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Amphi Fest 2012 : Elégance, mannequinat et bonne musique.


L’Amphi Fest est le genre d’événement que vous devriez faire au moins une fois dans votre vie. Cologne accueille en effet chaque année le must de la scène électro-indus internationale pendant deux jours. Cette année The Sisters Of Mercy, Combichrist ou DAF se produisaient par exemple sur les deux scènes (une indoor, la Staatenhaus, et l’autre en plein air, la Main Stage) situées au bord du Rhin. Comme à son habitude, le fest a eu la bonne idée d’aménager un espace « plage » avec des transats et des canapés adaptés. Avec la jolie vue sur le centre ville de Cologne situé de l’autre côté du fleuve, difficile de ne pas apprécier ces conditions idéales. D’autant plus que le soleil a été au rendez-vous les 21 et 22 juillet derniers.

Il faut par ailleurs savoir que l’Amphi Festival est jugé par certains fans d’électro-indus comme un festival « commercial ». Notamment parce que nombre d’artistes qui s’y produisent sont largement reconnus dans le milieu. Ce constat démontre que l’indus est une scène musicale qui connaît, avec ses puristes, les mêmes problématiques que n’importe quel autre style constamment soumis aux jugements de ses propres fans, parfois apôtres de la sacro-sainte doxa « 100% underground ». Pourtant l’Amphi Fest vaut largement le déplacement. Si vous avez suivi notre couverture en direct sur Twitter, vous savez que nous avons senti du parfum partout autour de nous pendant deux jours (bon, on exagère un peu… mais quand même !), avons vu des filles incroyablement belles, sans oublier, bien entendu (et heureusement car c’est le plus important), des concerts formidables de groupes souvent méconnus en France qui se produisent en conséquence très peu dans l’Hexagone.

L’Amphi Fest est un événement qui propose du spectacle sur scène comme en dehors. Et c’est pour cette raison que nous avons choisi d’y revenir après notre première couverture l’année dernière. Après les comptes-rendus du Power Prog And Metal Fest, du Sonisphere Espagnol, du Nancy On The Rocks, du Download, des Métallurgicales, du Hellfest, du Graspop, du Main Square , du Sonisphere France et du Rock d’Ay, Radio Metal vous propose son live report illustré de l’Amphi Fest 2012.

Festival : Amphi Fest 2012
Date : 21 et 22 juillet 2012
Lieu : Cologne (Allemagne)

Tyske Ludder

L’Amphi nous accueille avec A Life Divided. Le groupe allemand nous gratifie de tubes électro/pop qui rappellent les derniers essais de Linkin Park. A Life Divided a beaucoup de talent et ses compositions restent dans la tête facilement. Cependant, alors que le groupe existe déjà depuis quelques années, il donne l’étonnante impression de fouler pour la première fois les planches. On peut notamment le constater par les regards des membres d’A Life Divided qui sur scène paraissent parfois un peu perdus. La prestation manque d’impact mais est tout de même agréable car les musiciens sont souriants et on a donc droit à un set très spontané mais qui aura manqué de puissance et d’expérience. Donnez à A Life Divided les armes scéniques d’un Eisbrecher (une performance sur laquelle on reviendra plus bas) et vous aurez là une prestation qui se rapprochera de la perfection. Un bon set pour démarrer malgré ses évidentes imperfections.

De l’EBM à l’Amphi Fest, c’est toujours un grand moment. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un groupe comme Tyske Ludder apprécié par un public allemand réceptif et motivé. Car c’est à l’occasion de ce genre de concert que l’on s’aperçoit que les pogos allemands sont… puissants ! Et ce à l’image des titres de Tyske Ludder qui sont interprétés avec maîtrise dans une ambiance paramilitaire violente et particulièrement tonique. Ainsi, il suffit d’être un minimum réceptif aux sons électroniques pour avoir envie de danser avec les spectateurs. Nos montres métalliques affichent 13h50 et il est donc temps de savourer l’EBM old-school de Spetsnaz qui, malgré son nom, à un visuel live nettement moins marqué par le culte de l’imagerie militaire que celui de Tyske Ludder. En effet, l’éloge du corps et de la danse est au cœur du projet de Spetsnaz qui, là encore, motive son public par une performance minimaliste et froide. Le morceau « That Perfect Body » résume parfaitement l’état d’esprit du chanteur et du batteur qui aiment jouer avec les contrastes. Sur ce titre l’un adopte une attitude martiale et linéaire en tapant du bout de ses baguettes sur ses pads électroniques alors que l’autre gesticule dans tous les sens pendant que la foule s’adonne aux mêmes pogos que ceux de Tyske Ludder. Avec Spetsnaz, le public de la Main Stage aura savouré une prestation très dynamique.

