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Interview   

Amorphis : l’équilibre des composantes


Jamais deux sans trois. La loi se vérifie à nouveau avec Amorphis : Halo est le troisième album de suite réalisé en collaboration avec le producteur Jens Bogren et l’illustrateur Valnoir, si bien qu’on peut y voir une sorte de trilogie « officieuse » qu’il formerait avec Under The Red Cloud et Queen Of Time. Il faut dire que le groupe finlandais a passé un palier depuis 2015, avec une identité visuelle forte et un sens de l’arrangement sophistiqué et épique inédit dans l’histoire d’Amorphis.

Halo a malgré tout ses particularités : un léger recul des orchestrations au profit des guitares et un accent mis sur l’idée de contraste. Ce dernier a d’ailleurs toujours été au cœur de la carrière du groupe, des débuts très death metal jusqu’à une période purement rock, avant qu’Amorphis n’adopte une forme de synthèse et stabilité avec l’arrivée du chanteur Tomi Joutsen.

En complètement de notre compte rendu de conférence de presse qui donnait de nombreux éléments sur Halo et sa conception, nous avons échangé avec le guitariste Esa Holopainen afin de creuser un peu plus leur relation avec l’imposant Jens Bogren ainsi que cette idée de contraste, notamment en remontant le fil de l’histoire du groupe.

« Ma plus grande crainte était qu’Amorphis se transforme en une sorte de comédie musicale à la Disney, un truc comme ça. Le côté orchestral en tant qu’élément principal et cette fibre symphonique, ce n’est pas trop notre tasse thé. »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

Esa Holopainen (guitare) : Ça pourrait aller mieux ! J’ai le coronavirus en ce moment. Je vais bien. J’ai fait un autotest un peu par hasard hier. J’avais un truc qui nécessitait que je fasse un test et celui-ci s’est avéré positif. Je n’avais pratiquement pas de symptôme. J’étais légèrement grippé, mais pour l’instant ce sont les seuls symptômes.

La dernière fois que nous nous sommes parlé était pour la sortie de ton album de Silver Lake en avril 2021. A ce moment-là, tu étais en studio pour enregistrer Halo. Ça signifie que tu as fait deux albums à la suite. Ne t’es-tu pas senti vidé à la fin des sessions d’Halo ?

Oui. La première impression était : « Qu’est-ce qu’il y a encore à faire ? » Mais maintenant, je suis optimiste, j’essaye d’attendre la sortie de l’album et les concerts – j’espère qu’ils se feront. S’il doit y avoir plus de restrictions et que nous ne pouvons toujours pas tourner pour Halo, nous allons probablement commencer à plancher sur de la nouvelle musique. Mais j’avais besoin de travailler sur de la musique. Je suis très content d’avoir pu faire le projet Silver Lake, et tout de suite après l’avoir terminé, je suis directement passé sur les chansons de Halo et le processus de composition. Ceci dit, c’était deux choses séparées. Quand j’ai commencé à écrire mes chansons pour Halo, je n’ai eu aucun mal. C’était assez naturel de continuer à composer de la musique. Evidemment, composer pour Amorphis est très différent du projet Silver Lake, où il s’agit juste de faire de la musique pour moi. Ça a donc été une période très productive de mon côté, même si ça a aussi été étrange de ne pas pouvoir faire le moindre concert.

Pour la troisième fois de suite, vous avez travaillé de manière rapprochée avec le producteur Jens Bogren. Un fait peut-être assez inhabituel est que c’est lui qui choisit les chansons sur lesquelles le groupe va travailler et qui seront sur l’album. Non seulement ça, mais il a aussi travaillé sur les orchestrations un peu dans votre dos. Ne vous sentez-vous pas un peu dépossédés de votre propre musique ?

Pas vraiment. Nous avons une super relation, un super lien ensemble. Nous avons commencé avec Under The Red Cloud. C’était le premier album que Jens a produit pour nous. C’est ainsi qu’il travaille. Il est certain que ce n’est pas pour tous les groupes, mais ça convient très bien à Amorphis. C’est pour ça que nous embauchons un producteur. C’est lui qui tire les ficelles et s’occupe de tout. Jens est un producteur très exigeant, il est très impliqué dans le processus – j’imagine que c’est comme ça que ça se passe quand on travaille avec un producteur – et pour nous, s’il est autant impliqué dans le processus, à enregistrer tout le monde, à mixer, à faire le montage, etc., c’est normal qu’il ait aussi la meilleure vision et le meilleur point de vue sur les chansons. Le choix des chansons, c’est le plus petit des problèmes quand on a terminé l’album [rires], mais nous lui avons aussi donné cette responsabilité, parce que c’est lui qui connaît le mieux les chansons et c’est mieux que celui qui a une vue sur le tableau d’ensemble choisisse les chansons, plutôt que d’avoir six gars qui font des compromis.

