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Chronique   

Amorphis – Queen Of Time


Vingt-quatre ans après Tales From The Thousand Lakes (1994), encore aujourd’hui invoqué comme la référence lorsqu’on évoque la carrière des Finlandais d’Amorphis, la formation n’a jamais vraiment déçu. On pouvait seulement lui reprocher la redondance naissante d’une formule bien connue depuis l’arrivée de Tomi Joutsen au chant en 2005. Under The Red Cloud (2015) est venu briser ce confort croissant, supporté par une tournée pharaonique. Le groupe profite encore de ce nouvel élan, ils n’ont pris qu’un seul jour de repos entre la fin de la tournée Under The Red Cloud et les sessions de jeu du nouvel album intitulé Queen Of Time. Le groupe accueille le retour du bassiste d’origine Olli-Pekka Laine (Barren Earth) qui vient pallier le départ de Niclas Etelävuori et entreprend une nouvelle collaboration avec le producteur Jens Bogren, déjà à l’œuvre sur le précédent album. Si Amorphis avait ce don de toujours surprendre via des changements de style avant que l’ère Tomi Joutsen amoindrisse les prises de risques, Queen Of Time montre le visage d’une formation qui a véritablement décidé d’aller tout simplement plus loin, presque rajeunie.

Outre les six membres du groupe, c’est Jens Bogren qui a apporté une véritable contribution aux compositions avec une vision bien définie de ce que devait être Queen Of Time, album centré sur la naissance et la chute des civilisations. Afin d’évoquer des thèmes graves, presque mythologiques, le producteur a sans cesse amplifié l’épique dans les compositions d’Amorphis via des arrangements de cuivres, de cordes et des chœurs qui se conjuguent au travail du claviériste Santeri Kallio. Queen Of Time ne s’inscrit pas seulement dans la continuité d’Under The Red Cloud, cette fois-ci Jens Bogren a eu l’audace de transcender les compositions d’Amorphis. Queen Of Time n’est pas plus heavy ou autre, il est bien plus dense et grandiloquent. « The Bee » s’ouvre par des nappes de synthétiseur supportées par une voix de femme proche d’un chant de sirène (ou ce qu’on s’imagine être un chant de sirène) avant d’aboutir sur un riff orientalisant dans la plus pure tradition de ce que propose Amorphis, poussé par le growl de Tomi Joutsen. L’intérêt majeur de Queen Of Time réside justement dans cette sorte d’équilibre entre arrangements poussés à l’extrême et permanence de la recette d’Amorphis. « Message In The Amber » en est le bon exemple : malgré sa structure progressive, son ample dynamique et son pont lyrique, sa mélodie conquérante a tout d’un classique du groupe. De même qu’un « Grain Of Sand » sur lequel Amorphis n’oublie pas que le metal, c’est avant tout une histoire de riffs.

En outre, le songwriting permet à Tomi Joutsen de livrer des refrains entêtants, à l’image de sa voix claire sur « The Bee » justement. Celui-ci se montre bien plus agressif sur des titres à tendance black tel que « Daughter Of Hate » en l’introduisant par un cri déchiré avant de revenir à un couplet plus nuancé. À nouveau un sentiment d’épique prend forme lorsque Tomi conjugue sa voix avec des chœurs très cinématographiques. Il y a même une impression de théâtralité qui émerge avec la voix murmurée du parolier Pekka Kainulainen. Parfois Amorphis parvient à surprendre avec un titre comme « Wrong Direction » aux accents « pop », avec des percussions en renfort de la rythmique et un passage où la voix modifiée par un effet vient côtoyer certaines lignes de Vincent Cavanagh au sein d’Anathema avant de se muer à nouveau en growl caverneux, le tout dans une explosion de cordes. « The Golden Elk » possède quelques réminiscences de l’époque Am Universum (2001) avec quelques sonorités psychédéliques et un pont folk/oriental mêlant violons, instrument à corde traditionnel et vocalises féminines (on se retrouve comme propulsé sur un disque d’Orphaned Land) aux côtés d’un refrain enjoué, tandis qu’un break à consonances ethniques vient ponctuer « Grain Of Sand ». Sobre non, exaltant oui.

Pour renforcer cet effet de profusion, Jens Bogren a décidé d’inciter Amorphis à accueillir de nombreux invités. Ainsi on retrouve Chrigel Glanzmann (Eluveitie) aux flûtes, le chanteur laryngien Albert Kuvezin, Jørgen Munkeby (Shining (NOR)) au saxophone, Anneke Van Griesbergen ainsi qu’un orchestre et un chœur pour la première fois dans la carrière d’Amorphis. Surtout, la présence d’invités ne vient jamais prendre le pas sur l’essence des compositions d’Amorphis, ils sont subordonnés au propos de l’album et participent pleinement aux atmosphères des titres sans donner l’impression d’une intégration superficielle. Ainsi, les arrangements de saxophone confèrent une forme de délicatesse à « Daughter Of Hate », tandis que les chœurs et orchestrations saccadés sur l’outro d’ « Heart Of The Giant » en font une composition homérique. En réalité, seule l’intervention d’Anneke Van Griesbergen en duo avec Tomi Joutsen sur « Amongst Stars » et ses mélodies folk fluettes prend l’allure d’une participation plus ostentatoire. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’Amorphis reste au centre de l’attention, à l’instar du chant de Tomi Joutsen qui impressionne par sa polyvalence. Queen Of Time a un équilibre et une variété suffisamment rare pour être souligné.

Amorphis semble s’être complètement débridé sur Queen Of Time et parvient même à intriguer à quelques reprises. Le travail du groupe en étroite collaboration avec la vision de Jens Bogren a permis d’aboutir à des compositions opulentes, qui assument complètement le côté dantesque de la musique (la conclusion de « Pyres On The Coast » en est le parfait témoin), faisant écho aux thèmes de l’album. Ainsi Queen Of Time est aussi exubérant que puissant et ce sans que les Finlandais ne se soient travestis.

Clip vidéo de la chanson « Wrong Direction » :

Lyric video de la chanson « The Bee » :

Album Queen Of Time, sortie le 18 mai 2018 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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