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Interview   

Alter Bridge avance ses pions


Quand les quatre membres d’Alter Bridge se sont retrouvés en Floride en 2022 pour travailler sur ce qui deviendra Pawns & Kings, le septième album du groupe, cela faisait pas moins de deux ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Covid-19 oblige, Alter Bridge n’a d’ailleurs toujours pas repris la route depuis février 2020. Pour autant, les deux moteurs créatifs du combo, à savoir Mark Tremonti et Myles Kennedy, ne se sont pas tournés les pouces : le premier a réalisé un nouvel album de son projet Tremonti et a donné corps à sa passion pour Frank Sinatra par le biais d’un album à la fois hommage et œuvre de bienfaisance, tandis que le second a œuvré en solo et avec Slash. Un éloignement qui a eu du bon, donnant une forme de fraîcheur et d’excitation à leurs retrouvailles.

En conséquence, Pawns & Kings est finalement un album assez différent de Walk The Sky (2019), mais dans lequel on retrouve indéniablement la patte d’Alter Bridge. C’est là tout le jeu d’équilibriste auquel le groupe joue à chaque album : faire du neuf sans dépayser. Cette fois, c’est avec un son plus épuré, mais des structures plus longues et complexes – rappelant en partie l’album Fortress sorti il y a tout juste dix ans – que le quatuor revient. Nous en parlons ci-après avec Mark Tremonti.

« On a des succès passés à cause de certaines chansons, et parfois, […] on n’a pas d’autre choix que de se comparer à soi-même. Nous essayons de surpasser ce que nous avons fait dans le passé, autant que nous le pouvons. »

Radio Metal : Alter Bridge n’a pas tourné depuis février 2020. Ça fait une sacrée pause ! Entre-temps, tu as fait un album solo, Myles en a aussi fait un en plus d’un album avec Slash. Penses-tu que, quand on est un groupe aussi actif qu’Alter Bridge, ça peut être bon de faire une longue pause et de s’éloigner un peu les uns des autres pendant une période de temps ?

Mark Tremonti (guitare) : Oh oui. A chaque fois que nous faisons une pause ou partons faire nos projets solos ou autres groupes, quand nous nous remettons sur Alter Bridge, c’est de nouveau frais et nous sommes tout excités à l’idée de nous y remettre. Nous nous entendons très bien, mais je pense que si nous étions dans le même groupe pendant vingt ans d’affilée, à toujours être ensemble et à toujours jouer, ça pourrait perdre en saveur, mais comme nous faisons toujours d’autres choses, ça entretient la fraîcheur et le côté neuf pour nous. Nous sommes toujours excités de nous réunir dans une pièce et nous faisons en sorte que ça ne paraisse pas trop répétitif. Surtout cette fois, le fait que nous ne nous soyons pas vus pendant longtemps, je pense que ça a eu un effet positif sur les chansons. Et puis maintenant, même si je ne suis pas encore prêt à remonter sur scène avec Alter Bridge parce que j’ai encore besoin de répéter les chansons, j’ai hâte !

Evidemment, la pandémie a fait qu’il était difficile pour vous de vous retrouver ne serait-ce que pour composer de la musique. J’imagine que vous avez dû faire ça à distance. Comment ça s’est passé ?

Nous avons créé des démos, puis nous les avons partagées sur une Dropbox afin que tout le monde puisse se familiariser avec les chansons et se les approprier. Nous avons effectivement travaillé à distance au départ, puis nous nous sommes réunis à Orlando pour terminer l’album. Nous avons principalement collaboré par téléphone ou Zoom. C’est surtout à l’étape de préproduction que nous nous réunissons pour travailler ensemble. Nous avons passé deux ou trois semaines à prendre chacune des démos pour en faire de vraies chansons d’Alter Bridge. Une fois que la préproduction est finie, nous nous séparons et finalisons ça individuellement, un membre du groupe à la fois, mais la préproduction est une partie très importante du processus. De même, nous incluons toujours notre producteur, Elvis, dans le processus. Nous lui présentons toujours nos chansons et il donne son avis sur celles que nous devrions enregistrer pour l’album. Cette phase de préproduction est vitale pour l’enregistrement parce que c’est là que le groupe et Elvis se posent pour écouter les chansons et décider des arrangements et des chansons à retenir pour l’album.

Il y a pas mal de chansons assez longues et complexes dans cet album : passer en radio et faire des morceaux en format single est-il quelque chose que vous prenez de moins en moins en compte avec les années ?