Spetsnaz

A priori, on pourrait penser que le caractère atmosphérique des compositions de Mind.In.A.Box doit nécessiter une mise en scène particulière en live puisque la musique du groupe est particulièrement intimiste. Le fait de jouer en plein air sur cet Amphi Fest 2012 aurait ainsi pu être un inconvénient pour le groupe. Pourtant de nombreux éléments ont participé au succès total de ce concert. La qualité des compositions parfaitement retranscrites (« Change », « Lost Alone ») ou superbement réarrangées (« 8 Bits »), l’utilisation des instruments « traditionnels » guitare/basse parmi tous ces éléments électroniques sans oublier le professionnalisme et la décontraction des musiciens auront donné à ce concert un caractère très humain. Mind.In.A.Box s’était déjà produit à l’Amphi Fest l’année dernière mais cette prestation de 50 minutes a été bien plus longue qu’en 2011 et a par conséquent été encore plus jouissive.

À l’inverse d’un groupe comme Apoptygma Berzerk, Assemblage 23 n’a pas été une bonne surprise en live. Les morceaux, pourtant excellents sur album, manquaient de puissance et de dynamisme. L’initiative de prendre un batteur était pourtant bonne et honnête mais le groupe américain n’est pas parvenu à nous réveiller. Pour sa part, Spiritual Front fait partie des groupes qui dépareillaient le plus dans la programmation de cet Amphi Fest 2012. Une bonne initiative de la part du festival à souligner et qui nous laisse penser que la scène néofolk devrait être encore plus représentée l’année prochaine car cette prestation de Spiritual Front fut tout simplement excellente. Que ce soit sur le volet musical – le groupe de folk traditionnel assure ses morceaux avec brio – et en termes d’impact scénique car ces musiciens respiraient l’élégance de bout en bout. Et même si l’ensemble du public était assis au début du show, beaucoup se sont naturellement levés pour danser. Une très bonne prestation de Spiritual Front en somme.

Eisbrecher

Eisbrecher remplit de plus en plus facilement les salles en Allemagne. Il faut dire que ses tubes de metal indus rappellent beaucoup Rammstein pour les riffs entêtants et le chant pratiqué dans la langue de Goethe. A l’image du combo cité précédemment, Eisbrecher a aussi un sacré charisme avec des tubes que l’on se surprend à fredonner longtemps après le concert. Le public est aux anges devant Alexx Wesselsky, un frontman drôle, beau gosse et classe qui met l’audience dans sa poche en une minute. Alexx est d’ailleurs connu en Allemagne pour avoir animé une émission à la télévision allemande sur les voitures ! Ce qui impressionne le plus sur le concert d’Eisbrecher, c’est le professionnalisme. Tout est carré, réfléchi et chaque musicien est hyper concerné. Incontestablement l’un des concerts du festival.

[:SITD]

Si nous prenons plaisir à naviguer entre les deux scènes et croiser par ce biais des centaines de filles (dont une trentaine répondant aux critères du mannequinat !) fascinées par le look goth, les grands concerts sont déjà au rendez-vous en ce samedi 21 juillet. Toutefois, avec [:SITD], voici un concert contrasté. Sur cette prestation deux membres du groupe se partagent les lignes vocales : l’un à la voix claire et agréable au look rockabilly et l’autre à la voix plus rude et au look qui évoquait, bandana dans les cheveux, un Mike Muir (Suicidal Tendencies) ou un Ice-T (Body Count) mais en beaucoup plus posé. Cette attitude originale était tout de même étonnante pour un concert d’électro et, au final, son acolyte sera parvenu à mieux retranscrire sur les planches l’atmosphère mystérieuse des chansons de [:SITD].