Êtes-vous toujours d’accord avec ses choix ?

Non, pas toujours [rires]. Mais la plupart du temps, il a raison. Il est disposé à changer des choses ou à faire un petit peu autrement si tu lui expliques pourquoi il devrait le faire, mais c’est dur.

Jens a dit qu’il « porte le fardeau de certaines décisions qui, autrement, peuvent causer des problèmes au sein du groupe et vite dégénérer ». Est-ce déjà arrivé par le passé que ça dégénère ?

Non, il n’y a jamais eu de tels conflits. Nous sommes généralement un groupe assez démocratique. Si quelqu’un propose une chanson, il a généralement son mot à dire sur sa structure, sur ses couches, sur les harmonies, etc. De même, Tomi [Joutsen], notre chanteur, a toujours à peu près carte blanche pour travailler sur les arrangements vocaux et ses lignes de chant. Nous avons eu une carrière avant Jens, c’est sûr, mais je pense que son apport est qu’il a emmené plus loin le son sur lequel nous étions en train de travailler. C’est assez factuel quand on travaille dans un groupe, on n’a parfois pas assez de recul, on reste coincé dans ses propres méthodes et ses chansons. Parfois, de petits changements ou rien que de petits détails peuvent faire toute la différence.

Avec Jens, vous reconnaissez-vous dans la relation que les Beatles entretenaient avec George Martin par exemple ?

C’est dur de comparer, mais j’ai le sentiment – et a priori Jens ressent la même chose – que lorsque nous sommes en train de faire des albums ensemble, il est un peu comme un membre supplémentaire d’Amorphis. Il nous a dit qu’il se sentait comme un membre du groupe quand nous travaillions sur un album, et je trouve que c’est super. Ça rend toute la session et la musique encore plus personnelles pour Jens, je pense. Nous sommes contents car il s’investit à cent pour cent dans notre musique.

« Tomi Joutsen est un superbe exemple qui montre comment un gars peut vraiment transformer toute l’atmosphère et motiver le groupe à obtenir des résultats encore meilleurs. »

Avoir un producteur aussi impliqué dans la confection des chansons, c’est une approche qu’on retrouve beaucoup dans la pop mainstream. Je ne suis pas en train de dire qu’Amorphis fait de la pop, mais penses-tu qu’il y a beaucoup à apprendre des processus de la pop et de la musique mainstream, y compris pour un groupe de metal ?

C’est assez naturel. Plus les années passent, plus tu te développes en tant que musicien et compositeur. Je pense que pour les groupes et les musiciens, c’est naturel de commencer à bien réfléchir aux structures de chansons. Dans la plupart des cas, quand un groupe de metal débute, il s’agit d’aller en salle de répétition, de regarder les riffs qu’ont les autres gars, d’aligner les riffs les uns après les autres et d’obtenir au final quelque chose qu’on pourrait appeler une chanson. Pour moi, une chanson doit quand même répondre à certaines règles, comme les couplets, les refrains, les ponts, les pré-refrains, tout ce que l’on trouve dans une vraie chanson. Pour moi, personnellement, c’est obligatoire aujourd’hui. C’est la musique que j’ai envie d’écouter. Je n’ai pas envie d’écouter un simple enchaînement de riffs avec quelqu’un qui growle par-dessus. C’est une forme de maturité et, comme je l’ai dit, je pense que c’est assez naturel. Si tu veux être musicien, tu dois comprendre les règles de la musique.

Même si vous considérez que cet album est moins orchestré, il reste très travaillé avec plein d’arrangements – des voix féminines, des percussions et divers instruments. N’êtes-vous jamais inquiets, en travaillant autant vos chansons et en ayant un producteur qui a une telle mainmise sur les chansons, que votre inspiration initiale soit déformée ou gâchée ? Ou dit plus simplement, où fixez-vous la limite entre améliorer et gâcher ?

