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Interview   

Amplifier et son besoin de respirer


Pour son nouvel album Echo Street, Amplifier avait besoin de créer la rupture avec son ambitieux précédent double album The Octopus. Une rupture liée aussi bien à la musique qu’à la méthode de travail. Il fallait que cet album soit écrit plus spontanément et soit plus facile à appréhender pour l’auditeur.

Dans l’interview qu’il a accordée à Radio Metal, le maître à penser du groupe Sel Baramir nous parle de la satisfaction du groupe à avoir réussi un album aussi aéré et léger.

Cette sortie d’album coïncide avec la signature du groupe chez Kscope Records, label que le groupe a choisi plus pour sa manière de travailler que pour la ressemblance que peut avoir Amplifier avec d’autres formations (Anathema) de la structure. Un rapport aux artistes adapté au fonctionnement actuel de l’industrie de la musique qu’Amplifier ne semblait pas trouver chez d’autres structures.

En fin d’interview, Sel répond avec humour et philosophie à nos questions sur Steve Durose, ayant rejoint le groupe après le split d’Oceansize, questions avec lesquelles il était harcelé par la presse depuis quelques temps.

Radio Metal : Après la sortie d’un disque aussi ambitieux que The Octopus, qui est un double album, quel était votre état d’esprit pendant l’écriture de votre nouvel album ?

Sel Baramir (chant, guitare) : Eh bien [rires]… On l’a écrit en à peu près trente jours, donc pendant le processus, on n’y a pas vraiment pensé. Ce à quoi on pensait, c’était que si on ne faisait pas notre album immédiatement, on allait se retrouver à court d’argent [rires]… C’est à peu près la seule chose à laquelle on pensait !

« The Octopus nous a pris quatre ans alors qu’écrire et enregistrer Echo Street nous a pris littéralement cinq semaines. »

Tu as déclaré : « Rien dans la vie n’est complètement noir ou complètement blanc, mais si The Octopus était noir, alors Echo Street est blanc. » Est-ce que c’était important pour vous, quand on voit l’importance et le succès d’un disque comme The Octopus, de faire un album radicalement différent pour prouver que vous n’avez pas été conditionnés par ce succès ?

Oui, je crois que dès que The Octopus est sorti, j’ai commencé à m’inquiéter de ce qu’on ferait après. Quoi qu’on fasse, je savais qu’il faudrait que ce soit absolument différent pour que les gens ne puissent pas le comparer à The Octopus. C’est l’un des avantages d’avoir fait Echo Street aussi rapidement : The Octopus nous a pris quatre ans alors qu’écrire et enregistrer Echo Street nous a pris littéralement cinq semaines. C’était sûr que l’album allait être différent, ne serait-ce que parce que notre approche de sa conception était différente. Ce sont deux albums complètement différents. Évidemment, ce sont quand même les albums d’un même groupe, mais ils ne viennent pas du même endroit, en quelque sorte. Echo Street est beaucoup plus simple que The Octopus, c’est certain.

Ça a dû être très rafraîchissant d’écrire puis produire un album beaucoup plus rapidement cette fois-ci…

Oui, après avoir enregistré The Octopus, je ne voulais pas refaire un disque comme ça à nouveau, de manière aussi lente et méticuleuse. Ça a donc été vraiment bien de faire l’exact opposé, mais pour être honnête, on a travaillé tout aussi dur, mais pendant quelques semaines et pas plusieurs mois. Donc, d’une certaine manière, c’était en fait plus difficile de le faire de manière si rapide plutôt que de prendre notre temps. Quand on bossait sur The Octopus, si on se sentait un peu à bout, on pouvait partir en week-end ou juste rentrer chez soi, mais cette fois-ci, on n’avait pas le temps de faire ça, il fallait impérativement qu’on reste et qu’on finisse l’album. À la fin de l’enregistrement, je ne voulais plus continuer. Ça faisait cinq semaines qu’on travaillait dessus non-stop ; à la fin, c’était vraiment difficile. Mais oui, tout à fait, il y avait de ça aussi.