Haujobb

Haujobb faisait partie des concerts que l’on attendait le plus – notamment grâce au dernier album, New World March (2011), véritable condensé de tubes futurepop – et à juste titre puisque ses morceaux se prêtaient bien à la prestation live. La voix de Daniel Myer (Covenant) et la très juste utilisation des machines ont contribué à rendre ce live intéressant. Seul problème, les écrans disposés de chaque côté de la scène ne marchaient pas au début du set… Détail d’ailleurs réglé durant le concert. Bref, une seule règle pour Haujobb en live : Let’s Drop Bombs! La prestation de Nachtmahr fut également très attendue. En effet, il s’agit tout de même de voir sur scène Thomas Rainer (ex-L’Âme Immortelle) qui développe depuis 2007 ce projet particulier qui consiste à singer les régimes totalitaires, et en l’occurrence le Troisième Reich, par une attitude, une mise en scène et des sons particulièrement kitsch. Surprenant d’autant plus que l’on s’attendait à une prestation plus sérieuse et martiale avec les « Nachtmahr Girls. » Ainsi le groupe aurait sans doute gagné à accentuer cet aspect pour gommer les facettes kitsch dans l’ensemble bien trop présentes. C’est peut-être à cause de cet état de fait que ce concert a paru redondant. Une semi-déception donc.

Apoptygma Berzerk

The Sisters Of Mercy fait partie de ces groupes qui entretiennent un certain mystère et une magie en live : de la fumée, un light show omniprésent et… encore plus de fumée ! Jouant en plein air sur cette édition 2012, le groupe a tout de même perdu une certaine part de mystère que l’on a l’habitude de constater en salle. Le résultat est un peu moins rentre-dedans et efficace même si, fait rarissime sur un concert des Sisters, une chanteuse fait une apparition remarquable lors de certaines chansons. Elle a d’ailleurs interprété le titre « This Corrosion » au piano, seule sur scène, ce qui souligne que le groupe a souhaité renouveler sa prestation. Un bon choix même si un concert de The Sisters Of Mercy se savoure d’abord en salle. En tout cas, l’une des grandes surprises de cette première journée du festival fut Apoptygma Berzerk. Le groupe norvégien s’est dernièrement tourné vers des compositions rock avec un album sorti en 2009, Rocket Science, qui ne valait pas les premiers pas de Stephan Groth. Pourtant, ce concert a démontré que le combo était à la fois puissant et intelligent en mélangeant titres rock et tubes futurepop de la première heure. L’énergie et la maîtrise de l’ensemble de la performance ont transcendé les albums du groupe qui paraissent moins efficaces sur une simple chaîne hi-fi. Apop : un groupe qui prend toute sa dimension en live ? Nous ne sommes pas loin de le penser !

DAF

La recherche d’une musique dansante aux sonorités froides et aux rythmes électroniques puissants est l’une des principales qualités de DAF. Cette recherche musicale a d’ailleurs influencé la trajectoire de nombreux groupes d’EBM à l’instar de Tyske Ludder ou de Spetsnaz. En conséquence, les fans de la première heure étaient bel et bien présents pour ce concert minimaliste et efficace. Bien évidemment, la performance est menée par les deux membres créateurs du groupe, Gabi Delgado et Robert Görl, qui semblent avoir la même énergie qu’à la fin des années 1970. Les compositions sont simples, courtes et font danser un public motivé qui voit en face de lui deux musiciens réellement touchés par cet accueil chaleureux. Pour le plus grand plaisir de l’audience, DAF rejouera même le tube « Der Mussolini » une deuxième fois à la fin du set. La classe.

Lorsque nous débarquons sur les lieux du festival le lendemain, Aesthetic Perfection paraît motivé et heureux d’en découdre. Le trio fait partager avec plaisir ses tubes qui restent bien en tête devant un public qui apprécie les compositions de la formation américaine. L’énergie fut le maître-mot de ce concert qui fera partie des très bons moments de ce dimanche 22 juillet. Sur un autre sujet, on pouvait redouter de voir The Crüxshadows en live de peur d’être déçu par le chant particulier de Rogue. Mal nous en aurait pris car sa performance fut tout simplement excellente, que ce soit du point de vue de la mise en scène ou de la technique. L’ensemble comprenait deux danseuses, deux violonistes, une claviériste et un Rogue qui se sera amusé à escalader durant tout le set les structures latérales de la scène. Là encore, les chansons sont entraînantes et restent facilement en tête. La présence des deux violons est indispensable et ce bon set sera assuré sans playback. Un regret toutefois, The Crüxshadows n’aura pas interprété son tube « Marilyn, My Bitterness ».

