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Interview   

Alter Bridge sur un petit nuage


Qu’obtient-on lorsque l’on envoie les deux guitaristes d’Alter Bridge, Mark Tremonti et Myles Kennedy, faire des interviews dans le magasin de guitares le plus haut de gamme de Paris ? Une petite démonstration acoustique et un Myles Kennedy qui fait son shopping, voilà ce qu’on obtient. Du pain bénit pour les journalistes venus interroger les deux têtes pensantes d’Alter Bridge à l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Walk The Sky, et qui se retrouvent face à des musiciens tout sourires, pas très loin d’une paire de gosses dans un magasin de bonbons.

La dernière fois qu’Alter Bridge sortait un album ainsi qu’à l’occasion du Live At The Royal Albert Hall, c’était le frontman du combo qui avait répondu à nos questions (sans compter l’interview pour son album solo et celle pour l’album avec Slash !), c’est cette fois à son guitariste lead de s’y coller, à peine plus d’un an après nous avoir parlé de son album conceptuel. Si Alter Bridge égrène les albums avec la régularité d’un métronome, ses deux têtes pensantes ont aussi leurs propres projets parallèles, et les trois ans écoulés depuis The Last Hero ont été riches en expériences et sorties en tous genres. Les deux têtes pensantes d’Alter Bridge sont insatiables et ne connaissent pas la panne d’inspiration, comme le démontre Walk The Sky dont Mark Tremonti nous parle ci-après.

« Si tu ne fais constamment que du hard rock et du heavy metal, ça t’inspirera, mais ça ne te forcera pas à emprunter d’autres directions. […] En tant que compositeur, j’ai l’impression d’être face à une cible mouvante, je me dois de continuer à expérimenter avec de nouvelles choses. »

Radio Metal : The Last Hero est sorti il y a trois ans, mais entre-temps, toi et Myles avez été très créatifs et occupés : Myles a fait son album solo et un nouvel album de Slash, tu as fait ton album solo conceptuel, et avec Alter Bridge, vous avez eu cette expérience avec The Parallax Orchestra. Vous avez donc fait beaucoup de choses avant de vous mettre sur ce nouvel album d’Alter Bridge. Comment êtes-vous parvenus à trouver les ressources créatives malgré cette hyper-activité ?

Mark Tremonti (guitare) : Nous n’arrêtons à peu près jamais d’écrire. C’est quelque chose que nous faisons quand nous avons du temps libre. C’est notre passe-temps, c’est notre passion, c’est notre carrière. Si j’ai un jour de libre, je prends ma guitare et je compose. Je pense que lorsqu’on est créatif, on reste créatif. Si on fait des pauses, si on arrête d’être créatif pendant une année, c’est dur de se remettre dans cet état d’esprit. Quand on n’éteint jamais la créativité, elle continue de se développer et de grandir. Je ne me retrouve jamais en manque de musique sur laquelle travailler. Nous sommes toujours prêts à nous y mettre ! Nous avons passé beaucoup de temps à faire des démos d’idées pour cet album. Je pense que nous avons tous les deux tellement de matière que nous n’aurons jamais assez d’une vie pour tout sortir ! C’est amusant d’avoir tous ces exutoires différents. Je pense que dès que tu apportes de nouvelles expériences, de nouvelles forces et de nouvelles façons de voir comment aborder l’écriture d’une chanson, ça aide à parfaire notre son. Ça le fait évoluer.

Pendant que tu composais les chansons, tu as été chercher certaines vieilles boucles de synthé et tu as travaillé en les passant en fond sonore afin de t’inspirer. C’est bien mis en évidence sur des chansons comme « Godspeed », « Pay No Mind » et « Walking On The Sky ». Comment le fait d’avoir ces sons synthétiques a orienté et influencé ton approche des chansons ?

