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Interview   

Amaranthe assume son ADN


En termes de genre musical et de public, Amaranthe a un positionnement difficile, puisque le groupe allie la pop/eurodance et le metal. D’aucuns diraient même qu’il s’agit d’un choix antinomique sur le plan idéologique entre le metal qui, pour certains, cultive son anticonformisme et la pop qui, pour d’autres, fédère, voire rassure. La question d’assumer ce choix se pose donc naturellement. Et si la chanteuse Elyse Ryd se l’est posée, c’est avec fierté qu’elle affirme sa personnalité et sa différence. Elle fait aussi partie des rares artistes à assumer de s’inspirer des tendances du moment et à défendre ce positionnement artistique, comme celui d’opter pour une production plus digitale.

Plus qu’une interview d’actualité à propos du nouvel album Helix et du changement de line-up qui l’a accompagné, découvrez, par le biais de cette interview de celle qui aurait pu être chanteuse de Nightwish, une manière différente, mais finalement tout aussi authentique et passionnée, de penser la musique.

« Nous n’avons jamais eu peur d’essayer de nouvelles choses, de dépasser les limites, d’être sans limites, d’être expérimentaux et ouverts d’esprit. »

Radio Metal : Olof Mörck a déclaré que « sur les deux albums précédents, [vous] vouli[ez] quelque chose d’un peu plus sophistiqué […] mais pour cette fois, [vous] vouli[ez] faire quelque chose qui soit à cent pour cent Amaranthe ». Penses-tu que vous vous soyez trop éloignés auparavant de ce qu’est Amaranthe ?

Elize Ryd (chant) : Pas vraiment, car nous n’avons jamais eu peur d’essayer de nouvelles choses, de dépasser les limites, d’être sans limites, d’être expérimentaux et ouverts d’esprit. Ça a donc pris une grosse place dans notre développement. Depuis que nous avons commencé à écrire des choses pour le premier album de notre carrière, le son s’est construit à partir d’expériences diverses, et différents goûts musicaux, différents styles. Nous nous sommes rendu compte que nous avions créé quelque chose de vraiment unique. Bien sûr nous ne savions pas jusqu’où ça allait nous mener. Il s’est avéré que c’était devenu un projet que nous pouvions voir évoluer. Et puis, dès lors que nous avions démarré en tant qu’expérience, en quelque sorte, puisque ça n’avait pas été fait avant, la façon dont le son d’Amaranthe s’était construit, nous voulions voir jusqu’où nous pouvions l’emmener, et les directions que nous pouvions prendre. Nous écrivons toujours de la musique à partir de nos propres expériences, de l’humeur dans laquelle nous nous trouvons à un moment donné. J’adore Massive Addictive, je pense qu’il est très, très Amaranthe. L’album précédent, quant à lui, était plus expérimental, et je pense que c’est vraiment très important pour nous en tant que groupe, car ça a permis aux gens de constater que nous ne faisons pas encore et toujours la même chose. Ça peut créer un mix très intéressant si tu écoutes Spotify, par exemple, qui est très populaire en ce moment : il y a beaucoup de variations dans la musique.

En ce qui concerne Olof, si je peux parler pour lui, nous nous sommes assis et avons discuté de ce que nous devrions faire pour ce cinquième album. Et j’étais vraiment certaine que les riffs me manquaient beaucoup, déjà parce qu’il n’est pas un très bon… [Rires] Enfin, il n’est pas claviériste, si je puis dire. Il crée les backtracks, nous les choisissons ensemble, et nous les assemblons ensemble avec tous les sons, etc. Mais avant tout, c’est un guitariste, et je me suis dit : « Mais bien sûr, c’est sur ça qu’il devrait se concentrer le plus. » Et puis, nous essayons toujours de trouver les sons modernes, électroniques en arrière-plan. Nous voulions aussi que Morten [Løwe Sørensen] et son jeu incroyable puissent être mis en avant, et nous voulions qu’Henrik [Englund Wilhemsson] ait un peu plus de place. Tout ça est comparable aux deux premiers albums, peut-être : il y avait un peu plus de growls, de riffs bien lourds, avec plus de batterie, c’était un peu plus metal. Et l’accordage actuel est dément. Nous nous sommes donc demandé : « Comment démarrer ? Comment composions-nous des chansons il y a dix ans et comment avons-nous évolué depuis ? » Si nous pouvions essayer de trouver l’essence, l’ADN de notre musique, c’est l’Helix (référence à la structure en double hélice de l’ADN, NDLR), et c’est là où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons été très inspirés par la recherche de cet ingrédient de base et ce qui est le plus Amaranthe. J’imagine que c’est de ça qu’il parlait.

