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Interview   

Altesia : progressif sans limites


Il y a à peine deux ans, Altesia sortait son premier album Paragon Circus. Les amateurs de metal progressif ayant eu la chance de l’écouter ont forcément eu un coup de cœur pour ce premier effort, et ont à coup sûr placé le groupe dans la liste des formations à suivre de près. Malheureusement, la pandémie ne leur a pas permis de le défendre comme il se doit, alors ils ont décidé d’enfoncer le clou dans la foulée avec leur deuxième album Embryo. Les espoirs suscités par Paragon Circus ont rendu l’attente des fans du genre encore plus grande. Résultat : le groupe a placé la barre encore plus haut avec un successeur qui est plus qu’une confirmation.

Altesia est déjà un incroyable groupe, français qui plus est ! Il nous propose une musique débridée, sans limites, jonglant habilement avec les styles, un parfait équilibre entre technique et émotion, là où d’autres formations plus connues oublient parfois que ce genre n’est pas uniquement constitué de démonstration technique. Clément et Hugo partagent dans cette interview leur passion pour la musique rock et metal progressive.

« L’avantage de s’étiqueter progressif, c’est de pouvoir s’accorder des petites ballades du côté du metal plus rude, du death metal ou black metal par exemple, nous avons aussi parfois quelques influences plus pop, djent, funk, soul, jazz… L’idée est de balayer tout un spectre et grâce à ce terme ‘progressif’, nous ne nous interdisons rien. »

Radio Metal : Clément, tu es là depuis le début du groupe : peux-tu nous présenter son concept, son style, son historique, etc. ?

Clément Darrieu (chant & guitare) : A la base, j’ai créé Altesia comme un projet solo mais qui n’était pas voué à rester solo, car je me suis très vite mis en quête de musiciens. L’idée était d’écrire un album, des morceaux que j’avais en tête depuis un certain temps, et de trouver des personnes pour former un vrai groupe, jouer ces morceaux sur scène et enregistrer un album. En termes de style, nous sommes un groupe progressif avant tout, au-delà du côté rock ou metal – je nous classifierais plutôt metal, mais il y a clairement des influences rock. L’avantage de s’étiqueter progressif, c’est de pouvoir s’accorder des petites ballades du côté du metal plus rude, du death metal ou black metal par exemple, nous avons aussi parfois quelques influences plus pop, djent, funk, soul, jazz… L’idée est de balayer tout un spectre et grâce à ce terme « progressif », nous ne nous interdisons rien.

Hugo Bernart (basse) : Je pense aussi que nous nous rapprochons plus d’une certaine esthétique metal prog que rock prog qui, de base, a un côté peut-être plus psyché et atmosphérique, si on se réfère aux premiers groupes du genre. Dans notre cas, ce côté rock est plus dans le style en lui-même, c’est-à-dire que nous sommes entre le rock et le metal, mais c’est vrai que ça suit plus une esthétique metal prog comme on l’entend aujourd’hui.

Contrairement à des groupes qui vont envoyer fort tout le long, il y a quand même des respirations et des parties plus aériennes…

Clément : Tout à fait. Le fait d’avoir un côté très équilibré et de ne jamais rester trop longtemps dans une atmosphère, et d’essayer de changer plusieurs fois d’état d’esprit au sein d’un même morceau, est quelque chose que je vise en termes de composition. Parfois ça passe du tout au tout d’une seconde à l’autre et ça peut paraître décousu à la première écoute, mais quand on y revient, finalement, on se rend compte que ça peut avoir du sens ! [Rires] Nous nous autorisons des incursions dans plein de styles, mais il faut bien se donner une étiquette.

Je pense que vous êtes de grands fans de Haken, autant dans la musique que dans ta voix : te rends-tu compte de cette proximité avec Ross Jennings ?

Ça fait plusieurs personnes qui m’en parlent très récemment, notamment après avoir écouté le deuxième album, Embryo, mais ça me surprend, car je ne trouve pas forcément de ressemblance ! Après, chacun y voit ce qu’il veut y voir, et c’est normal quand on écoute un morceau que ça nous rappelle des choses. En tout cas, j’ai mon propre timbre, je n’ai pas forcément l’envie de sonner comme lui. Pareil pour la musique. Je le prends comme un compliment, car j’aime beaucoup sa voix. Il y a des choses qu’il arrive à faire et que j’aimerais pouvoir faire – je me dis qu’avec un petit peu plus d’expérience, ça passera ! Mais en tout cas, personnellement, je ne trouve pas qu’il y ait forcément des ressemblances. C’est aussi peut-être un peu biaisé par la musique autour, avec ce côté très prog et des chants haut perchés sur des refrains très mélodiques. Peut-être que ça donne ce sentiment de parallèle entre les deux voix.

Hugo : D’ailleurs ta voix a évolué entre le premier et le deuxième album.

Clément : Clairement. Après, c’était plus une histoire de confiance. Sur le premier album, je ne me suis pas donné à cent pour cent et ça a manqué – ce sont des retours que j’ai eus plusieurs fois. Sur le deuxième album, ça me tenait à cœur d’y mettre un peu plus de pêche, d’envie et d’interprétation. C’est plus interprété et moins linéaire, globalement.