C’est excitant d’aller sur de nouveaux terrains. Cette fois, j’ai entendu une chanson qui s’appelait « Tech Noir » de Gunship. Je l’ai adorée. Elle m’a frappé, c’est l’une de mes chansons préférées parmi toutes celles que j’ai entendues ces dernières années. Je l’ai envoyée à Myles, et j’ai dit : « Ecoute cette chanson ! Je l’adore. J’aimerais essayer d’incorporer ce genre d’atmosphère dans le prochain album. » Il a tout de suite dit qu’il adorait et qu’il était sur la même longueur d’onde. Nous avons donc intégré quelques sons à John Carpenter, dans la veine des vieilles musiques synthwave, dans deux ou trois de nos chansons. L’idée consiste à mettre en place une atmosphère et la laisser te mettre dans un certain état d’esprit. Ensuite, il n’y a plus qu’à saisir l’inspiration quand elle se manifeste. Ces boucles et sons suscitent de nouvelles choses de notre part. C’est une chose de composer sur une boucle de batterie, mais quand on a une approche différente où on est confrontés à quelque chose qui n’est pas tellement rock n’ roll, ça nous pousse dans un autre état d’esprit. Désormais, je suis plus ouvert à aller chercher des boucles qui, à la base, sont peut-être plutôt prévues pour des chansons de hip-hop, ou n’importe quel style de musique autre que du heavy metal. Car si tu ne fais constamment que du hard rock et du heavy metal, ça t’inspirera, mais ça ne te forcera pas à emprunter d’autres directions. Il s’agit simplement d’essayer de rester inspiré et de trouver des éléments qui renouvelleront notre composition, de façon à ce que ça ne sonne pas éculé à faire toujours la même chose. En tant que compositeur, j’ai l’impression d’être face à une cible mouvante, je me dois de continuer à expérimenter avec de nouvelles choses.

A quel point le revival années 80 et le mouvement synthwave actuels t’inspirent ?

J’ai grandi à cette époque, donc c’est quelque chose, quand je l’écoute, qui me rappelle lorsque c’est apparu pour la première fois et à quel point c’était cool. Je n’étais jamais un très grand fan de clavier dans les groupes. Certains groupes le faisaient bien, mais j’aime beaucoup quand le synthé a fait ses premières apparitions – comme je l’ai dit, les trucs qu’on entendait dans les films de John Carpenter. Ce genre de synthé, c’est ce que j’adore. C’était bien d’amener ça dans notre musique.

Toi et Myles avez composé totalement séparément avant de vous réunir et combiner vos chansons. J’imagine que vous auriez pu composer des musiques très différentes, alors comment vous êtes-vous retrouvés avec une direction commune pour l’album, à partir de vos lots d’idées de chansons respectifs ? Est-ce ce qui explique la diversité de l’album ?

Nous avons composé plus ou moins tout seuls et nous avons eu la chance que, quand nous avons réuni tout ça, ça sonnait comme un album cohérent. Ce n’est pas quelque chose que nous avons fait délibérément, c’est arrivé naturellement. Par le passé, nous écrivions des parties individuelles, puis nous assemblions nos parties pour en faire des chansons. Sur cet album, nous avons composé séparément des chansons complètes, ensuite nous nous sommes retrouvés et les avons légèrement ajustées. Mais rien n’était vraiment conscient. C’est devenu ce que c’est devenu un peu tout seul. L’énergie de l’album s’est créée naturellement. De façon générale, avec chaque album, nous voulons essayer de créer un ensemble de chansons aussi varié que possible. Nous voulons que l’album soit dynamique et ressemble à un voyage pour les gens qui l’écoutent, au lieu de rester sur le même son d’un bout à l’autre de l’album.

« Souvent, les gens pensent que tout le côté heavy vient de moi et que tous les trucs calmes viennent de [Myles]. Ce n’est pas vrai. Je pense que les gens seraient surpris : Myles adore la musique heavy. […] Avec le temps, nos frontières se brouillent, nous sommes devenus très similaires dans notre façon de composer. »

Vous avez donc changé votre méthode habituelle, qui consistait à créer ensemble les chansons avec votre producteur Michael « Elvis » Baskette. Pourquoi ce changement de méthode ?

