ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Amahiru : quand l’Ouest rencontre l’Est


Frédéric Leclercq est insatiable. A peine intégré depuis un an à Kreator, après avoir sorti son ultime album avec Dragonforce et avec qui il prépare le très attendu successeur de Gods Of Violence (2017), le voilà de retour à la fois sur le nouvel album de Loudblast et avec un nouveau projet du nom d’Amahiru en collaboration avec la guitariste Saki (Mary’s Blood), tandis qu’il commence à plancher sur le troisième album de Sinsaenum. Il n’arrête pas et il aime ça.

Mais c’est avant tout pour parler d’Amahiru que nous avons échangé ci-après. Un projet orienté metal mélodique intriguant entre Occident et Orient, qui rétablit une forme d’équilibre dans la carrière du guitariste-bassiste-compsiteur et auquel a participé certains poids lourds de la scène – outre Frédéric et Saki, on retrouve le claviériste Coen Janssen (Epica), les batteurs Mike Heller (Fear Factory) et le regretté Sean Reinert (Death, Cynic), la chanteuse invitée Elize Ryd (Amaranthe) et le chanteur Archie Wilson dont on découvre le grand talent.

Frédéric Leclercq revient donc sur la conception de ce premier disque qui ouvre grand le champ des possibles, partageant avec nous sa passion pour le pays du Soleil-Levant, non sans faire le point sur ses projets en cours.

« On peut voir tout ce qui nous oppose, mais ce n’est pas tant ça que tu calcules. Tu vois vraiment ce que tu as en commun et après, finalement, toutes ces différences sont une force, et je pense que ça se ressent dans notre musique. »

Radio Metal : Saki et toi vous êtes rencontrés sur une date de Dragonforce à Hong Kong. Votre entente personnelle et musicale a été immédiate. Peux-tu nous raconter cette rencontre et comment elle a par la suite fini par engendrer une collaboration ?

Frédéric Leclercq (guitare) : Son groupe, Mary’s Blood, ouvrait pour Dragonforce à Hong Kong. Généralement, quand ce sont des concerts en Asie, tu fais ton concert, et le lendemain matin, tu dois te lever très tôt pour prendre un avion et aller dans un autre pays. Généralement, on essaye de se reposer le plus possible, mais là, étonnamment, tout Dragonforce était en train de regarder le soundcheck du groupe, parce que c’étaient des filles ! Nous écoutons et nous nous disons : « Ah, ben c’est sympa ! » Après, nous les avons vues en backstage, nous avons commencé à discuter et c’est là que j’ai rencontré Saki. Nous avons bu quelques verres après son concert et le mien, et je suis allé me coucher. Nous sommes retournés à Tokyo quelque temps après et elle était là. Il me semble que c’était Herman qui l’avait invitée à la base. Je me suis retrouvée avec elle, à boire des verres jusqu’à plus d’heure, et nous avons bien sympathisé. Comme je vais à Tokyo assez souvent, que ça soit pour faire de la musique ou en vacances parce que j’adore ce pays, nous nous sommes revus, et nous sommes toujours restés en contact. Nous savions que nous étions musiciens et nous commencions à nous apprécier, il y avait un bon feeling. Jusqu’au moment où c’est arrivé sur la table et nous nous sommes mis d’accord avec son management – parce que ça se passe comme ça au Japon, tout le monde a un manager, et les managers ont des managers… Nous nous sommes mis d’accord sur le fait de travailler ensemble sur un projet.

Tu as déclaré que Saki et toi aviez beaucoup en commun. Venant de deux cultures très différentes, de deux zones géographiques opposées du globe, Saki étant une femme, toi un homme… Au final, alors que sur le papier tout semble vous opposer, qu’est-ce qui vous rapproche ?

Tout le reste, en fait ! [Rires] C’est-à-dire que nous faisons de la musique, nous avons des gouts musicaux en commun, nous aimons les films d’horreur, nous aimons les mangas, nous aimons déconner… Il y a une bonne connexion, en fait. Ce n’est pas forcément faire de la musique avec quelqu’un qui te ressemble, qui s’habille exactement comme toi, etc. C’est vraiment avoir une connexion, une complémentarité à ce niveau-là, car effectivement, elle est japonaise, c’est une fille, elle n’a pas de tatouage… On peut voir tout ce qui nous oppose, mais ce n’est pas tant ça que tu calcules. Tu vois vraiment ce que tu as en commun et après, finalement, toutes ces différences sont une force, et je pense que ça se ressent dans notre musique.

Cette fascination que tu as pour le Japon et l’Orient, est-ce qu’elle trouve un écho chez Saki dans, en contrepartie, une fascination de sa part pour l’Occident, voire la France ?

Je ne sais pas si elle est fascinée par la France, mais par l’Occident, c’est clair, comme beaucoup de Japonais de toute façon, et comme nous les Français sommes très attirés par le Japon. Tous ceux de ma génération, on a tous grandi avec la même culture. Je pense que oui, il y a un intérêt commun, sans se le définir comme ça. C’est juste une connexion en plus. J’ai de l’attrait pour les personnes japonaises parce que j’admire leur culture, je m’y suis toujours beaucoup intéressé. Ce n’est pas quelque chose que nous avons vraiment analysé au départ, mais après, c’est vrai qu’en se posant la question et en regardant de plus près ce que nous faisions, avec le label, les managers, etc., nous nous sommes dit que c’était bien, car c’était vraiment une collaboration de deux mondes, comme tu le disais, de deux choses qui nous opposent. Là, c’est l’Est qui rencontre l’Ouest, en quelque sorte. Mais ce n’était pas réfléchi à la base.

Le projet mêle metal mélodique et des éléments de musique orientale. Quelle était ta connaissance de la musique orientale et de ses spécificités avant ta rencontre avec Saki ?

Les gens pensent que tout ce que l’on entend d’oriental sur l’album, c’est Saki, et tout ce que l’on entend de pas oriental, c’est moi. Alors qu’en fait, c’est un peu l’inverse, de par la fascination que j’ai ! Je vais essayer de transposer ça dans un autre contexte : si elle était fascinée par la musique française, elle viendrait avec des idées d’accordéon, parce que c’est comme ça qu’elle voit notre musique, et moi je serais plus du genre à dire : « Ah non, pas de l’accordéon… » Là, c’était un peu ça. Je voulais mettre ce que je pensais connaître de la musique asiatique, que ce soit les gammes, les sons, etc. et c’était plutôt elle qui tempérait en me disant : « Ca, c’est pas mal ; ça, c’est peut-être un peu trop. » Elle aussi, parfois, se rendait compte que ce qu’elle pensait être trop… Par exemple, pour un titre comme Samurai, au début elle me disait : « Mouais, le titre, ‘Samurai’… » Je lui disais : « Bah non, c’est bien, les samouraïs ! » C’est comme si elle avait fait un titre en français qui s’appelait, je ne sais pas… « Béret » ! Je trouverais que ça fait un peu cliché ! Finalement, elle a demandé à ses amis et elle s’est dit que finalement, Samurai, ça pouvait le faire. C’était ça qui était intéressant, car c’était moi qui poussais le côté asiatique et le côté mélodique. Et, elle, avec son attrait pour la musique occidentale, venait avec les gros riffs, comme sur le morceau « Vanguard », qui est assez power metal mais qui est aussi en sept cordes. Ça, ça vient d’elle. En fait, on nous retrouve un peu là où on ne nous attend pas, et c’est ça qui est rigolo. Les gens pensent que comme c’est la fille, la Japonaise, c’est elle qui va faire les trucs au koto, et moi, l’Occidental, avec mes tatouages, je vais faire les morceaux en sept cordes, alors qu’encore une fois, c’est l’inverse.

« Les gens pensent que tout ce que l’on entend d’oriental sur l’album, c’est Saki, et tout ce que l’on entend de pas oriental, c’est moi. Alors qu’en fait, c’est un peu l’inverse, de par la fascination que j’ai ! »

Pour ceux qui ne connaissent pas, comment compares-tu la musique orientale et la musique occidentale, en termes de composition ou d’harmonie ?

Sans entrer dans le côté technique, si tu fais ça [il joue une mélodie à la guitare], pour nous, on se dit : « Voilà, c’est oriental. » C’est un exemple. Donc tu vas te servir de ça dans certains morceaux, et utiliser des instruments qui sont propres à la culture japonaise comme le koto ou le shakuhachi, pour lequel nous avons demandé à un joueur connu, Kifu Mitsuhashi, de faire une apparition sur l’album. Ma connaissance est aussi valable que celle des gens qui disent : « Ah bah tiens, voilà, ça sonne asiatique ! » Donc nous avons fait le tri, car je suis arrivé en disant : « Ouais, je veux que ça sonne asiatique ! », et elle me disait : « Ça oui, ça pas vraiment… » Après, sans entrer dans les détails de gamme avec cinq notes, etc., il y a certaines sonorités dont nous nous sommes servis sur l’album. Et aussi, en termes de mélodie et de rythme, il y a des morceaux comme « Hours », avec le rythme de l’après-refrain, ou « Innocent », avec un rythme qui est propre au hard rock japonais, au niveau du tempo. Nous appelions ça le glowing stick, parce que – et c’est l’exemple que je prends toujours – sur le DVD live du groupe X Japan, qui s’appelle Last Live, dans le premier morceau, « Rusty Nail » je crois, les gens dans le public ont un bâton lumineux et ils le bougent en rythme. Ce rythme, c’est ce que nous essayions de retrouver. Je jouais un morceau, et je demandais à Saki : « Est-ce que ça, ça va plaire au public japonais ? » Elle m’a répondu : « Ouais, le rythme est bien. » Je lui disais : « Ah ouais, ça fait comme avec votre bâton lumineux dans le public ! » Elle m’a dit : « Oui, exactement, le glowing stick ! » Nous avons donc des parties qui peuvent plus parler au public japonais.

