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Live Report   

Amenra : plus près de Paris


Trois concerts consécutifs d’Amenra, c’est ainsi que se conclut l’année 2019. Cartel Concert nous a concocté une belle semaine car le groupe de post-hardcore belge de Courtrai s’est vu investir une église et le Bataclan. Friand du groupe que nous sommes, c’est avec une grande impatience que nous avons pénétré dans le froid de l’église, bien couvert, pour débuter ce triptyque musical.

Lundi et mardi, l’expérience prend place à l’église Saint-Merry, un lieu parisien que l’on sait coutumier des expériences sonores hors norme puisqu’il s’y était notamment tenu le concert d’Aluk Todolo ainsi que les séances de techno ambient lors de la manifestation Nuit Blanche. Pour le groupe Amenra, jouer au sein d’un lieu de culte n’est pas non plus une première, les deux live y ayant en effet été enregistrés. D’ailleurs, les deux dates au sein de l’église Saint-Merry seront des performances acoustiques, ce qui augurait qu’une majorité des titres joués feraient écho au live acoustique Alive.

Artistes : Amenra – Ashtoreth
Date : 16-17-18 décembre 2019
Salle : Église Saint-Merri / Bataclan
Ville : Paris [75]

Ashtoreth

Pour initier ces soirées nécessairement singulières, c’est le versatile projet de l’artiste Ashtoreth qui vient présenter un drone protéiforme, véritable ode aux aspects les plus mystiques de la musique, et qui va installer une atmosphère mémorable en interprétant une pièce musicale envoûtante de plus de quarante minutes. Sa voix imposante profite immanquablement de l’acoustique particulière du lieu, parfaitement adaptée à une telle performance. Même si le confort n’est pas optimal – le bonnet et l’écharpe ne seront pas de trop – les premières notes de musique nous emportent aisément dans ce voyage sonore où tout semble précisément orchestré. Ashtoreth produit un subtile mélange sonore où la frontière avec la musique religieuse se brise en un bourdonnement constant, tandis que l’encens allumé sur scène envahit les premiers rangs et nous entraîne davantage vers la transe musicale. Tous les sens sont sollicités, et s’il est difficile d’énoncer par les mots cette expérience singulière et unique, les applaudissements aussi sincères que soutenus du public démontrent amplement que l’expérience fut partagée.

Après une certaine attente, les membres d’Amenra se présentent finalement et s’installent en cercle, sans un mot, et comme à leur habitude dos aux spectateurs. Ces derniers demeurent d’ailleurs eux-mêmes dans un silence religieux jusqu’à ce que les musiciens entament leur cérémonie. Et le charme opère immédiatement. Si d’aucuns auraient pu craindre qu’un set totalement acoustique ne diminue la portée des compositions, il n’en est rien, et Amenra parvient, comme jamais, à insuffler les affects palpitants de sa musique.

Amenra

Si le groupe n’abandonne pas ici les amplifications et quelques légers effets, les saturations et distorsions s’effacent pour laisser place à un son plus franc et organique, que la présence d’une violoniste vient par ailleurs enrichir. Naturellement, l’acoustique de Saint-Merry est là encore irréprochable. La set-list, quant à elle, reste sans surprise pour les amateurs de la formation et se compose de classiques tels que « Razoreater » ou « Aorte » tout en incluant la fameuse reprise du titre « Parabol » de Tool ou certains titres de Mass VI (le dernier album du groupe) tels que « A Solitary Reign ».

