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Chronique   

Amenra – Mass VI


Coincés plus d’une semaine dans leur studio au fin fond des Ardennes à cause de la neige, à consommer la même soupe. Voilà des conditions de travail qui donnent des indices sur l’esprit du sixième album du groupe Amenra, plaque tournante du collectif Church Of Ra comme nous le rappelait le chanteur Colin H. Van Eeckhout dans nos colonnes. Il est en effet aujourd’hui difficile de parler uniquement de leur musique, tant leur art touche aussi à la photographie (pour preuve cette pochette glaçante) mais aussi à la littérature, et à la spiritualité. Après les nombreux projets solos de ses membres, d’ailleurs souvent liés les uns aux autres, ce que l’on peut appeler l’entité Amenra délivre une nouvelle messe cinq ans après la précédente. Une messe qui semble atteindre un nouveau cap en termes d’intensité émotionnelle.

L’intitulé « Mass » pour les albums a un réel sens dans le concept général d’Amenra. Tout d’abord dans la visée d’un discours qui se veut collectif. Le titre d’ouverture « Children Of The Eye » présente musicalement la structure de ces rituels, à savoir une composition progressive qui débute par quelques notes de guitares avant de basculer vers un sludge percutant et un chant screamo agressif pour s’étaler plus longuement et installer une ambiance des plus pesantes. Cette atmosphère évoque forcément à l’esprit de l’auditeur une image de quelque chose proche du désespoir et de la mélancolie. Mais le tout s’adoucit avec un chant clair et une musique plus atmosphérique voire réconfortante, cela pour mieux embrayer vers une phase finale virulente et passionnée combinant ces deux facettes. Ce schéma guide la musique du combo depuis ses débuts et c’est grâce à lui qu’il s’est démarqué. Les émotions développées, chacune en entraînant une autre, c’est également ce qui inscrit l’approche ritualiste de ce nouveau disque.

Ce qui renforce également la volonté d’un discours universel est le son d’Amenra, au plus proche du live, notamment dans le mixage du chant criard lointain et raisonnant de Colin. Les riffs de guitare particulièrement lourds qui se répètent ont sur chacune des pièces de l’album une accroche entraînante pour les disciples. Relevons aussi les notes aiguës introduisant « A Solitary Reign », entêtantes à souhait, venant fatalement effleurer la corde sensible de l’auditeur. Enfin, les textes sont écrits en trois langues : le français, le flamand et l’anglais. Au cœur des paroles, le sujet central qui concerne tout un chacun est évidemment le rapport à la mort. Il l’est d’ailleurs dans l’ensemble des dogmes religieux et des spiritualités, Amenra n’y échappe donc pas et en fait même son essence – pour preuve la photographie d’un cygne mort en illustration de l’œuvre et cette approche musicale doom significative.

Mais la spiritualité et la mort ne sont pas seulement des questionnements de l’ordre du collectif. Qu’y a-t-il de plus personnel que nos croyances et nos questionnements sur ce qui suit notre propre existence ? Cette dimension individuelle est là aussi bien transposée dans la musique des Belges. Les multiples interludes semblent créer un espace qui se veut personnel pour l’auditeur et cette cloison est essentiellement appuyée par le chant clair et délicat de Colin qui semble s’adresser directement à l’auditeur, et à lui seul. La production très soignée sur ces passages plus calmes délivre un cadre intimiste, comme avec les susurrements émus de Colin sur « Diaken », mais surtout sur « Plus Près De Toi » où, sur quelques notes de guitares, le chanteur nous murmure avec une fragilité des plus touchantes « et dans mon cœur j’emporterai… la désespérance », partageant ce qu’il a de plus torturé en lui. Colin nous emmène avec lui sur la fin de « A Solitary Reign » vers un au-delà inconnu mais que l’on suit aveuglément captivé par ses vocalises.

Que l’on soit croyant ou non, tous ceux qui ont déjà suivi une cérémonie religieuse ou un rite spirituel quel qu’il soit le savent, une aura se dégage ; c’est bien cette aura qu’Amenra est parvenu à retranscrire en musique. Les musiciens ont attendus un moment clé pour composer l’œuvre et un état mental collectif particulier pour délivrer une musique profondément personnelle, si bien qu’il est difficile d’y être imperméable, tant l’écoute peut s’avérer bouleversante. Mass VI démontre ainsi qu’Amenra est sans aucun doute au point culminant de sa philosophie et de son art.

L’album en écoute intégrale :

Clip vidéo de la chanson « A Solitary Reign » :

Clip vidéo de la chanson « Children Of The Eye » :

Album Mass VI, sorti le 20 octobre 2017 via Neurot Recordings. Disponible à l’achat ici



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