Encore une fois, ce n’était pas volontaire, mais plus parce que nous discutions. Pour la création de l’album, nous avons commencé chacun de notre côté et après, nous nous sommes retrouvés au Japon, j’ai passé trois semaines là-bas. Pendant trois semaines, nous étions tous les jours, pendant huit heures, dans un bureau du label. Parce que je leur ai dit : « Trouvez-nous une salle, comme ça nous allons bosser, et puis vous pourrez regarder et vérifier que nous sommes bien en train de bosser et pas en train de gaspiller de l’argent à boire des verres. » Nous passions donc huit heures par jour, des horaires de bureau, pour bosser sur l’album et il y avait toutes ces discussions-là. Voilà les spécificités du hard rock japonais, qui, finalement, s’inspire de notre hard rock à nous mais avec leurs codes. Mais c’est une longue histoire.

Tu expliquais que quand tu arrivais avec des choses un peu trop typées japonaises, elle était là pour t’aider à faire le tri. Est-ce que l’inverse était vrai ? Est-ce que lorsqu’elle apportait des choses metal, occidentales « classiques », tu la corrigeais ou la guidais ?

Oui, en plus c’est moi qui ai produit l’album. Nous nous étions mis d’accord sur ça avec le label. Du coup, j’avais encore plus un droit de regard, enfin, c’est le rôle du producteur, il fallait tout gérer à ce niveau-là. Donc oui, forcément, j’ai corrigé des choses, mais pour moi, ça paraissait moins flagrant que cette espèce de test à chaque fois que je lui proposais des trucs japonais. Je pense qu’elle a une meilleure compréhension, parce que c’est une musique qui est plus largement écoutée. Quand on écoute du hard rock, c’est à peu près le même partout dans le monde, donc il y a plus de codes qui sont « faciles » et elle ne pouvait pas trop se planter, contrairement à moi, parce que la musique japonaise, c’est plus encadré. Donc c’était vraiment moi qui essayais à chaque fois en disant : « Euh, ça, c’est bon ? » Alors que quand elle arrivait avec ses riffs, je n’allais pas lui dire : « Dis donc, ça fait un peu trop allemand. » Elle arrivait avec de bons riffs et c’était cool. Il suffisait de régler deux ou trois conneries, mais non, elle ne marchait sur des œufs comme moi je pouvais le faire.

Pendant ces sessions d’écriture, êtes-vous arrivés avec une page blanche ou aviez-vous chacun des idées auxquelles vous aviez réfléchi, voire des chansons entières que vous avez mises en commun après ?

Quand nous nous sommes retrouvés, en mars 2018, c’était encore une fois dû à mon rôle de producteur. Nous aurions pu faire comme nous faisions avec Dragonforce et comme beaucoup d’autres groupes le font, c’est-à-dire que tu t’envoies les morceaux et après chacun les enregistre dans son coin. C’est ce que nous avons fait quand même, mais ça pouvait être impersonnel. Donc à la base, nous étions censés nous envoyer des morceaux et je n’étais pas censé partir au Japon. Et ça peut très bien fonctionner comme ça. Néanmoins, je revenais de la tournée avec Sinsaenum, j’étais crevé, mais j’ai embrayé tout de suite avec la compo, j’avais des idées. Encore une fois, j’étais motivé par le concept du truc. J’avais plein d’idées qui s’empilaient, alors que Saki, peut-être un petit peu moins, mais elle m’envoyait quand même des riffs. Une fois que je suis lancé, je suis lancé, donc j’étais sur un bon filon et j’avais des idées. Je me suis dit que la balance n’allait pas être bonne et qu’elle ne se sentirait peut-être pas si impliquée que ça s’il n’y avait que des morceaux qui sont de moi. Si on regarde la tracklist, il y a beaucoup de morceaux qui sont de moi mais en fait, ils sont toujours signés à deux, parce que je me suis dit qu’il fallait que j’aille au Japon et que nous travaillions les morceaux ensemble. Même si pour la matière première, c’était moi qui arrivais avec quelque chose – comme sur « Lucky Star » qui était écrit et qui n’a pas beaucoup bougé une fois que je suis arrivé au Japon, ou « Hours » – elle était quand même là pour changer, pour s’impliquer, et c’est ça qui était vraiment intéressant. Je pense que ça a fait une vraie différence au niveau de l’implication et de la sonorité totale. « Lucky Star » n’a pas énormément bougé, mais elle m’a quand même proposé de modifier des trucs sur certains passages. C’était important que nous nous retrouvions et que nous passions ces trois semaines ensemble, pour la cohésion du groupe et pour que nous nous sentions vraiment impliqués. Et pour ces morceaux à elle, nous avons fait la même chose, nous les avons retravaillés ensemble.

« C’est sûr que ça m’a inspiré, puisque j’avais ma chambre d’hôtel qui était à cinq cents mètres du palais de l’Empereur, où je pouvais aller faire mon jogging le matin ! Rien qu’avec ça, tu t’en prends plein les mirettes, et c’est toute une ambiance. »

La dernière fois, tu nous avais dit avoir voulu aller au Japon pour composer aussi parce que ça t’inspirerait. Comment s’est manifestée cette inspiration pour toi ? Est-ce qu’il y a des choses en particulier qui t’ont inspiré là-bas au niveau musical, des événements ou autres ?

Quand je suis revenu du Japon, c’est là que je me suis rendu compte que j’avais réalisé un de mes rêves, qui était d’aller au Japon pour faire un album, pour composer. Ce n’est pas évident de dire exactement ce qu’il s’est passé, mais c’est sûr que ça m’a inspiré, puisque j’avais ma chambre d’hôtel qui était à côté des bureaux du label et à cinq cents mètres du palais de l’Empereur, où je pouvais aller faire mon jogging le matin ! Rien qu’avec ça, de toute façon, tu t’en prends plein les mirettes, et c’est toute une ambiance. Encore une fois, je ne peux pas vraiment te dire… Je sais qu’un morceau comme « Waves », nous l’avons écrit un lendemain, parce que nous avions fait la fête la veille. Si ça avait été une fête ailleurs qu’au Japon, je ne sais pas si nous aurions composé la même chose, ce n’est pas évident. Mais toujours est-il que je baignais vraiment dans une atmosphère… J’étais dans mon élément, j’étais vraiment bien. J’étais super content, je me disais : « Je vais au Japon, j’y passe trois semaines pour bosser tous les jours avec une personne que j’apprécie, il y a le palais de l’Empereur, je suis dans le pays que je préfère… » Donc oui, je pense que tout ça a contribué à faire que l’album sonne comme il est. Mais il n’y a pas d’événement précis qui fait que telle partie sonne comme ça à cause du Japon. Je pense que c’est vraiment un tout.

Vous vous échangez pas mal de solos dans l’album : est-ce qu’une forme de compétition – pas au sens négatif du terme – s’est parfois installée entre vous deux à ce niveau ?

Une compétition, non, pas vraiment, mais ça nous tirait vers le haut, sans se le dire, oui. Mais forcément, parce que nous avons du respect l’un pour l’autre, et quand nous avons passé ces trois semaines, forcément, nous jouions, nous regardions ce que faisait l’autre, et c’était cool. Si je faisais une phrase mélodique, elle changeait un truc à cet endroit-là, donc oui, forcément. Entre nous deux, et puis aussi avec les autres musiciens qui sont sur l’album et qui sont tous bons, donc quelque part, sans te le dire et sans le définir, forcément, tu as envie de faire un bon boulot. Chaque personne étant entourée des autres qui sont tous très bons, oui, il y a eu une émulation, plus qu’une compétition. Pour les solos, je faisais mon solo dans mon coin, elle m’envoyait son solo, je n’allais pas changer le mien en me disant : « Merde, il est mieux que le mien, maintenant ! » [Rires] C’est ça qui est bien : les solos se complétaient plutôt bien. En tant que producteur, vu que j’avais un peu le droit de regard, elle m’envoyait parfois un truc, et je lui disais : « Vas-y, tu peux mieux faire quand même ! » Et elle me renvoyait un truc vraiment bien mieux. Ça m’est arrivé parfois, mais c’était plus pour la tirer vers le haut plutôt que pour lui dire : « Ton solo est trop bon, tu joues mieux que moi, tu vas me ralentir tout ça. » Oui, il y a une émulation qui s’est créée, mais c’est encore une fois parce que nous sommes plutôt bien entourés sur l’album.

Ce qui est intéressant, c’est que l’album ne mélange pas seulement deux couleurs, une couleur occidentale et une couleur orientale. Le côté metal occidental, par exemple, est représenté de différentes manières, heavy, thrash, metal moderne, power groove, extrême, etc. C’était important pour toi de ne pas trop « étiqueter » le projet ?