Parce que nous n’avions que cinq semaines pour enregistrer l’album ! Nous savions que nous n’avions que très peu de temps, donc il fallait que nous soyons plus préparés que jamais. C’est pour cette raison que nous avons dû écrire différemment. Comme je l’expliquais, habituellement, nous nous retrouvons avec des chansons partielles et nous les finissons ensemble, alors que pour cet album, Myles et moi avons été obligés de créer des chansons complètes, chacun de notre côté, et d’arriver directement avec des démos finalisées – avec les mélodies, les arrangements, les paroles et tout en place – à présenter au groupe avant même de commencer. Nous mettions ces démos sur une Dropbox, afin que nous puissions tous les examiner avant d’entrer en studio. Nous nous sommes donc sentis mieux préparés cette fois. Nous savions où nous mettions les pieds. Souvent, quand on attend la dernière minute pour créer les chansons, on ne sait pas comment elles vont rendre. Alors que quand tu as des démos bien peaufinées, tu sais que les chansons seront au moins aussi bonnes quand tu vas les enregistrer avec tout le groupe. Par exemple, sur l’album précédent, nous avons capturé tout ça sur le moment, alors que là c’était beaucoup plus réfléchi et abouti, donc il se peut que ça s’entende dans les enregistrements. Ensuite, dès qu’on rassemble Alter Bridge, le groupe, celui-ci appliquera toujours son son sur chaque chanson qu’on écrit. C’est une question de mettre tout le monde dans la même pièce pour imprégner la patte d’Alter Bridge. En l’occurrence, nous avons des parties de batterie programmées sur les démos, et ensuite Scott arrive et fait son propre truc sur la batterie. C’est le même tempo et le même feeling, mais il fera ses propres parties, et Brian posera ses lignes de basse. Car quand je fais de la basse, je ne fais que suivre la guitare, donc là je le laisse faire son truc. Ils ont tous les deux leur propre style, qui est unique. Scott est très carré et il a un vrai feeling quand il joue de la batterie. Brian Marshall joue comme aucun autre bassiste, il est dans son propre monde. Il trouve ces lignes de basses intelligentes qui lui sont vraiment propres. Ils apportent leur propre couleur aux chansons.

Elvis est quand même resté à la production et au mixage. Ça fait depuis votre second album qu’il travaille avec le groupe, et il a même travaillé sur vos albums solos respectifs. N’avez-vous pas voulu aller jusqu’au bout du changement et essayer un autre producteur pour cet album ?

Non. Pourquoi toucher à quelque chose qui fonctionne ? Elvis fait partie de la famille. Faire un album et créer de la musique, c’est un truc très, très personnel. C’est effrayant de penser à faire rentrer quelqu’un d’autre dans notre monde et être vulnérable face à cette personne. Il y a de la confiance et du respect en tant qu’unité entre nous. Il fait partie de l’équipe. Nous lui faisons confiance. Il tire de super prestations de notre part. Nous nous entendons très bien, nous avons des goûts similaires en musique. Il nous motive, nous le motivons. Et il vit à dix minutes de chez moi maintenant ! Il a déménagé de Virginia Beach à Orlando. Nous savons que nous créons de bonnes choses ensemble et nous voulons continuer dans cette dynamique.

Tu as qualifié cet album de « sorte de réponse à AB III » et de « yang au yin qu’était AB III ». Ce dernier était en effet album très sombre alors que celui-ci est plus éclairé, plus zen, comme tu l’as aussi dit. Comment expliquer que vous vous soyez retrouvés à deux bouts opposés du spectre avec ces albums ?

AB III a été écrit… Je pense que nous voulions emmener le gens dans une atmosphère plus sombre et morose. C’est un album qui parle de désillusion et de perte d’espoir et de foi, de perte de spiritualité. Cet album, c’est plus un éveil de la liberté, être heureux dans l’instant présent, être en paix. A l’époque d’AB III, nous étions dans un autre état d’esprit. Ça fait partie de la vie, et ça se prête à différents styles de création. Tant d’années sont passées, nous avons beaucoup vécu depuis, donc ces albums proviennent clairement d’états d’esprit différents, ce qui est une bonne chose, artistiquement parlant. Et les auditeurs n’ont pas toujours envie d’être poussés dans ce monde sombre et de broyer du noir, ils ont aussi envie de mettre un album et de se sentir bien. Sur cet album, on ressent bien plus de positivité qu’on n’en ressent à l’écoute d’AB III. C’est d’ailleurs vraiment ce que l’illustration représente. Sur la pochette de l’album, on voit une femme s’évadant avec des oiseaux. Elle est zen et a trouvé la paix.

D’un autre côté, il y a des côtés heavy très prononcés dans Walk The Sky, et on dirait qu’à chaque album vous poussez la lourdeur des guitares un peu plus loin. En général, on associe le côté heavy avec quelque chose de sombre, mais as-tu le sentiment qu’il y a différents types de « heavy », qu’il y a du heavy exaltant ?