Oui. Nous avons arrêté de penser comme ça il y a dix ans. Dans le temps, j’y pensais, parce que la radio était très importante à l’époque, et c’est ainsi qu’on vendait son groupe. Donc, au début, nous savions qu’on ne pouvait pas faire passer une chanson de plus de quatre minutes trente à la radio, donc nous faisions des versions tronquées pour nous assurer que le morceau rentre dans le format. Je veux dire qu’on ne compose jamais délibérément une chanson comme ça, mais quand on a écrit un album et qu’on regarde celles qu’on verrait bien en single, on est obligé de prendre cet arrangement et d’en faire une version edit. Nous sortions donc une version album, qui faisait cinq minutes par exemple, et nous sortions aussi une version radio de quatre minutes. Nous détestions toujours la version radio, mais il fallait le faire. Ça arrivait souvent au début, mais maintenant, nous préférons oublier ces versions tronquées [rires]. Nous ne sommes plus dans ce mode de pensée. Je trouve que ça nous bride en tant que compositeurs. On ne devrait pas composer pour un format autre que celui que la chanson réclame. Donc non, je n’ai plus besoin d’écrire de singles.

D’ailleurs, « Fable Of The Silent Son » dure pas moins de huit minutes trente. C’est la plus longue chanson, non seulement que le groupe ait jamais faite, mais que tous les quatre vous ayez jamais faite – en l’occurrence, elle fait quelques secondes de plus que « Who’s Got My Back » de Creed. Comment vous êtes-vous retrouvés avec un morceau épique comme ça ?

Elle est devenue comme ça, c’est tout. Parfois tu composes une chanson et, à mesure que tu avances dessus, tu écris de plus en plus de parties jusqu’à obtenir l’ajustement parfait. Une fois que tu as trouvé la dernière partie, tu n’as pas envie d’éliminer toutes les autres super parties que tu as écrites pour le morceau. Donc tu fais en sorte que ça fonctionne, sans faire une chanson longue pour faire une chanson longue, mais une chanson qui raconte une belle et longue histoire qui ait du sens. Je pense que nous ressentons la liberté de faire ce genre de chanson depuis que nous avons fait l’album Blackbird. Quand nous avons écrit le morceau « Blackbird », nous nous sommes dit que c’était quelque chose que nous adorions faire, et depuis, nous nous autorisons à composer n’importe quoi. La longueur d’une chanson ne nous inquiète pas. Si c’est long, c’est long. Il n’y a pas de règle. Et même, indépendamment de la longueur, le temps que nous mettons pour composer dépend de la chanson : certaines se font en un jour, d’autres en un mois. On ne sait jamais.

« Nous essayons de rendre les choses aussi atypiques que possible, tout en gardant une approche mélodique de la chanson. »

Tu as dit que le producteur Micheal « Elvis » Baskette « est totalement tombé amoureux de ce que [vous] éti[ez] en train de faire pour Pawns & Kings » en partie parce que « ça lui rappelait Fortress ». Il se trouve que Fortress passe cette année la barre des dix ans : cet album a-t-il une place particulière dans votre cœur ?

Oui. Je trouve que Fortress est l’un de nos meilleurs albums, c’est certain. Je considère encore Blackbird comme étant l’album d’Alter Bridge le plus important, mais Fortress le suis de près. C’est donc clairement l’un des albums les plus importants que nous ayons enregistrés. Je trouve la chanson « Cry Of Achilles » remarquable sur cet album, de même que le morceau éponyme « Fortress ». Cet album montrait une facette plus progressive du groupe que nous n’avions pas montrée avant. Nous avons été très exigeants avec nous-mêmes sur cet album. Ça a été une grande réussite pour nous, avec la façon dont nous l’avons mené à bien et le sentiment qu’il nous procurait. Enfin, chaque album correspond à un état d’esprit différent, mais Fortress renvoie à une belle période pour nous tous.

Tu as dit aussi qu’« une fois qu’il avait mis cette idée dans [vos] têtes, [vous avez] inconsciemment cherché à faire un album dans le style de Fortress, mais avec un côté moderne ». Est-ce le bénéfice d’avoir un producteur qui vous suit depuis presque toute la carrière du groupe : il connaît votre discographie aussi bien si ce n’est mieux que vous ?