C’est toujours pareil. Après analyse, oui, on peut redéfinir la manière dont ça a été fait. Le seul truc que j’ai dit à Saki, c’était que je ne voulais pas faire de power metal. A l’époque, j’étais encore dans Dragonforce, et ce n’était pas un style qui m’intéressait. Donc je lui ai dit que si elle voulait que nous fassions un truc ensemble et que nous fassions un truc comme ça, c’était non. Et je lui ai dit : « Ce que tu fais, Mary’s Blood, c’est aussi un peu power metal. Je pense que ça serait plus intéressant pour toi comme pour moi que l’on explore d’autres horizons. » Si elle et son management m’ont fait confiance, c’est parce qu’ils ont écouté ce que j’avais fait sur l’album Reaching Into Infinity de Dragonforce, qui est l’album sur lequel j’ai le plus travaillé, où j’ai composé le plus, et qui finalement, touchait déjà un peu ça : ça partait un peu en prog, un peu en thrash… J’essayais vraiment de tirer le groupe ailleurs – car sinon ça ne me branchait pas des masses – mais en faisant des compromis, car forcément tu as un cahier des charges, ça s’appelle Dragonforce, donc les gens s’attendent à ce que ça soit rapide, qu’il y ait plein de solos, et voilà, alors que pour moi, c’étaient des limitations. Là, c’était la liberté, parce que je faisais vraiment ce que je voulais. Saki et moi allions dans la même direction, nous avions les mêmes idées, donc il n’y avait pas de compromis à avoir, de concessions à faire.

Finalement, nous nous retrouvons avec un album qui me ressemble, puisque c’est vraiment la musique que j’aime, sans me mettre de barrières. Comme j’écoute plein de styles différents au sein du metal, c’est normal qu’on les retrouve là. Ce sont des choses dont je me suis rendu compte après coup. Effectivement, quand je l’analyse, je me dis : « Tiens, ce passage, ça fait un peu Pantera sur l’album Power Metal ; ça, ça fait Whitesnake ; ça, ça fait Alice Cooper… » Mais je suis content, j’en suis fier, et je le revendique. Je trouve ça intéressant les groupes qui proposent dix chansons différentes et pas dix fois la même chose. C’est un peu ce qu’on retrouve ces dernières années, je trouve que les groupes font très attention, les labels se font souvent dire : « Voilà, tu as trouvé ta niche, tu vas rester comme ça. » Moi, j’aime Faith No More, où tu as dix chansons qui sont vraiment différentes et qui partent un peu dans tous les sens. Il faut quand même un liant, et pour le coup, nous l’avons trouvé avec Archie Wilson, le chanteur, et ça nous a permis de faire exactement ce que nous voulions, car comme sa voix est vraiment forte, c’est l’ingrédient qui a fait que nous pouvions partir par-ci, par-là et que ça reste quand même un tout très organique et fusionnel. Même si ça part un peu dans tous les sens, pour moi ça a du sens.

« Quand je l’analyse, je me dis : ‘Tiens, ce passage, ça fait un peu Pantera sur l’album Power Metal ; ça, ça fait Whitesnake ; ça, ça fait Alice Cooper…’ Mais je suis content, j’en suis fier, et je le revendique. »

Tu disais que tu ne voulais pas de power metal, mais « Vanguard » reste quand même assez speed, c’est peut-être le seul qui a un lien avec ce que tu as pu faire avec Dragonforce…

Et qui l’a composé ? C’est Saki ! Elle voulait un morceau speed, je lui ai dit : « Oui, effectivement, ça serait bien. On n’en a pas des masses, c’est assez mid-tempo, je te laisse t’en charger. » C’était même déjà son titre de travail. Elle m’avait envoyé ça avant, ça s’appelait « Vanguard », et il y avait le riff. Nous avons un peu retravaillé, nous avons ajouté certains passages un peu plus lourds, mais essentiellement, la compo vient d’elle, et certes, c’est le seul truc qui part un peu vers Dragonforce.

A contrario, « Bringing Me Down » a un côté très groovy, presque funky, et c’est assez différent de ce que l’on a pu connaître de toi.

Oui. C’était ce que j’envisageais dans le groupe. Je ne sais pas si ça concordait avec ce que j’écoutais précisément à ce moment-là, mais je voulais quelque chose de groovy, de sexy. Je pensais que c’était plus vers ça qu’il fallait que nous allions, plutôt que de faire du power metal, parce que j’en avais ma claque. Quand nous parlions, je lui disais que j’aimais bien les guitaristes qui ont une bonne main droite, comme le mec d’Extreme, par exemple. Il y a de ça, dans « Bringing Me Down ». Il y a aussi un peu de Disturbed, avec la voix d’Archie qui s’en rapproche. Il y a un groove. Et même les chœurs de l’après-refrain font très Winger, Extreme, avec un gros son… C’est le premier morceau sur lequel Archie a fait ses essais. À la base, quand nous parlions des musiciens qui allaient nous accompagner, il y avait des noms, et le label – avec qui nous discutions forcément, car ils ont leur mot à dire, vu que ce sont eux qui mettent de l’argent sur la table – disait : « Tiens, on pourrait demander à Mark de Dragonforce. » Saki aimait bien sa voix aussi, et moi, j’ai dit : « Oui, forcément, je le connais, donc je pense que ça peut être facile de bosser avec lui. » Mais plus nous avancions, plus je sentais la limitation arriver. Déjà, personnellement, je trouvais ça un peu trop proche de ce que j’étais en train de faire, même si je commençais déjà à ne plus trop vouloir le faire. Ca restait un peu trop proche de la maison, c’était un peu trop safe, et puis ce n’était pas ce que j’entendais vraiment dans ma tête. Donc nous avions nos morceaux, ça avançait, et puis il y avait toujours ce petit truc qui me gênait. Et en fait, un soir, allongé sur mon lit, à Tokyo, j’ai eu une révélation, j’ai fait : « Ah oui, putain, Archie ! Merde ! » Je lui ai envoyé le titre et je lui ai dit : « Est-ce que ça te dirait ? Nous sommes en train de faire ça, ce n’est pas encore défini pour qui va le faire au chant. Est-ce que tu pourrais essayer ? » Et il m’a renvoyé ça le lendemain. Nous avons écouté ça avec Saki et nous nous sommes dit : « Putain, ça y est, c’est ça, on l’a trouvé ! » C’était le truc qui nous manquait, parce que nous avions les morceaux, nous avions les mélodies de chant mais là, nous avions trouvé notre voix, la voix.

Comment l’as-tu rencontré, au départ ?

Nous avons des amis en commun, et comme je le dis toujours, étant musicien, je rencontre beaucoup de musiciens ! Il y en a qui sont sympas, il y en a qui sont doués, et lui avait les deux. Mais je ne rencontre pas toujours des musiciens en ayant quelque chose en tête, donc au moment où nous nous sommes rencontrés, c’était juste une rencontre chanceuse. Nous nous sommes présentés, j’ai écouté ce qu’il faisait, je me suis dit : « Putain, c’est cool, il est vraiment fort, ce mec ! » Et puis c’est tout. C’est resté quelque part derrière, et j’ai complètement oublié. Et là, ça m’est revenu d’un seul coup, et je remercie ma bonne étoile !

Il a un spectre vocal impressionnant, il est aussi convaincant en tant que chanteur de thrash que de heavy metal ou de metal mélodique, et a même eu un côté extrême à un moment donné. Sa polyvalence va bien avec la variété de vos morceaux…

Oui ! Et puis sans vouloir dire du mal de Mark, les chanteurs heavy sont un peu lyriques… J’ai déjà eu la discussion une paire de fois avec ma femme. Là, j’ai un T-shirt d’Iron Maiden, et elle, elle préfère les albums avec Paul Di’Anno, parce que c’est plus masculin. Et le fait d’en discuter avec elle de temps en temps, ça a aussi dû jouer. Je trouve qu’Archie a ça. Il peut monter très haut dans les aigus, mais ça reste masculin, et je trouve que ça colle à notre musique. Il a un large spectre, et c’est cool. Ça a des couilles, et ça rajoute de la patate à notre musique. Nous sommes super contents d’avoir Archie.

Est-ce que le côté mélodique d’Amahiru participe à un équilibre pour toi, par rapport à Sinsaenum, Loudblast et Kreator qui sont des groupes plus dans l’agression, voire extrêmes ?

Tout à fait. C’est exactement ça ! Quand j’étais dans Dragonforce, je faisais une partie de ce que j’aimais, même si, je le dis toujours, le power metal n’est pas mon style favori mais ça reste quand même du metal, et il y avait quand même des trucs cool, mais il me manquait justement ce côté agressif. Quand j’ai sorti Sinsaenum, c’est ce que j’ai expliqué aux gens : « Vous me connaissez d’une facette, et elle est honnête. Quand je suis sur scène et que j’ai le sourire parce que je fais du Dragonforce, c’est moi, mais il y a aussi ce penchant de musique sombre, agressive, dont j’ai besoin. » Et là, la balance s’est inversée. C’est-à-dire qu’avec Kreator, Sinsaenum et Loudblast… Boum ! Du coup, Amahiru tombe à point nommé pour remettre de l’équilibre, parce que c’est vraiment ce que j’aime dans le côté mélodique, et je me fais vraiment plaisir, et je vais vraiment où je veux. Donc oui, j’ai besoin de cette balance dans les deux cas. C’est exactement ce que tu as dit. Je suis content, j’ai maintenant une bonne balance, même si ça penche pas mal du côté obscur ! Mais c’est bien, je ne vais pas m’en plaindre. J’ai largement de quoi faire comme j’aime, donc je suis content.