Sur le plan des influences, est-ce que le brassage se fait par des styles différents que vous écoutez tous ? Comment ça marche ?

Hugo : Je pense que nous avons un panel assez large dans le groupe. Nous sommes tous fans de prog et tout ce qui s’en rapproche, mais sur des styles un peu différents au sein de ce grand style. Pour moi, il y a plein de couleurs dans ce style. Par exemple, Alexis aura peut-être des influences plus rock prog standard, alors que Yann et moi sommes plus branchés prog moderne/djent. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous fans de ce style.

« J’avais dans l’idée – ça peut paraître très présomptueux dit comme ça – de faire une sorte de best of dès le premier album. Il y a tellement de groupes aujourd’hui que je voulais faire un truc où les gens se diraient que ça claque. »

Le délai n’est pas très long entre ce nouvel album et le précédent, ce qui n’est pas aussi fréquent, surtout pour des groupes moins connus, car on sait l’investissement que ça représente. Est-ce les retours après le premier album qui vous ont boostés ? Est-ce le confinement ?

Clément : Ce sont un peu ces deux motifs que tu avances, en effet. J’ai été un peu… pas traumatisé de l’écriture du premier album, mais j’étais un peu épuisé. C’était un premier album, ça représentait la concrétisation du travail de plusieurs années et je visais une forme de sans faute au moment où j’ai présenté les morceaux aux autres, et j’avais dans l’idée – ça peut paraître très présomptueux dit comme ça – de faire une sorte de best of dès le premier album. Il y a tellement de groupes aujourd’hui que je voulais faire un truc où les gens se diraient que ça claque, que tous les morceaux sont très bons, qu’il n’y a pas de morceau pour faire grimper le nombre de minutes sur l’album, qu’ils sont tous nécessaires, qu’ils ont tous leur place, etc. Je l’ai vraiment vu comme un travail d’orfèvre, mais du coup, ça a été très laborieux d’aller jusqu’au bout. Pour donner un exemple, le dernier morceau de l’album, qui s’appelle « Cassandra’s Prophecy », j’ai commencé l’écrire en 2013. Je l’ai mis de côté pendant toutes ces années parce que je savais qu’il était assez bon pour être sur l’album, mais ça me terrorisait d’écrire un morceau d’un quart d’heure – car je savais qu’il aurait cette durée. Je l’ai fait en tout dernier, en me disant que je n’avais plus le choix, qu’il fallait que j’avance. L’album est sorti en décembre 2019 et nous avons été confinés en mars 2020, donc trois mois après. Ça nous a complètement coupé l’herbe sous le pied. Nous avions des projets de dates, nous bossions sur une tournée, etc. Ça nous a vraiment freinés en plein dans notre élan, donc ça a été un peu compliqué, et vu que j’avais peur que le deuxième album prenne des années à sortir, je me suis dit que j’allais saisir ce moment du confinement pour essayer de bosser sur des nouveaux morceaux.

Etrangement, je ne sais pas, c’est un peu comme si j’avais un peu exorcisé ma peur, mais tout est sorti très spontanément et librement. Bien entendu, par moments j’avais des idées nulles que je mettais à la poubelle et que je n’ai pas creusées plus que ça, mais le fait de se dire que nous avions une bonne petite équipe, de sentir que ça prenait dans le groupe, que d’un coup je n’étais plus tout seul, nous étions une unité, ça m’a beaucoup poussé. C’était comme si tout s’alignait logiquement quand j’ai composé. Donc ça a été assez vite. J’ai écrit l’album tout au long de l’année et nous avons commencé les répètes en septembre 2020. Après, il y a eu deux autres confinements qui nous ont un peu retardés dans le processus d’appropriation des morceaux, d’arrangement, de production, d’enregistrement, etc. Mais nous l’avons fait !

Ces morceaux n’étaient donc pas des choses que tu avais en stock ?

Il y a quelques chutes du premier album. Il y a des trucs que j’avais écrits et que je n’ai pas gardés, que j’ai jetés parce que ça faisait quelque temps que c’était écrit et que ça ne correspondait plus trop à l’idée de l’album, mais par exemple, la moitié du premier morceau, « Micromegas », ou toute la partie calme à fin de « Sleep Paralysis » ont été écrites sous l’ère Paragon Circus – d’ailleurs, je trouve que ça s’entend un peu. Sinon, quasiment tout le reste vient de 2020.

C’est toi qui es resté moteur au niveau composition et textes ?