Comme les deux premiers albums, le groupe est sur l’artwork de Helix. Est-ce votre façon de dire que vous considérez Helix comme la véritable suite de The Nexus ?

Pour moi, à titre personnel, j’ai simplement pensé que c’était une chose assez unique et sympa d’avoir une photo du groupe sur la pochette de l’album. Quand il m’est apparu que bien sûr, nous devrions faire apparaître le groupe sur la pochette, c’est surtout que ces designs me manquaient, car ce sont mes préférés à l’évidence, et je pensais : « Voilà quelques années qu’on ne l’a pas fait, je pense qu’il est temps de le remettre au goût du jour. » Si j’avais le choix, je ne mettrais probablement jamais le logo sur une pochette d’album, je présenterais plutôt les artistes dans le groupe, car chacun est un artiste à part entière, donc… [Rires] Nous pouvons, en quelque sorte, porter l’artwork. Je sais que peu de groupes de metal se mettraient sur la jaquette de leur album. Et concernant une suite de The Nexus, peut-être un peu. Je ne le voyais pas comme ça mais peut-être. Je pense que ça vient simplement de nos goûts personnels et de l’envie de montrer que nous n’avions pas tellement changé [rires].

En tout et pour tout, l’album a été écrit et enregistré en à peu près quatre mois et demi. C’est plutôt court ! Etait-ce dû à des contraintes que vous aviez ou est-ce que vous vous étiez imposé de finir l’album rapidement ?

Oui, je sais que c’est complètement dingue. La raison pour laquelle nous l’avons fait en seulement quatre mois et demi, à peu près, du début de l’écriture à la fin de l’enregistrement, c’est que nous avions un planning de tournée très chargé l’année dernière. Bien sûr nous aurions pu commencer plus tôt si nous avions eu plus d’énergie, mais comme nous étions lessivés à cause de la tournée, nous en avions tous bien marre, beaucoup d’autres choses nous ont pompé notre énergie, nous n’écrivions pas vraiment sur la route ou quoi que ce soit de la sorte, ce que nous avions essayé par le passé. Nous nous sommes dit qu’il fallait peut-être attendre. Je suis allée en Finlande pour le concert de Noël, en décembre, et Olof a pris le temps de s’occuper de l’informatique, de mettre en place le matériel, de préparer l’enregistrement. Et puis je suis revenue de la tournée et nous avons effectivement eu une semaine de libre, ou quelque chose comme ça. Nous avons décidé : « OK, concentrons-nous sur l’écriture des chansons. Nous aurons moins de temps, mais si nous arrivons à écrire deux chansons par semaine, nous serons dans les temps pour entrer en studio » [rires]. Nous avons donc pris cette décision pour ne pas nous forcer à écrire alors que nous étions épuisés. Nous avons senti que ce serait peut-être mieux de nous concentrer sur l’écriture pendant deux mois et ensuite aller en studio. Nous avons cru que nous pouvions le faire, car nous sommes en général très inspirés quand nous travaillons ensemble. Et nous avons eu la chance d’y arriver et de finir tous les morceaux à temps. Quelques-uns ont été finis au studio, mais la plupart étaient prêts. C’était donc ça la vraie raison. Mais je pense que ça a plutôt bien marché et que c’est peut-être de cette façon que nous devrions écrire nos futurs albums. Je pense que ça a créé un son un peu plus solide, car nous sommes restés tout du long dans l’atmosphère de l’album, ça n’a pas pris une année et quelques. C’était différent mais nous l’avons fait ! [Rires]

« Il y a beaucoup de choses que les gens pensent que je ne devrais pas faire, ou certains pensent que ma voix ne sonne pas comme il faut. Il y a eu beaucoup de commentaires à notre sujet au début, et je pense que ça nous a fait comprendre : ‘OK, qu’est-ce qu’on fait de tout ça ? Est-ce que nous allons regretter, est-ce que nous allons avoir honte de nous, d’être différents et de sortir du lot ?’ Et nous avons décidé de faire avec, que ‘non !’. »

Ne t’es-tu pas sentie sous pression à cause de ça ?