« Avec Kreator, Sinsaenum et Loudblast… Boum ! Du coup, Amahiru tombe à point nommé pour remettre de l’équilibre, parce que c’est vraiment ce que j’aime dans le côté mélodique. »

J’imagine aussi qu’étant donné l’aspect polyvalent du projet en touchant à des styles assez divers, ça ouvre pas mal de perspectives pour l’avenir ?

Exactement ! Comme tu peux le dire, parce que si sur cet album-là, nous nous sommes permis de toucher à quelques styles différents, nous pouvons évoluer dans cette catégorie-là. Parce que jusque-là, nous avons de bonnes critiques, de bons retours, les gens semblent apprécier ça, donc je pense qu’ils vont intégrer le fait que nous puissions toucher à différents horizons et nous allons pouvoir nous permettre de faire ça. Pour moi, c’est tout bénef. Tout ce qui est mélodique, je vais pouvoir me donner à fond là-dedans. C’est pour ça que quand on me demande si je suis vraiment motivé par le truc, si c’est juste pour un album… Non, j’en ai envie et j’en ai besoin pour mon équilibre musical. Mais effectivement, nous allons pouvoir nous faire plaisir.

L’album a une dimension instrumentale avec plusieurs instrumentaux qui peuvent rappeler certains groupes de metal progressif des années 90, qui ont eu notamment un grand succès en Asie. Dirais-tu que c’est plutôt Saki qui a amené cet aspect-là à Amahiru ?

Non. Là tu fais référence à deux morceaux qui sont « Ninja No Tamashii » et « Waves ». « Waves », c’est Saki qui a commencé le morceau, mais comme je te disais, c’était un lendemain de cuite… Donc celui-là était cool. J’avais dans l’idée de pouvoir faire quelque chose avec des sons actuels de synthé, mais j’avais également commencé à dire à Coen Janssen comme quoi je voulais de l’orgue Hammond, du mellotron, des sons un peu 70’s, pour que l’album ait un cachet et que ça représente tout ce que j’aime, car j’aime beaucoup la musique des années 1970. Donc pour Waves, c’était parti là-dedans. Et quant à Nina No Tamashii, c’est la première mélodie que j’ai eue pour Amahiru. Je partais en vacances avec ma femme, nous montions dans le train, et j’ai eu cette mélodie dans ma tête. Je suis sorti du train, j’ai dit : « Attends deux secondes ! » Nous étions encore à quai, j’ai pris mon téléphone, et j’ai enregistré la mélodie, qui ressemble un peu à ça, et qui faisait un peu asiatique, pour le coup. Et comme Saki et moi jouons tous les deux de la guitare et que nous aimons ça, nous nous étions dit qu’il faudrait qu’il y ait un instrumental ou deux. Mais pas trop. Il n’y a pas besoin d’en bourrer l’album. Je pense que là, on a le bon ratio. On a « Ninja No Tamashii » qui est longue, qui est un peu prog effectivement, qui me fait penser à du Satriani avec un peu de Death et de Symphony X, vite fait, et on a « Waves », qui est plutôt calme. Mais il n’y a pas besoin d’en mettre cinq mille sur l’album non plus.

Il y a aussi « Zombi », le morceau bonus…

Oui, je parlais de nos compositions. Avec « Zombi », ça fait trois instrus, c’est exact. C’est une reprise de « Goblin », car nous avons en commun la passion des films d’horreur. Comme je l’ai toujours fait dans les reprises que je faisais avec Dragonforce… Quand nous avions repris « Evil Dead » de Death, à la fin il y avait un bout de « Without Judgement », qui est sur l’album Symbolic ; quand nous avions repris « Gloria » de Ziggy, un groupe japonais, j’avais mis le bout d’un autre morceau à la fin… Donc là, pour « Zombi », de Goblin, les solos se font sur le morceau « Tenebre », de Goblin aussi. Ça, c’est pour ceux qui connaissent un peu. Ce sont deux reprises en une.

Le projet compte également Mike Heller, Coen Janssen, ainsi que des apparitions de quelques invités tels que Elize Ryd ou encore Sean Reinert. Étant donné le mélange d’influences qui s’opère sur ce disque, est-ce que le processus de recrutement à été différent de celui pour un groupe plus « traditionnel » ?

Non, pas vraiment. Pour moi, en tout cas, la manière dont ça fonctionne toujours, c’est qu’il y a une connexion amicale avec les personnes avant. Ce n’est pas juste Saki et Fred qui contactent des gens, qui sont été très bons, au demeurant, mais avec qui je n’ai pas de connexion, genre : « Tiens, un tel, je vais utiliser ton nom, voilà tant de sous pour toi, renvoie-moi les parties de batterie. » Là, le but du jeu était de profiter de mon réseau et surtout de le faire avec des gens avec qui je m’entends bien. Nous avons tourné avec Epica, avec Dragonforce, et Coen est un super type, donc c’était cool de bosser avec lui. À la base, c’était censé être Sean Reinert qui devait faire la batterie, parce que nous avions tourné avec Cynic en 2007 avec Dragonforce, et ça faisait des années que nous voulions faire quelque chose ensemble. Nous nous écrivions de temps en temps : « Alors, on le fait ce groupe de jazz ? » Nous ne voulions pas faire un groupe de metal, à la base. Nous voulions faire un truc de jazz fusion. Et là, au moment de faire ça, je me suis dit : « Tiens, pourquoi on ne demande pas à Sean ? » En plus, ce que j’avais en tête était aux antipodes de là où les gens allaient l’attendre, parce qu’il était justement très technique. Du coup, il avait adoré l’idée.

L’album devait être mixé par Jens fin-juin, nous avions un timing un peu serré, donc quand j’étais au Japon en train de bosser avec Saki, pendant que nous finissions nos démos pour avoir les versions définitives des morceaux, je commençais à les envoyer à Sean. Je lui disais : « Tiens, ces trois morceaux-là, ce sont des versions finales, ça ne bougera pas. Tu peux déjà commencer à faire la batterie, comme ça, moi, quand je rentre en France, je peux faire mes guitares sur ta batterie. » Le problème, c’est qu’à cette période-là, il était en train de déménager, donc il fallait qu’il bouge son studio, etc. Je voyais qu’il mettait un peu de temps, ça tiquait un peu. Il a fait un morceau, il me l’a envoyé. En plus, ça nous permettait de tester avec Jens Bogren au niveau du son, pour qu’il puisse voir avec lui pour placer les micros différemment, etc. Tout concorde, on a « Bringing Me Down », c’est super. Après, je reçois un message de Sean qui me dit : « Je suis désolé, ça ne va pas le faire. Avec le timing que vous me donnez et ce qui se passe dans ma vie en ce moment, mon changement de maison… » Je viens de le faire il y a un mois, donc je comprends exactement ce qu’il voulait dire, c’est super stressant ! [Rires] Du coup, nous nous sommes retrouvés comme ça, sans batteur.

« Quand on me demande si je suis vraiment motivé par le truc, si c’est juste pour un album… Non, j’en ai envie et j’en ai besoin pour mon équilibre musical. »

Je me souviens être rentré en France et être sur mon lit à me dire : « Merde. Qui je vais pouvoir appeler ? Là, je suis vraiment dans la merde, il vient de nous claquer dans les doigts. » Et en fait, j’avais rencontré Mike, que je connaissais depuis quelque temps, mais je l’avais vu à Tokyo parce qu’il jouait avec Raven. Nous nous étions remis en contact et nous avons passé la soirée ensemble à écouter du Memento Mori dans un bar, et à se dire : « Tiens, si un jour tu as besoin d’un truc… » Encore une fois, comme pour Archie, je me suis dit : « Ah oui, putain, génial, Mike ! » Je lui ai envoyé un message en lui demandant ce qu’il faisait dans les deux prochaines semaines. Il m’a dit : « Là, je suis en train de terminer un album et après, j’ai un peu de temps ! » Je lui ai dit : « Écoute, super, il faut que tu remplaces Sean, est-ce que ça te dit ? » Ca s’est fait comme ça. Il a fait un super boulot, évidemment.

Pour terminer sur Sean, il m’avait dit : « Le morceau que j’ai fait, je vous le laisse, si vous voulez en faire quelque chose. » Donc je l’ai pris, en lui disant que nous pourrions faire deux versions du morceau et que ça nous ferait un bonus en plus. Malheureusement, entre-temps, avant que l’album ne sorte, il est décédé. Nous étions toujours censés avoir ce morceau-là en bonus mais l’idée ne me plaisait plus. Je n’avais pas envie que ça soit un bonus avec lui. Je voulais qu’il soit sur l’album, sur toutes les versions. Nous avions estimé, quand nous avions mixé l’album – car il était déjà mixé – que la version principale était celle avec Mike, c’était celle où il y avait le plus d’arrangements, avec les chœurs, etc. mais comme ça me tenait à cœur d’avoir Sean sur l’album, j’ai contacté son mari, pour savoir si nous pouvions utiliser le morceau et le mettre sur l’album. Il m’a répondu en lui disant que Sean lui parlait toujours de moi avec respect et qu’il en aurait été content. C’est comme ça que l’album lui est dédié et que nous avons mis les deux versions. Comme ça, les gens peuvent entendre les deux versions, et Sean est avec nous sur l’album.