Je pense que ça dépend de l’attitude qu’on adopte avec les chansons. Je suis toujours ouvert aux changements. Bien sûr, ça fait mal parfois, quand on a passé beaucoup de temps sur sa musique au départ – il peut se passer six mois avant de présenter quoi que ce soit aux autres gars ou au producteur. Bien sûr que ça fait mal quand le producteur dit que ta chanson n’est pas assez bonne pour l’album, mais c’est la vie et c’est ainsi que ça fonctionne. Quand tu as une inspiration clé, une idée en laquelle tu crois fortement au sein d’une chanson, et que le producteur ne veut pas l’utiliser ou la mettre à la place de la chanson de quelqu’un d’autre, c’est clair que ça frustre, mais c’est le but du jeu. Et encore une fois, pourquoi embaucher un producteur si on ne lui fait pas confiance ? Nous essayons toujours de prendre du recul. Nous avons tous le même objectif, qui est le bien de l’album et non nos ambitions personnelles.

Penses-tu que Queen Of Times était un sommet en termes d’orchestrations, que si vous aviez été plus loin dans cette direction, ça aurait desservi la musique ?

Je pense que c’était un sommet, oui. En tout cas, c’est quelque chose que nous avons fait à ce moment-là. Mais je dois être honnête, quand nous avons fait Halo et que nous avons su que nous allions faire appel exactement à la même équipe de production et au même arrangeur orchestral – en gros à peu près la même équipe que sur Queen Of Time –, avant d’entendre quoi que ce soit, nous nous sommes demandé si ça allait être aussi énorme et grandiloquent que Queen Of Time. Ma plus grande crainte était qu’Amorphis se transforme en une sorte de comédie musicale à la Disney, un truc comme ça. Le côté orchestral en tant qu’élément principal et cette fibre symphonique, ce n’est pas trop notre tasse de thé, mais Jens est parvenu à fondre très joliment tous les éléments orchestraux au sein d’Halo. Pour nous, cet album sonne légèrement plus heavy que Queen Of Time et Under The Red Cloud. C’est super. C’était une grande surprise pour nous, car nous avions peur de faire un album dans la droite lignée de Queen Of Time.

C’est drôle car le groupe dit que cet album est plus heavy, alors que Jens soutient qu’il est plus pop. Comment expliquer une telle différence de perception entre lui et le groupe ?

Ça a pendant longtemps été le plus grand des mystères pour moi aussi [rires]. Je suis allé en Suède avec Santeri [Kallio], notre claviériste, pour écouter les mix finaux et faire quelques changements, et nous avons dit à Jens que cet album sonnait vraiment plus heavy, qu’il était beaucoup plus heavy que le précédent. Il est resté bouche bée et a commencé à nous dire : « Les gars, de quoi vous parlez ? C’est album est super pop ! » C’était une situation complètement absurde. On ne pouvait rien faire d’autre qu’en rire. Probablement que nous sommes entre les deux sur cet album.

Je ne sais pas s’il est plus heavy, mais les guitares sont clairement plus en avant. Est-ce que ça a changé quoi que ce soit dans ton approche ?

En effet, les guitares sont plus mises en avant, mais ça n’a pas changé grand-chose pour moi. Je pense que nous avons abordé les guitares à peu près de la même manière qu’auparavant. Mais j’étais content qu’il veuille davantage valoriser les guitares cette fois. Evidemment, il y a des chansons et des parties dans Halo où il y a des trucs orchestraux et plein de couches extraordinaires au synthé. Mais j’adore le contraste que nous obtenons et le fait que, lorsque le groupe doit être heavy, il est vraiment heavy.

« Gothic [de Paradise Lost] était peut-être bien le premier album qui combinait vraiment les mélodies et le death metal de la façon la plus pure. C’était un très bon album, très inspirant pour nous. Nous avons voulu nous aussi commencer à ajouter plus de couches harmoniques et mélodiques à notre musique. »

Justement, comme le montre l’artwork, l’idée de contraste et de dualité est au cœur de cet album. Est-ce que ça traduit vos personnalités et peut-être même la personnalité des gens des pays nordiques, comme la Finlande ?

Je pense, d’une certaine façon. Les paroles et l’artwork doivent toujours correspondre. C’est important pour nous d’avoir une sorte de Sainte Trinité : la musique, les paroles et l’artwork. Tout est très important pour nous. Cette fois, la réalisation de l’illustration a été un peu plus compliquée. Probablement que tout le monde connaît l’artiste français Valnoir. C’est aussi un artiste très exigeant. Il veut grosso modo travailler seul et, bien sûr, c’est très important pour lui de pouvoir lire les paroles et d’avoir une idée de ce qu’il y a derrière, des thèmes de l’album, afin de pouvoir s’en inspirer. Mais oui, les contrastes radicaux sont le thème principal de l’artwork. Après, je ne sais pas, les Finlandais ne sont peut-être pas aussi simples qu’on peut l’imaginer, mais l’illustration symbolise aussi un peu ce que nous avons essayé de raconter avec Halo.