Non, mais je dois dire que j’aime la pression [rires]. Je pense que je travaille mieux sous pression. J’adore ça. J’aime ne pas avoir le temps de penser à quoi que ce soit d’autre, car auparavant, nous attendions parfois deux mois, nous pouvions trouver des idées incroyables ou avoir des mélodies dans la tête, et puis Olof n’avait pas le temps de me voir, ou autre chose, un concert avait lieu, et nous finissions par oublier toutes ces idées. Cette fois nous pouvions simplement nous autoriser de réfléchir et de respirer la musique en permanence, et nous savions que nous pouvions la présenter le lendemain. Donc, pour moi, c’était très bien [rires].

Vous vous êtes donc fiés plus à votre instinct ?

Oui, exactement. De toute évidence c’est comme ça que je crée de la musique, j’imagine. Il suffit d’attraper ce qui me vient, et je le présente ensuite, et ça finit en général sur l’album. C’est agréable de ne pas être interrompu par plein de choses. C’était bien de pouvoir se concentrer sur l’écriture.

Vous avez déclaré que « Helix décrit le concept de comment le passé nous forme, et ce que la vie nous fait devenir. Pas d’excuse, pas de regret ». « Pas d’excuse, pas de regret » : est-ce le mot d’ordre d’Amaranthe depuis le début ?

Je pense qu’en tant que personnes, c’est notre philosophie de vie [rires]. Nous sommes du genre à croire que personne ne devrait jamais avoir de regret, car parfois certaines personnes sont juste un peu folles et doivent toujours s’excuser pour ça. Si tu sors du lot, dans une masse de gens, que tu es un peu différent, que tu t’exprimes différemment, que quelque chose en toi n’est pas comme les autres et que tu t’es toujours senti différent… Nous n’avons pas peur d’être différents, donc « pas de regret » ! On ne devrait jamais regretter. Bon, bien sûr, si on a fait quelque chose de vraiment stupide, mais je veux dire, les gens en général – surtout en Suède, la mentalité change d’un pays à l’autre – les gens ont toujours tendance à dire : « Oh non, je dansais sur la table la nuit dernière. Je me sens tellement mal à l’aise par rapport à ça. » Et nous aurions tendance à répondre : « Quoi ? Mais pourquoi ? » C’est simple : fais ce que tu aimes, sois-en fier, détends-toi, on s’en fiche ! C’est ça le mot d’ordre, et je pense que nous sommes comme ça. Nous sommes un peu rebelles j’imagine. Moi-même, il y a beaucoup de choses que les gens pensent que je ne devrais pas faire, ou certains pensent que ma voix ne sonne pas comme il faut.

Il y a eu beaucoup de commentaires à notre sujet au début, et je pense que ça nous a fait comprendre : « OK, qu’est-ce qu’on fait de tout ça ? Est-ce que nous allons regretter, est-ce que nous allons avoir honte de nous, d’être différents et de sortir du lot ? » Et nous avons décidé de faire avec, que « non ! », parce que ce n’est pas comme ça que nous voyons les autres et leur musique. Si quelqu’un débarque avec quelque chose de très étrange, si je trouve ça mauvais, je ne vais pas l’écouter, mais si j’aime plutôt bien, alors je rentre dans l’esprit et je me sens bien avec, je l’écoute pour sûr. C’est évidemment ce que beaucoup de gens ont fait avec Amaranthe, sans se soucier de savoir si c’était approuvé par la scène metal ; ce n’est clairement pas approuvé par la scène pop [rires], je peux l’affirmer. Donc oui, nous avons été très différents dès le départ, et ça nous a rendus d’autant plus forts dans ce en quoi nous croyons. Maintenant nous sommes beaucoup plus vieux, plus matures, et nous avons beaucoup d’expérience, nous avons parcouru le monde, nous avons vu tant de choses, et nous sommes convaincus de ça. J’imagine donc que c’était le moment parfait pour créer ce slogan. C’est vraiment ce en quoi nous croyons, juste vivre sa vie et être soi-même, ne pas avoir peur d’être détesté par certains, parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour être contrarié. Tout le monde est différent [rires].

Helix est le premier album avec le nouveau chanteur Nils Molin. Jake E avait d’abord annoncé qu’il ferait une pause, puis une nouvelle annonce quelques mois plus tard officialisait son départ. Il disait ne plus pouvoir monter sur scène en ne croyant pas en ce qu’il faisait. As-tu vraiment senti qu’il n’avait plus le cœur à Amaranthe ?