Concernant Elize Ryd, c’est pareil, je la connais depuis très longtemps. Je sais que Saki est fan d’Amaranthe. Quand je suis allé trois semaines à Tokyo, Amaranthe jouait au Download Festival. Je suis allé les voir, je suis arrivé trop tard, donc je n’ai pas vu leur concert, mais je les ai vus après, nous avons bu quelques verres, discuté, etc. J’ai dit à Elize ce que je faisais, pourquoi j’étais au Japon, mais je n’ai pas fait A plus B dans ma tête. Nous avons rigolé, « haha, crêpe au fromage, youpi, au revoir ». Le lendemain, j’en parle à Saki, elle me dit : « Ah, génial, c’est vrai que j’aime bien Amaranthe ! » Et puis je me suis dit : « Mais en fait, c’est con, j’aurais dû lui demander. » Donc je lui ai renvoyé un message pour savoir si ça lui disait. Je lui ai demandé de chanter sur le morceau « Lucky Star » et je ne regrette pas, car je trouve qu’elle a fait un travail génial. Je savais qu’elle chantait bien, mais quand j’ai écouté ce qu’elle m’a renvoyé un retour, j’étais sur le cul. Et je le suis encore ! Quand j’écoute le morceau, je trouve que ce qu’elle a fait, c’est super. Comme je disais, il y a aussi le joueur de shakuhachi, que Saki a contacté. Il est très connu, il a soixante-dix ans, et c’est super cool qu’il ait accepté de jouer sur notre album, sur un morceau de ninjas, je trouve ça génial ! [Rires] C’est vraiment cool ! Nous avons une belle brochette de personnes sur l’album.

Pour revenir à Sean, c’est peut-être un de ses derniers enregistrements, non ?

C’est fort possible. Je ne sais pas ce qu’il a fait entre-temps. Je crois qu’il avait un autre groupe. Il avait posté quelque chose… Mais je ne suis pas sûr. Ça m’a touché, quand j’ai appris sa mort, parce que nous avions perdu le contact. Nous l’avions beaucoup quand nous faisions l’album et après, nous nous sommes renvoyé un truc qui n’avait rien à voir, pour déconner. A chaque fois que nous nous parlions, nous commencions nos e-mails par : « Tadada », par rapport au début du morceau « Secret Face » de Death, sur l’album Human. C’était notre blague à tous les deux ! Donc nous nous écrivions de temps en temps, mais ça n’avait rien à voir. C’est fort probable que ça soit l’un de ses derniers enregistrements. Je n’ai pas fait de recherche pour spéculer là-dessus, mais oui, je pense que c’est arrivé assez vite après. Il s’est peut-être passé six ou huit mois entre l’enregistrement et son décès.

Tu as parlé du shakuhachi. Est-ce que ça représente un défi particulier d’insérer ce genre d’instrument dans le metal ?

Pas un défi, mais disons que ça rajoute une véritable couleur. Je me souviens que quand nous avions enregistré l’album The Power Within avec Dragonforce, le morceau « Seasons » que j’avais composé, je voulais à la base qu’il y ait une intro au koto, que j’avais écrite, parce que j’ai toujours été fasciné par le Japon, et là, c’était la première fois que je composais vraiment un morceau qui allait finir sur l’album, puisque le premier que j’avais composé, ils me l’avaient foutu en bonus japonais, justement ! Je crois que j’avais une petite copine japonaise à l’époque, donc j’étais très Japon ! Et je voulais avoir une intro avec du koto. Je me souviens que nous avions essayé de trouver quelqu’un. Tu peux émuler plein de choses avec la technologie, de nos jours, et il y a des sons, sur l’album, qui ont été faits par Coen, parce qu’il avait une banque de données, il y a plein de sons qui sonnent asiatique, la plupart finalement, et ça vient d’un ordinateur, ça vient des synthés de Coen. « Ninja No Tamashii », c’est la traduction directe de Ninja Spirit – donc l’esprit du ninja – et Ninja Spirit est un jeu auquel j’ai joué quand j’étais plus jeune sur borne d’arcade et sur NEC. Je voyais la scène, j’imaginais un ninja qui court dans la brume, etc. Je me disais : « Putain, il faudrait quelqu’un qui le joue, ça rendrait mieux ! Tant qu’à faire, si on peut, ça rendra mieux ! » Ca s’est fait comme ça. Donc ce n’est pas un challenge, c’est vraiment : quitte à faire quelque chose, autant le faire bien, et si nous en avons la possibilité, autant sauter sur l’occasion ! Ce n’est pas tant un défi. C’est comme pour Dimmu Borgir qui faisait des orchestrations avec des synthés, finalement ils ont eu les moyens d’avoir à disposition des orchestres, donc autant prendre des orchestres plutôt qu’un synthé. Là, c’est la même chose.

« Quand je suis allé au Japon, c’était en février-mars 2020. […] Il y avait le coronavirus, donc tout le monde avait des masques mais ça ne changeait pas trop de d’habitude, mais surtout il n’y avait plus de papier toilette, c’était bizarre ! »

Concrètement, qui est considéré comme membre permanent du groupe, pour une éventuelle tournée et une suite de carrière ?

C’est toujours délicat, et ce n’est pas évident de répondre. Effectivement, à la base, c’est comme ça que c’est présenté, sur les photos, c’est Saki et moi, mais par exemple, nous ne nous imaginons pas du tout faire quoi que ce soit sans Archie. Ce n’est pas possible. Et je pense que quand tu écoutes l’album, [tu ne peux pas faire abstraction de sa voix]. Ça, déjà, c’est clair. Coen est très occupé avec Epica, donc nous savons que c’est un peu plus complexe si nous devons faire des concerts avec lui. Il faudra sûrement nous en passer. Néanmoins, Coen, il y a quelques semaines, m’a envoyé des morceaux et m’a dit : « Tiens, pour le deuxième album, j’ai déjà des idées ! », alors que pour le premier, il n’avait pas composé, il avait juste fait ses arrangements. Là, il propose des morceaux, donc ça veut dire qu’il a passé un bon moment ! Mike c’est pareil, il est aux États-Unis, il est avec Raven, là il vient de se remettre avec Fear Factory, donc c’est pareil, il est très occupé, mais avec Mike, nous nous sommes très bien entendus aussi. Nous nous adorons, donc si nous devons faire un deuxième album, c’est à lui que j’en parlerai en premier.

J’espère juste qu’il ne me fera pas chier avec sa cloche… [Rires] Parce que j’avais dit ça en rigolant, comme quoi il fallait qu’il mette de la cloche et du coup, il en a foutu une paire de fois ! D’ailleurs, sur le passage de « Ninja No Tamashii », là où il y a le shakuhachi, il avait enregistré une version où, au lieu que ça soit sur la ride ou le charley comme c’est sur l’album, il avait tout fait à la cloche, et c’était naze ! Et il gueulait en disant : « Mais non, la partie avec la cloche, c’était ce qu’il y avait de mieux ! » Je lui disais : « Mais non, ça ne va pas du tout avec l’esprit du ninja ! » Tu vois un ninja qui court dans la brume, avec une vieille cloche comme ça… Mais bref, en tout cas, je pense que si nous le pouvons, en tout cas sur album, ça sera la même équipe, et en live, il est indéniable que ça ne peut pas se faire sans Saki, sans Archie et sans moi. C’est ça pour le moment. Du coup, quand les gens entendent ça, ils se disent : « Bon, finalement, c’est un projet », alors que non, ce n’est pas comme ça que je l’entends ou que je souhaite le définir. Je ne veux pas que les gens prennent le mauvais côté du mot « projet » ou du mot « groupe ». C’est une bande d’amis musiciens qui se retrouvent qui font pour le mieux. En tout cas, Saki, Archie et moi, c’est le noyau dur, en tout cas au niveau du son.

J’imagine que surtout dans les circonstances actuelles, vous n’avez pas encore réfléchi pour le live…

Non. Quand je suis allé au Japon, c’était en février-mars 2020. Du coup, ça commençait. Il n’y avait plus de papier toilette au Japon ! [Rires] Je me souviens que j’ai appelé ma femme pour lui dire. Il y avait le coronavirus, donc tout le monde avait des masques mais ça ne changeait pas trop de d’habitude, mais surtout il n’y avait plus de papier toilette, c’était bizarre ! Et puis ils commençaient à fermer des concerts. J’ai dû voir mes derniers concerts là-bas. Je suis allé voir Saki qui jouait avec son groupe Nemophila, c’était l’un de leurs premiers concerts. J’y étais allé avec mon masque. Quelques jours après, un festival était annulé, le Download allait être annulé… Mais je ne pensais pas que ça durerait aussi longtemps. On ne savait pas trop. Je me souviens être allé manger avec Saki et son père, nous sommes allés boire des coups après, c’était une super soirée. Avec Saki, nous nous disions que nous pourrions faire des concerts pendant l’été. Nous parlions justement du fait que si c’était difficile de réunir tout le monde, comme on vient de dire, vu que l’album venait de sortir et que nous n’étions pas connus, nous aurions pu faire un set acoustique, par exemple. Je lui avais dit : « Tu viens en France, Archie vient aussi, et on va faire des concerts comme ça pour la sortie de l’album. » Nous voulions le sortir pour l’été, ça collait bien avec l’ambiance de l’album. Je devais aussi faire des concerts avec Loudblast, avec Kreator, c’était en pourparlers. Donc nous étions en train de voir comment ça allait se passer, comment nous allions arranger notre été, ça aurait pu être cool. Et puis… Voilà ! [Rires] Le coronavirus est arrivé, donc je ne sais pas ! Je ne peux pas vous dire grand-chose, mon cher Monsieur !