Oui. Tout le monde connaît les outils avec lesquels nous devons travailler, et sait là où nous excellons et là où nous galérons. C’est donc une situation assurément confortable où nous savons tous quelles sont nos forces. Enfin, souvent, tu enregistres un album et une fois que c’est fait, tu ne l’écoutes plus tellement après. Je compose toujours pour le prochain album, donc peut-être qu’Elvis écoute plus nos albums entre deux albums que nous. Qui sait ? Nous jouons les chansons en live, mais nous ne revisitons pas autant les albums que vous le feriez si vous êtes fans du groupe. Ceci étant dit, on a des succès passés à cause de certaines chansons, et parfois, on dit : « Il faut une chanson comme ci, il faut une chanson qui fait comme ça. Il faut une chanson avec un côté à la Blackbird. » Parfois, on n’a pas d’autre choix que de se comparer à soi-même. Nous essayons de surpasser ce que nous avons fait dans le passé, autant que nous le pouvons. Généralement, nous regardons devant nous, mais peut-être qu’en raison du feeling global de l’album, il a dit que ça lui rappelait Fortress, mais il n’y avait rien de spécifique non plus.

D’après Myles, « Elvis avait une toute nouvelle installation avec une table différente, un préampli différent, et un condensateur différent ». Comme je l’ai dit, Elvis est votre producteur privilégié depuis Blackbird, non seulement avec le groupe mais aussi vos projets solos. La dernière fois, tu nous avais dit : « Pourquoi toucher à quelque chose qui fonctionne ? », mais penses-tu que le fait de travailler avec de nouveaux équipements apporte un peu de fraîcheur ?

Peut-être pour Myles. Pour moi, c’était pareil. J’ai simplement confiance dans le fait que le matériel qu’Elvis utilisera sera super. Ce qui est drôle, c’est que je viens de faire un album de Sinatra pour lequel j’ai apporté un microphone, un U-47 de la marque Wonder Audio, car j’ai fait des recherches et j’ai découvert que c’était l’une des meilleures reproductions du U-47. Quand je suis allé en studio, sa table de mixage était de Wonder Audio. Il avait donc choisi le même matériel, mais de plus grande envergure. Ceci étant dit, c’est vrai qu’un équipement, comme un microphone, peut être une source d’inspiration. C’est pourquoi je suis entouré de… Tu vois la pièce où je me trouve, je suis entouré de tous les amplis que tu peux trouver, car chacun d’entre eux te fait jouer différemment, chaque guitare te fait jouer différemment. Par exemple, ma guitare préférée en ce moment, c’est… Je vais te la montrer [montre une guitare PRS en forme d’Explorer]. Elle joue super bien. Elle sonne super bien. Elle a de la gueule. Elle est juste globalement géniale ! Enfin, toutes mes guitares jouent super bien, c’est juste un feeling différent.

Pawns & Kings sonne, peut-être pas plus heavy, mais de manière plus brute à certains égards. Est-ce que ce pourrait être en réaction à Walk The Sky qui était très travaillé, avec l’utilisation de sons de synthé et de cordes ?

Oui. Je pense que c’était notre réponse à notre expression artistique passée. Nous voulons continuer à la rendre aussi différente que nous le pouvons. Le seul véritable objectif que nous avions avec cet album était d’épurer la production et de la rendre très agressive et brute, qu’on entende un groupe de rock n’ roll avec seulement ses instruments. Il n’y a pas de cordes, de pad ou quoi que ce soit de ce genre. Myles et moi faisons chacun deux pistes de guitare pour pouvoir les répartir à droite et à gauche, donc ça fait quatre guitares, et ensuite, la seule chose qui bénéficie de plusieurs couches en dehors de ça, c’est certains arrangements de chant, c’est-à-dire qu’il fait son chant et ensuite deux harmonies. C’est le seul moment où on n’entendra pas en live ce qu’on entend en studio, car je suis incapable de chanter certaines lignes aiguës que Myles chante. Mais oui, nous avons voulu épurer la production. Sur le dernier album, nous avons intégré plein de synthés et de pads, donc nous avons dit : « Retirons tout ça et visons quelque chose de différent. » Ça permet notamment de vraiment faire respirer les instruments. On peut entendre les nuances des guitares, par exemple. Moins on enregistre d’instruments, plus les nuances et les plages de fréquence de ces instruments sont disponibles, de façon à ne pas les compresser voire les écraser. Ils ont plus d’espace pour respirer.