Oui, bien sûr, je pouvais le percevoir. Peut-être a-t-il réalisé que… Je veux dire, les choses sont allées très vite pour nous. Comme je disais, nous n’étions qu’une bande d’amis réunis pour créer cette musique qui est devenue très populaire, beaucoup de gens l’ont appréciée, et puis c’est comme si nous avions sauté dans une rivière et que le courant nous avait emportés. J’étais très à l’aise avec le courant, Olof aussi, nous appréciions beaucoup. Nous avons vraiment, vraiment aimé le fait que ce groupe en particulier aille quelque part. Bien sûr il y a eu beaucoup de hauts et de bas, nous avions des doutes parfois, mais nous nous sentions chez nous dans notre son et avec ce que nous faisions, ce pour quoi nous nous battons ; nous nous ressemblons beaucoup, notamment dans le regard que nous portons sur la musique. Peut-être que certains membres du groupe, et c’était pareil avec le chanteur qui faisait les growls au début… Quand ça commence à faire partie de ta vie quotidienne, c’est là que l’on voit si l’on aime ça ou pas. J’imagine que c’est le moment où tu te demandes : « OK, est-ce que c’est vraiment ce que je voulais faire ou bien n’était-ce qu’une sorte de projet pour moi ? » C’est à ce moment-là probablement que les gens décident de partir, parce qu’ils ne peuvent pas passer leur vie à faire quelque chose qui est arrivé un peu par hasard. Et je pense qu’Amaranthe a toujours fonctionné comme ça, parce que nous avons juste mis nos morceaux sur MySpace et tout est parti de là, tout simplement.

« Si j’avais le choix, je ne mettrais probablement jamais le logo sur une pochette d’album, je présenterais plutôt les artistes dans le groupe, car chacun est un artiste à part entière. »

J’imagine qu’il doit y avoir des gens, assis chez eux, en train de penser : « Ouais, essayons de faire quelque chose de différent », une sorte de projet où on invite ses amis, et puis on sort un morceau sur YouTube et soudain ça devient super populaire, et puis on finit par sentir « bon, maintenant je dois faire ça » et se sentir mal à cause de ça, ça n’est peut-être pas notre rêve, et donc on peut décider de le faire, de continuer, ou pas. Comme pour moi, j’ai fait quelques reprises à une époque, pour le plaisir, et si les gens avaient attendu de moi que j’en fasse plus, j’aurais probablement dit : « Non, c’était juste mon humeur du moment, ce n’est pas ce que je veux faire pour le restant de mes jours » [rires]. Donc c’est ça le truc, en ce qui le concerne. Je ne peux parler que de moi, sur ce que je pense des choses dans lesquelles j’ai été impliquée. J’imagine que c’est pareil pour des gens qui commencent un nouvel emploi, on croit que ça va être génial, et puis on y va, pour finalement se dire au bout de cinq ans : « Ce n’est peut-être pas ça que je voulais, je veux faire quelque chose avec lequel je peux garder le contrôle, je veux peut-être créer ma propre entreprise, je veux être le patron, ou je veux juste faire ci et ça. » La vie change, et c’est normal. Il en va de même pour les artistes, c’est pourquoi je pense que ce n’est pas si dramatique quand quelqu’un décide de quitter un groupe, ce n’est pas comme si le fait que les gens changent était une chose très étrange. Je pense que c’est normal et que ça ne devrait pas susciter de regret non plus.

Jake a aussi dit que le groupe était arrivé à un point où tout était centré sur une seule personne. Il essayait toujours de maintenir cet esprit de groupe par-dessus tout, et soudain ça devenait un projet individuel. Cela veut-il dire que la dynamique de la formation a changé avec les années ?

À vrai dire, je ne comprends pas ce qu’il veut dire par là. J’ai vu ça passer parce qu’Olof me l’a montré, mais je ne comprends pas, pour être honnête. Je ne sais pas s’il voulait dire que tout est centré sur une seule personne comme… Olof peut-être [rires], ou moi, je ne sais pas ! Il participait beaucoup, par exemple avec la presse et tous ces trucs, et je n’ai jamais eu l’impression que je prenais énormément d’espace. Ça me semble donc bizarre qu’il fasse référence à l’un d’entre nous, car j’avais le sentiment que tout le monde avait toujours sa place. Pour sûr. Peut-être que les gens voient les choses différemment. Je ne peux pas vraiment répondre à cette question, parce que je ne sais pas à quoi il fait référence, je ne vois pas de quoi il parle. Tu sais, toi ? [Rires]

Pas vraiment [rires]. Ça faisait quoi d’avoir Nils à vos côtés ? Avez-vous vite trouvé vos marques dans le duo de chant clair que tu formes avec lui ?

