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Interview   

Alter Bridge : un pont entre deux univers


La question de la collaboration des groupes de rock et metal avec des orchestres en concert est épineuse. Parmi celles qui ont été réalisées, bon nombre d’entre elles n’ont pas fait l’unanimité. La difficulté principale d’un tel exercice est de trouver le bon équilibre entre deux types de formations musicales bien différentes. C’est au tour d’Alter Bridge de s’y être essayé, deux soirs de suite dans l’emblématique Royal Albert Hall de Londres, via un concert couvrant toute la carrière du groupe en incluant notamment des morceaux rares voire jamais joués. Et la question de l’équilibre était la principale source d’inquiétude pour le chanteur et guitariste Myles Kennedy.

A l’occasion de la sortie du CD/DVD live compilant ces deux soirées, il revient dans cet entretien sur le travail fourni pour ce spectacle, sur ses craintes, ses attentes et sur le souvenir grandiose qu’il représente.

« Si tu arrives et que tu as un arrangeur qui ne comprend pas forcément le rock n’ roll et comment lui apporter plutôt que le subjuguer, je pense que c’est la recette d’un désastre. […] C’était une de mes grandes inquiétudes à l’origine. »

Radio Metal : Live At The Royal Albert Hall est votre premier album live avec un orchestre. Quel est l’origine de ce projet ?

Myles Kennedy (chant & guitare) : Toute sa genèse date d’il y a quelques années quand nous parlions avec notre manageur Tim [Tournier]. C’est lui, en fait, qui a mis l’idée sur la table. Nous étions tous immédiatement partants, nous trouvions tous que c’était une super idée. Pour parler à titre personnel, à chaque fois que j’ai vu des artistes faire ce qu’ils font, surtout dans un contexte hard rock, intégré avec un orchestre, ça a toujours magnifié tous les arrangements. Je me souviens d’avoir vu Robert Plant et Jimmy Page quand ils ont fait leur tournée ensemble au milieu des années 90. Ils avaient un orchestre et je me souviens avoir été scotché par le son. Je me souviens aussi d’avoir entendu l’album de Metallica et j’étais impressionné par ce que ça apportait aux Mets. C’est quelque chose qui a été essayé et utilisé depuis longtemps. Donc j’ai pensé que ce serait très cool de faire quelque chose comme ça un jour. Nous nous sommes dit « voyons si ça fonctionne avec nous, voyons si on peut saupoudrer un peu de magie orchestrale sur certaines de ces chansons. » C’était une très belle opportunité, c’est le moins qu’on puisse dire.

Aviez-vous déjà songé par le passé à ajouter un orchestre ou des éléments classiques à la musique d’Alter Bridge ?

Ça nous a traversé l’esprit. Le hard rock, le metal, peu importe, il y a quelque chose dans ce style qui fait que ça fonctionne vraiment bien avec des cordes et une approche orchestrale, très symphonique. Ça a donc toujours été une possibilité que nous gardions dans un coin de nos têtes. Donc quand nous avons eu l’occasion de vraiment travailler avec un vrai ensemble de cordes, nous avons tout de suite sauté dessus. On peut essayer – comme avec les albums que nous avons faits par le passé – d’ajouter ce genre d’élément ou d’imiter ça en studio, avec les outils qui sont à notre disposition, mais ce n’est jamais vraiment la même chose que de se retrouver devant un véritable orchestre.

Comment s’est passé la collaboration avec le chef d’orchestre et directeur musical Simon Dobson et ses musiciens ?

C’était génial ! Je veux dire qu’ils ont pigé, ils ont vraiment compris comment jouer, comment approcher ça d’un point de vue des arrangements, en n’empiétant pas sur tout ce que nous faisions. En fait, c’est quelque chose d’assez délicat. Si tu arrives et que tu as un arrangeur qui ne comprend pas forcément le rock n’ roll et comment lui apporter plutôt que le subjuguer, je pense que c’est la recette d’un désastre. Donc je trouve qu’ils ont fait un boulot exceptionnel à remplir les espaces et se mettre en avant quand c’était approprié. C’était une de mes grandes inquiétudes à l’origine quand l’idée d’essayer ce truc orchestral a été proposée, je trouvais ça super mais tout le projet, automatiquement, prend vie ou meurt grâce ou à cause de l’arrangeur, et comment ils vont aborder l’écriture des parties de l’orchestre. Mais ils ont fait un travail formidable ! Suivant les chansons, ça les a vraiment élevés à un autre niveau. C’est quelque chose que nous avons tous remarqué dès que nous avons commencé à répéter. Je me souviens d’être dans la pièce et entendre l’orchestre derrière nous et réaliser : « Wow, ça rend ce que nous avons créé encore meilleur, » à mon avis ! [Petits rires]

En fait, l’orchestre est relativement discret, apportant des couches supplémentaires à des moments clefs, il n’est jamais vraiment complètement devant…

Pour moi, personnellement, ce qui était important est qu’il y avait un bon équilibre entre les deux entités, qu’une chose ne prenait pas le pas sur l’autre, que c’était un peu la somme des parties. Pour moi, ceci était un aspect très important et délicat, surtout lorsqu’est venu le moment de mixer l’album, et je trouve que Brian Sperber, qui l’a mixé et joué le rôle d’ingénieur, a fait du super boulot, car nous ne voulions pas que l’orchestre soit perdu derrière le groupe mais, à la fois, nous ne voulions pas être avalés par l’orchestre. Donc je pense que c’était une question d’équilibre.

