je n’avais jamais vraiment écrit un duo de guitare classique, donc c’était assez spécial pour moi de faire quelque chose de nouveau, tel que ceci.

Vous allez même plus loin dans le côté classique, puisque, comme tu l’as mentionné, vous reprenez le « Concerto In Dm (BWV 1052) » de Jean-Sébastien Bach en titre bonus. Qu’est-ce que cette pièce représente pour toi et comment l’as-tu abordée ?

La première fois que j’ai entendu cette pièce de musique était lorsque j’étais étudiant – vers l’année 2000, je dirais. J’ai entendu le pianiste Murray Perahia jouer avec St Martin In The Fields, et j’étais scotché ! Littéralement, j’ai trouvé ça incroyable. Rien que son interprétation du morceau, à quel point il était musical en le jouant et à quel point St Martin In The Fields, cet orchestre avec lequel il jouait, était super, tout ça formait un ensemble parfait. J’ai toujours été complètement fasciné par cet enregistrement, honnêtement. J’ai donc toujours voulu faire ce morceau, le jouer. Seulement, je ne suis pas pianiste [petits rires], enfin, je peux m’asseoir et marteler sur un piano, mais jouer ça, impossible ! Ça me prendrait des années et des années d’étude pour être capable de faire ça, en y passant je ne sais combien d’heures il faut pour maîtriser ce type de chose. Donc, j’ai toujours voulu le faire, et vu que j’avais beaucoup de mal à être créatif, j’ai pensé qu’arranger ce morceau qui me tenait à cœur pourrait, au moins, me rapprocher de la ligne d’arrivée en termes de composition et pour finir ma portion de l’album. Je suis donc sorti et j’ai été acheté la partition, et il m’a littéralement fallu environ deux semaines à travailler chaque jour pendant des heures pour l’arranger. Donc, évidemment, l’orchestre joue note pour note ce que Bach a écrit ; pour la partie de piano, j’ai pris une main et je l’ai assignée à une guitare, et l’autre main à l’autre guitare. Vu que c’est un piano à quatre-vingt-huit touches, il y a plein de notes graves, donc nous avons dû utiliser nos guitares huit-cordes. Ça nous pousse vraiment à utiliser nos huit-cordes au maximum de leur potentiel [petits rires]. Ça couvre toute l’étendue de l’instrument, et malgré ça, j’ai quand même dû transposer certaines lignes plus haut, genre une octave plus haut, car nous ne pouvions pas aller aussi bas sur nos huit-cordes.

Tu as un diplôme en guitare classique du Conservatoire de musique de Cincinnati et tu as étudié différents compositeurs. Comment es-tu parvenu à mêler les deux mondes, le classique et le metal, à la guitare ?

Je pense que les deux sont très complémentaires. Un inconvénient est que je ne peux pas totalement m’investir dans les deux à la fois autant que je l’aimerais. Si j’affûte ma technique classique de façon intensive, alors j’ai l’impression de délaisser ma technique à la guitare électrique. Et vice versa, je me dis : « C’est ça que je joue sur scène pendant une heure tous les soirs, il faut que j’entretienne mon jeu à la guitare électrique », mais alors ma guitare classique prend la poussière. Donc équilibrer les deux, c’est le plus douloureux. D’un autre côté, écrire de la guitare classique et l’incorporer à des chansons metal est, je pense, l’avenir de ma composition, c’est là-dessus que j’ai envie de me concentrer. Ça peut être très exigeant, surtout en termes de mixage. Essayer de faire rivaliser une toute petite guitare classique avec un groupe complet qui joue à très fort volume [petits rires], c’est très compliqué, et essayer de composer en ayant ça en tête, ça l’est encore plus. Ceci dit, j’ai un contrat d’endorsement avec les guitares Ortega et je viens de faire tout un album avec un projet parallèle, Nuclear Power Trio, sur lequel j’ai utilisé la guitare Ortega durant tout le processus, et le fait d’avoir trouvé cette guitare et comment elle… Cette guitare s’intègre bien mieux dans le metal que toutes mes autres guitares. Donc c’est génial !

« Si les US tombent comme l’a fait Rome, que va-t-il se passer ? La même chose qui s’est passée quand l’Empire romain est tombé : Rome est toujours là ! C’est juste que ça s’est divisé en différents pays. L’humanité ne va pas mourir ! Elle va évoluer, elle va changer. »

Comment te comparerais-tu à un guitariste comme Yngwie Malmsteen qui est également réputé pour mélanger les approches classiques et hard rock/metal dans son jeu, en utilisant par exemple la gamme mineure harmonique, le mode phrygien, etc. et qui a plus ou moins créé le style néoclassique ?

Yngwie est incroyable. Il y a plein de guitaristes qui jouent au niveau d’Yngwie, et je ne pense pas qu’on puisse me comparer à eux. Ces gars sont des guitaristes et moi je suis un gars qui essaye d’être un guitariste [rires]. Certaines personnes sont douées, et Yngwie a un don. Il est né pour faire ça, alors que moi, c’est juste que j’aime faire ça, et j’essaye de faire de mon mieux avec le talent que j’ai, je travaille comme un malade pour essayer de m’améliorer dans ce domaine. Mais me comparer à Yngwie… [Rires]. C’est incomparable. Il est Yngwie Malmsteen, je suis Greg Burgess [rires]. Je fais de mon mieux et j’adore ce que je fais, mais je ne me fais aucune illusion, je ne suis pas du même calibre qu’Yngwie ou Steve Vai, Zakk Wylde…

Mais est-ce quelqu’un que tu as admiré ou qui t’a inspiré ?

Pas vraiment. Yngwie est très influencé par le classique mais je ne dirais pas forcément qu’il joue du classique. Son style est très classique mais il se l’est approprié. Je joue de la vraie musique classique et j’essaye d’incorporer ça dans le metal, alors que lui a fait quelque chose de complètement nouveau dans les années 80. C’est plus un innovateur, tandis que moi j’essaye de mélanger ces deux mondes qui me tiennent vraiment à cœur.