C’est en fait très intéressant parce que nous avons des voix différentes, bien sûr, et c’était très intéressant d’essayer de voir si elles sonnaient bien ensemble. Ce sont de petits détails comme les vibratos, par exemple, la façon dont il les fait. Et c’est important, bien sûr, de mettre les gens à l’aise, alors j’ai essayé de le suivre, et puis à un moment donné, nous en avons parlé, « peut-être que je peux te suivre »… Et puis nous nous sommes développés, en remettant les harmonies dans des chansons où je n’avais pas l’habitude de chanter des harmonies, parce qu’il est très friand de ça, il aime beaucoup en faire, et il est aussi très bon pour ça. Il n’est pas distrait ou quoi que ce soit. Nous nous sommes très vite trouvés et nous avons essayé d’expérimenter avec le chant, et c’était tellement bien de pouvoir écrire un album en sachant ce qui allait s’y trouver. Je l’ai beaucoup écouté avec Dynazty, juste pour mieux connaître sa voix sur album, et j’ai essayé d’écrire des chansons qui me semblaient pouvoir convenir à sa tessiture. Surtout le dernier, « Unified », est spécialement écrit pour sa voix. Bien sûr, c’est toujours un peu plus délicat quand il n’est pas dans la pièce de trouver la meilleure tonalité pour sa voix, mais je pense que ça s’est bien passé quoi qu’il en soit. Nous avons déjà tourné pendant un an et demi, mais il y a encore beaucoup de choses à découvrir en ce qui concerne Nils et sa palette vocale. Mais je pense que le dialogue que nous avons est très bon, c’est un gars très sympa, très facile à vivre, très professionnel, donc ça a été très bon jusqu’ici, et je pense qu’il s’intègre vraiment bien dans le groupe.

Une autre chose que Jake a déclarée est qu’il sentait que son importance, tant sur les albums que sur scène, avait baissé. Il se sentait superflu. Le fait d’accueillir Nils vous a-t-il fait repenser le rôle du chanteur masculin en voix claire ?

C’est aussi quelque chose que je ne comprends pas vraiment, parce que Jake nous a annoncé qu’il voulait quitter le groupe avant que nous écrivions l’album Maximalism. Parce que nous savions qu’il ne ferait pas partie du groupe, nous nous sommes dit : « Evidemment, il ne peut pas chanter toutes les chansons de l’album parce qu’on doit continuer le groupe de la meilleure façon possible. » C’est pour ça que nous avons pensé, par exemple, que nous pouvions faire des chansons comme « Endlessly ». Je ne sais pas s’il fait référence aux albums précédents, dans ce cas, c’est très difficile à dire parce que si c’était ce qu’il pensait, il aurait dû nous en parler, il aurait dû nous le dire. Je ne l’ai jamais entendu en parler, du moins à moi. C’est donc quelque chose que nous ne pouvions pas prendre en considération parce que nous ne le savions pas. Et oui, comme je viens de le dire, la raison pour laquelle il n’a peut-être pas beaucoup chanté sur Maximalism, c’est qu’il a quitté le groupe avant même que nous ayons commencé à écrire cet album. Nous n’étions pas sûrs si nous allions trouver un nouveau chanteur avant de l’enregistrer, ou s’il serait toujours là. Donc, pour nous faciliter la tâche, nous nous sommes davantage concentrés sur ma voix et les growls. Quand nous avons su que Nils allait faire partie du groupe, c’est là que j’ai senti que nous pouvions vraiment écrire les chansons en sachant qu’il y aurait un chanteur masculin permanent dans le groupe. Je veux dire, dans le pire des cas, nous n’aurions trouvé personne, et il n’y aurait eu que moi et Henrik, mais nous avons eu de la chance de trouver Nils à temps pour pouvoir l’avoir sur cet album. C’est la raison pour laquelle nous l’avons inclus, et probablement, pour être honnête, pour le prochain album, maintenant que je connais mieux Nils et parce qu’il chante si bien, j’aimerais bien mettre encore plus de voix masculines, si c’est ce que nous nous sentons de faire dans le futur. Il n’y a donc rien de personnel ou rien à décider d’autre que ce que nous ressentons réellement et ce dont nous discutons au sein du groupe : c’est ce qui va se passer.