Certaines des chansons ont une nouvelle vie avec les nouveaux arrangements orchestraux. Comment les avez-vous retravaillées avec l’orchestre et quel a été l’apport de l’orchestre sur ces chansons ?

Ce qui était beau pour nous est qu’il n’y avait pas grand-chose à changer ! Ils ont été capables de fondre leurs parties dans nos arrangements existants. Une des seules choses dont je me souviens est lorsque j’ai fait « Wonderful Life » et « Watch Over You » sans accompagnement par le groupe. L’arrangement sur lequel ils ont basé leur partie était un arrangement que je n’avais pas fait depuis longtemps ; j’avais même d’ailleurs oublié que je l’avais fait un jour. Donc le jour du concert et la veille quand nous avons fait les répétitions, j’ai dû dépoussiérer mon vieil arrangement et me souvenir comment j’avais fait ça. Mais autrement, c’était le même défi pour n’importe lequel d’entre nous. Nous avons juste pu prendre notre approche initiale, faire ce que nous faisons et les laisser construire autour de ça.

« Etant quelqu’un qui adore beaucoup répéter et s’assurer que je suis super prêt pour quelque chose, l’idée de ne jouer chaque chanson qu’une fois avec un orchestre était… Je n’étais pas sûr de comment ça allait rendre. Mais je ne sais comment, ça a marché ! [Rires] « 

J’imagine que ce concert a requis plus de préparation qu’un concert normal d’Alter Bridge. Peux-tu nous parler de cette préparation et des répétitions ?

Il n’y avait pas autant de répétitions qu’on pourrait le croire, loin de là. Je sais que pour ma part, j’ai été assez choqué du peu de répétitions avec l’orchestre que nous avons fait. A vrai dire, nous n’avons joué qu’une fois chaque chanson avec l’orchestre. Nous y avons donc été pendant deux jours et avons étalé le set sur ces deux jours, pour simplement régler certaines choses ici et là. Etant quelqu’un qui adore beaucoup répéter et s’assurer que je suis super prêt pour quelque chose, l’idée de ne jouer chaque chanson qu’une fois avec un orchestre était… Je n’étais pas sûr de comment ça allait rendre. Mais je ne sais comment, ça a marché ! [Rires] Nous sommes montés sur scène et tout le monde a joué ses parties parfaitement. Donc j’imagine que nous avons eu un peu de chance, à cet égard.

Est-ce un défi de se produire sur scène quand on doit jouer avec cinquante musiciens au lieu de quatre ou cinq ?

Il est clair que c’est une autre approche. Ça change tout d’un point de vue sonore. Ce qu’on entend est tellement plus dense, quand ce dont nous avons normalement l’habitude n’est qu’un groupe de rock à quatre. Donc il est clair que ça change des choses. Nous devions être très conscients de notre volume sur scène aussi, surtout parce que nous enregistrions. C’était un équilibre très délicat de s’assurer que les gens pouvaient quand même entendre les cordes et l’orchestre, et que les guitares ne soient pas trop fortes… C’est toujours un gros truc avec un groupe comme nous, le fait que, en tant que guitaristes, nous ne couvrions pas tout le truc. Nous voulions nous assurer que les gens puissent entendre l’orchestre. C’était quelque chose qui a assurément légèrement changé notre mentalité.

Est-ce qu’il y a une quelconque place pour l’improvisation ou une certaine liberté sur scène, y compris en termes d’interventions parlées, ou est-ce que tout doit être très cadré ?

Tout était très cadré à ce niveau, ouais, et étant quelqu’un qui adore improviser, il n’y a avait pas beaucoup de place pour ça ici, car ça aurait dérèglé toute la machine. Donc nous avions un certain nombre de paramètre prédéfinis et nous nous y tenions. Il y a quelques prises de paroles. Je veux dire que généralement, je dis un peu ce qui me passe par la tête sur le moment [rires]. Donc entre les chansons, j’ai un peu parlé au public mais je ne voulais pas prendre trop de temps pour privilégier la musique. Donc ouais, il y a eu quelques dialogues mais pas trop.

La setlist propose vos plus grands tubes mais aussi des raretés et des chansons que vous n’aviez jamais jouées live avant. Vouliez-vous que ces concerts combinent tous les différents aspects de votre musique et fassent plaisir à tous vos fans, y compris les fans hardcore ?

Ouais, nous voulions saupoudrer certaines chansons dans la setlist que nous n’avions pas essayé avant, rien que pour rendre ça spécial. Une des chansons en particulier était « Words Darker Than Their Wings » qui était devenue une chanson que beaucoup de fans réclamaient pendant un temps et que nous n’incluions pas dans le set. Nous pensions que c’était l’occasion parfaite, pas juste parce que nous ne l’avions jamais faite mais parce qu’il y avait un orchestre et que ça allait beaucoup apporter à une telle chanson, ça allait vraiment la magnifier. Donc ça faisait parfaitement sens.