La nature et le Nord ont toujours fait partie de votre imagerie. Si on devait analyser sur le plan psychologique, dans quelle mesure l’environnement naturel en Finlande, qui peut être très contrasté entre l’hiver et l’été, influe-t-il sur vos personnalités ?

Beaucoup. La météo ici, rien qu’avec les hivers et les étés, est tellement radicale que ça affecte automatiquement le mental des Finlandais. Après, on vit dans un pays très en longueur. Quand tu montes en Laponie, tu rencontres des gens, puis tu vas tout à l’est de la Finlande, tu rencontres d’autres gens, et ils ont chacun des modes de pensée très différents. C’est drôle. Je suis de Helsinki et j’ai vécu ici toute ma vie. Nous nous considérons ici plus comme des gens normaux, peut-être plus sociables, je suppose, alors que plus tu vas au nord, plus les gens peuvent paraître distants avec les autres et il y a beaucoup de contraste. Mais pour ce qui est de l’inspiration, absolument. Les changements dans la nature, avec l’hiver et l’été, la campagne, les lacs, la forêt et tout, c’est une énorme source d’inspiration pour nous. Il y a un côté poétique là-derrière, d’une certaine façon. Je trouve que ça colle parfaitement avec nos thèmes dans les textes et dans la musique. Tout vient probablement de ce que nous inspirent notre environnement et la nature ici.

Amorphis est un groupe qui a toujours joué sur le contraste, surtout depuis que Tomi Joutsen a rejoint le groupe, en utilisant son growl profond et puissant ainsi que son beau chant clair mélodique. Penses-tu que le contraste a été l’une des clés du succès d’Amorphis et de sa réussite artistique ?

Je suppose, d’une certaine façon. Pour nous, il a toujours été important d’aller plus loin, de se développer un peu. Il n’y a pas eu de gros changements musicaux au sein d’Amorphis ces dernières années, mais malgré tout, à chaque album, nous essayons de surprendre et d’entretenir l’intérêt de la musique pour les fans et pour nous-mêmes en tant que musiciens. Quand Tomi est arrivé dans le groupe, ça nous a ouvert une nouvelle porte et permis d’emmener le groupe plus loin qu’avant, quand Tomi n’était pas encore là. C’est un gros changement quand on change de chanteur dans un groupe, mais c’est aussi un superbe exemple qui montre comment un gars peut vraiment transformer toute l’atmosphère et motiver le groupe à obtenir des résultats encore meilleurs.

Dirais-tu que vos influences aussi sont contrastées ?

Absolument. Ça a toujours été le cas, depuis que nous avons créé le groupe. Au début des années 90, nous écoutions beaucoup de death metal. Nous allions voir les concerts des groupes de nos amis. Nous vivions dans la scène underground. Mais nous ne faisions pas qu’écouter du vieux death metal et des démos. Nous aimions aussi pas mal d’autres genres de musique à l’époque, comme des groupes des années 70, Jethro Tull, Black Sabbath, Led Zeppelin, etc. Tous ces groupes nous ont énormément influencés et ont été importants pour nous. Il y a toujours eu ce côté yin et yang dans nos goûts musicaux aussi. Encore aujourd’hui – quand nous pouvons tourner – dans le tour bus, quand nous écoutons de la musique, ça va vraiment d’un extrême à l’autre, ça va du vieux death metal à Duran Duran ou je ne sais quelle musique pop.

« Quand on compare Tuonela et Am Universum à Elegy, la différence est énorme, ce pourrait être un autre groupe. Je ne pense pas que c’était forcément une décision très intelligente ; c’était même une décision extrêmement stupide de faire un tel changement [petits rires]. Mais pour nous, en tant que musiciens, c’était très important. »

Quand on écoute votre premier EP, Privilege Of Evil, et peut-être dans une certaine mesure votre premier album The Karelian Isthmus, vous jouiez un death metal très sombre. Comment avez-vous commencé à nuancer votre musique et à lui apporter de plus en plus de mélodie initialement, avec Tales From The Thousand Lakes puis Elegy ?