Le public semble dans un premier temps chercher la manière d’apprécier le concert. Le silence règne – heureusement – et l’audience hésite avant d’applaudir, comme si elle assistait à un récital de musique orchestrale où les différents mouvements de l’œuvre se succèdent sans que les spectateurs applaudissent. Il faudra bien trois morceaux avant que les fans ne se mettent à applaudir le groupe. Finalement la soirée se finit de la plus belle des manières, avec le morceau « Buiten Datum », composé d’un riff unique enivrant, joué par la guitariste. Et pendant que ces quelques notes s’envolent dans l’église, les membres partent un à un de la scène. Pour finalement ne laisser que le guitariste en place, appuyant sur le répétiteur de ses pédales, laissant le riff boucler dans l’église. Il part à son tour, laissant ces quelques notes prendre possession de la salle et ne nous quittant plus. Jusqu’à ce que le roadie du groupe vienne éteindre cela, pour ne laisser place qu’aux longs applaudissements mérités du public.

Amenra

Setlist :

Aorte
Razoreater
Plus près de toi
Nowena
Parabol (reprise de Tool)
Diaken
The Dying Of Light
Wear My Crown
Ehre
Het Dorp (reprise de Zjef Vanuystel)
A Solitary Reign
To Go On. : And Live With. Out
The Longest Night
Deemoed
Buiten Datum

Amenra

Place désormais au mercredi 18 décembre, pour un set plus conventionnel puisqu’il ne s’agit plus ici de show acoustique. Dès l’entrée dans la salle, nous nous préparons à encaisser la performance qui s’apprête à se dérouler ; il faut dire que, pour beaucoup, celles-ci exigent un investissement aussi important que celui dont font preuve les membres du groupe. Une implication semble-t-il si forte que, dès le premier riff, un spectateur du premier rang s’est effondré sur la scène, s’ouvrant par là même le crâne ! Obligé de quitter la salle et de se rendre aux urgences (rassurez-vous, il a pu par la suite rentrer chez lui et tout va bien). Voilà en quelque sorte le genre de réaction que suscite Amenra. Les riffs nous frappent, pendant que les stroboscopes ne nous laissent aucun répit. Amenra joue un post-hardcore qui laisse peu de monde indifférent, et si musicalement, pour les fans, le groupe se suffit à lui-même, les autres auront de quoi se sustenter visuellement, avec l’habituel rétroprojecteur diffusant plusieurs vidéos tout le long du concert (principalement des images de la nature).

Des coups de marteau sont assénés à chaque instant, et l’on essaye de garder l’équilibre. Chaque spectateur vit sa propre expérience ce soir. Il n’y a pas de mouvement de foule au Bataclan, car chacun essaye d’assimiler ce qu’il est en train de voir. Colin le chanteur, même de dos, reste l’une des personnes les plus expressives qui soient, car il vit les morceaux. Il le vit à se déchirer la peau avec ses ongles dès qu’il se met torse nu. On voit toutes les crispations sur son visage, sa rage, sa tristesse, et l’effet cathartique que cela produit sur lui et sur le public. Pour certains, Amenra sera même une expérience à ne vivre qu’en live. Il est vrai que la proposition studio est bien différente de celle des concerts tant un mur de son se crée avec un enchaînement parfait des morceaux. C’est d’ailleurs toujours assez frustrant de sentir un concert d’Amenra se conclure, ne dépassant jamais l’heure et demie. On crie « encore ! » même s’il est probable que notre esprit ne puisse pas supporter plus.

Amenra

Au terme de ces soirées, on ressort du Bataclan avec la satisfaction certaine d’avoir assisté à trois événements musicalement riches. Le cadre unique des premières journées a permis une expérience rare durant laquelle les spectateurs ont été emportés par l’acoustique et l’ambiance liturgique. L’expérience électrique ne peut non plus se refuser, tant l’explosion des sens est intense. Et lorsque, pourtant rassasié, l’on s’éveille le lendemain avec le désir brûlant de revivre ces shows particuliers, la réussite paraît complète.

Setlist :

Boden
Plus près de toi
Razoreater
Thurifer Et Clamor ad te Veniat
Diaken
A Solitary Reign
Nowena
.Terziele.tottedood
Am Kreuz
Silver Needle. Golden Nail

Photos et report : Matthis Van der meulen



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