Le Royal Albert Hall est une salle emblématique. Est-ce que ça vous a fait ressentir plus de pression ?

Ouais, il y avait un certain niveau de pression. C’est une salle prestigieuse et du fait que nous jouions au Royal Albert Hall en conjonction avec le fait d’avoir un orchestre et que les deux soirs étaient complets, évidemment, tu n’as pas envie d’être nul. Donc c’était quelque chose d’un peu pesant pour nous. Mais les concerts ont surpassé à la puissance dix nos attentes. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je pensais que ça allait être sympa, peut-être spécial, mais je crois qu’aucun de nous n’avait vraiment imaginé que ça allait atteindre le niveau que ça a atteint. Les planètes étaient alignées pour nous ces soirs-là ! C’était très spécial ! Si tu demandais à n’importe lequel d’entre nous, nous avions le sentiment que c’était probablement deux des meilleures soirées du groupe collectivement ! Ça donnait l’impression que quelque chose de magique s’était passé. Donc nous sommes contents de l’avoir immortalisé.

« Je me considère toujours comme un guitariste en premier lieu et un chanteur en second lieu. J’adore la guitare, c’est vraiment ce avec quoi je suis le plus à l’aise. Donc je me sens toujours un peu nu quand je ne l’ai pas sur moi [petits rires]. »

Sur « The End Is Here », tu chantes sans ta guitare, ce qui est plutôt rare dans un concert d’Alter Bridge. Est-ce que ça fait une différence pour toi, en tant que frontman et chanteur, de ne pas avoir à jouer la guitare en même temps ?

Il est clair que c’est différent. C’est une autre mentalité pour moi. L’une des choses les plus importantes dans le fait de se produire sans guitare est que je peux me concentrer davantage sur le chant et, j’espère, sur le fait de créer un lien avec le public. Je me considère toujours comme un guitariste en premier lieu et un chanteur en second lieu. J’adore la guitare, c’est vraiment ce avec quoi je suis le plus à l’aise. Donc je me sens toujours un peu nu quand je ne l’ai pas sur moi [petits rires]. C’est un peu un compromis.

Une portion des bénéfices des ventes iront à la Future Song Foundation, une organisation dans laquelle tu es très impliqué. Peux-tu nous en parler ?

C’est une fondation que quelques-uns d’entre nous avons lancée dans ma ville d’origine il y a quelques années. En gros, l’énoncé de la mission est de mettre des instruments et des opportunités musicales entre les mains d’enfants pour qui ce serait normalement impossible. Le pouvoir de la musique a réellement transformé ma vie et nous voulons juste nous assurer que les enfants, s’ils veulent jouer de la musique et s’exprimer puissent en avoir l’occasion.

Qu’est-il prévu pour Alter Bridge maintenant ?

Là maintenant, je suis en mode composition. Mark et moi avons échangé des idées, se préparant pour l’album que nous allons enregistrer l’année prochaine. En tant que compositeurs, nous essayons généralement de nous mettre au travail des mois et des mois avant de vraiment commencer le processus d’arrangement et de pré-production. Tu sais, c’est une dynamique très différente si on compare, par exemple, à ce que je fais avec Slash. Avec Slash, je me focalise sur les mélodies et les paroles. Avec Alter Bridge, nous nous retrouvons et nous construisons la musique, Mark et moi, et le paysage sonore, ensuite je pars dans mon coin et je fais les paroles. C’est un processus différent. Donc voilà ce que je vais faire en conjonction avec les tournées de Slash. Ça va être une période très chargée, mais c’est bien ! Il est clair que je ne me plains pas à ce niveau-là.

Est-ce que cette expérience avec un orchestre t’inspire une nouvelle approche de l’écriture des chansons ? Penses-tu que ça pourrait avoir un impact sur le prochain album d’Alter Bridge ?

Je pense que peut-être à l’avenir nous pourrons faire quelque chose comme ça. Je sais que pour l’instant, tout du moins ce sur quoi je travaille, je ne suis pas sûr de ce que Mark fait au niveau de sa composition, mais tout ce que je trouve pour le prochain album d’Alter Bridge est pas mal orienté riff. Je n’entends pas beaucoup de place pour un côté orchestral pour le moment, mais on en est encore très tôt dans le processus. Ça pourrait changer d’ici à ce que nous commencions vraiment à faire l’album. Donc nous verrons ce qui se passera quand nous nous retrouverons dans la même pièce ensemble et quelles chansons seront retenues. Mais dans le futur, à un moment donné, faire un album avec dans l’idée d’intégrer un aspect orchestral, je pense que ce serait génial, je peux très bien l’imaginer. Il faut juste que nous trouvions le bon moment. Et pas seulement enregistrer un album avec un orchestre un jour mais peut-être aussi tourner davantage avec un orchestre si c’était possible, si on peut caler tout le monde dans un bus [rires].

Interview réalisée par téléphone le 30 août 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Nathalie Holic.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Christian Barz.

Site officiel d’Alter Bridge : alterbridge.com

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