Tu disais qu’« écrire de la guitare classique et l’incorporer à des chansons metal est l’avenir de [t]a composition ». D’un autre côté, il y a moins d’orchestrations sur cet album si on compare à Proponent For Sentience. Est-ce parce que tu ne ressentais pas le besoin de répéter cette formule, ou peut-être que tu avais l’impression que développer le côté classique via des orchestrations est la « voie de la facilité » ?

Non, pas du tout. Les chansons n’en avaient tout simplement pas besoin. L’un de mes objectifs principaux est d’essayer d’embrasser mon identité de guitariste classique qui joue du metal. A l’instar du concerto de Bach qu’on retrouve en titre bonus, il y a aussi un solo de guitare classique qui a été retiré et mis en bonus. Ces deux morceaux, je les vois comme des additions par soustraction, en les ayant retirés de la tracklist normale. Même si c’était trop tard pour le vinyle, car il avait déjà été pressé au moment où nous avons pris cette décision exécutive, je pense que l’album est bien meilleur sans mon solo de guitare classique et le concerto de Bach, à moins de les caler à la fin, alors là ça va bien. C’est comme ça que j’ai organisé l’album sur mon iTunes : quand je l’ai importé, j’ai importé la version CD et ensuite j’ai mis les deux titres bonus à la fin. Donc ouais, j’ai essayé de développer ce côté classique dans l’album, mais il y a eu un faux pas de ma part, je n’ai pas fait ça comme il faut. J’aurais plutôt dû faire ça dans la veine de « Grey Matter Mechanics », où c’est incorporé dans la chanson au lieu que ça ne soit qu’un complément.

J’ai mal interprété un conseil que m’a donné un gars du marketing très talentueux. Il disait : « Pour vendre ta propre personnalité, tu devrais exploiter le fait que tu joues et composes beaucoup de guitare classique tout en étant dans un groupe de metal, car c’est unique. » Ce qu’il voulait dire par là, c’était de faire plus de trucs à la « Grey Matter Mechanics ». Alors que la façon dont j’ai interprété ça, c’était : « Oh, d’accord, je vais mettre plus de morceaux indépendants à la guitare classique dans l’album. » C’était une mauvaise interprétation, et il me l’a dit après coup [rires]. Il était là : « Oh bon sang, tu as mal compris ce que je t’ai dit. » Et Metal Blade était d’accord. Ils ont dit : « Ce n’est pas ce qu’on veut de ta part. » Je veux dire que les gens adorent mes morceaux classiques mais je pense que ce n’est pas le cas de la majorité des fans d’Allegaeon. C’était genre : « Vers quoi je vais emmener cet exutoire créatif ? » et j’ai été un peu trop loin. C’était une erreur de ma part, mais maintenant je sais quelle direction prendre.

L’album précédent, Proponent For Sentience, a été enregistré seulement quelques mois après que le chanteur Riley McShane ait rejoint le groupe. Désormais, pour Apoptosis, il a bénéficié de plus de trois ans au sein de groupe. Qu’est-ce que ça a changé par rapport à sa contribution à l’album ?

Je n’ai rien écrit pour les textes et c’est la première fois que ça arrive sur un album d’Allegaeon ; ils sont tous à cent pour cent de Riley. Il est doué dans ce domaine. Il est vraiment très, très bon pour faire ça, sa maîtrise de la langue anglaise et sa capacité à assembler les mots surpassent de loin les miennes. Par rapport aux textes, il a trouvé un rythme. Sur Proponent, j’avais tout un tas d’idées et j’avais pris l’habitude d’écrire les textes. Donc j’étais là : « Hey mec, voilà un paquet de chansons, elles sont à moitié terminées, voilà où vont mes motifs, ceci est le schéma rythmique que je recherche, tu peux finir ? » En lui donnant ça comme point de départ, littéralement, il finissait les chansons en quinze minutes à deux heures. Il carburait. Quand il demande à tout faire lui-même, il est très créatif dans ce domaine, donc ça prend un peu plus de temps. Je veux dire qu’il a vraiment conscience de ce qu’est le son d’Allegaeon, donc après avoir été dans le groupe pendant tout ce temps, je ne pense pas que c’était un grand défi pour lui d’écrire dans ce style. Et il adore lui aussi la science, donc c’est facile pour lui de se charger de cette portion du travail.

Je pense que la seule différence est que sur Proponent, encore une fois, il avait ce rôle de remplaçant, il remplaçait Ezra [Haynes] après que ce dernier ait été dans le groupe pendant longtemps. Donc quand il est arrivé pour Proponent, il essayait de conserver les mêmes caractéristiques vocales qu’avait Ezra, en y mettant un peu de son style. Maintenant qu’il a été pleinement accepté par nos fans, un peu comme ce que j’ai dit au sujet de Michael, il exploite davantage ses forces. Au niveau spectre vocal, sa zone de confort est bien plus basse que celle d’Ezra. Donc sa voix gutturale et la brutalité qu’il apporte sont plus confortables pour lui que de faire les voix médiums que nous avons toujours eues par le passé. Sa contribution la plus notable vient juste du fait qu’il joue avec ses forces et que sa voix est dans le bon registre pour y parvenir.

« Riley était à son mariage avec Meggan [Murphy]. C’est un ami de la famille de Meggan. Donc, ayant cette vue de l’intérieur de toute la situation, il a certaines informations qui nous poussent à croire que Tim Lambesis n’a pas changé, et je pense que c’est un sociopathe. […] Ce qu’il a fait est inacceptable et inexcusable, et le fait que les gens soient là “oh peu importe, mec, on adore les riffs”, ça revient à se défiler moralement. »

Même si ce n’est toujours pas proéminent, loin s’en faut, on dirait quand même que Riley fait un peu plus usage de son chant clair, surtout sur une chanson comme « Tsunami And Submergence ». La dernière fois qu’on s’est parlé, à l’époque de Proponent For Sentience, tu nous as dit que Riley était « très nerveux à l’idée de faire du chant clair sur l’album, de peur que les gens [vous] lâchent ». Crois-tu qu’il prend doucement confiance à cet égard ?