Oui ! C’est simplement ce qui nous excite, ce côté heavy. Et il n s’agit pas seulement de faire quelque chose de heavy pour que ce soit heavy, même si c’est excitant à jouer ; nous essayons aussi de conserver une sensibilité mélodique dans laquelle nous puisons systématiquement. C’est quelque chose qui fait qu’on est excités de jouer ; c’est pour ça que nous écrivons ce type de choses. Une chanson comme « In The Deep » a un côté galopant et une énergie sous-accordée, mais c’est une chanson positive. Après, « Indoctrination » est probablement la chanson la plus sombre de l’album. Ce n’est pas une chanson exaltante ; elle parle d’un gourou qui attire les gens et leur lave le cerveau. « Pay No Mind » est une autre chanson qui n’a pas un message positif ; « Forever Falling » parle de toxicomanie et de quelqu’un qui se tue à petit feu parce qu’il n’est pas capable de dire non aux drogues – j’ai connu tellement d’amis et de gens qui sont tombés dans ce piège. Mais un tiers, peut-être, de l’album véhicule un vrai message de paix.

« Je suis le plus créatif quand les choses vont bien. Si l’album est bien reçu, ou si la tournée se vend bien, ça me donnera envie d’écrire de nouvelles chansons. Toute positivité crée plus de positivité et engendre plus de créativité chez moi. »

Maintenant que l’on a entendu comment Myles sonne en solo, dirais-tu que, musicalement, Alter Bridge est la combinaison de vos projets solos respectifs ?

D’une certaine façon, oui. Je trouve que son projet solo était très différent. Je suis content qu’il ait été si différent ! Mais je pense que nous avons chacun des côtés très différents dans nos personnalités. Sur cet album solo, c’était son côté folk qui ressortait, mais je pense que principalement, c’est un rockeur. Souvent, les gens pensent que tout le côté heavy vient de moi et que tous les trucs calmes viennent de lui. Ce n’est pas vrai. Je pense que les gens seraient surpris : Myles adore la musique heavy. Sur « Wouldn’t You Rather », le premier single, tout le monde a cru que j’avais écrit ces riffs, mais c’est Myles qui les a écrits ! Certaines des chansons plus calmes, comme « Godspeed » ou « Tear Us Apart », c’est moi qui les ai écrites, alors que les gens pensent qu’elles venaient de Myles. Donc on ne sait jamais ! Sur cet album, même Elvis, notre producteur, a dit qu’il n’arrivait plus à nous différencier. Quand j’apporte une idée, il peut penser que c’est Myles qui l’a écrite ; quand Myles apporte une idée, il est là : « J’aurais juré que c’était une de tes idées ! » Avec le temps, nos frontières se brouillent, nous sommes devenus très similaires dans notre façon de composer. Un autre exemple : la chanson « In The Deep », ces riffs metal galopants, j’ai toujours adoré ce genre de trucs, pourtant ça vient de Myles, et j’étais comme un dingue quand il m’a présenté cette idée. Ça fait tellement longtemps que nous composons ensemble que nous avons développé une approche similaire des choses. Je pense que c’est inévitable après tout ce temps.

« The Bitter End » et « Take The Crown » possèdent un côté légèrement symphonique. Est-ce que ça pourrait être une conséquence de votre expérience avec The Parallax Orchestra ?

Tout pourrait être, de façon subliminale, une conséquence, mais ce n’était pas vraiment dans notre esprit. « Take The Crown » a commencé avec un riff heavy et groovy. Toute la chanson a été construite autour de ça, et au final, ce riff n’est même plus dans la chanson ! Cette chanson était… La graine a été plantée avec un riff heavy et c’est comme ça qu’elle s’est faite. C’est une de mes chansons préférées dans l’album. « The Biter End » était plus… C’est un terrain familier pour Alter Bridge, un peu comme « Before Tomorrow Comes » sur Blackbird ; c’est ce genre de chanson.

Tu t’es remis au chant sur la chanson « Forever Falling ». La dernière fois que tu as fait ça, c’était sur la chanson « Waters Rising » il y a six ans. Vu ton expérience en tant que chanteur dans ton projet solo, n’as-tu pas envisagé de partager davantage le chant avec Myles afin d’enrichir la musique, tout comme vous partagez les guitares ?