« Quand nous écrivons de nouveaux albums, nous essayons de suivre ce qui est dans l’air du temps, et c’est ce que nous allons toujours faire. […] Nous essayons toujours de suivre ce qui est nouveau sur le marché, en ce moment, et ce qui est moderne, maintenant. Nous n’avons peur de rien. »

La mode du moment dans le rock et le metal est de revenir à un son et une production plus organiques, voire analogiques. Amaranthe ayant ce son très digital, as-tu le sentiment que vous allez à contre-courant ?

Personnellement, j’aime beaucoup l’approche organique. Tout le monde a sa propre opinion, évidemment, et nous sommes six personnes dans le groupe, donc c’est très difficile de plaire à tout le monde. Donc, si ça ne tenait qu’à moi… En fait, je voulais enlever les arrangements samplés et simplement jouer de manière organique, mais cela ne faisait bien sûr pas partie du son d’Amaranthe. Cela aurait donc été un changement encore plus important si cela s’était produit. J’adore faire des démos et je pense que ça devrait être organique. Je pense que si nous faisions le tempo sans piste de clic, alors nous jouerions avec nos propres oreilles… C’est comme ça que j’ai commencé la musique moi-même, je ne suivais jamais de piste de clic ou quoi que ce soit comme ça. On se sent un peu limité de cette façon, mais quand même, c’est vraiment cool, et c’est sécurisant parce que quand on joue sur une grande scène, il faut avoir un tempo que tout le monde peut suivre, parce qu’on ne peut pas s’entendre de loin, car sur les grandes scènes de festival ou quand on joue dans une arène, c’est difficile de faire ce lien entre nous quand on est trop loin. Ma sœur, par exemple, est une chanteuse de death, et elle est toujours dans de petits bars et ils ne font que se suivre, comme une force organique, et j’adore vraiment, je pense que c’est vraiment bien. Mais c’est une bonne progression. Je pense surtout que c’est vraiment bien pour les jeunes d’entendre le son organique parce que cela les pousse à jouer, plutôt que de se contenter de composer de la musique sur un ordinateur, et je sais que c’est ce qui se passe, c’est quelque chose que beaucoup de jeunes commencent à faire, à s’exercer sur leur guitare. Je sais que ça a gagné en popularité de nos jours, on commence à apprendre à jouer de la vraie musique, parce qu’à un moment donné, comme je l’ai dit, c’était beaucoup de choses électroniques car c’était plus facile de s’y mettre, c’est donc une bonne chose. Mais pour Amaranthe, nous ne pouvons pas le faire parce qu’alors nous nous éloignerions définitivement trop de notre cœur. Le son serait probablement très différent si nous le rendions moins digital, pour ainsi dire. Mais je pense que sur l’album Helix, ce n’est peut-être pas si futuriste, c’est plus organique dans la façon avec laquelle nous présentons les paroles et ce dont parlent les chansons. C’est plus personnel.

Tu as dit que vous êtes « parvenus à profiter d’un son contemporain dans la plupart des chanson ». Hakim Krim du groupe Dead Lord nous a un jour dit que « la musique moderne d’aujourd’hui sonnera datée dans quinze ans ». N’avez-vous pas peur que votre musique soit estampillée 2018 dans le futur, au lieu d’être intemporelle ?

Si vous écoutez les albums, c’est bien que vous puissiez entendre que le premier album est le premier album, et puis les choses changent un peu dans le deuxième album, et puis sur le troisième album, vous pouvez entendre une grande différence, et puis sur le quatrième album vous pouvez aussi suivre cette différence. C’est ce que nous voulons : nous voulons que les gens puissent entendre « c’est le son du début des années 2000 » et puis, quand nous écrivons de nouveaux albums, nous essayons de suivre ce qui est dans l’air du temps, et c’est ce que nous allons toujours faire. Donc, quoi qu’il se passe dans la musique contemporaine, nous allons essayer de suivre, parce que c’est ce qui nous donne toute cette inspiration, et c’est pourquoi nous pensons probablement que nous ne perdrons jamais cette inspiration, parce que la musique change tout le temps. En fait, on peut constater un cycle la plupart du temps. Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais aujourd’hui, pour moi, les chansons pop, prenez Dua Lipa, elle est inspirée par les années 90, donc quand je l’écoute, ça me semble daté, parce que pour moi ça sonne comme la musique des années 90. Mais pour les jeunes, c’est totalement nouveau, pour eux c’est très frais. C’est ça le truc, ça tourne, et on ne sait pas ce qui va se passer ensuite. Peut-être que l’on va s’inspirer des années 70 et puis on va remonter aux années 80, puis aux années 2000, je ne sais pas ! On ne sait jamais ce qui va se passer avec la musique. Mais évidemment, les instruments ne changeront jamais et c’est une chose dont on peut être sûr, le son d’une guitare va sonner comme une guitare, et la batterie de Morten restera la batterie de Morten. La seule chose que nous pouvons changer, ce sont les mélodies vocales et les tonalités, et nous essayons toujours de suivre ce qui est nouveau sur le marché, en ce moment, et ce qui est moderne, maintenant. Nous n’avons peur de rien. C’est bien qu’il y ait cette progression.

