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Live Report   

Amorphis en concert : une œuvre trop riche pour satisfaire


En ce jeudi 17 novembre, le rendez-vous est pris au Ninkasi Kao de Lyon pour une affiche intéressante mettant en avant Amorphis, l’une des valeurs sûres de la Finlande, accompagné de Leprous et Nahemah.

Cela faisait bien longtemps qu’Amorphis n’était pas venu dans ces contrées. Très bonne initiative donc de la part de Base Production d’avoir invité les Finlandais pour défendre leur dernier album, The Beginning Of Times sorti le 27 mai dernier. Même s’il s’agit déjà du quatrième opus du chanteur Tomi Joutsen au sein de la formation, nombreux ce soir découvrent ce dernier pour la première fois sur scène. Pour les autres, il est évidemment intéressant de confirmer la progression de ce chanteur qui a véritablement offert une seconde jeunesse au groupe.

Arrivé juste après la prestation de Nahemah qui ouvrait les hostilités, la soirée démarre donc pour nous avec les Norvégiens de Leprous qui proposent une musique dont le terme « progressif » est probablement le plus adapté en guise de description. En effet, Leprous ne fait ni du Dream Theater, ni du Spiral Architect, ni du Queensrÿche… mais bel et bien du Leprous. Si comparaison il doit y avoir, certainement que Pain Of Salvation serait le plus approprié pour la polyvalence du chanteur et des contextes musicaux abordés.

Leprous : grand comme la classe

Les visages poupons du batteur et du guitariste Tor Oddmund Suhrke contrastent avec l’attitude scénique pleine de démence d’Einar Solberg. A tel point qu’il frappera sans arrêt, malgré lui, ses dreadlocks envoyées en arrière sur les cymbales de Tubias Ørnes Andersen. Ses collègues ne sont pourtant pas en reste, faisant tous preuve d’une redoutable énergie. Tobias, justement, martèle ses fûts comme un forcené, sursautant parfois sur son tabouret. Il se permettra même à plusieurs reprises de se mettre debout pour jouer. Mention également aux guitaristes et bassiste qui parviennent, malgré le peu de place, à se secouer les puces.

Venu présenter son troisième album intitulé Bilateral (produit par l’ex-Emperor Ihsahn), Leprous aura trouvé une foule réceptive frappant dans ses mains et se mettant même au pogo par moments lorsque les compos du groupe s’y prêtent. Il est assez rare qu’un groupe de metal dit progressif joue à ce point la carte de l’énergie et du défoulement pour qu’on le signale. Leprous, à l’instar d’un Pain Of Salvation, prouve que sophistication ne rime pas forcément avec ennui (non, c’est sûr, ça ne rime pas) et qu’on peut très bien faire la fête sur des musiques élaborées.

De l’accordéon dans Leprous ?!

Si la musique du combo se révèle assez difficile à assimiler en une seule écoute, elle a le mérite de mettre en avant des passages atmosphériques travaillés mais aussi des riffs rentre-dedans, parfois exécutés à la guitare huit cordes, qui éveillent la curiosité et incitent à l’approfondissement sur album. Les compos variées – du rock expérimental au jazz – sont embellies par les envolées d’Einar Solberg en chant clair. Ces dernières devenant même des hurlements frénétiques trouvant pour écho les growls de ses collègues.

Vêtus des mêmes tenues élégantes présentes dans le clip de la chanson « Restless », les membres de Leprous auront livré un set théâtral à leur image : classe.

Après cette entrée réussie, Amorphis déboule sur les planches en tant que plat de résistance. Le graphisme hivernal et bucolique dérivé de la pochette du dernier album faisant office de fond de scène. La fumée envoyée par les fumigènes qui monte au plafond donne à ce même backdrop des allures de marécages. Une ambiance crépusculaire est posée grâce aux lumières. Il ne manque plus à ce tableau prometteur que les protagonistes.

Un chanteur impressionnant

Ceux-ci, justement, pénètrent sur scène sous une ovation et démarrent avec le morceau « Song Of The Sage », extrait de The Beginning Of Times, avant d’enchaîner sur le tube « My Enemy ». Dès cette entrée en matière le constat est clair : Amorphis était très attendu par ses fans et par conséquent déchaîne les passions. Chaque titre sera relevé d’un brouhaha d’approbation du public. Il faut dire que le groupe gâte ce dernier.

En premier lieu, les quatre titres issus du dernier album interprétés ce soir sont concentrés en début de set, uniquement entrecoupé de l’excellent « The Smoke ». Il y a toujours matière à chipoter en affirmant que certains titres, dont le single « You I Need » choisi avant tout pour sa facilité, auraient pu être remplacés par d’autres plus consistants tels que « Mermaid » ou « Three Words ». C’est affaire de goût après tout et force est de constater que, quoi qu’il en soit, ces nouveaux titres passent admirablement le cap de la scène.