« Je manque de confiance en moi en tant que guitariste. Je veux m’améliorer parce que je vois d’autres gens jouer et je trouve que ce sont des guitaristes fantastiques, et je me dis : ‘Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire ça aussi bien que lui ?’ Donc je m’entraîne. C’est ce qui me fait avancer. »

Tu as déclaré avoir « constamment essayé de sortir des albums que les fans ne verront pas forcément venir ». D’un autre côté, tu as aussi dit qu’« après avoir travaillé ensemble pendant aussi longtemps [vous] sav[ez] ce dont ce groupe a besoin. [Vous] essay[ez] de maintenir le son d’Alter Bridge ». Ça semble un peu contradictoire. Comment parvenez-vous à proposer de l’inattendu tout en continuant à sonner pareil ?

Nous essayons juste de nous donner comme défi de faire quelque chose de différent, et quand nous faisons ça, avec un peu de chance, les fans ne le voient pas venir. Nous essayons d’apporter de nouvelles saveurs aux albums et de faire des choses que nous n’avons pas forcément faites par le passé. Ça fait que les fans se demandent à chaque fois ce qui les attend et nous, ça nous stimule. En l’occurrence, dans cet album, on retrouve des petits éléments progressifs. Il y a des idées de signature rythmique que nous aimons mettre dans les morceaux. Comme dans « Last Man Standing », le pré-refrain passe en sept-huit, et ensuite je prends cette mesure et je lui ajoute des éléments pour la sortir du sept-huit, puis la ramener dedans, et finalement revenir en quatre-quatre quand le refrain arrive. Ça permet à l’auditeur de rester sur le qui-vive, en se demandant : « Où ça va aller ensuite ? » Il y a aussi des idées de structures non traditionnelles. Nous essayons de faire en sorte que nos structures racontent une histoire autrement qu’avec le traditionnel refrain, couplet, refrain, pont, refrain. Nous essayons de rendre les choses aussi atypiques que possible, tout en gardant une approche mélodique de la chanson.

Comme je l’ai dit, dans Walk The Sky, vous aviez ces boucles de synthé qui ont amené de la nouveauté niveau composition. A quel point c’est difficile, surtout quand on est un compositeur aussi prolifique que toi, de se débarrasser de ses automatismes créatifs et de ne pas se répéter ?

J’essaye juste de faire quelque chose de différent à chaque fois. J’essaye de trouver des chemins d’inspiration différents, que ce soit en regardant un film et en essayant de recréer l’atmosphère de ce film, en lisant un livre et en essayant de créer des paroles sur la base de cette histoire ou en allant sur YouTube pour trouver des boucles que quelqu’un étudie, et ça devient une boucle atmosphérique sur laquelle j’essaye d’écrire une chanson, ou une boucle de batterie sur laquelle j’aime jouer. Quand j’étais jeune, je me contentais de m’asseoir avec une guitare et de voir ce qui se passait. Je fais encore beaucoup ça, mais j’aime bien maintenant avoir quelque chose sur lequel me reposer et qui tourne en fond. Ça m’inspire à aller dans une certaine direction.

D’ailleurs, as-tu des automatismes créatifs ?

J’essaye de ne pas en avoir. Comme je l’ai dit, j’essaye de changer autant que possible mon approche, mais il y a des choses que j’ai faites par le passé qui sont assez automatiques chez moi. J’essaye de m’en éloigner avec le temps, mais il y a certains motifs que j’ai tendance à faire à la main droite. Je peux éteindre mon cerveau, balancer mes mains sur la guitare et attendre que quelque chose m’inspire. Ces techniques fonctionnent très bien pour moi, parce que j’aime les accordages alternatifs. Donc si on peut éteindre son cerveau et laisser sa main faire quelque chose de très familier, on peut accorder la guitare de plein de façons différentes et constamment trouver des idées uniques et différentes sans avoir à passer trop de temps enlisé dans la théorie, on peut juste y aller et voir ce qui se passe. Par exemple, si tu prends le morceau « Fortress », il y a des motifs au médiator que j’utilise dans cette chanson et que j’ai aussi utilisés dans la chanson « Make It Right ». Ce motif est super pour composer. Puis il y a un motif aux doigts dans « Waters Rising », j’ai même commencé « Blackbird » avec ce style et je l’ai transformé. C’est un simple motif en six-huit – tu comptes un, deux trois, un, deux, trois – que je fais avec ma main droite et j’aime souvent composer avec ça.