Amaranthe a trois chanteurs. N’y a-t-il jamais eu des moments, pendant le processus d’écriture, où il était difficile pour tout le monde de trouver sa place ? N’est-ce jamais un peu cacophonique ?

Oui, ça peut arriver. Il y a eu quelques chansons que nous avons écrites juste pour écrire une bonne chanson, et ensuite c’était difficile de changer les mélodies, nous avons dû décider quelles parties couper, juste pour amener les hurlements, parce qu’il n’y a pas vraiment de mélodie là-dedans. Mais la plupart du temps, nous essayons d’écrire des chansons en gardant cela à l’esprit. Donc, avant de trouver quelque chose de différent, nous décidons d’écrire les parties de growls là où nous pensons qu’elles devraient être, et d’écrire les parties masculines là où nous pensons qu’elles devraient être. Bien sûr, c’est plus facile pour moi et Nils d’échanger nos places, s’il le faut, et s’il y a une histoire, bien sûr, c’est plus difficile. C’est comme un puzzle, il faut pouvoir ressentir la chanson et faire ce qu’on pense être le mieux pour elle. Et comme je l’ai dit, il est parfois arrivé que nous écrivions avec seulement du chant clair et ensuite il a fallu couper des parties. Nous essayons d’éviter cela pour ne pas avoir de regret après, par exemple s’il y a une mélodie vocale que nous adorons mais que nous ne pouvons pas utiliser parce qu’il y a trois chanteurs et qu’ils doivent trouver leur place dans la chanson. Ça peut donc être plus difficile si on commence de cette façon mais, comme je l’ai dit, nous essayons de ne pas le faire. Nous essayons de nous concentrer sur les trois voix et de faire des chansons à partir de ces ingrédients. Et aujourd’hui, je pense que nous avons trouvé une très bonne dynamique à cet égard. C’est très inspirant et facile. C’est plus facile aujourd’hui d’écrire des chansons pour trois voix différentes, je pense, parce que j’ai essayé d’écrire des chansons pour moi et pour d’autres artistes, et ça offre plus de possibilités, pour ainsi dire, quand il y a trois voix différentes.

« Je me sens beaucoup plus inspirée par le metal, musicalement. Et je sais que ma voix n’est peut-être pas taillée pour ça, mais je ne pensais pas qu’il faille me séparer d’un style que j’aime vraiment à cause de la façon dont ma gorge est faite [rires]. Je ne peux pas vraiment changer ça. »

Tu n’es pas une chanteuse de metal typique et tu as un certain talent pour les mélodies pop que tu mets en valeur avec Amaranthe. Pourquoi avoir choisi de faire du metal au lieu de faire de la pop ?

Mon père est un metalleux, il me faisait écouter du metal depuis ma naissance, j’ai donc entendu tout ce qui était populaire dans le metal depuis aussi longtemps que je me souvienne. Mon frère était chanteur guttural également, il a commencé à jouer avec des groupes de death metal underground à Linköping et Göteborg, et bien sûr j’écoutais sa musique. C’était vraiment très heavy. À Göteborg la scène est très petite, donc tout le monde me connaissait, comme la petite sœur de mon frère qui était un chanteur guttural très populaire. À vrai dire c’était l’un des meilleurs, je dirais. On aurait donc dit que c’était dans la famille, et mon frère me disait aussi que la scène metal était la meilleure. C’était quelque chose de très apprécié dans ma famille. Je pouvais faire de la pop à côté, j’étais artiste de cabaret, j’y ai chanté des chansons pop, mais pour moi, ça n’était pas… J’adore l’authenticité du metal, sa puissance, et ça me paraît très familier. C’est pour ça que ça m’a vraiment entraînée dans la scène metal. Comme je l’ai dit, c’était comme la famille ! Et je sais comment fonctionne l’industrie de la pop, je sais que ce n’est pas toujours tant une question de musique, d’instruments, etc. C’est pour ça que ça ne m’attirait pas vraiment. Je peux écrire des chansons pour d’autres artistes, si je veux être dans la pop, mais en tant qu’artiste, je me sens beaucoup plus inspirée par le metal, musicalement. Et je sais que ma voix n’est peut-être pas taillée pour ça, mais je ne pensais pas qu’il faille me séparer d’un style que j’aime vraiment à cause de la façon dont ma gorge est faite [rires]. Je ne peux pas vraiment changer ça. En fait, j’ai essayé de growler, mais j’étais tellement habituée à chanter à tue-tête. Et j’ai été dans des écoles de musique, c’est là que j’ai appris à chanter comme je le fais. C’était inattendu et j’aime l’inattendu, j’aime ne pas rentrer dans des cases, faire ce que j’aime en ne pensant pas trop à savoir si c’est bien ou mal.