Des musiciens assez discrets

Une fois « débarrassé » du nouveau matériel, Amorphis peut se consacrer à un enchaînement de tubes et de surprises des plus jouissives. Dans les tubes de la dernière période, on retrouve « Silver Bride », « Sky Is Mine » ou un « House Of Sleep » à chanter à tue-tête en clôture des rappels. Dommage cependant que le pourtant génial « Silent Waters » ait été relégué aux oubliettes. En revanche, les titres qui remportent le plus de suffrages sont assurément ceux du duo d’albums Tales From The Thousand Lakes et Elegy avec lesquels le groupe s’est offert des sommets. De grand moments donc pour « Against Widows », « Into Hiding », « Black Winter Day » et, bien évidemment, « My Kantele » qui avait été magnifié sur l’album de réenregistrement Magic & Mayhem sorti l’année dernière.

Soirée Drealocks au Ninkasi

Pour autant le groupe ne s’est pas privé de quelques surprises. A commencer par un retour à la période death metal pure et dure du premier album, The Karelian Isthmus, qui décrasse sérieusement les oreilles et même dénote à côté des autres titres interprétés. Aura été applaudi « Alone », seul rescapé de la période rock psyché du groupe. Dommage car ces albums recèlent de vraies perles. Mais la palme de l’inattendu sera décernée à ce clin d’œil réussi au « Pussy » de Rammstein. Probablement que personne dans l’assistance ne s’est attendu à chanter ce refrain graveleux et décalé à un concert d’Amorphis. Comme quoi les Finlandais sont décidément plein de ressources et ce moment aura eu pour divine conséquence de faire grimper l’humeur festive des premiers rangs, même si nombre de personnes sont restées perplexes, ne comprenant pas immédiatement à quel jeu jouait le frontman.

Une interprétation parfaite

Justement, Tomi Joutsen, assure à lui seul la plus grande partie du spectacle. Très charismatique, il arpente la scène, n’hésite pas à aller au contact du public. Il est impressionnant de le voir faire l’hélicoptère avec ses longues dreadlocks (oui, c’était la soirée) qui lui vont jusqu’aux genoux. Des dreadlocks qui, pour la plupart du temps, dissimulent son visage, lui conférant une silhouette de personnage de film fantastique, voir monstrueuse. Une impression rehaussée par un micro et un pied de micros tout droit sortis d’un film noir de science fiction. Assurément, Amorphis a trouvé là un frontman rare. Car même au niveau vocal, c’est un sans faute, malgré la diversité que requiert le répertoire du groupe.

Vous connaissez le sens du mot « application » ?

A côté, les autres musiciens se font plus discrets. Peut-être trop. Surtout les deux guitaristes qui restent calfeutrés dans leurs coins. Hormis Esa Holopainen qui s’aventure parfois en milieu de scène et fait preuve d’une certaine élégance. Santeri Kallio, derrière ses claviers, semble être davantage dévergondé que ses collègues en premier plan, bien qu’il reste difficile de le remarquer placé ainsi en fond de scène.

Mais, en réalité, le plus gros défaut d’Amorphis en live est aussi sa plus grande qualité : une discographie riche, diversifiée et offrant des tubes à profusion. Le fan ressort heureux mais non sans une légère frustration d’être passé à côté de tant de merveilles : « The Castaway », « Drowned Maid » ou « On Rich And Poor » pour les plus évidentes. Mais là où de nombreux groupes se seraient contentés de présenter une setlist best-of, Amorphis a su innover et régaler ses fans. On ne peut qu’applaudir la démarche.

Concert réussi pour Amorphis

En fin de compte, ce concert aurait simplement mérité une demi-heure de plus pour faire honneur à son œuvre. Espérons donc que le public lyonnais n’aura pas à attendre trop longtemps avant de pouvoir à nouveau s’en délecter en concert.

Setlist :

Song Of The Sage
My Enemy
The Smoke
Crack In A Stone
You I Need
Against Widows
Alone
Karelia
Vulgar Necrolatry
Into Hiding
Sampo
Sky Is Mine
Black Winter Day

Rappels :

Silver Bride
My Kantele
House Of Sleep

Live report par Doc et Spaceman.
Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt



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  • Dommage pour Nahemah, j’aurais bien aimé avoir une idée de ce que ça donnait sur scène.

    [Reply]

    Spaceman

    Pour avoir vu le dernier morceau, j’ai trouvé ça assez quelconque.

  • Merci pour la setlist, je vais pouvoir me préparer au concert de Paris samedi! ^^ En espérant qu’ils auront gardé la même pêche qu’à Lyon!

    [Reply]

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    Slipknot @ Lyon
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