Très, très doucement [rires]. Je veux dire qu’il est toujours terrifié, rien qu’à cause d’expériences passées. En fait, nous le poussions à mettre bien plus de chant clair sur Apoptosis. Il a d’ailleurs écrit plus de chant clair que ce qui s’est finalement retrouvé sur l’album, mais durant le processus d’enregistrement, ça ne sonnait pas comme Allegaeon. Nous avons fait une chanson et ça sonnait trop comme Killswitch Engage, et nous nous disions : « Ce n’est clairement pas ce qu’on recherche. » Donc nous avons jeté ça et il a crié à la place. Nous avons fait une autre chanson et ça sonnait à fond comme Mike Patton, Faith No More. Nous sommes de grands fans de Faith No More mais, encore une fois, ce n’est pas ça Allegaeon. Donc nous avons également viré ça. Ça a été un processus d’apprentissage sympa, en fait, de tenter le chant clair, car nous voulons l’utiliser intelligemment et pas juste : « Oh, tous les refrains seront en chant clair. » Ça ne me dérange pas d’avoir une chanson comme ça de temps en temps mais il faut que ça fonctionne. Le chant clair que nous avions, une grande partie ne fonctionnait pas, donc nous sommes revenus dessus et avons refait ça de la manière dont nous l’avons toujours fait. Mais dans un certain nombre de cas, comme dans « Tsunami And Submergence », c’était vraiment la seule chose qui pouvait convenir à ces passages et ça sonnait super, donc c’était parfait. Et évidemment, le morceau éponyme, « Apoptosis », a un côté très Devin Townsend mais ça fonctionnait très bien, ça créait un crescendo dans la chanson comme nous le voulions.

Cet album est le premier avec le bassiste Brandon Michael, et il est tout de suite mis en avant, puisqu’il introduit l’album sur « Parthenogenesis » et a même le droit à son solo sur « Interphase / Meiosis », la première vraie chanson de l’album. On dirait que vous lui avez offert beaucoup d’espace, malgré le fait qu’il soit nouveau dans le groupe. Avez-vous très vite ressenti qu’il avait beaucoup à offrir à Allegaeon ?

Absolument ! Il y avait beaucoup de tournées que Corey [Archuleta] ne voulait pas faire. Il avait un bon boulot. En 2013, à l’époque où Michael et [Brandon] Park ont rejoint le groupe, Corey ne tournait pas avec nous, il avait un bon travail et je ne crois pas qu’il ait jamais vraiment voulu prendre part au groupe. Il aimait la musique et nous appréciait tous, mais il voulait un peu faire d’autres choses dans sa vie, et je pense qu’il a tenu juste pour nous. Durant ces moments quand je trouvais des bassistes pour le remplacer, c’est là que Brandon Michael et moi avons sympathisé. Il avait envoyé une vidéo de lui jouant « 1.618 » et c’était extraordinaire. C’était un tueur. Il était donc mon premier choix pour remplacer Corey quand ce dernier nous a dit – il était en train d’enregistrer la basse pour Proponent à ce moment-là – qui allait quitter le groupe, il a dit : « Je vais rester jusqu’à décembre, mais vous allez devoir trouver quelqu’un, je n’ai plus envie de faire ça. » Et ce n’était pas une grande surprise [petits rires]. Donc Boo-Boo… Nous l’appelons Boo-Boo parce que nous avons un Brandon et nous avons un Michael, et nous ne voulions pas l’appeler BM, car ce sont les initiales de « bowel movement » [rires] (les « selles », NdT). Boo-Boo Money ou Boo-Boo Muffin, c’est un peu comme ça que nous l’appelons. C’était donc notre premier choix. J’ai auditionné d’autres gars mais, au final, nous avons suivi notre instinct.

C’est un bassiste incroyable ! Littéralement, il a fini ses pistes de basse et est parti voir sa femme, et Dave Otero s’est retourné sur sa chaise et il était là : « Bordel, où est-ce que vous avez trouvé ce gars ?! » Et j’étais là : « C’était bien ce qu’il a fait ? » Il a dit : « Mec, il est démentiel ! Voilà à quel point il est bon ! » Il a fait deux concerts avec nous, c’était un peu ses auditions. Nous avons fait ces deux concerts marathons pour lever des fonds contre le cancer, nous avons joué à Denver, et des fans qui nous suivent depuis 2007 sont venus me voir et ils étaient là : « Vous allez le garder, n’est-ce pas ? » Il a convaincu les fans avant même que nous ne prenions une décision ! C’était un choix très facile, je dois dire ! Et puis, quand est venu le moment d’écrire l’album, nous appelons ça une « Bostaph », comme lorsque Slayer a embauché Paul Bostaph la première fois et qu’ils ont fait Divine Intervention, ils ont commencé l’album avec un solo de batterie. J’étais là : « Hey Boo-Boo, ça te dis de faire une ‘Bostaph’ ? » Et je n’ai même pas eu à lui expliquer. Il a complètement compris ce que j’essayais de dire et il était là : « Absolument ! »

Cette intro de basse était donc le point de départ de la composition de ce morceau instrumental ?

Ouais. « Parthenogenesis » et « Interphase / Meiosis » ont été écrites comme une seule chanson, et puis au cours du processus d’enregistrement, nous l’avons scindé en deux chansons. Mais l’intro originelle d’« Interphase / Meiosis » était un morceau acoustique de deux ou trois minutes dans le style d’Opeth. L’idée initiale était de commencer avec que du chant clair et ensuite passer à « Interphase » où ça prendrait un tournant des plus sombres et ça serait devenu super brutal. Nous étions en Allemagne, je crois, et Riley est venu me voir, il a dit : « Mec, je suis super stressé à l’idée de commencer l’album comme ça. Je n’ai pas envie de faire ça. » J’étais super en colère pendant environ quinze secondes, car j’avais passé énormément de temps à travailler sur la partie acoustique [rires], et puis je me suis dit : « D’accord, ce n’est pas grave. Ça me donne l’occasion d’essayer quelque chose de différent. » Elements et Proponent avaient tous les deux cette grande intro orchestrale, et je ne voulais pas refaire ça. Je ne voulais pas tomber dans une formule. Donc je me suis dit : « D’accord, je veux leur envoyer une baffe en plein visage dès que l’album commence. » Quand nous étions arrivés en Pologne sur cette même tournée, Boo-Boo avait pris un Airbnb pour la nuit, car il ne voulait pas dormir dans le bus, nous avions une journée de libre. Donc j’ai été à son Airbnb, je lui ai parlé de l’idée et il a commencé à composer ça. J’ai tout de suite commencé à transcrire et, à partir de là, nous avons construit toute la chanson. Une fois qu’il avait toute sa partie et que j’avais rajouté les guitares, j’ai posé le premier solo de guitare de cette session d’écriture et j’étais super content du résultat. J’étais là : « Cool, je vais finir ça et te l’envoyer. »

Qu’as-tu fait du morceau acoustique initial ?