En 2006, avant de fonder Amaranthe, tu as passé les auditions pour remplacer Tarja Turunen dans Nightwish, mais tu n’as pas eu le poste. Aujourd’hui, avec le recul, comprends-tu pourquoi ils ont préféré prendre Anette Olzon à ta place ?

Je pense qu’elle était déjà active à l’époque. Elle était aussi plus âgée et plus expérimentée. Je n’étais qu’une enfant [rires]. Je n’étais certainement pas prête pour cette grande étape, je suppose. Mais à vrai dire c’est Olof qui m’a encouragée à passer les auditions, il m’a aidée à enregistrer les démos, et puis nous nous sommes dit : « Si tu n’obtiens pas le poste, on lance notre groupe à nous ! » C’était donc le destin, je pense. Nous étions toutes les deux suédoises, nos voix étaient similaires et pourtant pas tant que ça. Donc, je savais qu’il y avait quelque chose dans ma voix que Nightwish aimait parce qu’ils m’ont rappelée, j’ai fait un tas de choses, j’ai envoyé les photos, etc. Mais je pense qu’ils ont fait un bon choix [rires]. Je ne sais pas ce qui se serait passé si j’avais eu le poste, je n’aurais pas eu Amaranthe et je pense que j’ai été inspirée par le fait qu’ils aient aimé ma démo, parce qu’ils m’ont recontactée, cela m’a aussi donné bien plus de courage et de force pour continuer. C’était une très bonne chose pour moi d’avoir cette approbation, comme quoi j’étais douée ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 17 septembre 2018 par Philippe Sliwa.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Adrien Cabiran.
Photos : Linnea Frank.

Site officiel d’Amaranthe : amaranthe.se

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  • Moi aussi j’assume mon adn… Bah…pfff… Si elle veut mélanger avec le sien… Jveux bien…

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  • « cette interview de celle qui aurait pu être chanteuse de Nightwish »

    Euh…

    [Reply]

    Pat

    L’information est exacte. elle avait enregistré une demo en 2006 avec quelques titres dont Nemo.
    https://www.youtube.com/watch?v=Mi9BtooY3Ko

    C’est aussi évoqué dans l’interview, encore eut-il fallut la lire…

    Axel Doucet

    Bien que ce qu elle fait avec Amaranthe ne colle pas à Nightwish , elle avait carrément la carrure pour chanter pour Nightwish ! Elle aurait été bien meilleur qu Anette ! Et elle l a prouvé lors du show à Douvres où elle à chanté avec Nightwish en catastrophe car Anette été à L Hopital

    Fikmonskov

    Je ne conteste pas l’information, je suis juste excessivement surpris : j’ai regardé plusieurs vidéos live du groupe pour me faire une idée du niveau de la demoiselle et franchement je ne comprends même pas comment ils ont pu imaginer qu’elle puisse prendre la place. Anette n’était pas dingue non plus en live, mais là c’est du niveau d’un petit groupe de lycée, pas plus : aucun charisme, peu de voix.

    Bref, c’est pas le plus important mais j’ai quand même puissamment tiqué.

    (Et j’ai lu toute l’interview, aussi 😉 )

    Fikmonskov

    Son audition sur Nemo est pas mal, petit manque de puissance peut-être, surtout sur le refrain, mais effectivement sur cette base-là on pourrait penser qu’elle aurait pu faire le job.

    Mais vraiment, en live, c’est pas possible.

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    The Night Flight Orchestra @ Lyon
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