C’est juste que là, pour le moment, je défends un album qui a été enregistré il y a un an. Nous sommes toujours enthousiastes et c’est super cool. En tout cas, moi, je suis vraiment content qu’il sorte enfin. Je ne me lasse pas de l’écouter, donc c’est une bonne chose. J’aurais pu passer à autre chose depuis un an, mais non, j’ai toujours la même excitation quand j’en parle. Comme tous les musiciens avec lesquels tu as dû discuter ces derniers temps, je vais en profiter pour composer, parce que cette situation me donne envie de composer de la musique… [Rires] De toute façon, il n’y a pas grand-chose à faire de plus. Je fais ça, j’occupe mon temps. J’ai mes autres groupes, j’ai passé l’été sur Kreator, nous avons bossé sur nos morceaux, donc nous allons faire un petit break. L’album de Loudblast va sortir aussi. Donc maintenant, il faut que je m’occupe de Sinsaenum, et après, je reprendrai les choses avec Amahiru. On fait un peu comme on peut.

« Le jour de la cérémonie de la crémation de mon père, c’était le jour où il y avait la sortie du clip d’Amahiru et celui de Loublast. Je me suis dit : ‘Putain, je ne sais pas si c’est un signe, mais en tout cas, c’est une sacrée ironie du sort, c’est vachement dur !’ Et puis je me suis dit que finalement, c’était une célébration de la vie et il était le premier à me pousser à faire de la musique, donc c’était bien et ça me donnait une autre perspective sur tout ça. »

C’est toi qui as trouvé le nom Amahiru dans un rêve. Dans ce rêve, on te demandait de signer un contrat pour un groupe appelé Amahiru, avec le chiffre 13 qui apparaissait à plusieurs reprises sur le contrat. Au réveil, en cherchant sur internet, tu as trouvé que Hamahiru, avec un H, en basque, signifiait… Treize !

Oui, j’ai trouvé ça trop bizarre ! C’était Amahil, avec un L. Je signais ça pour le 13 septembre. C’était louche et c’était vraiment insistant. Je me suis réveillé comme ça, en réfléchissant : « Amahil. Ça voudrait dire que si c’était prononcé à la japonaise, puisque ça ne se termine jamais avec des consonnes mais avec des syllabaires, ça ferait Amahiru. » C’est comme ça que j’ai commencé ma recherche. J’ai demandé à Saki si ça voulait dire quelque chose et elle m’a dit que non, mais je trouvais que ça sonnait bien. C’est là que je me suis rendu compte qu’avec un H, effectivement, ça voulait dire « treize », en basque. Je ne parle absolument pas basque, je suis ardennais, moi ! Du coup, j’ai fait : « Waouh, la vache ! On va le garder celui-là ! » Je crois que ça peut vouloir dire quelque chose en japonais, Saki m’avait expliqué, mais je ne m’en suis pas souvenu, donc ce n’était pas si super que ça. C’est un truc avec midi… Je ne sais plus. Mais ça a une sonorité intéressante. J’ai dit que ça n’existait pas, mais je crois qu’il y a un groupe, genre de polyphonie corse ou un truc comme ça, qui s’appelle pareil, je crois… [Rires] Je pensais avoir eu encore une fois un don du ciel, mais non. Il y a déjà un groupe qui s’appelle Amahiru, mais qui ne fait pas le même style que nous, donc on est bons.

Tu crois à la destinée ou aux manifestations mystiques ?

Quand j’étais plus jeune, oui ! J’aimais l’occulte et tout ça. Là, maintenant, moins. C’est marrant que tu dises ça, car j’ai perdu mon père il y a trois semaines. Je suis assez cartésien, je ne crois en rien, mais depuis, quand je vois des animaux, je me dis : « Est-ce qu’il y a une réincarnation ? Est-ce que ce n’est pas lui ? » Tu te raccroches à des choses comme ça. Il y a une part de moi qui veut toujours y croire quelque part, je pense. Je crois qu’il y a un peu de ça. C’est quelque chose qui me fascine, en tout cas. Mais je suis quand même relativement cartésien. Les signes, je ne sais pas. Je ne veux pas être morbide, mais le jour de la cérémonie de la crémation de mon père, c’était le jour où il y avait la sortie du clip d’Amahiru, « WTTP », « Welcome To The Party », et celui de Loublast. Je me suis dit : « Putain, je ne sais pas si c’est un signe, mais en tout cas, c’est une sacrée ironie du sort, c’est vachement dur ! » Et puis je me suis dit que finalement, c’était une célébration de la vie et il était le premier à me pousser à faire de la musique, donc c’était bien et ça me donnait une autre perspective sur tout ça. Donc les signes, je ne sais pas. Je viens de t’en donner quelques-uns, on peut les interpréter. Je pense qu’il faut pouvoir s’en servir pour en faire quelque chose de positif.

La police d’écriture d’Amahiru est telle qu’il y a une symétrie dans le visuel. Que représente cette symétrie pour vous ? Est-ce qu’il y a une symbolique par rapport au duo que tu formes avec Saki, ou c’est juste de l’esthétique ?

Ah non ! C’est très intéressant, mais non, c’est totalement esthétique. J’ai demandé à mon ami Philippe Eude qui s’est occupé du logo de Sinsaenum, qui travaille très bien et qui est dans la pub. Il s’y connaît et il adore les logos de metal. Nous avons tous les mêmes références, Metallica, Megadeth… Je lui ai un peu laissé carte blanche, enfin, je lui ai expliqué ce qu’était le groupe, je lui ai dit que je voyais quelque chose un peu comme tous les néons qui sont écrits en katakana quand tu es à Tokyo. Tu as ces trucs écrits comme ça, ça fait un peu Blade Runner, un peu futuriste… Je voulais un peu retrouver ce côté asiatique dans les courbes. C’est lui qui a eu l’idée de la symétrie, mais elle ne m’a pas choqué puisque, encore une fois, c’est quelque chose qu’on retrouve sur d’autres visuels et logos dans le milieu du metal. Mais non, pour le coup, il n’y avait pas d’interprétation à y voir, mais elle est bien, je vais te la piquer, je m’en resservirai ! [Rires]

Dans les musiciens de metal et de musique extrême français, il y en a au moins un autre qui affiche une certaine passion pour le Japon, c’est Rise Of The Northstar. Est-ce que tu te sens proche d’eux et de leur passion du Japon ou est-ce qu’au contraire, tu as une vision différente d’eux de ce pays ?

À dire vrai, je ne les connais pas. J’ai écouté quelques morceaux, mais ce n’est pas trop mon kiff. Je les trouve un peu à part dans toute la bande de musiciens français que je peux connaître, je n’ai jamais eu l’occasion de traîner avec eux. Je ne dis pas que ce sont des méchants ou des sales types. C’est juste que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de discuter avec eux de tout ça. Bon, forcément, le nom du groupe, je vois bien d’où vient la référence. Je vois bien aussi que leur logo fait Akira, parce que j’en ai même parlé à Saki pour le logo d’Amahiru. J’avais cette idée et après, je me suis dit : « Je suis bête, il y a déjà Rise Of The Northstar ! » Et Mirai [Kawashima] qui travaille avec le label japonais, il connaissait, et il m’a dit : « Ah oui, effectivement, ils l’ont aussi. » C’est Mirai qui joue dans le groupe de black metal des années 1990 Sigh et qui, d’ailleurs, apparaît aussi sur le premier album de Sinsaenum… C’est une petite famille, tout ça ! [Rires] Mais bref, je n’ai pas eu l’occasion d’en discuter avec eux, donc je serais bien incapable de te répondre. Après, voilà, s’ils aiment Ken le Survivant, moi aussi… [Rires] Si jamais ils entendent ça, ils peuvent me joindre pour aller au Japon.

« Il y en a quand même qui m’attendent au tournant et il y en a sûrement qui se disent que je suis le mec qui jouait du power metal avant, que ça va changer… Ceux-là, j’ai envie de les faire taire. J’ai envie que ça soit un album, pas le meilleur de Kreator, mais… Enfin si, il faut que ça soit le meilleur ! [Rires] »

Ça fait un peu plus d’un an que tu as rejoint Kreator, et la dernière fois qu’on s’est parlé, c’était juste au moment de l’officialisation. Comment a été cette première année au sein du groupe ?