Sur les textes, oui, c’est moi qui ai tout écrit jusqu’à présent. Niveau composition, il y a quand même une petite innovation sur cet album : le morceau « A Liar’s Oath » a été coécrit avec Alexis, notre guitariste lead. C’était un morceau de onze minutes qu’il avait écrit. Les couplets de ce morceau sont les couplets de la chanson initiale d’Alexis. Tout le reste de l’album était composé et je trouvais qu’il manquait un morceau très catchy, très mélodique, un peu comme un single de cinq minutes. Je trouvais qu’il y avait de super trucs dans son morceau et j’avais envie d’en garder des idées, mais à chaque fois, ça restait dans les dix minutes, je trouvais que c’était trop long et que ce n’était pas ce qu’il fallait pour cet album. J’ai vraiment élagué au maximum, j’ai gardé la base et j’ai construit autour un morceau qui n’a rien à voir avec ce qu’Alexis avait fait. D’ailleurs, au début je lui ai demandé : « Est-ce que tu me donnes l’autorisation pour qu’on le joue ou on a trop dénaturé l’esprit de base ? » Il a dit : « Non, c’est cool. Ça sert à ça aussi. » Ensuite, le dernier morceau de l’album, qui est très long, qui fait vingt et une minute, « Exit Initia », je l’ai composé seul mais après, nous l’avons tellement arrangé en groupe et tout le monde y a été tellement de ses idées qu’au final, c’est plus un morceau écrit par le groupe. J’ai donné tout le squelette et après il y a eu tellement d’idées de chacun que ça a pris une tout autre forme. Par exemple, sur mes démos, il y a zéro synthé et Henri a dû trouver tous les synthés pour tout l’album, et il a vraiment donné une dimension épique et symphonique à ce morceau en partant de rien.

Hugo : Il y a vraiment eu un gros travail de clavier sur cet album par rapport au premier. Globalement, sur ce deuxième album, il y a plus de participation d’un peu tout le monde sur les arrangements, sur des idées. Sûrement parce que pour le premier album, c’était toujours un peu le projet de Clément, alors que nous nous sommes un peu plus imposés en tant que groupe sur le deuxième, même si les compos de base de venaient de Clément. Finalement, nous sommes quatre « guitaristes » dans le groupe, parce que Yann, le batteur, est aussi guitariste et ça permet de vraiment proposer plein d’idées différentes sur différentes parties.

« C’est un peu paradoxal, mais en général, je choisis plus ou moins la durée d’un morceau avant de l’écrire. »

C’était une volonté initiale de votre part de faire un long morceau comme « Exit Initia » ou ça s’est fait naturellement, parce que vous aviez besoin de ce temps pour dire ce que vous aviez à dire ?

Clément : C’était un défi. A la base, ce n’était pas censé durer aussi longtemps, quand même. Je visais plutôt quelque chose qui avoisinait le quart d’heure et je ne voulais vraiment pas franchir les vingt minutes, dans ma tête c’était la barrière au-delà de laquelle ça faisait un peu trop. Mais comme je répète toujours que nous n’avons pas de barrières, autant les franchir [rires]. C’est un peu paradoxal, mais en général, je choisis plus ou moins la durée d’un morceau avant de l’écrire. C’est-à-dire que ça part d’une idée et je me dis que telle partie ira dans un morceau plutôt court et accrocheur, ou plutôt moyennement lent, ou plutôt assez lent, ou carrément un épique qui dépasse les dix minutes voire le quart d’heure ou qui n’a pas de limites de durée. « Exit Initia » était vraiment vu, de base, comme un long morceau parce que j’avais eu un certain nombre d’idées et je sentais que je ne pouvais pas les mettre ailleurs et que dans tous les cas, ça allait être lent. Après, il a fallu les mettre bout à bout, donc c’était un autre challenge. Ça dépend, mais j’ai plutôt tendance à savoir en amont assez vite dans le processus d’écriture d’un morceau combien de temps il va durer, même si je ne me force jamais à écrire pour écrire et que si je sens que ça doit s’arrêter, ça s’arrête.

Hugo : Dans ce cas, c’est un morceau en plusieurs parties, donc j’imagine que tu as dès le début pensé le concept en plusieurs parties.

Clément : Il y avait aussi l’histoire de concept mais déjà, le premier et le second album sont liés en termes de concept, le second étant la suite du premier, et j’avais un peu envie de faire un album qui ressemble en termes de structure au premier album, avec un morceau très calme et plutôt court d’introduction, et un épique à la fin. Mais je n’avais pas envie de faire un « Cassandra’s Prophecy » bis où, quel que soit le moment où tu écoutes le morceau, tu sens une patte commune au morceau. Sur « Exit Initia », j’avais envie que ce soit un challenge complètement différent, donc j’avais l’idée de le segmenter en plusieurs parties, identifiables avec des chapitres, et que ça fourmille de plein d’idées différentes, qu’on soit dans des ambiances qui n’ont rien à voir, que sur le papier ça n’ait aucun sens, mais que quand on l’écoute dans sa globalité, les transitions font que ça s’imbrique bien. Je pense que c’est notre morceau le plus diversifié parce qu’il y a vraiment de tous les styles dedans. C’est très fun à jouer, du coup !

Hugo : En effet ! Je dirais même qu’on ne sent pas les vingt minutes passer. Quand on joue le morceau et qu’on est à fond dedans, on se dit : « Putain, on arrive déjà à la fin ?! »

Le metal progressif n’est pas toujours digeste, surtout quand les musiciens veulent en mettre plein la vue, mais chez vous, les transitions, les enchaînements, etc. passent très bien. C’est-à-dire que c’est à la fois démonstratif et accessible. Est-ce quelque chose que vous travaillez particulièrement ou auquel vous faites attention ?

Clément : Je pense qu’à la base, dans les démos que j’ai créées et que je présente aux autres, il y a des passages où ça sera plutôt sobre, d’autres où on va pouvoir charger en technique et en démonstration, mais effectivement, l’idée était de trouver le bon dosage et de faire en sorte que quand ça doit être catchy et plus simple, il faut que ça le soit, et quand il y a des signatures rythmiques impaires, des cassures partout, des breaks, etc., il n’y a pas de limites, on peut charger la mule.