Il a fini à la poubelle, que j’ai ensuite vidée, sur mon ordinateur [rires]. Il n’existe plus. Je ne me souviens même plus de ce que c’était, pour être honnête ! Je veux dire que c’était bien mais maintenant c’est bien mieux. La lente montée à la Opeth, c’était prometteur mais… je ne sais pas. Je pouvais composer quelque chose de différent qui allait probablement être mieux. Donc ce n’était pas une perte.

« Être dans un groupe signé, ça ne vient pas avec un manuel utilisateur [petits rires] ; on apprend par tâtonnements, en découvrant par soi-même et en faisant plein d’erreurs, et nous les avons toutes faites ! Je ne sais pas encore combien d’erreurs nous pourrons encore faire mais il est clair que nous en avons fait un paquet [rires]. »

Une fois de plus, cet album est lié à la science. Apoptosis est un terme faisant référence à la mort des cellules, comme faisant partie de l’essor et du développement d’un organisme. Ça symbolise le thème général de l’album, c’est-à-dire l’idée de la mort menant à une nouvelle et meilleure vie. Est-ce un principe général en lequel tu crois : la mort n’est pas la fin, mais un nouveau départ ?

Je pense que c’est une manière saine de voir ça. C’est très facile de rester coincé dans la négativité, donc je fais un effort conscient pour dire : « Oui, absolument. » Aussi, je trouve ça assez drôle, d’une certaine façon. Riley voit probablement ça sous un autre angle mais le nom de l’album me donne l’impression d’une blague qui me faire marrer. Nous nous moquons de nous-mêmes : nous ne parvenons pas à conserver les mêmes membres sur deux albums d’affilée [rires], mais grâce à ça nous continuons à nous développer. Je trouve ça hilarant. Si on n’en rigole pas, on s’énerve, alors… J’aime bien me moquer de moi par rapport à ça. C’est mon interprétation du titre. C’est une blague. En fait, la chanson « Parthenogenesis » est une blague. Nous appelons Michael la « maman du groupe » et moi je suis le « papa du groupe », et j’avais l’impression qu’il portait vraiment l’album, or la parthénogenèse est évidemment le nom scientifique de la conception virginale [rires]. C’est comme Joseph qui n’a pas mis Marie enceinte de Jésus, Marie a eu Jésus toute seule. Le titre d’ouverture, « Parthenogenesis », est mon hommage à Michael parce la « maman du groupe » a vraiment porté l’album [rires]. Pour revenir à ta question, la mort des influences au sein du groupe – quand des gens intègrent un groupe, ils apportent leurs influences avec eux, et quand ils partent, ils prennent leurs influences avec eux, et ensuite de nouveaux gars arrivent et ils ont de nouvelles influences – aide le groupe à se développer dans une autre direction. Et ensuite, on peut aussi prendre ça de façon littérale, la mort de cellules. Ça fonctionne sur plusieurs niveaux.

Donc les changements de line-up sont un mal pour un bien…

Ouais. C’est vraiment marrant. Dernièrement, j’ai justement traîné avec Ryan Glisan, notre guitariste originel. C’était super, nous nous sommes éclatés. Je pense que Ryan et moi sommes plus proches maintenant que lorsque nous jouions dans le groupe ensemble [rires]. C’était vraiment drôle parce que nous avons discuté, et il me disait : « Le fait que je quitte le groupe était la meilleure chose qui pouvait lui arriver », car il détestait tourner. Nous ne tournions pas du tout, et le groupe a pris la route dès qu’il était parti. Le groupe s’est développé. La maison de disques nous aurait lâché, il n’y aurait plus eu d’Allegaeon si nous n’étions pas partis sur la route. Les changements de line-up sont toujours durs, et personne n’a envie de vivre ça, pas du tout, mais si tu es positif et regardes ça comme une opportunité pour améliorer le groupe, le groupe s’améliorera.

Riley utilise parfois des termes très scientifiques comme titres de chansons. Sont-ils employés de façon littérale ou métaphorique ?

Les deux. Prends la chanson « Exothermic Chemical Combustion », par exemple. C’est le nom scientifique du feu [rires]. Il a appliqué ça aux feux de forêt. Etant en Californie, où se produisent de nombreux feux de forêt et où chaque année ils doivent les combattre… En gros, quand une forêt brûle, via ce processus chimique, elle libère des nutriments dans la terre, et ensuite ça repousse plus fort encore. C’est une métaphore pour l’apoptose. « Apoptosis », le morceau éponyme, je sais que c’est une sorte de métaphore pour l’amélioration de l’humanité, l’idée qu’elle puisse se redévelopper plus forte qu’elle ne l’a été. Je sais que toute l’histoire avec Tim Lambesis a joué un rôle dans le processus de réflexion pour les paroles, genre : « Ne soyez pas des connards. Faites de votre mieux et soyez de bonnes personnes. »

Comment se fait-il qu’« Extremophiles (B) » arrive avant « Extremophiles (A) » ?