Je pense que ça a commencé quand Paradise Lost a sorti l’album Gothic. Il nous a énormément marqués. Encore aujourd’hui, dans la scène metal, je pense que ça reste un album vraiment remarquable. Gothic était peut-être bien le premier album qui combinait vraiment les mélodies et le death metal de la façon la plus pure. C’était un très bon album, très inspirant pour nous. Nous avons voulu nous aussi commencer à ajouter plus de couches harmoniques et mélodiques à notre musique. Au début, c’était très timide, mais nous avons quand même commencé à séparer guitare rythmique et guitare mélodique. Plus tard, nous avons été plus loin dans cette voie et nous avons commencé à ajouter des mélodies et harmonies de guitare plus complexes, et nous avons aussi pris un claviériste dans le groupe. Je pense que les harmonies et les mélodies sont devenues une des règles du son d’Amorphis à cette époque. Un peu plus tard, nous avons commencé à travailler avec du chant clair, donc nous avions deux chanteurs dans le groupe : Tomi [Koivusaari], notre guitariste, faisait encore les growls et Pasi [Koskinen] a rejoint le groupe pour être le chanteur en voix claire. Petit à petit, nous avons commencé à développer notre musique plus dans cette direction.

Fut un temps où l’équilibre entre clair et obscur est passé d’un un extrême à l’autre du spectre, où le growl avait totalement disparu et Amorphis est devenu purement un groupe de rock : comment comparerais-tu votre état d’esprit entre votre période purement death metal du début et celle purement rock avant que Tomi Joutsen arrive ?

Quand je repense à tout ça, j’ai l’impression que c’était une autre vie. Même si je me souviens très bien de ces époques et périodes, trente ans se sont écoulés depuis que nous avons fait nos premiers albums. Je pense que ça montre comment nous étions. Après Elegy, nous en avions marre du death metal, et nous voulions vraiment nous engager dans un univers sonore plus sophistiqué. Quand on compare Tuonela et Am Universum à Elegy, la différence est énorme, ce pourrait être un autre groupe, mais ça correspondait à ce que nous voulions faire avec la musique. Je ne pense pas que c’était forcément une décision très intelligente ; c’était même une décision extrêmement stupide de faire un tel changement [petits rires]. Mais pour nous, en tant que musiciens, c’était très important. Je dis toujours que sans Tuonela ou Am Universum, je ne pense pas que nous serions là aujourd’hui. Nous nous serions sans doute séparés, parce que ce que nous avons fait avec Elegy, après avoir sorti cet album, ça ne nous apportait rien de plus en tant que musiciens, donc nous avions besoin de prendre un tournant et d’essayer autre chose. Mais j’imagine que c’est ce qui est arrivé à plein de groupes ayant eu une longue carrière. Encore une fois, Paradise Lost est un bon exemple avec ce qu’ils ont fait avec Host. Je ne pense pas que c’était leurs meilleures années et ils ne sont pas très contents de cette période quand ils y repensent, mais c’était sans doute la même chose. A l’époque, c’était une nécessité aussi pour eux d’essayer de faire quelque chose de différent. Je pense qu’on ne peut pas jouer dans un groupe aussi longtemps sans se remettre en question.

Dirais-tu que vous êtes aujourd’hui dans une forme de synthèse ?

Je pense, oui. Ça vient aussi avec l’âge. Tu commences à comprendre quels sont les éléments clés dans ta musique. C’est aussi la somme de tous les membres du groupe. Nous avons une superbe alchimie dans le groupe et tout le monde est à fond sur la création musicale et le fait de jouer la musique. Je pense que nous ne ferons plus de changements dans notre musique aussi radicaux que ceux que nous avons faits dans le passé, mais j’espère quand même qu’il y aura de nouvelles influences et de nouveaux changements, car c’est un peu ce qui fait l’identité d’Amorphis.

Je sais qu’Under The Red Cloud, Queen Of Of Time et Halo sont plus ou moins considérés comme une trilogie, principalement parce qu’ils ont été faits avec le même producteur et le même illustrateur. Penses-tu que la prochaine fois sera le moment de changer un peu, ou bien votre état d’esprit est-il « on ne change pas une équipe qui gagne » ?

On ne sait jamais. Evidemment, j’adorerais retravailler avec les mêmes gars, mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut prévoir. C’était pareil avant Halo. Il était clair que nous voulions travailler avec Jens, mais on ne connaît jamais ses plans. Il pourrait très bien prendre sa retraite et faire autre chose, et alors il faudra trouver une autre option. Je pense que c’est trop tôt pour le dire, mais je suis presque certain que nous continuerons à travailler ensemble dans le futur.

Interview réalisée par téléphone le 26 janvier 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Amorphis : amorphis.net

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