J’ai l’impression qu’il y a plus d’incursions dans d’autres styles sur cet album. Est-ce la cohésion du groupe et les influences de chacun qui ont amené ça, ou est-ce toi qui as voulu aller encore plus loin dans le concept de varier les styles ?

Je trouve que Paragon Circus était déjà très varié. Si tu prends un morceau comme « Reminiscence », il y avait du funk, des trucs complètement perchés, etc. Donc je pense que c’est quand même dans l’ADN d’Altesia. L’arrivée des autres n’a pas forcément encouragé ça, mais en voyant qu’ils pouvaient jouer tout ce que je composais et aller même au-delà de mes espérances en sortant des trucs géniaux… En tout cas, ça n’a pas été un frein, je ne me suis pas dit : « Attention, parce que dans le jazz, il y en a un ou deux qui sont un peu limités. » Ils excellent tous dans tous les domaines. C’est hyper agréable et quand tu es entouré de super musiciens, tu peux t’autoriser des incursions dans plein de styles sans être freiné par quoi que ce soit. En tout cas, j’avais dans l’esprit de faire des morceaux peut-être un peu plus directs parce que je voyais que sur scène, ça prenait bien, et qu’en termes de ressenti, j’avais envie de faire des morceaux un peu plus énergiques et qui donnent la pêche.

Hugo : Par exemple, nous avons fait le concert de la pré-release party, nous avons un peu dévoilé les morceaux sur scène, et c’est vrai que les gens étaient assez réceptifs avec ces morceaux qu’ils ne connaissaient pas, à part les deux clips qui sont sortis. On voyait que c’était des morceaux efficaces à faire en live. Il y a dans ce nouvel album pas mal de refrains qui étaient une volonté de ta part, Clément.

« Il ne faut jamais que l’auditeur se repose sur ses lauriers en se disant qu’il avait compris ce qu’il se passait, que c’était linéaire, etc. J’ai horreur des trucs linéaires ! »

Ça crée des moments de partage, car c’est vrai que dans le progressif, on voit des concerts où le public est assez froid, parce qu’il est plus là en tant que spectateur qu’à participer…

Même si de toute façon, ça reste du prog et que le public n’est pas forcément en train de faire de gros pogos et des circle pits, mais ça viendra peut-être ! Mais c’est comme ça, ça fait partie du style aussi.

Clément : Après, ça peut peut-être surprendre, mais les moments où le public est le plus réactif et le plus enjoué, c’est souvent des moments qui sont complètement fous, plus que sur des refrains. Parfois nous aimons mettre un gros silence et repartir – comme sur le dernier morceau « Exit Initia » – et c’est toujours un moment où les gens gueulent. De même quand ça va chercher dans le côté un peu technique, parce que ça les surprend. La surprise, varier un peu les plaisirs, etc. est toujours en filigrane quelque chose que j’essaye d’insuffler dès le processus de création. Il ne faut jamais que l’auditeur se repose sur ses lauriers en se disant qu’il avait compris ce qu’il se passait, que c’était linéaire, etc. J’ai horreur des trucs linéaires ! Ou alors je vais écouter un style où je sais que ce sont les codes et c’est ce que je vais attendre, mais j’aime bien être surpris quand j’écoute du prog. Rien n’est trop fou. Des fois, tu entends des trucs, c’est complètement barré et moi, ça me fait marrer ! J’adore !

On retrouve le violon et le saxophone, qui étaient déjà présents sur le premier album. Ça fait aussi partie de l’ADN Altesia ?

Hugo : Et c’est vrai que le violon et le sax sont des instruments qui collent bien avec le prog, qu’on a pu déjà voir chez d’autres groupes. Par exemple, je pense à Ne Obliviscaris qui ont leur violoniste ou à un groupe qui s’appelle Thank You Scientist dans lequel il y a beaucoup de cuivres. De la même manière qu’on verra peut-être moins de la clarinette ou de l’accordéon…

Clément : C’est un challenge : mettre de l’accordéon sur tout un morceau – et un morceau de trente minutes puisque vingt minutes, on ne les voit pas passer, c’est trop court ! [Rires]

Les paroles ont l’air d’avoir une grande importance. J’ai l’impression que tu développes des sujets qui te tiennent à cœur. Peux-tu nous en parler ?

Oui, ça me tient à cœur, car de toute façon, il faut bien écrire quelque chose, donc autant que ça ait du sens pour nous. Sans vouloir dénigrer, je trouve qu’il y a des paroles assez génériques dans le metal, c’est-à-dire qu’il faut que ça serve les codes du metal. Le prog a peut-être moins des paroles clichés que d’autres genres, encore que… Donc j’essaye d’écrire des choses qui résonnent en moi et sur cet album, l’idée était de développer un message très lumineux et porteur d’espoir. Le premier album, c’était l’inverse : vu qu’ils se suivent, j’avais volontairement écrit quelque chose de très sombre. L’idée du nouvel album était de dire qu’avec tous les maux de la société moderne évoqués dans Paragon Circus, si on veut effectuer un changement dans le monde, celui-ci doit venir avant tout de nous-mêmes, de l’intérieur, plutôt que d’espérer que l’homme providentiel arrive sur Terre en disant qu’il a tout réglé, qu’il a payé l’addition, etc. Il s’agissait de dire que l’on a tous les clés en chacun de nous pour nous améliorer, dans une quête de sagesse, et qu’en faisant ce travail sur nous-mêmes, ça peut se répercuter sur les autres. La joie contamine plus vite que le variant Delta [rires]. Quand tu es bien dans tes baskets, tu rayonnes et c’est très inspirant pour les autres. L’idée de cet album était de partir d’une zone d’ombre et de faire un travail sur soi pour aller vers quelque chose de plus lumineux. Chaque morceau parle d’un aspect en particulier.

