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Chronique   

Alter Bridge – Walk The Sky


Certains groupes ne s’arrêtent tout simplement pas de composer. Alter Bridge peut se targuer de ne pas avoir le syndrome de la page blanche lorsqu’on constate la productivité de ses deux têtes pensantes, Myles Kennedy et Mark Tremonti. Que ce soit leurs projets solo respectifs, la collaboration de Myles avec Slash ou encore la récente collaboration du groupe avec The Parallax Orchestra, Alter Bridge peut compter sur la créativité incessante et le stakhanovisme de ses membres. Walk The Sky n’est autre que le sixième opus des Floridiens, fort d’une nouvelle méthode de composition, avant tout par souci d’efficacité face aux contraintes de temps : Myles Kennedy et Mark Tremonti sont cette fois arrivés, chacun de son côté, avec des chansons complètes, quasi prêtes à être enregistrées, au lieu de les élaborer comme ils en ont l’habitude en collaboration avec le producteur Michael « Elvis » Baskette (qui reste tout de même aux manettes). Si l’on aurait pu craindre un album décousu, on obtient en réalité l’une des œuvres les plus nuancées de leur discographie.

The Last Hero (2016) faisait la part belle au gros son, avec des morceaux résolument agressifs. Walk The Sky semble avoir tempéré les choses, ressemblant plutôt à un melting-pot de tout ce qu’a pu faire Alter Bridge jusqu’à présent, et un peu plus encore. Si l’auditeur se retrouve d’emblée soufflé par les riffs massifs de « Wouldn’t You Rather » – l’effet est d’autant plus saisissant après l’introduction tamisée « One Life » –, le heavv rock US « In The Deep » qui suit rend plutôt compte de la volonté d’Alter Bridge de ne pas sombrer dans la surenchère de riffs et de privilégier les accroches vocales, se reposant sur le talent et la régularité de Myles Kennedy. Il faut en outre noter le retour de Mark Tremonti au chant sur le mélodique « Forever Falling » et son riffing heavy-FM, nous gratifiant d’un des breaks les plus galvanisants de l’opus. Sur ce plan, difficile d’attaquer Alter Bridge qui sait ravir le client : que ce soit les lignes vocales pop rock de « Godspeed », les envolées de « Take The Crown » ou « Tear Us Apart », la fibre presque symphonique de « The Bitter End », ou la grandiloquence de « Dying Light », Walk The Sky comble l’amateur de hits et force le respect lorsqu’on sait à quel point l’exercice de la mélodie efficace est complexe, souvent entaché de la fameuse étiquette commerciale. La tonalité de Walk The Sky invite d’ailleurs à plusieurs reprises à l’espoir et à la recherche de sérénité (d’où le titre de l’opus et l’énergie positive de certaines compositions telles que le survitaminé « Clear Horizon ») et tranche avec les exercices les plus sombres du groupe, à l’instar d’AB III (2010). Pour autant, Alter Bridge n’a pas totalement révisé sa position sur le riffing. Mark Tremonti s’est à nouveau essayé à repousser les limites en termes de son : outre « Wouldn’t You Rather » évoqué plus tôt, le riff haché – là aussi massif – de « Native Son », celui hurlant de « Take The Crown », l’accordage très « gras » d’« Indoctrination » – titre qui résume à lui seul toute la dualité du groupe, pouvant passer en un clin d’œil d’une obscurité oppressante à la lumière – ou l’assise de certaines rythmiques de « Forever Falling » sont autant d’exemples marquants de l’inspiration du guitariste et de la puissance d’Alter Bridge.

Cependant, le véritable vent de fraîcheur qu’apporte Walk The Sky ne vient pas des démonstrations de force d’Alter Bridge mais, au contraire, d’approches plus audacieuses dans sa manière de faire de la musique. Mark Tremonti et Myles Kennedy ont eu recours à quelques inspirations synthwave encore inédites chez eux, en particulier sur l’intégration de nappes typées années 80 dans l’introduction de « Godspeed » ainsi qu’au sein de « Walking On The Sky », et d’un jeu sophistiqué entre la guitare et un clavier à la Kraftwerk sur « Pay No Mind ». Le tout confère aux musiques un aspect rétro addictif. Un titre comme « Godspeed » ne jure aucunement avec le reste, tout en sortant du lot par son mélange de tonalités agréablement « cheesy » et d’arrangements chirurgicaux.

De toute évidence, le changement de méthode a eu pour effet de créer une collection de chansons où presque chaque morceau se démarque des autres. Alter Bridge a privilégié la diversité, notamment en accueillant des synthés directement inspirés par l’œuvre de John Carpenter. En conséquence, Walk The Sky est suffisamment fourni et varié pour à la fois combler les habitués du groupe, susciter l’intérêt des profanes et permettre à tous d’ingurgiter les quatorze titres sans sourciller. Alter Bridge confirme en outre son statut de figure de proue hard/heavy « grand public », élevée au rang d’experte dans l’art de l’accroche. En plus de la dynamique qu’il a réussi à insuffler à l’album, c’est surtout sa propension à essayer (prudemment) de nouvelles choses qui réjouit. Une science de l’ajustement suffisamment rare pour être mentionnée.

Clip vidéo de la chanson « Dying Light » :

Lyric-vidéo de la chanson « In The Deep » :

Lyric-vidéo de la chanson « Take The Crown » :

Chanson « Pay No Mind » :

Clip vidéo de la chanson « Wouldn’t You Rather » :

Album Walk The Sky, sortie le 18 octobre 2019 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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