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Metalanalyse   

Amorphis : une affaire qui tourne


Amorphis, sous sa forme actuelle, c’est déjà cinq albums en sept ans. Mine de rien, c’est presque la moitié de l’existence discographique du groupe. Pourtant, en comparant les tableaux de l’avant et de l’après Tomi Joutsen, chanteur au registre impressionnant qui a intégré la formation finlandaise en 2005, Amorphis a fait preuve ces dernières années d’une constance et d’une homogénéité inébranlable, lassante jugeront peut-être certains.

Amorphis c’est tout de même le groupe qui de 1992 à 2003 est passé d’un death metal épais à un autre plus mélodique aux influences folk puis à un metal/rock progressif en abandonnant le chant growlé, incluant même de manière épisodique du saxophone avant la mode que l’on observe aujourd’hui, à un rock plus direct sur le dernier opus avant le départ du chanteur Pasi Koshinen. Alors, c’est certain, en comparaison, la stabilité de ces sept dernières années paraît manquer d’un peu de piment. Amorphis ne surprend guère plus.

Il faut dire que le groupe semble avoir trouvé la formule magique qui fait mouche à chaque coup. Les quatre albums qui précèdent Circle, dont il est question aujourd’hui, ont prouvé leurs qualités indéniables : un savoir-faire mature, une personnalité propre, un frontman de premier choix, etc. On ne change pas une formule qui rapporte, dans la mesure où c’est cette dernière qui a boosté la popularité du combo, ni une équipe qui gagne. C’est même peut-être parce que l’équipe ne change pas que la formule reste la même. C’est ce que semblait nous suggérer récemment le guitariste Esa Holopainen en entretien, en pointant du doigt les changements musicaux de la première moitié de carrière du groupe qui coïncident avec des changements dans le line-up.

Pourtant, il faut croire que, arrivé à l’issue de The Beginning Of Times, la routine commençait à se faire sentir dans les rangs du sextet. « En faisant la promotion de The Beginning Of Times, nous commencions à nous rendre compte que nous donnions sans arrêt les mêmes explications lorsque les gens nous posaient des questions sur notre processus d’enregistrement et de composition. […] Le processus de création n’offrait aucune surprise et paraissait bien trop assuré », avouait Holopainen. Le résultat : un petit bouleversement dans les habitudes de l’équipe qui change d’environnement, ne refait pas appel à Marco Hietala, producteur et coach vocal sur les quatre derniers opus, pour profiter de l’expertise d’un autre musicien réputé, Peter Tägtgren, et décide de ne pas baser son album sur le fameux recueil de poèmes finlandais Kalevala – qui a servi de base à une majorité d’albums du groupe dont les quatre derniers – pour voir le parolier Pekka Kainulainen développer un concept original.

Un « bouleversement » dans le processus mais, en fin de compte, pas tant dans le produit. Preuve que c’est bien Amorphis qui fait ses albums et non le lieu, le producteur ou le parolier : Circle reste dans la continuité de ses prédécesseurs, dans cette formule qui leur réussit si bien. Ceux qui avaient été emportés par les quatre précédents disques le seront tout autant cette fois-ci. Même la thématique, au final, se rapproche fortement, dans l’esprit, des histoires du Kalevala et de la mythologie finlandaise. Ceux qui attendent un peu plus de surprise de la part d’Amorphis devront repasser et attendre la prochaine fournée en croisant les doigts.

Quoique. Si nouveauté il y a, elle est à trouver dans les détails. Notamment du côté du chant extrême de Tomi Joutsen qui gagne encore en étendue, en particulier avec ce timbre vicieux qu’il emploie de manière inédite sur « Nightbird’s Song ». Un timbre qui le fait légèrement pencher du côté d’un black metal façon Dimmu Borgir – effet accentué par le riff lui-même très black metal – et offre une teinte supplémentaire à la déjà colorée musique d’Amorphis. Logique, certains jugeront, dans la mesure où un chanteur connu pour ses vocalises extrêmes a repris le rôle de coach auprès de Joutsen. De manière générale, si Peter Tägtgren n’a semble-t-il pas influé sur la direction des compositions, il l’a certainement fait sur la sonorité globale, notamment des guitares plus épaisses, plus « death metal suédois », comparables à celles de la dernière production d’Hypocrisy. Ce qui a pour effet de mettre en valeur les riffs les plus heavy, comme celui de « Hopeless Days », sombre et rehaussé de puissantes nappes de clavier.

Pour le reste, Amorphis fait étalage de son savoir-faire avec un metal à la palette dynamique, son sens mélodique qui lui confère un caractère immédiatement identifiable, ses refrains qui restent en tête et ses accents classieux de folklore scandinave, bien loin des clichés du folk metal. Le travail d’arrangement très fin et riche dont bénéficie Circle est d’ailleurs un bon indicateur de cette maîtrise. On y retrouve notamment de la flûte (« Narrowpath », « Nightbird’s Song ») et du saxophone (« A New Day »), démontrant par la-même que le groupe n’a rien perdu de son ouverture.

Amorphis a aujourd’hui changé son cadre de création pour désamorcer la routine mais, pourtant, reste fidèle à sa ligne créatrice. Peut-être la prochaine fois remettra-t-il également en cause cette dernière et proposera une évolution davantage significative. Gageons que cela arrivera lorsque Holopainen en aura assez de donner les mêmes explications sur sa musique… Ou peut-être Circle n’est-il que la première étape, la première remise en question, de ce qu’il dit considérer comme une nouvelle ère.

Album Circle, sortie le 19 avril 2013 chez Nuclear Blast Records



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