Je crois qu’il a juste écrit « A » d’abord [rires]. Les deux parlent du même concept sur les extrêmophiles, comme les cordyceps ou les tardigrades, je ne sais pas, mais ça traite de micro-organismes qui existent dans des conditions très rudes. Une chanson parle d’un certain extrêmophile et l’autre chanson parle d’un autre. Mais pourquoi n’avoir pas mis le « B » après le « A » ? Je n’en ai aucune idée. J’y ai pensé mais ça m’a semblait vraiment sans importance [petits rires]. C’est la partie un et la partie deux, mais musicalement, les deux chansons ne sont pas du tout liées. Elles sont juste liées thématiquement mais… Je ne sais pas, elles ne sont pas dans l’ordre, c’est tout, mais c’est une question récurrente et je n’ai pas de bonne réponse à y apporter. C’est comme ça [rires].

A propos de l’idée que la mort fait partie de l’essor et du développement, de nombreux observateurs voient l’état actuel du monde comme annonciateur de la mort de nos civilisations et peut-être même de l’humanité. Mais crois-tu plutôt qu’un nouveau type de civilisation ou d’humanité ressortira de ce qui se passe actuellement ?

Absolument. Tout cette perception joue beaucoup sur la peur. Plein de gens, avec le président intrépide que l’on a en Amérique aujourd’hui [rires]… Oh bon sang, je ne vais pas me mettre à parler de politique, mais plein de gens comparent ça à la chute de Rome, et c’est un concept très égocentrique. J’imagine qu’on peut établir des parallèles mais c’est en grande partie motivé par les ego, dans une Amérique de buveurs de bière, de fanas d’armes à feu, de « j’ai un aigle royal comme animal de compagnie », etc. De toute évidence, ces gens qui pensent comme ça n’ont jamais mis le pied hors du pays [rires]. Si on réfléchit de façon logique, en se plaçant dans le contexte des US, si les US tombent comme l’a fait Rome, que va-t-il se passer ? La même chose qui s’est passée quand l’Empire romain est tombé : Rome est toujours là ! C’est juste que ça s’est divisé en différents pays. L’humanité ne va pas mourir ! Elle va évoluer, elle va changer, et le changement est effrayant, donc les gens, évidemment, vont faire cette comparaison. C’est comme le Brexit. Les gens pètent les plombs mais, au bout du compte, ça va bien aller. Ça sera dur pour les gens, mais ils s’en remettront. Pourquoi est-ce qu’ils ne sortent pas, tout simplement ? Je n’en ai aucune idée, mais d’un autre côté, c’est un Américain qui n’a pas tous les éléments qui parle, donc…

« J’ai grandi en jouant du Megadeth et du Slayer, en écoutant religieusement Overkill, en faisant du Dream Theater et du Yes. Le thrash et le prog, plus mon background classique, c’était qui j’étais en tant que guitariste. Donc le death metal était tout nouveau pour moi. Je continue à être stupéfait par ce que je ne connais pas dans ce style de musique [petits rires]. »

Tu disais tout à l’heure que « l’histoire avec Tim Lambesis a joué un rôle dans le processus de réflexion » de la chanson « Apoptosis ». Pour vous, il est le symbole de l’homme mauvais ?

[Hésite] Ceci pourrait m’attirer des problèmes, donc je vais soigneusement choisir mes mots. Ou peut-être que je ne devrais pas. Je veux dire que le gars a essayé de faire tuer quelqu’un. En gros, Allegaeon est… La majorité d’entre nous pensons qu’il ne devrait pas avoir de carrière. L’argument qui nous sera opposé est qu’il a payé. Riley était à son mariage avec Meggan [Murphy]. C’est un ami de la famille de Meggan. Donc, ayant cette vue de l’intérieur de toute la situation, il a certaines informations qui nous poussent à croire que Tim Lambesis n’a pas changé, et je pense que c’est un sociopathe. Il peut… Bon sang, il faut que je ferme ma gueule [rires]. Je n’essaye pas de causer de la merde. Nous pensons que c’est un mauvais type ! Les gens… Je suis presque un hypocrite en disant ça parce que les gens pourraient dire la même chose à propos de Michael Jackson ; il semblerait que Michael Jackson a fait des choses horribles, mais je l’écoute toujours. Donc c’est un peu hypocrite de ma part de dire ça, mais les gens qui outrepasseront le fait qu’il ait essayé de prendre la vie de quelqu’un et de rendre des enfants orphelins, et qui estiment que tout est pardonné, et qu’il peut comme si de rien n’était refaire tout ce qu’il faisait après toute la merde qu’il a fait traverser à ses collègues dans le groupe… La seule personne dans As I Lay Dying que j’ai déjà rencontrée est Nick [Hipa] et Nick est le mec le plus merveilleux qui soit sur la planète. Donc s’il a des raisons de faire ce qu’il fait, il faut que je l’accepte. Mais pour ce qui est de Tim Lambesis, la personne, je ne pourrais pas en toute conscience voir ça autrement. Je parle en mon nom et pas… Enfin, Riley sera totalement en phase avec moi sur ce sujet. Ce qu’il a fait est inacceptable et inexcusable, et le fait que les gens soient là « oh peu importe, mec, on adore les riffs », ça revient à se défiler moralement. Mais encore une fois, je suis un peu hypocrite parce que j’adore Michael Jackson. Chacun a son jugement personnel sur le sujet. Nous soutenons fermement qu’il ne devrait pas… Je veux dire que nous avons été contre le fait que Metal Blade puisse avoir quoi que ce soit à voir avec lui, et je sais que nous et Rivers Of Nihil avons réagi et, en gros, dit à Metal Blade que nous ne voulions en aucune façon être associés à Tim.