Super, vraiment ! C’était cool, je connaissais mieux Mille [Petrozza] que les deux autres, mais nous nous étions tous déjà rencontrés sur plusieurs festivals. C’était vraiment Mille que je connaissais le mieux. Donc les deux premiers concerts au Chili, forcément, j’étais un peu nerveux, parce que je voulais bien faire, et puis je ne savais pas comment ça allait se passer. C’était un peu le premier jour de rentrée, avec le petit nouveau dans la classe… Et en fait, je me suis senti tout de suite à l’aise. C’était super. Nous sommes allés faire la fête ensemble la veille d’aller au Chili avec Sami [Yli-Sirniö] et Ventor [Jürgen Reil] chez Grave Violator [Josef Dominic], le premier guitariste de Sodom… Et puis c’était parti ! Comme si nous nous connaissions depuis toujours, vraiment cool. Sur scène, c’est là que c’était un peu plus dur, parce qu’il fallait vraiment que je trouve mes marques. Eux ont des habitudes, car forcément, tu as des rouages, au bout de vingt ans ensemble avec Sami. Parfois, je m’avançais, alors Mille venait… J’étais un peu stressé, mais ça s’est très bien passé.

Le deuxième concert, c’était avec Anthrax, Slayer et Pentagram, il y avait seize mille, vingt mille, vingt-cinq mille personnes, je ne sais plus… Enfin, il y avait du monde ! C’était le deuxième jour, donc là, j’étais comme un poisson dans l’eau. J’ai fait quelques pains, j’en ai fait plus que la veille. Et après, malheureusement, la tournée que nous devions faire avec Lamb Of God et Power Trip a été annulée. Donc le seul live que nous avons fait, c’est le truc virtuel pour Wacken. C’était cool, le résultat est bien, je suis content de ce que ça donne visuellement, mais c’est vrai que j’aurais aimé profiter et en faire plus avec eux. A la place, ce que nous avons fait, c’est que cet été, nous avons bossé sur les titres du prochain album, ce qui était de toute façon prévu, puisque c’était censé être une année relativement off pour le groupe. Mis à part quelques dates que nous aurions pu éventuellement faire en été et un truc au Mexique, 2020 était une année de travail sur l’album. Finalement, ça n’a pas trop changé nos plans. C’est pour ça que nous ne souffrons pas trop financièrement de tout ça, puisque la chance a fait que c’était une année comme ça. Tu as des années où tu pars en tournée, et des années où tu dois bosser sur un album, donc tu ne fais rien. Là, pour nous, ça tombe comme ça. C’est bien, nous prenons encore plus notre temps.

Nous avons fait ça de juillet à octobre, en faisant deux semaines en Allemagne, deux semaines à la maison, puis deux semaines en Allemagne. Nous avons bossé sur trois morceaux pendant ces deux semaines, j’apporte mon grain de sel sur tout et c’est cool. Nous nous écoutons tous. Je pense que le fait d’avoir quelqu’un de nouveau, ça les motive, parce que c’est toujours comme ça. Du sang neuf, dans un groupe, c’est bien, et ce quelles que soient les raisons pour lesquelles ça n’a pas fonctionné avec l’ancien. Le fait qu’il y ait quelqu’un de nouveau, ça réinjecte du sang neuf. Moi, je suis motivé parce que je trouve ça cool, je suis super content de jouer avec Kreator, tout simplement. Il y a vraiment une super bonne énergie. Je ne devrais pas avoir le sourire, parce que c’est Kreator, c’est censé être un peu [méchant] [petits rires]. Mais le fait est que nous passons vraiment de bons moments. Nous sommes vraiment contents de ce que ça donne. La première session, je ne changeais pas trop les morceaux, Mille arrivait avec un truc et voilà. Là, sur les dernières sessions, nous avons vraiment une vitesse de croisière, une manière de travailler tous ensemble, j’ouvre plus ma gueule… C’est très cool.

Vous avez sorti en mars un single indépendant intitulé « 666 – World Divided ». Quelle est l’origine de ce morceau ?

C’est Mille qui l’a composé. Il nous avait envoyé la démo en janvier, que nous avions retravaillée ensemble, et puis nous sommes allés l’enregistrer à Berlin. Sa sortie coïncidait avec la tournée avec Lamb Of God, parce qu’il y a un vinyle qui est sorti, un 45 tours, avec un côté Lamb Of God et un côté Kreator. C’était le morceau que nous aurions joué sur scène. Ça permettait de relancer un peu le truc, puisque le dernier album, Gods Of Violence, est sorti en 2017. Ça permettait de sortir une chanson et de me présenter en tant que musicien. Nous avons fait le clip, etc.

La dernière fois, tu nous disais que personnellement, tu « voudrais revenir à quelque chose de plus primitif et violent » et que selon toi, c’était ce que Mille voulait aussi. Maintenant que vous avez pu avancer un peu plus là-dessus, est-ce que les nouveaux morceaux pour l’instant valident ta première impression ?

Oui, c’est quelque chose que nous voulons, c’est quelque chose dont nous parlons forcément, parce qu’il y a quelque chose de primitif, mais en même temps, les morceaux quand on arrive, on a envie de les travailler. Moi, je suis toujours très pointilleux sur tout ce qui est harmonie, etc., donc forcément, il faut faire attention à être juste, mais pas non plus trop, parce que tu veux garder ce côté primitif. Ce qui est sûr, c’est que nous voulons que le son soit moins clean que sur Gods Of Violence. Nous sommes d’accord, nous voulons un truc du genre Phantom Antichrist, Enemy Of God. Je pense que ça va dans ce sens. Ventor est souvent là à dire : « Pas trop d’orchestrations, cette fois ! » Là, c’est encore un petit peu tôt, mais je pense que nous allons tous dans la même direction. Je ne vais pas trop entrer dans les détails, il y a des morceaux avec des passages chiadés, mais il y a quand même un côté brutal. Il y a une introspection, le groupe existe depuis longtemps, moi j’ai mon regard de fan aussi, donc c’est normal de se poser beaucoup de questions. Parfois trop, parce que c’est toujours un petit peu dur. Je pense que c’est toujours d’actualité. Nous voulons faire quelque chose qui rentre dedans. Ça ne va pas non plus sonner comme Endless Pain, ça c’est sûr ! Il y a quand même la touche refrain mélodique, il y a beaucoup de morceaux qui gardent cette patte, mais le côté agressif est renforcé. Nous sommes contents de ce que nous avons pour le moment, c’est vraiment cool.

« Je ne vais pas refuser de jouer avec Loudblast, je ne vais pas refuser d’aller dans Kreator, je ne vais pas refuser d’avoir un groupe mélodique où je peux faire exactement ce que je veux et je ne vais pas arrêter de faire Sinsaenum qui est mon bébé. Donc je mène tout de front, il n’y a pas de burn-out, je ne deviens pas complètement fou. »

As-tu pu contribuer à des riffs ou des choses comme ça ?

Oui ! C’est quand même Mille qui vient avec la plupart des choses. En fait, je lui ai envoyé des riffs, et il m’a répondu de manière très juste que c’était cool, mais que lui était un parolier. Quand on parle de Judas Priest ou Manowar, par exemple, je vais prendre ma guitare, je vais faire tous les riffs, et ça l’impressionne, mais lui, par contre, il connaît toutes les paroles. C’était quelque chose que je ne savais pas avant. Donc voyant comment lui fonctionne, je me rends compte que c’est vrai que c’est tout un processus, car il faut qu’il ait les paroles pour pouvoir faire quelque chose. Finalement, ça veut dire que ça réduit mes chances d’apporter des choses et je l’accepte totalement. Mais une fois que les morceaux sont là et qu’il a le gros de la structure, il y a par exemple un morceau dont j’ai repris la bonne moitié musicalement parlant, donc c’est à ce moment-là que j’apporte des riffs. Mais je ne pense pas pouvoir apporter des riffs en partant de rien, parce que ce n’est pas comme ça que ça va fonctionner. Il faut d’abord que lui ait le truc avec les paroles, et moi, à partir de là, je peux rajouter autour. C’est ce que j’ai fait sur trois ou quatre morceaux et c’est cool, je suis très content.

On n’imagine pas forcément ça dans le thrash, le fait qu’il y ait cette association forte entre paroles et riffs…

J’étais vraiment surpris ! Mais ça a un sens. Au début, je me suis dit : « Il me dit ça parce qu’il n’aime pas mes riffs et qu’il essaie de trouver une feinte. » Ça aurait pu être le cas aussi, et ce n’est pas grave, je ne vais pas me mettre en boule et pleurer ! Le fait est que ça m’a impressionné, je vois bien qu’en fait, toutes les paroles – je disais Manowar ou Judas Priest parce que ce sont ceux qui me viennent en tête – il les connaît – il connaît toutes les paroles de tous les premiers albums de Manowar, c’est impressionnant ! – alors que moi, j’en suis incapable. Par contre, si tu me files une guitare… Ce sont deux manières de fonctionner différentes, mais c’est intéressant et je respecte ça totalement.

Quel est l’avancement de l’album ? Vous avez une deadline ?