The Crüxshadows

On enchaîne avec le set de 18 Summers qui mélange néofolk et électro-indus. Les morceaux sont donc très variés et parviennent à réveiller certains spectateurs pas forcément sensibles au folk. Mais les compositions travaillées de 18 Summers sont bien amenées et trouvent donc un écho très positif auprès du public allemand. Une belle surprise à l’image du concert électro/trip hop de Conjure One qui marque une pause dans cette programmation et qui, là aussi, donne à voir une performance calme et intéressante. Le déroulement du set est une gradation de plus en plus intense, notamment si l’on découvre ce groupe en live. Conjure One divulgue des morceaux originaux et surtout de qualité avec une bonne maîtrise des instruments sur scène et un enchaînement bien pensé. Le trio – composé de Rhys Fulber (Front Line Assembly) accompagné d’un batteur et d’une chanteuse (sur certains morceaux) – aura donc fait passer un excellent moment à la foule avec ses écrans lumineux verticaux qui embellissaient ses compos. Un très grand moment.

Blutengel

La performance de Blutengel, car il s’agit bien là de performance, fut probablement la plus kitsch de cette nouvelle édition de l’Amphi Fest. Après la figure culte de Thomas Rainer, voici celle de Chris Pohl à qui l’on doit les groupes Terminal Choice, Tumor et Miss Construction. Place à un show atypique avec une scène qui n’accueille pas d’instruments mais des danseuses qui s’échangent le rôle de vampire et de victime en étant souvent recouvertes de faux (vrai ?) sang. Chris Pohl est également appuyé par les deux magnifiques chanteuses qui officient traditionnellement dans le groupe et que l’on retrouve d’ailleurs dans les clips du groupe allemand. L’ensemble du set est réussi car les compos sont dansantes, punchy, et les voix sont agréables. C’est donc avec joie et le sourire aux lèvres que le public quitte la scène principale.

Bestial Combichrist

Monstrueux, magique, intense, original : les termes nous manquent pour évoquer à sa juste valeur le concert donné par Combichrist lors de cet Amphi Fest 2012. Car comment ne pas être estomaqué par cette prestation qui aura tout de même vu les membres du groupe entrer sur scène en interprétant le morceau « What The Fuck Is Wrong With You? » – normalement exécuté en rappels – déguisé en animaux (zèbre, lapin, ours, etc.) ?! Une entrée en matière culte de chez culte qui renforcera encore plus le côté décadent du show. Dans ce dernier, comme d’habitude, le roadie de Combichrist aura eu beaucoup de travail puisque les instruments seront allégrement démontés et balancés sur scène par les membres du groupe. Les tubes sont de sortie et en 70 petites minutes, Combichrist sera parvenu à faire sauter à l’unisson les quelques 2 000 personnes présentes dans la Staatenhaus. Un très grand moment où les soucis de son apparaîtront finalement secondaires.

And One

Sur la Main Stage et après Blutengel, style totalement différent avec And One puisque la formation de Steve Naghavi mélange futurepop, EBM et new wave. Le jeu de jambes bien connu du leader, sa voix et sa joie d’être là contribuent au succès de ce concert où les véritables tubes balancés par les enceintes incitent les spectateurs à parcourir le dancefloor ! Steve est très à l’aise et plaisante avec ses fans entre les morceaux. Le batteur qui soutient le chanteur de sa voix claire prendra également le micro seul pour un titre. Le groupe aura d’ailleurs bien du mal à quitter la scène tant le public allemand était réceptif. Il est également à noter que les hits attendus par la foule – à savoir « Technoman », « Get You Closer » et « Military Fashion Show » – auront tous les trois été joués à la fin du set afin de rester sur une note encore plus positive. Un grand concert.

A l’année prochaine.

L’Amphi Fest se termine pour nous et fut une véritable réussite. Quel plaisir de voir tous ces artistes talentueux réunis ensemble au cours de ces deux jours ! De plus, et comme évoqué au début de ce compte-rendu, le cadre du festival fut (soleil aidant) une nouvelle fois très appréciable. D’ailleurs un festival qui, en son cœur, a aménagé un espace aquatique voyant des canards patauger dedans peut-il raisonnablement être mauvais ?

Bis zum nächsten Jahr Amphi Fest!

Bonus :

Bonjour madame…

Live reports : Crusty (+ Doc)
Photos : Le Duc



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