C’est toujours le grand débat pour savoir si oui ou non on peut encore écouter la musique d’un artiste quand celui-ci fait ou dit quelque chose de vraiment moche…

Ouais, la séparation de l’art et de l’artiste. Je pense qu’il faut que ce soit un cheminement personnel, et c’est ce que c’est. C’est très dur. Il faut suivre son instinct et, au moins pour Riley et moi, ce n’est pas possible, je ne veux pas entendre parler de lui. Toute cette histoire m’a laissé un goût incroyablement amer en bouche. C’était pareil avec… J’essaye de retrouver le nom… Il y avait un groupe de black metal où le gars avait de la pornographie infantile sur son ordinateur et il a plaidé coupable (Jason Weirbach d’Inquisition, ndlr). J’ai vu tout un tas de gens dire : « Peu importe, sa musique défonce ! » J’étais là [soupir]. Je n’y arrive pas ! Je suis là : « Il regardait des vidéos de bébés en train de se faire violer ! » C’est nauséabond. Personnellement, je ne pourrai plus jamais écouter sa musique. Impossible ! Chacun se fera son idée, et chacun justifiera ce qu’ils font comme il veut. Je ne vais pas monter sur une tribune improvisée et dire à tout le monde quoi penser. Ceci est mon opinion personnelle et ce n’est pas possible pour moi, littéralement. Je descends du train quand il s’agit de ces gens en particulier qui font ce genre de chose. Encore une fois, hypocrite [rires], je peux entièrement l’admettre par rapport à Michael Jackson, mais je ne sais pas !

L’année dernière a marqué les dix ans du tout premier EP d’Allegaeon. Que ressens-tu par rapport à cette décennie ?

C’est le genre de chose auquel je ne pense pas vraiment jusqu’à ce que quelqu’un me pose la question. Ça a été un véritable tourbillon. D’un côté, ça ne donne pas l’impression que ça fait si longtemps. D’un autre côté, on dirait que ça fait une éternité. Tellement de choses se sont passées depuis. J’ai divorcé deux fois dans ce laps de temps [rires]. Ma vie est extrêmement différente. Mais au final, quand on travaille aussi dur, l’esprit continuellement tourné vers l’avenir, on ne regarde pas en arrière. J’imagine que lorsque je regarde en arrière, je suis fier que nous existions toujours, à déchirer et être meilleurs jamais. Ai-je le sentiment qu’en termes de progression de carrière, nous sommes là où nous sommes censés être ? Absolument pas. Ça a été une bataille ascensionnelle très difficile, et j’ai l’impression que nous sommes souvent tiré une balle dans le pied, mais j’ai aussi le sentiment que nous avons été très malchanceux [petits rires]. Donc, je ne sais pas, il vaut mieux rire de certaines choses et dire : « C’est comme ça pour nous. » Toutes les bonnes choses qui se sont produites, j’ai l’impression que nous les avons méritées. Et toutes les mauvaises choses, c’est genre : « Bah, rien d’extraordinaire » [rires]. C’est notre carrière. Mais ouais, je suis très fier que nous existions toujours et de voir la dynamique du groupe aujourd’hui, à quel point c’était infiniment différent quand nous avons fait cet EP.

Tu as dit que vous vous êtes souvent tiré une balle dans le pied, qu’est-ce que tu veux dire ?

J’ai un exemple très récent qui me vient en tête : nous venons de nous séparer de notre agent. Beaucoup de mauvaises choses se produisaient à la fin de notre relation avec notre agent. Je crois que nous avons fait l’erreur de trop et l’avons mis en colère, si bien qu’il n’allait peut-être pas… Au final, je vais endosser la responsabilité pour cette relation qui s’est désagrégée. Rien n’a été fait par malveillance, c’était juste des décisions stupides, les décisions de quelqu’un qui n’est pas un businessman, et le fait d’avoir tiré sur la gâchette trop vite, sans suffisamment bien réfléchir, sans penser à comment ça allait impacter les gens qui ne font pas directement de la musique dans le groupe. C’est dur d’être consciencieux – peut-être pas pour tout le monde mais ça l’est pour moi, c’est clairement une de mes faiblesses – vis-à-vis des gens à la périphérie du groupe, les gens qui travaillent pour nous, notre agent ou notre management. Ça a vraiment été un apprentissage ; je pense que nous nous sommes améliorés par rapport à ça. Je suis volontairement vague et généraliste parce que je ne pense pas que je devrais rentrer dans les détails, mais notre dernier agent était phénoménal. Je vais prendre la responsabilité au nom du groupe et dire que j’ai fait des erreurs tactiques durant nos dix ans avec lui, qui ont fait qu’il n’avait plus vraiment envie de travailler avec nous. Je pense qu’au final, ça s’est reflété dans la qualité de son travail, et en essayant de me mettre à sa place, je ne le blâme pas. Nous nous sommes complètement tiré une balle dans le pied. Être dans un groupe signé, ça ne vient pas avec un manuel utilisateur [petits rires] ; on apprend par tâtonnements, en découvrant par soi-même et en faisant plein d’erreurs, et nous les avons toutes faites ! Je ne sais pas encore combien d’erreurs nous pourront encore faire mais il est clair que nous en avons fait un paquet [rires]. Mais nous sommes encore là, nous continuons à faire de bonnes choses. Je ne peux pas toujours accuser d’autres gens pour des choses qui ont mal tourné dans le groupe. Je dois accepter d’être responsable de certaines d’entre elles. Il est certain que je suis responsable d’une grande partie des problèmes que nous avons connus.

« Il faut dépenser de l’argent pour faire de l’argent, c’est acceptable. […] Quand on se rend dans de nouveaux endroits, on va probablement perdre de l’argent jusqu’à ce qu’on ait planté suffisamment de graines pour pouvoir faire une récolte. »

Tu as dit qu’entre le premier EP et maintenant, c’est infiniment différent dans le groupe. Mais à quel point ton idée originelle pour le groupe est-elle différente de celle d’aujourd’hui ?