S’il faut en citer un pour illustrer la démarche, « A Liar’s Oath » parle de quelqu’un qui, à trop vouloir se faire accepter par tout le monde, a totalement perdu de vue qui il était. Lui-même ne sait plus qui il est à force de mettre des masques – non pas FFP2 mais métaphoriques [rires]. Les gens s’en rendent compte et vont le mettre à part et le traiter un peu comme un paria parce qu’ils se demandent qui est ce mec dans le fond, car ils voient bien qu’ils se font « escroquer » par quelqu’un qui n’est pas lui-même. Donc son pire cauchemar se réalise, c’est-à-dire qu’il finit seul – dans le clip, c’est illustré par un mec avec une cape noire en mode ermite dans sa forêt. Cette personne prend ça comme une opportunité, se disant qu’il va faire une introspection et aller à la reconquête de lui-même pour apprendre à se découvrir. Il va tellement découvrir qui il est en mettant en place sa nouvelle vie qu’il va vraiment découvrir ce qu’est le bonheur et il sera, à son tour, inspirant pour les autres. Finalement, il va quand même susciter la haine ou la jalousie de certaines personnes qui vont le rejeter, parce qu’elles ne sont pas d’accord avec lui ou parce qu’elles aimeraient avoir le cran qu’il a eu de s’assumer. Mais lui est tellement dans la lumière qu’il a de l’amour pour tout le monde et il se moque complètement que quelqu’un le rejette, il est prêt à l’accueillir pour lui apprendre comment il a fait son chemin – un peu une sorte de Jésus-Christ 2.0. L’idée est que chaque morceau aborde des thèmes en partant d’une situation assez noire dans laquelle on peut se retrouver si on a des difficultés dans la vie à tel ou tel stade, et après essayer de faire un travail pour aller vers une « guérison ».

« Sans vouloir dénigrer, je trouve qu’il y a des paroles assez génériques dans le metal, c’est-à-dire qu’il faut que ça serve les codes du metal. Le prog a peut-être moins des paroles clichés que d’autres genres, encore que… Donc j’essaye d’écrire des choses qui résonnent en moi. »

J’imagine qu’il y a certaines réflexions personnelles là-dedans, que ce sont des choses que tu as ressenties toi-même. Penses-tu que la période que nous sommes en train de vivre a accentué ces réflexions et ces introspections ?

Je pense que c’était déjà là avant. Après, j’espère que le fait d’avoir un peu déconnecté de son travail en mars, avril et mai 2020, ça aura permis à certaines personnes de se poser des questions sur qui elles étaient vraiment et si la vie qu’elles menaient était vraiment celle qu’elles voulaient mener. Le problème c’est aussi souvent ça : on est toujours happé par le quotidien, à devoir aller au boulot, faire des heures, payer son crédit ou son loyer, et finalement, le peu de temps qu’il te reste le weekend, tu le passes en loisirs et tu n’as pas le temps de prendre du recul sur ta vie. Forcément, je fais une généralité, mais peut-être que cette période aura permis à certains de prendre un peu de distance. J’espère, en tout cas.

En termes d’enregistrement, sur le premier album c’est Yann qui avait fait le mixage. Sur celui-ci c’était le même processus ?

Hugo : Il avait aussi masterisé le premier album. Pour celui-ci, c’est lui qui a fait le mix, mais nous nous sommes dit que ça pourrait être intéressant de faire faire le mastering par une oreille externe. Nous sommes donc passés par David Thiers qui bosse au studio Secret Place à Bordeaux. Le processus était finalement assez similaire au premier. Enfin, il y a eu des choses qui ont changé, mais c’est surtout du home studio. Vu que nous le faisons mixer, de toute façon, par Yann qui fait partie du groupe, il y a beaucoup de choses qui sont plus simples, car nous pouvons vraiment travailler en profondeur ensemble sur le mix et nous pouvons lui envoyer les pistes plus ou moins quand nous voulons, même si nous nous sommes mis des deadlines et un ordre des choses. Parmi les choses qui ont changé, par exemple, pour le premier album, Yann a enregistré la batterie chez lui, donc il a pu faire ça un peu sur la durée, alors que pour le deuxième album, il a pu avoir un studio à Ambarès, au Pôle Culturel Ev@sion. Il a donc dû faire ça en deux jours, je crois…

Clément : Il a réservé une semaine, mais il y a eu un jour pour installer les micros, un jour pour répéter tout, etc. Je crois qu’il a enregistré en trois jours au final.

