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Chronique   

Amorphis – Halo


Halo, quatorzième opus des Finlandais d’Amorphis et troisième réalisé avec la même équipe – Jens Bogren à la production et Valnoir au visuel – est le résultat d’une volonté commune de proposer une atmosphère plus pondérée. Car le groupe savait qu’il avait atteint, avec Queen of Time, un sommet d’opulence et de sentiment épique. Aussi, sans se parjurer, le groupe et son producteur – véritable septième membre en studio – souhaitaient-ils substituer une certaine sobriété à la démesure. Si nous verrons que cette modération demeure toute relative lorsqu’on parle de la musique d’Amorphis, force est de constater qu’au-delà des reliefs mélodiques toujours aussi présents, ce nouveau chapitre cultive assurément une poétique du contraste.

Comme pour manifester rapidement cette intention, le dynamique titre d’ouverture « Northward », dont les riffs évoquent immédiatement le très direct Under The Red Cloud, dévoile une structure progressive caractéristique de la formation finlandaise et instille dans le même temps une alternance mélodique, où les guitares et la batterie répondent aux chœurs et aux orchestrations plus qu’elles ne les accompagnent. Une oscillation, que les vocalises de Tomi Joutsen ponctuent par ailleurs toujours avec précision, et qu’Amorphis convoque pour confectionner ses atmosphères, comme avec « The Moon », un titre qui s’appuie autant sur les claviers que sur les guitares pour construire ses ambiances et ses mélodies. Un agencement sonore qui caractérise bien cette volonté de rompre, en partie, avec la pompe symphonique au profit d’une atmosphère plus tempérée mais non moins captivante, plus à même de porter les singularités émotionnelles de la musique du groupe et donc, en réalité, de présenter et d’accentuer les contrastes entre voyage et mélancolie. Car Halo est un album du mouvement et propose une progression soigneusement pensée qui s’appuie sur une alternance constante entre moments de grâce mélodique et scansions de riffs aux contours plus sombres.

Des contrastes forts, qui prennent leur source dès la genèse de l’album, dans les textes de Pekka Kainulainen, toujours auteur des paroles, et qui s’éloignent une nouvelle fois des strictes références au Kalevala pour proposer une narration à la fois plus personnelle et plus métaphysique. Un récit qui jongle entre l’aventure collective et la méditation taciturne et que le groupe personnifie lui-même à tous les niveaux au travers de sa musique. Amorphis superpose en effet au voyage mélodique un voyage symbolique et spirituel qui se transpose dans son ballet de symphonies en clair-obscur. Les percussions chorégraphiées des héroïques « When The Gods Came » et « War » répondent ainsi aux ambiances pittoresques de « On The Dark Waters » ou « A New Land » ponctuées d’accords de sitar électrique, tandis que la structure même de l’album met en regard compositions romanesques et instants d’accalmie.

Là où les deux mouvements prennent le plus sens, c’est au niveau de l’agencement des instruments et des harmoniques, opéré par le producteur Jens Bogren, épaulé pour les arrangements orchestraux par l’incontournable Francesco Ferrini (Fleshgod Apocalypse). Véritable acteur de la mesure, Bogren impose de fait une tempérance orchestrale pour que nuances et disparités soient le plus saillantes possible. Une démarche que l’on retrouve ainsi parfaitement incarnée sur un titre tel que « The Wolf », dont la structure heavy aux rythmiques appuyées se structure autour d’incisions virulentes et de riffs entrelacés. Toujours dans l’esprit de l’album, la présence d’une telle composition, au-delà de son essence résolument metal, marque inévitablement une différence avec les pièces davantage éthérées de l’album, à l’instar du final langoureux « My Name Is Night » qui lui succède. Cet épilogue constitue une ballade mélodique fortifiée par la voix envoûtante de la chanteuse Petronella Nettermalm qui donne ici la réplique à Joutsen pour un épilogue aérien du plus bel effet. Un épilogue qui affirme sans ambiguïté la volonté de proposer des titres non seulement forts par et en eux-mêmes, mais aux variations franches et immédiatement remarquables.

A la manière de son artwork, Halo est donc un jeu perpétuel d’oppositions. Des oppositions subtiles, jamais excessives, qui ne perdront pas les auditeurs conquis par le voyage des précédents opus, mais qui permettent assurément d’entretenir une certaine vivacité. Les compositions, où l’ombre et la lumière ne se distinguent jamais que par de légères inflexions mélodiques, héritent en effet d’une poétique rodée et assurée, ainsi que d’un équilibre et d’une variété remarquables. Les chansons sont, en cela, les héritières directes de la discographie du groupe. Et si Halo n’est pas aussi audacieux qu’il aurait pu l’être, s’il délaisse en partie les élans qui avaient déterminé la création de ses plus proches aînés, il témoigne d’une véritable capacité à parfaire et perfectionner une stylistique pourtant largement usitée. Même sans proposer de rupture franche, Halo sait briller par les péripéties instrumentales qu’il propose. Parce qu’il adopte une approche plus franche, en grande partie soutenue par la finesse du travail de production de Bogren, ce nouvel opus renoue avec un son plus organique, tout en adoptant une posture plus contrastée, et cultive l’équilibre à tous les niveaux : une harmonie non sans antagonismes, témoins d’une complexité existentielle, que le groupe choisit ici de représenter sans manichéisme ni superflu.

Clip vidéo de la chanson « On The Dark Waters » :

Clip vidéo de la chanson « The Moon » :

Album Halo, sortie le 11 février 2022 via Atomic Fire Records. Disponible à l’achat ici



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