Infiniment ! Car la vision originelle pour ce groupe était celle de Ryan Glisan, pas la mienne. Quand j’ai rejoint le groupe, ils m’avaient envisagé pour les dépanner. C’est vraiment marrant parce que, comme je te disais, je traînais avec Ryan et il m’a dit sans détour qu’ils m’avaient demandé de rejoindre le groupe pour être un membre temporaire jusqu’à ce qu’ils puissent trouver quelqu’un pour me remplacer. J’étais juste censé être un gars temporaire, et ensuite, j’ai tellement adoré le groupe que j’ai bossé comme un dingue – je n’ai pas peur de travailler, j’attache de l’importance au travail. J’ai trouvé ça drôle : je ne suis même pas censé être dans ce groupe [rires]. Aujourd’hui, je me sentirais super insulté si ça m’arrivait, mais c’était il y a treize ans et maintenant je trouve ça hilarant. Donc, pour répondre à ta question, c’est infiniment différent parce que ce n’était pas du tout ma vision. Je sais que quand j’ai rejoint le groupe, j’avais un background prog et thrash, je ne m’y connaissais pas beaucoup en death metal ou death metal technique. Je ne savais pas ce qu’était Necrophagist. Je ne connaissais pas Obscura. Je ne connaissais pas ces groupes qui aujourd’hui sont des références. Je n’avais aucune idée de qui étaient ces gars, et ce n’est pas comme s’ils étaient nouveaux à l’époque, c’est juste que c’était un type de musique qui m’était étranger. Dès que j’ai entendu cette musique, j’étais là : « Oh ouais, c’est génial ! » J’étais juste ignorant. J’ai grandi en jouant du Megadeth et du Slayer, en écoutant religieusement Overkill, en faisant du Dream Theater et du Yes. Le thrash et le prog, plus mon background classique, c’était qui j’étais en tant que guitariste. Donc le death metal était tout nouveau pour moi. Je continue à être stupéfait par ce que je ne connais pas dans ce style de musique [petits rires]. Donc à l’époque, je ne sais pas quel était l’énoncé de la mission, pour être honnête. J’étais là : « Bordel, il faut que je m’entraîne pour me maintenir au niveau de Ryan ! » C’était ça.

Quand j’ai intégré le groupe, je faisais de la guitare classique, je m’entraînais pendant des heures en salle de répétition, à jouer du classique, et je voulais vraiment jouer du metal. C’était ce que j’aimais. J’avais une passion pour le classique, mais j’ai toujours vu le classique comme mon plan de secours si je n’arrivais pas à faire du metal. Quand je suis arrivé, Arch Enemy, Nevermore et Behemoth étaient un peu les références. Je connaissais Arch Enemy, mais je n’avais jamais entendu parler de Nevermore et Behemoth. Le fait d’entendre ces deux groupes, et comment Ryan écrivait, a été très révélateur, car j’étais là : « J’entends complètement ces groupes dans ton style d’écriture, et donc maintenant je vois ce que tu veux. » En fait, en entrant dans le groupe, j’ai commencé à écouter Arch Enemy, Nevermore et Behemoth. Je devais assimiler ces influences. J’étais là : « D’accord, voilà ce qu’on fait. Je dois essayer d’intégrer ces groupes dans ce que je fais. » Maintenant, j’adore Nevermore ; quand j’ai débuté, je n’arrivais pas à comprendre la voix de Warrel Dane, mais maintenant j’adore ! Behemoth est très différent aujourd’hui de ce qu’il était, ce n’est plus Demigod, mais ces influences sont restées, elles sont toujours en moi. Maintenant, je n’ai plus peur de laisser notre côté prog prendre son envol. Quand Ryan est parti, ça a fait un appel d’air, genre : « Je vais continuer à écrire dans ce style pour maintenir en vie autant que possible cette moitié du groupe, mais d’un autre côté, mes influences vont davantage ressortir. » Est-ce que ça a du sens ? Je m’en veux, mec ! Je n’ai pas arrêté de parler… Je suis désolé pour quand tu vas devoir éditer ça ! Je complique tellement ton boulot [rires]. Mais je pense avoir répondu à ta question [rires].

Pas de souci [rires]. Quels sont tes objectifs et ambitions pour les dix prochaines années avec le groupe ?

C’est étrange comment ça se passe. Dans ma liste de choses à faire avant de mourir, il y avait toujours le fait de venir jouer en Europe. C’est tout ce que j’ai jamais voulu faire. C’était genre, si je pouvais être dans un groupe de metal, jouer ma propre musique et aller en Europe… Tu sais, ma famille est originaire de Grande-Bretagne. Aller là-bas, rencontrer des amis que je me suis faits sur internet au cours de x années, voir ma famille, etc. c’était mon plus grand rêve. J’y suis allé deux fois maintenant, et j’ai vécu ce rêve. Mais je me souviens qu’après être revenu d’Europe, j’étais là : « Je pense que j’ai besoin d’une nouvelle liste de choses à faire. » Je me suis littéralement assis et j’ai trouvé de nouvelles choses que je veux faire. Nous allons en Australie en mai, c’est l’une de ces choses. Aujourd’hui, ce que je veux, c’est ne jamais arrêter de composer de la musique, mais l’un de mes objectifs principaux… Enfin, ma liste de choses à faire est sympa mais ce ne sont que des trucs secondaires, donc ça n’a plus autant d’importance ; ce sont des objectifs pour avoir des objectifs. Donc aujourd’hui, mon objectif principal est que ça devienne financièrement stable, simplement parce que je commence à me faire vieux. J’aurais quarante ans l’année prochaine, et je n’ai plus le côté intrépide qu’on a quand on est adolescent, genre « je m’en fiche », « peu importe », « adviendra que pourra », « le metal ou la mort »… Ça fait longtemps que je n’ai plus cette attitude. Pas que je n’aime plus ça, j’aime toujours, mais je vieillis… J’ai connu de plus en plus de problèmes de santé, et le système de santé aux US est catastrophique, c’est vraiment moche ici [rires]. Donc je vais avoir besoin de revenus pour essayer de survivre, et ça devient vraiment effrayant. Donc ça c’est un énorme objectif.