Hugo : Ça s’est un peu inversé avec Henri qui, pour le premier album, avait enregistré toutes ses parties de clavier d’un coup. Pour ce deuxième album, il a pris un peu plus de temps chez lui. C’est peut-être aussi pour ça que les parties de claviers sont plus enrichies et plus présentes. Sur le reste, c’était surtout du home studio. Pour la basse, j’ai enregistré directement chez moi et j’envoyais ça à Yann.

Vous êtes partis sur un financement participatif pour cet album. J’imagine que l’idée était que quand on a un groupe en développement, on a aussi besoin du soutien des gens qui nous suivent, notamment sur les frais engagés qui sont conséquents si on veut faire les choses bien pour se faire connaître…

Clément : Tu as tout dit ! C’est exactement ça. Les gens sont assez habitués maintenant. Tout le monde le sait, mais aujourd’hui, on ne vend plus autant de CD qu’avant et ça reste l’une des sources de revenu principales pour un musicien, car ce n’est pas le stream de Spotify à 0,003 euros qui permet de rapporter un peu d’argent dans les caisses. Aussi, le fait qu’il n’y a pas eu de concert, ça ne nous a pas fait rentrer beaucoup d’argent dans les comptes, à part les ventes de CD que nous avons pu faire avec le premier album. L’idée était aussi que très tôt dans le processus, il y avait comme objectif de mettre la barre un peu plus haut à tous les niveaux, et pour ça, l’argent aide quand même grandement. Par exemple, sur le premier album, il n’y avait pas de clip, il n’y avait pas vraiment de campagne promo… Nous avons fait la promo un peu à l’arrache quand l’album est sorti, mais il n’y avait rien d’anticipé. Donc l’idée était vraiment d’allouer un budget clip pour faire une vraie promo digne de ce nom en amont de la sortie de l’album. Ça a un prix, donc nous avons proposé aux gens de mettre la main à la pâte. Nous ne nous attendions pas à ce que la totalité des frais de l’album soit couverte par les dons des personnes, mais c’est bien ce qui s’est produit. Nous avons été les premiers surpris, heureux et reconnaissants. Nous avons un public qui nous suit beaucoup. Nous en sommes au stade premier de la croissance d’Altesia, donc nous n’avons pas des milliers et des milliers de personnes qui nous suivent, mais nous avons quand même un public très dévoué et c’est hyper important de pouvoir compter là-dessus.

Hugo : Il y a un peu un côté donnant-donnant avec le crowdfunding, parce que bien sûr, nous proposions aussi des contreparties en échange de l’argent que les gens mettaient. Finalement, c’était un peu comme une sorte d’avance et ça nous permet, d’un côté, de vraiment financer le projet et, d’un autre côté, de récompenser les gens qui sont venus nous aider. C’est vrai que c’est allé très vite, nous avons été très surpris de la façon dont ça montait. Par exemple, nous avions mis une option pack « live at home », l’idée était de proposer un concert privé chez une personne ou dans le lieu de son choix. Je crois que nous avons mis ça à six cents euros ou quelque chose comme ça, et ce pack a été pris relativement rapidement par quelqu’un qui a voulu nous faire jouer – c’est quelque chose qui sera prévu prochainement.

« L’intérêt de faire tout ça tout seul, c’est aussi de pouvoir apprendre. Je pense que c’est important en tant que groupe d’apprendre tous ces métiers qu’il y a autour et qui sont généralement délégués à d’autres personnes. »

Vous avez dépassé l’objectif…

Oui. Il nous manquait un palier, je crois, celui pour les vinyles. Il nous fallait quelque chose comme mille euros de plus pour avoir des vinyles. Malheureusement, les vinyles, ça coûte cher à produire et même s’il y en a, je pense, pas mal qui voudront des vinyles, il n’y a pas encore assez de gens qui en veulent pour que ce soit rentable. C’est beaucoup de frais à avancer pour rentabiliser tout de suite.

Clément : Surtout, ce que les gens ne savent pas forcément, sauf ceux qui collectionnent les vinyles ou qui en ont, c’est que dès que ton album fait plus de quarante-quatre minutes, il faut passer sur un double vinyle, et qui dit double vinyle dit quasiment doubles frais de production. Il faut savoir que c’est vraiment intéressant quand tu produis ça en quantité importante, mais nous, nous ne pouvons pas nous le permettre. Pour l’instant, c’est toujours à l’étude. Nous espérons le faire en 2022. Ça reste à suivre. Ça viendra un jour, mais nous ne savons pas trop quand. Surtout que l’artwork de l’album est très fouillé et beau, donc je pense que ça rendrait bien en vinyle.