Ouais. Tu sais quoi ? J’adore ça, car j’adore chanter. Myles aime beaucoup aussi, car il apprécie quand il peut faire une pause, reposer sa voix et me laisser prendre le relais pendant un instant. Et les fans adorent aussi, parce que ça offre une dynamique différente. Je pense qu’ils seraient furieux si tout d’un coup je chantais la moitié de l’album, mais une chanson ou deux, ici et là, ça apporte une autre dynamique. J’aime appeler ça nos « armes secrètes » : Myles devenant le guitariste lead ou moi étant capable de chanter une chanson, c’est une carte supplémentaire à jouer. Emotionnellement, ça te transporte quand tu as l’occasion de chanter sur scène. Ça me manquerait si je ne chantais pas du tout.

Pendant le processus de composition, tu étais « debout jusqu’à quatre heures de matin, toutes les nuits à écrire ». Te sens-tu plus créatif la nuit ?

Oui ! La nuit, c’est clairement le moment où je suis le plus créatif. C’est quand mes enfants sont endormis, quand mon téléphone ne sonne pas, qu’il n’y a personne qui tape à la porte, etc. Je suis tout seul, tout le monde sait qu’il ne faut pas me déranger quand je suis en train de faire mon truc. Je peux alors prendre du temps et ne pas me presser. C’est parfait.

Le reste du temps, c’est une journée normale ?

Quand je travaille tard, je vais probablement dormir jusqu’à environ 10h30. Mes enfants sont à l’école et quand ils rentrent à la maison, je les emmène à l’entraînement de foot et je joue dans le jardin avec eux. Mes enfants et moi, nous sommes vraiment très proches. On ne croirait pas que je suis un musicien de tournée tellement nous passons de temps ensemble, car ils viennent souvent en tournée avec moi. Et quand je suis à la maison, je suis le papa. J’adore ça.

« La seule façon de créer un changement serait que je me retire de la musique, me mette à la politique et que je mette les choses en branle en agissant vraiment, au lieu de n’être qu’un gars qui fait du rock et que personne ne prendra au sérieux. Autrement, ça ne créera aucun changement. Ça ne fera qu’énerver des gens, d’une façon ou d’une autre. Si tu veux changer des choses, ne t’en plains pas – fais-le ! »

Plus généralement, quel contexte et environnement est le plus approprié pour ta créativité et qu’est-ce qui t’inspire quand tu écris de la musique ?

Tout ce qui convient à l’humeur du moment. Parfois je suis inspiré par des atmosphères, ou peut-être que j’aurais regardé un film qui me fait me sentir d’une certaine manière, et j’ai inconsciemment envie de m’exprimer comme ça. Ou des choses qui se passent dans la vie. J’ai écrit « Godspeed » à propos d’un ami décédé l’an dernier. Sur « Forever Falling », j’ai écrit sur la toxicomanie. On ne sait jamais. Parfois tu balances un mot et le reste s’écrit tout seul. Ça t’aide juste à… Comme quand j’ai écrit « Godspeed », le mot « godspeed » m’est venu. J’étais là : « Tu sais quoi ? Je n’ai jamais vraiment entendu ce mot chanté dans une chanson rock. Je vais l’utiliser et voir ce que je peux en faire. » Parfois ces premiers instants dictent un peu où je vais emmener la chanson. Mais j’aime bien écrire quand tout va bien et qu’il y a beaucoup de positivité. Je pense que beaucoup gens aiment les artistes affamés qui broient du noir. Quand des trucs tristes se produisent, on se retrouve à écrire à leur sujet – comme dans le cas de mon ami décédé sur « Godspeed ». Mais je suis le plus créatif quand les choses vont bien. Si l’album est bien reçu, ou si la tournée se vend bien, ça me donnera envie d’écrire de nouvelles chansons. Toute positivité crée plus de positivité et engendre plus de créativité chez moi.

On en a déjà un peu parlé, mais une chanson comme « Indoctrination » semble toucher à un thème plus politique. Mais la dernière fois, quand on a posé la question à Myles de sa vision de l’élection présidentielle américaine, il a dit qu’il essayait d’« éviter le sujet, parce que c’est clivant », et qu’il applaudissait le courage de groupes tels que Prophets Of Rage qui prennent position comme ils le font. Du coup, pourquoi Alter Bridge ne pourrait pas lui aussi avoir ce courage, surtout si vous avez quelque chose à dire sur ces sujets ?