Non. Nous posons des dates comme ça, mais la vérité, c’est que ça ne sert à rien de sortir un album s’il n’y a pas de tournée derrière. Donc nous prenons notre temps, et nous voyons. Là, nous sommes bons, nous sommes dans les temps. Nous avons onze morceaux. Là, nous prenons une petite pause. Moi, j’ai eu mes histoires, je suis rentré à la maison, mais nous avions prévu de faire une pause dans tous les cas. Là, je me remets doucement dedans. C’est bien, nous prenons un peu de recul. Nous allons voir, s’il faut en rajouter trois ou quatre… Nous voulons que l’album soit nickel. Eux, ce n’est pas leur premier album de Kreator mais pour moi, c’est super important, parce que même si je ne suis pas la pièce centrale du groupe, loin s’en faut, il y en a quand même qui m’attendent au tournant et il y en a sûrement qui se disent que je suis le mec qui jouait du power metal avant, que ça va changer… Ceux-là, j’ai envie de les faire taire. Et même pour moi ou pour les fans, j’ai envie que ça soit un album, pas le meilleur de Kreator, mais… Enfin si, il faut que ça soit le meilleur ! [Rires]

En parallèle, tu es aussi en train de composer le troisième album de Sinsaenum. Que peux-tu nous dire là-dessus ?

Là, je termine ce que j’ai à faire pour Kreator, et je vais m’y mettre. Avec les événements récents qui sont arrivés dans ma vie, je vais me servir de ça pour puiser ce qu’il faut. Ça va sûrement être influencé par ça. C’est une bonne chose, c’est cathartique, c’est bien. Et puis nous allons voir comment ça va se passer avec le line-up, nous verrons comment tout cela évolue. Mais j’ai déjà mes petites idées, et j’ai une dizaine de morceaux. C’est cool, il y a une évolution. Le premier album, c’était vraiment un tribut aux parrains du death metal. Je voulais faire l’album de death metal que je n’avais pas entendu depuis des années. Ça, c’est ce que j’ai fait. Repulsion For Humanity, c’était vraiment en colère, avec un côté Pantera, c’était marron, c’était sale, c’était beurk. Là, j’ai envie de faire un truc un peu plus poli – pas poli comme la politesse, poli comme polir – avec plus de mélodie au chant parfois, pour élargir les horizons et faire encore une évolution dans le parcours de Sinsaenum. Il y aura donc quelques petites surprises, mais ça restera quand même du death en grande majorité, énervé et méchant.

Tu as pu entendre ce que Stéphane a à proposer aussi de son côté pour ce prochain album ? Êtes-vous en phase à ce niveau ?

Il avait composé sur l’album d’avant. Il a composé pratiquement tout le Loudblast, donc je l’ai laissé tranquille. Je me suis dit qu’à un moment, ça allait être trop incestueux si je commençais à faire du Loudblast et que lui commençait à faire du Sinsaenum… Je pense qu’il faut que nous arrivions à garder nos identités. Pour le moment, le troisième album, ce que j’ai là, c’est ma pomme, tout seul. Je lui ai présenté les morceaux, je pense qu’il a des riffs aussi, mais pour le moment, nous n’en sommes pas encore là parce que je n’ai pas relancé la machine. Ça va arriver dans les prochaines semaines. Je vais faire du tri, puis je vais faire appel à lui en lui disant : « Bon, qu’est-ce que tu en penses ? » Je vais lui donner ma vision de la chose. Je pense que c’est mieux. Quand nous avons fait les premiers albums, et surtout le deuxième, il ne se passait rien dans Loudblast, donc c’était bien, il y avait une émulation, etc. mais comme là, la bête Loudblast est réveillée, et qu’il s’en est vraiment bien occupé et qu’il a encore des idées, ça m’a fait réaliser quelque part que c’était bien qu’il se concentre là-dessus et que moi, je me garde Sinsaenum. C’est pareil pour lui, je sais que quand il compose des choses, il faut ranger ça dans des petits compartiments. On va voir. Pour le moment, ce que j’ai moi, ce sont juste mes morceaux.

« Ça ne veut pas dire que j’accepte tout. Je ne vais pas faire un album de zouk avec Mimie Mathy parce qu’elle me le propose… Encore que, ça pourrait être intéressant ! »

Attention, je ne dis pas que la porte est fermée, ce n’est pas le cas. C’est juste que nous ne sommes pas encore allés jusque-là dans la conversation, car encore une fois, il était vraiment très occupé avec Loudblast, et c’est normal. Moi, avant, j’ai eu Amahiru, j’ai eu le DragonForce – parce que j’ai quand même travaillé dessus, même si je voulais me barrer – et puis il y a eu Kreator. Dans Sinsaenum, comme nous avons aussi eu des années où nous avons vraiment bossé dessus, jusqu’à la préparation de la tournée où nous sommes partis de France et avons atterri jusqu’en Nouvelle-Zélande, ça m’a usé. Je me suis donné à fond pendant trois ou quatre ans dans Sinsaenum, donc là, il fallait faire un break. Puis j’ai recomposé, j’ai fait tout ça. Et là, nous allons reprendre. Pour l’instant, je lui ai juste envoyé ce que j’avais fait, il m’a dit que c’était cool, et je lui ai dit : « T’inquiète, on aura le temps d’en reparler plus tard » et le plus tard arrive bientôt.

Penses-tu que vous allez continuer à cloisonner tout ça ? Je pense surtout à Loudblast, où, mis à part deux titres, il avait composé la totalité du dernier album. Penses-tu qu’à l’avenir, tu pourras davantage t’impliquer dans la composition de Loudblast ?

Là, j’étais le premier à lui dire que j’avais envie de le laisser faire. Parce que sur les albums précédents, il y avait beaucoup de contributions d’Alex Lenormand et de Drakhian, donc c’était bien, mais je ne m’y retrouvais plus. En tant que fan de Loudblast de la première heure, je disais à Stéphane : « Moi, en fait, ce sont tes morceaux que j’ai envie d’entendre. Quand j’écoute ou que je joue du Loudblast, j’ai envie d’entendre tes trucs ! Les Disincarnate, les Sublime Dementia… » Finalement, c’est un peu ce qu’il s’est passé. Je ne dis pas que c’est grâce à moi, ce n’est pas ce que je suis en train de dire du tout. En tout cas, c’était vers ça que je le poussais. Quelque part, je n’avais pas envie d’interférer plus que ça. Je trouve que c’est bien que cet album soit essentiellement composé par Stéphane. Il y a Jérôme qui a composé quelques trucs et forcément, il y a eu des arrangements de tout le monde, mais je trouve que c’est très bien que ça redevienne la bête de Stéphane.

Tu travailles donc sur des albums de Sinsaenum et de Kreator en parallèle, tu sors de nouveaux albums avec Loudblast et Amahiru. Tu as toujours été bien occupé, mais on dirait que tu ne l’as jamais été autant que ces derniers temps : est-ce que tu t’y retrouves ?

Oui, ce n’est pas très compliqué ! C’est juste que des fois, il n’y a pas assez d’heures dans une journée, et qu’il n’y a pas que ça dans la vie, mais je m’y retrouve. Pour le moment, je ne me mélange pas, parce que ça reste quand même des chemins assez distincts. Je me rends bien compte qu’il y a des gens qui doivent trouver ça bizarre et qui se disent : « Ben dis donc, il n’arrête pas, lui ! Il ne fait que ça ! » Mais je suis à un moment de ma vie où j’ai toutes ces choses-là, toutes ces opportunités qui s’offrent à moi, et puis il est hors de question de les refuser ! Je ne vais pas refuser de jouer avec Loudblast, je ne vais pas refuser d’aller dans Kreator, je ne vais pas refuser d’avoir un groupe mélodique où je peux faire exactement ce que je veux et je ne vais pas arrêter de faire Sinsaenum qui est mon bébé. Donc je mène tout de front, il n’y a pas de burn-out, je ne deviens pas complètement fou. C’est tout à fait gérable. C’est juste qu’il faut s’en donner la peine. Mais, même si parfois je gueule, la musique reste une passion. J’ai de la chance de pouvoir le faire et de pouvoir gagner ma vie en faisant ça, et qu’il y ait des gens que ça intéresse. Tant qu’on voudra de moi et qu’on me proposera des choses, je le ferai. Ça ne veut pas dire que j’accepte tout. Je ne vais pas faire un album de zouk avec Mimie Mathy parce qu’elle me le propose… Encore que, ça pourrait être intéressant ! Je suis ami avec Flora Fishbach, donc ce n’est pas du tout du metal, ça ressemble plus à du Rita Mitsouko. Nous parlons ensemble du fait que je fasse des guitares sur son album ou quelque chose comme ça. La musique m’intéresse et c’est bien de ne pas se cantonner à un seul truc. Quand on me propose quelque chose et que c’est intéressant, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas. Finalement, je retire ce que je viens de dire, peut-être que je vais faire un album de zouk avec Mimie Mathy. Si elle lit ça, ça m’intéresse. Ça pourrait être très intéressant !

Interview réalisée par téléphone les 3 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Takumi Nakajima (2, 3, 4, 7).

Facebook officiel d’Amahiru : www.facebook.com/AmahiruOfficial

Acheter l’album Amahiru.



Laisser un commentaire

  • « Sans entrer dans le côté technique, si tu fais ça [il joue une mélodie à la guitare], pour nous, on se dit : « Voilà, c’est oriental. » »

    Alors que la musique traditionnelle indonésienne, c’est plutôt ça [Il joue la même mélodie à la guitare]. Si ça sonne familier, ça ne l’est pas…

    [Reply]

  • « Amahil » écrit tel quel veut aussi dire quelque chose en basque qu’on peut traduire par « maman morte »

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3