Il y a donc deux clips qui sont sortis pour le moment, « Liar’s Oath » et « Mouth Of The Sky », et vous avez sorti une sorte de « behind the scenes » avec des explications sur le projet du groupe. Vous l’avez un peu dit, ça s’inscrit vraiment dans une volonté d’aller plus loin avec ce deuxième album…

Oui, c’est vraiment d’aller un cran au-dessus à tous les niveaux. Tout à l’heure, on parlait du synthé d’Henri qui était beaucoup plus creusé… Certes, il a eu le temps, mais il y a aussi une volonté de chacun. Je pense que nous avons été un peu grisés par les bons retours du premier album et dans cette volonté d’aller plus loin, chacun s’est mis un peu un challenge de se surpasser ou, en tout cas, de faire mieux que sur le premier album. Hugo lui-même a réussi à faire mieux que son prédécesseur, car ce n’est pas lui qui joue sur le premier album. Il a vraiment fait quelque chose de très vivant, par moments un peu osé avec des idées géniales. Chacun a essayé de faire de son mieux. Ça se retrouve aussi dans l’artwork qui, comme je disais, est très fouillé par rapport au premier album où nous avions une pochette et ensuite, dans le livret, c’était juste des textures, il n’y avait pas d’artwork secondaire ou autre. Ça se voit aussi dans les clips, en effet, dans la promo, dans un petit peu tout. Nous essayons de faire en sorte d’être un groupe ayant une démarche la plus pro possible.

Hugo : C’est vrai que par rapport à la construction de l’album, il y a un travail de fond qui a été plus poussé que pour le premier. Je n’étais pas là pour le premier album, mais par exemple, ils n’avaient pas fait de préproduction, chose que nous avons faite pour le deuxième. Nous avons vraiment essayé d’avoir une préproduction assez complète de chaque morceau avant de les enregistrer réellement. Ça permet un travail de fond plus poussé, des arrangements en répète… Aussi, par exemple, nous nous sommes pas mal vus avec Yann, le batteur, pour vraiment travailler la basse-batterie. Ça a contribué, je pense, au fait que la basse soit un peu plus poussée sur ce deuxième album, même si sur le premier album, la basse est très bien. C’est aussi beaucoup de pression pour moi de devoir faire mieux que ce qui a déjà été fait. Ça m’a aussi poussé à vouloir tout donner. Donc nous nous voyions avec Yann pour vraiment caler toute la basse-batterie au poil de cul et de ne rien laisser au hasard.

Le fait de procéder en autoproduction, est-ce une volonté farouche ou est-ce parce que c’est plus simple, ou vous n’avez pas trouvé les bonnes personnes pour vous accompagner pour le moment ?

Clément : Nous aimerions bien être signés chez un label, mais il y a beaucoup de labels, nous avons été contactés par un certain nombre d’entre eux, mais souvent ce sont des labels modestes – ce n’est pas pour leur jeter la pierre, car ils font aussi ce qu’ils peuvent en moyens humains et financiers, qui sont souvent limités chez les petits labels, mais du coup, ils ne peuvent pas forcément nous proposer une offre plus creusée que celle que nous faisons déjà en termes de communication et tous les pôles liés à la sortie d’un album, par exemple. A ce stade, nous préférons garder encore un peu la main sur ce que nous faisons dans Altesia. Comme ça, ça nous permet de vraiment garder le contrôle, en espérant que le côté un peu plus pro sur cet album puisse attirer des labels un peu plus conséquents. Je leur fais un appel du pied insistant par la même occasion [rires]. Après, être signé sur un label, ce n’est pas un fin en soi, il ne faut pas attendre ça comme le messie et se dire : « C’est bon, maintenant on est chez Inside Out, tout est gagné, on joue au Stade de France en première partie de U2 la semaine prochaine. » Mais ce serait un pas de plus dans cette volonté de se professionnaliser, d’aller un peu plus haut. Je pense que nous sommes un groupe encore un peu vert, nous n’avons que deux ans de groupe tous ensemble, donc il ne faut pas être trop pressé. Là, l’idée était de sortir l’album en autoprod pour déjà faire mieux que le premier et après, à voir, peut-être pour un prochain album, si un label est intéressé et peut nous proposer une offre intéressante, nous l’étudierons et nous verrons ce que ça pourrait donner.

« Pour moi, les rêves, c’est vraiment fait pour être réalisé, parce que si c’est juste pour s’endormir avec le sourire aux lèvres en se disant : « Si seulement je pouvais faire ça », ça ne sert à rien. Je pense qu’il ne faut pas être spectateur de sa vie, il faut vraiment la vivre pleinement. »

Hugo : L’intérêt de faire tout ça tout seul, c’est aussi de pouvoir apprendre. Je pense que c’est important en tant que groupe d’apprendre tous ces métiers qu’il y a autour et qui sont généralement délégués à d’autres personnes. Le fait de savoir le faire nous-mêmes nous permettra aussi par la suite de mieux les déléguer aux bonnes personnes pour que le travail soit bien fait. Par exemple, si on parle du mixage et de l’enregistrement, c’est vrai que nous avons la chance d’avoir quelqu’un qui le fait déjà très bien à l’intérieur du groupe, donc autant en profiter. Tout ça joue aussi dans cette volonté d’autoproduction.

Clément : C’est très juste ce que tu dis, tu as raison. Je pense que c’est hyper important de faire soi-même un maximum de choses, en tout cas dans un premier temps, parce que ça te permet déjà d’avoir un panorama de tout ce qui se fait autour du groupe. Quand tu organises toi-même tes concerts ou tes tournées, ou que tu dois démarcher toi-même un prestataire pour faire un clip, un presseur pour sortir tes albums, un graphic designer pour faire tes artworks, etc. tu connais mieux les métiers qu’il y a autour et c’est important pour savoir ce que tu peux leur demander et être un peu plus juste. Des fois on se dit : « Ca, ce n’est pas bien fait, c’est la faute d’untel » mais le fait de mieux connaître l’environnement immédiat autour de soi, ça permet de mieux savoir ce qui se fait, comment ça se pratique et, comme tu dis Hugo, de savoir avec qui on veut bosser si on délègue quelque chose un jour.