A propos de la chanson éponyme « Pawns & Kings », Myle a dit que c’était un « cri de guerre pour les personnes qui sont généralement données perdantes. On va non seulement affronter ce qui pourrait être considéré comme le défi ultime, mais on va aussi le surmonter. C’est l’histoire de David contre Goliath ». Vous considérez-vous comme tels, que ce soit en tant que groupe ou en tant qu’individus ?

Je pense, oui. Nous avons toujours dû nous battre pour tout ce que nous avons. Rien n’est venu facilement. Nous nous sommes toujours vus comme ces personnes données perdantes, mais maintenant, nous comprenons que nous avons beaucoup accompli et nous avons une super communauté de fans. Mais il a fallu beaucoup se battre ! Je ne sais pas si c’est la même chose, mais même quand j’étais jeune, j’étais toujours le petit nouveau. J’ai beaucoup déménagé, donc il fallait toujours que je me fasse des amis et une place. C’est une bonne chose que j’avais ma guitare. Je ne me suis jamais senti perdant en tant que compositeur. Je suis tombé dans la composition et j’adorais ça, mais en tant que guitariste, j’étais toujours ce gars qui voyait à quel point les autres étaient doués et qui voulait être à la hauteur de leur talent. J’ai toujours l’impression d’avoir plein de choses à apprendre. Je manque de confiance en moi en tant que guitariste. Je veux m’améliorer parce que je vois d’autres gens jouer et je trouve que ce sont des guitaristes fantastiques, et je me dis : « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire ça aussi bien que lui ? » Donc je m’entraîne. C’est ce qui me fait avancer. J’ai toujours envie d’apprendre.

« Je suis beaucoup plus à l’aise quand je chante à la manière de Frank Sinatra que des morceaux de hard rock. Ça correspond à ma tessiture vocale. »

Si tu étais David, qu’est-ce qui serait ton Goliath aujourd’hui ?

Le fait de retrouver les arènes. Faire des concerts dans des arènes et passer en tête d’affiche de festivals, ce serait mon Goliath. Nous n’avons jamais réussi à faire ça avec Alter Bridge. C’est l’une des plus grandes choses qu’il nous reste à accomplir, devenir tête d’affiche d’un grand festival de rock européen.

A propos de la chanson « Silver Tongue », Myles a expliqué que ça parlait d’« une personnalité charismatique capable de séduire les gens avec ses paroles. Elle sait qu’elle n’aura pas à rendre des comptes, car elle persuade les autres de faire les choses et de porter le chapeau ». Cette personnalité pourrait bien être un groupe ou un artiste : vous sentez-vous responsables de votre force de séduction ?

[Petits rires] Nous ne séduisons que nous-mêmes. En tant que compositeurs, nous essayons d’écrire ce que nous apprécierions et jamais pour ce que quelqu’un d’autre apprécierait. Nous adorons nos fans, mais nous ne composons jamais spécifiquement pour certains fans. Nous voulons toujours écrire pour nous-mêmes et je pense que ça rend la musique authentique. Pour ce qui est des paroles, je pense que nous faisons plus attention à ce que nous disons dans les médias que dans les chansons. Je pense que dans les chansons, tout est permis, mais dans les médias, il faut parfois faire attention à ce qu’on dit. On peut s’attirer de gros ennuis ! Ça m’est souvent arrivé au cours de ma carrière…

Tu prends le chant lead une nouvelle fois sur « Stay ». C’est une ballade très introspective. Qu’est-ce qu’elle signifie pour toi, personnellement ?

Cette chanson, pour moi, parle de profiter du moment présent et de ne pas se laisser démolir sans possibilité de se relever, et d’utiliser ce moment pour accomplir ce qu’on veut accomplir, sans laisser personne nous dire qu’on ne peut pas l’accomplir. C’est ainsi que j’aimerais être. Parfois, je chante à propos de la personne que j’aimerais être et pas forcément celle que je suis. J’ai encore du travail à faire sur moi-même, comme tout le monde, je pense.

Tu adores chanter et Myles adore faire des solos de guitare. Le fait d’échanger vos rôles, comme vous le faites de temps en temps, est-il une façon pour vous de briser votre routine et celle des fans ?