Il faut que nous rendions le groupe économiquement réalisable. C’est ce que nous avons fait en lançant notre campagne Patreon. Quand je disais que nous nous sommes tiré des balles dans le pied, la façon dont nous avons lancé cette campagne était une énorme balle que nous nous sommes tirée dans le pied. Nous ferions complètement différemment aujourd’hui, nous aborderions ça avec un peu plus de sérieux par rapport aux gens qui ne connaissent pas nos personnalités [petits rires]. Quand nous avons fait la campagne Patreon, c’était de façon à ce que les gens puissent payer nos loyers, et ça ne nous concernait pas tous. Certains d’entre nous font ça depuis longtemps et n’ont jamais vraiment… Nous avons organisé nos vies pour pouvoir payer un loyer. Je travaille pour moi-même, je suis prof de guitare. Je peux m’en sortir et vivre. C’est rarement une source d’inquiétude. Mais ça a toujours été une question de survie sur le court terme, jamais sur le long terme. Et maintenant que je suis plus vieux, c’est devenu quelque chose qui me préoccupe. C’est un énorme objectif pour moi. Et c’est plus une question de devenir un business man et d’apprendre à dire non, or je pense que nous en avons le pouvoir désormais. Maintenant que nous avons passé autant de temps sur la route et construit une communauté de fans très fidèles, nous pouvons dire : « Hey, vous savez quoi ? Ça n’a aucun sens financièrement pour nous de faire ça. On passe notre tour. » Nous voyons ça d’un point de vue business.

« Il faut que nous commencions à faire ça de façon responsable, de façon à ce que, en tant que musiciens de death metal vieillissants, nous puissions continuer pendant des années et des années sans nous retrouver sur la paille [petits rires]. C’est effrayant, mec ! Plus je vieillis, plus le groupe devient effrayant. »

Le fait de se rendre dans de nouveaux territoires vient avec un apprentissage. Il faut dépenser de l’argent pour faire de l’argent, c’est acceptable. Comme lorsque nous avons été en Europe pour la première fois, je crois que nous avons perdu vingt mille dollars, et ensuite nous sommes revenus, il me semble que nous avons équilibré les comptes. Donc la prochaine fois que nous retournerons en Europe, j’espère que nous reviendrons bénéficiaires. Trois voyages, c’est bien. Nous allons probablement perdre de l’argent en allant en Australie, nous comprenons ce que ça implique en termes de business. Quand on se rend dans de nouveaux endroits, on va probablement perdre de l’argent jusqu’à ce qu’on ait planté suffisamment de graines pour pouvoir faire une récolte. Mais aux Etats-Unis, nous ne devrions plus accepter des offres qui nous causeraient du tort. Nous avons un seuil, nous disons : « Je ne vais pas faire une tournée pour moins que cette somme d’argent », à moins que ce soit une extraordinaire opportunité que je n’imagine même pas ; il faudra que ce soit une opportunité spéciale. Genre, jouer dans un stade : est-ce que nous ferions ça pour x quantité d’argent qui serait en dessous de nos besoins, mais que l’exposition et, probablement, les ventes de merch compenseraient ? Il faut prendre ces décisions quand elles se présentent. Mais disons que cette opportunité ne se présente jamais, alors nous avons besoin d’un standard en dessous duquel nous n’irons pas. Si ce standard n’est pas respecté, alors ça aura plus de sens que nous restions chez nous, à composer de la musique et essayer de gagner notre vie via notre autre job.

Je pense que c’est ça l’objectif principal pour Allegaeon aujourd’hui. Nous allons continuer à avancer et faire ce que nous avons toujours fait, continuer à progresser et écrire de la musique qui nous parle, mais il faut que nous commencions à faire ça de façon responsable, de façon à ce que, en tant que musiciens de death metal vieillissants, nous puissions continuer pendant des années et des années sans nous retrouver sur la paille [petits rires]. C’est effrayant, mec ! Plus je vieillis, plus le groupe devient effrayant. Alors que ça ne devrait pas être le cas ! Le groupe grossit, les revenus le reflètent, mais nous n’en voyons pas les bénéfices, car les dépenses semblent grossir avec nos revenus. En vieillissant, tu commences à te dire : « Oh merde, il faut que je trouve une solution ! » C’est l’un de mes objectifs principaux. Ce n’est pas un objectif très excitant. J’aurais aimé pouvoir donner cet énorme objectif qui aurait été super marrant, mais ce sont des problèmes de vieux [rires].

Même Devin townsend a évoqué ses soucis financiers. Son nouvel album a coûté 170 000 dollars, et il a pu avoir cet argent car il a eu l’occasion de re-signer sa discographie, et il a dit que si cet album échouait, il pourrait ne plus pouvoir faire d’autre album à l’avenir…

Ouais, j’ai vu ça. Honnêtement, avec mon regard extérieur, ça me semble être une inquiétude à court terme pour quelqu’un comme Devin Townsend. Je ne sais rien de sa situation financière. C’est très dur de se faire de l’argent dans ce business. Avec un peu de chance, plus personne n’a l’illusion que des rock-stars existent dans le metal. Je pense que le fait que ça n’est pas le cas a été largement médiatisé. Devin est un personnage extrêmement talentueux et extrêmement aimé. Oui, si Empath échoue, il va vivre des moments difficiles, mais est-ce que ça va le faire dérailler de façon permanente ? J’ai du mal à le croire, même avec un prix à 170 000 dollars planant au-dessus de sa tête, rien qu’à cause de qui il est. Je ne crois vraiment pas que cet homme puisse arrêter d’être créatif. Est-ce que ça le bloquera pendant deux ou trois ans ? Absolument. Dans le pire des cas, c’est ce qui se passera, à mon avis. Mais, encore une fois, c’est un point de vue extérieur et je ne connais pas son business. J’ai rencontré Devin trois ou quatre fois, et ça a toujours été un vrai plaisir, c’est un mec incroyable, un être humain incroyable et un musicien incroyable, mais je ne le vois pas être capable d’arrêter un jour. Mais absolument, 170 000 dollars c’est beaucoup d’argent et, oui, ça pourrait clairement avoir un impact négatif sur la vie de n’importe qui pendant longtemps. J’espère que j’ai raison. Si ça se passe vraiment mal, ce que je n’espère pas pour Devin, j’espère que tout se passera à merveille, mais si jamais il se passe ce qu’il dit qui pourrait se passer, j’espère que j’ai raison et que ça ne va pas le retenir de façon permanente.

Interview réalisée par téléphone le 2 avril 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt & Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Stephanie Cabral.

Site officiel d’Allegaeon : www.metalblade.com/allegaeon

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