Si nous avions des sentiments suffisamment forts sur des sujets particuliers, nous en parlerions. Mais nous aimons nous concentrer sur le fait d’être un groupe de rock et sur l’écriture de nos chansons, sans être tracassés par… Tu sais, tu dis le truc qu’il ne faut pas, et tout d’un coup, ta carrière se transforme en celle d’un politicien. Ce n’est pas ce que nous sommes. Nous sommes des gars dans un groupe de rock ; je ne m’attends pas à ce que quiconque prenne nos opinions… Si tu veux affecter le monde… Des gens nous ont demandé ceci : « As-tu l’impression d’avoir une responsabilité pour changer le monde et utiliser ton opinion comme une plateforme en tant qu’artiste ? » Et j’ai répondu qu’il y a tellement de groupes, c’est tellement saturé de musique aujourd’hui. La seule façon de créer un changement serait que je me retire de la musique, me mette à la politique et que je mette les choses en branle en agissant vraiment, au lieu de n’être qu’un gars qui fait du rock et que personne ne prendra au sérieux. Autrement, ça ne créera aucun changement. Ça ne fera qu’énerver des gens, d’une façon ou d’une autre. Si tu veux changer des choses, ne t’en plains pas – fais-le ! Si tu peux être à la fois un politicien local et un musicien, vas-y, si tu veux vraiment changer des choses. Mais s’en plaindre, je ne crois pas que ça fera quoi que ce soit, si ce n’est susciter un tout petit peu des choses. Peut-être que susciter des choses peut pousser quelqu’un d’autre à devenir un politicien pour créer un changement. Mais je ne sais pas… C’est un jeu dangereux, et la vie est trop courte pour vivre dans toute cette négativité. J’ai juste envie de m’amuser à faire de la musique et ne pas stresser avec ça.

Le fait d’écouter des paroles engagées pourrait pousser les gens à penser différemment et revoir leur opinion, ou confronter cette opinion à celle de quelqu’un d’autre. Ça peut devenir un vecteur de changement.

Nous exprimons nos opinions, mais pour ce qui est de choisir son camp… Nous exprimons plus ou moins que tout le système est devenu une sorte de cirque. L’album précédent a été écrit pendant le déroulement des élections [américaines], et ce n’était qu’une grande télé-réalité. Ce n’était pas un truc élégant et sophistiqué, c’était comme un cirque.

Pour finir, on a récemment parlé à Scott Stapp. Il semble s’être enfin pris en main vis-à-vis de ses problèmes d’addiction et de bipolarité ; il est dans un bon état d’esprit aujourd’hui. Il nous a dit que tous les deux vous avez parlé il n’y a pas longtemps et étiez d’accord pour dire qu’il y avait beaucoup d’incompréhension et que les choses sont positives désormais. Du coup, y a-t-il de l’espoir pour vous revoir collaborer dans Creed ?

Tu sais, j’ai dit non il y a des années et nous avons finalement fait une reformation. Il faut juste que ce soit le bon moment et le bon endroit. Je lui ai souhaité le meilleur, j’espère qu’il… J’ai entendu de la part de tout le monde qu’il allait bien. Il s’est passé tellement de choses… Je suis au courant de beaucoup de choses qui se sont passées, évidemment, mais en ce qui concerne les trucs personnels, j’en sais à peu près autant que n’importe qui ; j’apprends ça via les réseaux sociaux et dans les news. Ceci dit, je lui ai effectivement parlé il y a quelques mois, mais nous ne nous parlons pas souvent. Il a sorti un nouvel album, et j’espère que ça marche bien pour lui. On ne sait jamais. Je suis très occupé en ce moment avec Alter Bridge. Dès que je serai à la moitié de cette tournée, je vais écrire pour le prochain album de Tremonti pour m’assurer qu’il sera prêt à temps. Ensuite, on verra ce qui se passera.

Interview réalisée en face à face le 21 août 2019 par Tiphaine Lombardelli.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Transcription : Tiphaine Lombardelli.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Dan Sturgess.

Site officiel d’Alter Bridge : alterbridge.com.

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