Une question plus ouverte : vous avez beaucoup dit qu’il n’y avait pas limites, quels sont vos rêves ? Quelles limites avez-vous envie de repousser ?

Il se trouve que j’ai un peu réfléchi à ça tout à l’heure. Je vais parler pour moi, mais le fait de sortir un premier album avec Altesia, c’était un rêve. C’est un truc dont je rêvais depuis mon enfance. Pour moi, les rêves, c’est vraiment fait pour être réalisé, parce que si c’est juste pour s’endormir avec le sourire aux lèvres en se disant : « Si seulement je pouvais faire ça », ça ne sert à rien. Je pense qu’il ne faut pas être spectateur de sa vie, il faut vraiment la vivre pleinement. Sauf si ton rêve est d’aller sur Jupiter, là ça va être un peu compliqué… Je pense qu’il faut aussi mettre des échéances à tout ça. Le rêve, à la base, pour moi, était de sortir un album. Ça, c’est fait, donc où est-ce qu’on va maintenant ? Dans cette idée d’aller toujours un peu plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort, comme on dit dans Fort Boyard… Je ne sais pas s’il faut chercher à aller absolument hyper loin. On parlait de Haken tout à l’heure : ils viennent d’annoncer aujourd’hui qu’ils partent un mois en tournée avec Symphony X, ils font l’année prochaine une date co-headliner aux Etats-Unis, je crois, et c’est un genre d’objectif que nous pourrions avoir en tête. Si un jour ça se présente, si ça se trouve, nous nous dirons : « Ah ouais, mais je ne me vois pas du tout me barrer un mois aux Etats-Unis, lâcher ma famille et toute ma vie, je ne supporterais pas ça… » Donc ça ne sert à rien de voir trop loin à l’avance. Il faut y aller petit à petit et se dire qu’on verra ce que la vie veut bien nous offrir, qu’on fait de notre mieux et qu’on prendra ce qu’on pourra prendre.

Hugo : Moi, j’ai envie que nous allions le plus loin possible, autant en tant que groupe que dans cette recherche de musicalité, de complexité, etc. Sans que ce soit une fin en soi. C’est-à-dire qu’il ne faut pas faire un truc compliqué pour faire un truc compliqué, il faut que ça ait du sens. J’aime bien ne pas me mettre des limites et faire des choses un peu en dehors de la norme. Je pense que c’est peu cette recherche qu’on retrouve dans le prog. Un truc que j’imagine que nous pourrions faire un jour, car nous sommes tous un peu compositeurs dans le groupe, serait de sortir un EP un peu différent où nous aurions tous notre composition. Là, nous pourrions aller un peu où nous voulons avec notre musique à chacun de nous, toujours en essayant de garder une patte Altesia, en passant par Clément bien sûr. Je me dis que c’est le genre d’idée qui pourrait être intéressante à exploiter avec la formation que nous avons.

Clément : Carrément. Surtout que nous l’avons un peu exploitée avec ce morceau « Exit Initia » et c’était hyper stimulant, parce que nous avons un peu changé certaines choses pour la première fois ensemble en répétition et nous avons vu que ça servait vraiment le morceau. C’était assez passionnant de voir que ça prenait une tournure et qu’un morceau que nous trouvions déjà très bien pouvait aller encore un peu plus loin. L’écriture en groupe, c’est maintenant un peu l’objectif d’un prochain album. Pendant qu’Hugo parlait, je réfléchissais aussi un peu à des rêves : je me dis que ce serait très stylé d’arriver un jour à faire soit juste un concert, soit carrément une tournée avec un des groupes qui nous ont donné envie de faire de la musique ou qui nous ont vraiment marqués dans le prog. Si un jour nous pouvions faire une date avec Opeth, Haken ou Leprous, par exemple, ou sortir boire des verres avec eux après le concert, ce serait un rêve, une sorte de concrétisation, où je me dirais que j’ai adulé ces gens et que maintenant je suis avec eux. Sans me dire : « Ouais, ça veut dire qu’on est trop forts ! » mais plutôt en me retournant, en voyant d’où je viens et en me disant que je peux en être fier. Sans que ce soit un moteur pour me réveiller tous les matins en me disant que j’ai mangé en tête à tête avec le bassiste d’Haken, ce serait quand même une petite concrétisation qui ferait plaisir.

Hugo : Je me souviens que Clément nous avait fait un joli petit troll il y a un petit moment. Il nous avait envoyé un screenshot d’un mail qu’il avait reçu de la part de John Petrucci qui aurait écouté l’album et beaucoup aimé, et qui voudrait nous avoir en première partie sur une tournée. En fait, c’était un montage qu’il avait fait [rires]. Il nous avait bien eus !

Interview réalisée par téléphone le 12 octobre 2021 par Sébastien Dupuis.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Thierry Bouriat.

Facebook officiel d’Altesia : www.facebook.com/altesiamusic

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