Oh, oui, absolument. Et je pense que nous adorons le rôle de l’autre, car nous n’avons pas de pression. Quand je chante, si je chante mal, les gens diront : « Ah, ce n’est pas le chanteur. » Mais si je chante super bien, ils diront : « Je ne savais pas qu’il était capable de chanter ! Ouah, génial ! » Je n’ai donc rien à gagner et rien perdre. Je suis connu pour être un guitariste, donc si j’ai un mauvais soir, les gens le souligneront. Si Myles a un mauvais soir à la guitare, ce n’est pas grave, parce que c’est un super chanteur [petits rires]. Il n’y a pas de pression et ça rend la chose encore plus marrante. Myles est un excellent guitariste. Je trouvais que ce serait dommage de ne pas le laisser montrer au monde tout le temps qu’il a passé sur son jeu de guitare. Pour ma part, en tant que chanteur, j’adore chanter au karaoké [rires].

Quand vous avez commencé Alter Bridge, tu étais le mec heavy et Myles le mec plus doux, mais sur les deux ou trois derniers albums, Myles a apporté pas mal de riffs heavy. Dirais-tu qu’après toutes ces années passées ensemble, vous avez déteint l’un sur l’autre, que Myles a pris un peu de toi et que tu as pris un peu de Myles ?

Oui, absolument. Je pense que nous ne faisons de plus en plus qu’un en termes de créativité quand nous sommes dans ce groupe. Quand nous bifurquons pour faire nos propres projets, nous redevenons des personnes séparées, mais quand nous revenons dans ce groupe, nous savons ce qui fonctionne pour Alter Bridge et nous essayons d’œuvrer en faveur du son de ce groupe. Maintenant, Myles adore écrire des riffs heavy, comme moi. Ce que j’ai probablement le plus appris de Myles, c’est son utilisation de l’atmosphère, son approche atmosphérique de l’espace et les notes qu’il choisit quand il utilise son falsetto et sa voix de tête. Tandis que ce que Myles a appris de moi, c’est l’approche de l’écriture des riffs. J’écris des riffs en downpicking avec une main droite très lourde et je pense qu’avec les années, il a appris à faire pareil. Il compose maintenant des riffs heavy, donc je pense que c’est la plus grosse chose qu’il a prise chez moi.

Durant la pandémie, non seulement tu as sorti un nouvel album de Tremonti et travaillé sur un nouveau Alter Bridge, mais tu as aussi sorti un album hommage à Frank Sinatra. Comment as-tu eu cette idée ?

Je suis devenu un tel fan de Frank Sinatra que, tout comme lorsque j’étais gamin et que j’apprenais les chansons d’autres guitaristes, j’ai voulu apprendre à chanter comme Frank Sinatra. J’ai donc passé des années à étudier encore et encore, comme je le faisais à la guitare, la moindre petite nuance du moindre mot qui sortait de la bouche de Sinatra. Je ne savais pas ce que j’allais en faire. J’ai commencé à sentir que je m’améliorais de jour en jour. Je n’avais simplement pas de place dans ma carrière pour ça jusqu’à ce qu’on diagnostique à ma fille une trisomie 21 – et elle n’est jamais très loin [montre une grande photo cartonnée d’elle]. J’avais lu de très nombreux livres sur la vie de Frank Sinatra et le fait que c’était un énorme philanthrope et qu’il avait récolté plus d’un milliard de dollars pour des œuvres de bienfaisance. Alors je me suis dit : « Tu sais quoi ? Je vais enregistrer un album de chansons de Frank Sinatra et je vais lever des fonds pour sensibiliser sur la trisomie 21. » Nous avons mis en place un partenariat avec la National Down Syndrome Society. Nous avons récolté les trois quarts d’un million de dollars à ce stade. En fait, je suis beaucoup plus à l’aise quand je chante à la manière de Frank Sinatra que des morceaux de hard rock. Ça correspond à ma tessiture vocale. Ça sied mieux à ma voix de chanter dans ce registre, car ça me permet de chanter joliment et de manière ample comme le faisait Frank Sinatra. Quand je chante du rock, il faut tout le temps que je m’entraîne, car c’est une musique et un style vocal plus agressifs, alors que quand on chante du Frank Sinatra, c’est plus exposé et ouvert, et c’est une technique plus appropriée. J’adore.

Interview réalisée par téléphone le 13 septembre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Chuck Brueckmann.

Site officiel d’Alter Bridge : alterbridge.com

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  • CastorJunior dit :

    Un incroyable guitariste, tellement sous-estimé. Son utilisation des accordages, sa précision dans le riffing…
    Sinon l’album est juste excellent.
    Un tête d’affiche l’été prochain serait amplement méritée.

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