À propos de cet album, tu as déclaré : « Echo Street a un caractère intemporel, c’est sans doute l’album d’Amplifier que le plus de gens connaîtront avec le temps, il a vraiment quelque chose de spécial. » Echo Street semble être l’album le plus varié et le plus personnel de votre carrière. Est-ce que tu es d’accord avec ce constat ? Est-ce que tu penses que c’est ça qui le rend si particulier ?

Je pense que ce qui est le plus important au sujet d’Echo Street, c’est que c’est un album tellement simple qu’il s’écoute facilement : il y a beaucoup d’espace dans l’album, il est plutôt lent ; quand tu l’écoutes, tu as en quelque sorte le temps de t’y installer sans être tout de suite assommé d’informations. Je pense que c’est ça qui fait que des gens qui n’auraient jamais écouté Amplifier ou de la musique de ce genre pourront écouter cet album quand même et apprécier les mélodies, quand bien même la musique en soit ne serait pas ce qu’ils écoutent normalement. Je pense que le champ est large et qu’il permettra aux gens d’écouter le véritable son d’une manière ou d’une autre, et les gens qui n’écoutaient pas ce style à l’origine pourront peut-être, grâce à cet album, se mettre à écouter ce genre, des groupes comme Porcupine Tree, etc. C’est en quelque sorte pour ça que je pense que ça va peut-être devenir le genre de disque que les gens retiennent avec le temps.

« Je n’aime pas les chansons qui parlent de trucs, en général. »

Il y a une chanson qui s’appelle « Paris In The Spring ». De quoi parle-t-elle ? Est-ce que vous avez un rapport particulier à Paris ?

C’est drôle, je n’avais même pas pensé au fait qu’on viendrait peut-être à Paris avec la prochaine tournée… Ça parle de l’Occupation, en quelque sorte. Pas complètement, mais il y a certains éléments qui en parlent. Je n’aime pas les chansons qui parlent de trucs, en général. Il y a quelques passages qui parlent spécifiquement d’une personne et de l’Occupation. Je trouve que l’ambiance de la chanson fait penser à Paris, à mes yeux en tout cas ; les accords et le son sont toujours très évocateurs, pour moi. Mais, à l’origine, le titre vient d’un dessin, d’une illusion d’optique très connue en Angleterre. Pour te la représenter, c’est un triangle dans lequel il y a écrit « Paris », « in the », et en bas, il y a écrit « the Spring ». Quand tu regardes, tu lis « Paris in the Spring », mais en réalité, ce qu’il y a d’écrit, c’est « Paris in the the Spring ». Ça a l’air stupide [rires], mais j’y repensais et pour une raison ou pour une autre, quand j’ai entendu la musique, c’est tout simplement devenu « Paris in the Spring ». Quand j’ai commencé à écrire les paroles, elles sont vite devenues à propos de beaucoup de choses. Il y a définitivement trois ou quatre thèmes complètement différents dans cette chanson.

Tu sais, les Français en ont un peu marre que les étrangers ne parlent que de Paris quand ils parlent de la France [rires]… Beaucoup d’artistes ne viennent qu’à Paris quand ils sont en tournée etc., donc les gens de province sont un peu énervés.

OK [rires]. Tu sais, Paris, c’est Paris. Il y a une dimension romantique à Paris qu’il n’y a pas dans les autres villes, de la même manière que Londres a une dimension romantique que Nottingham n’a pas. Paris est l’une des villes les plus formidables du monde et, en tant qu’artiste étranger, cette ville a vraiment quelque chose… Paris est une belle ville, spécialement au printemps, avec ses boulevards, les fleurs qui poussent, tu vois ce que je veux dire ? C’est un endroit très agréable.

Concernant votre recherche de label pour ce nouvel album, tu as déclaré que beaucoup de labels voulaient un album d’Amplifier, mais que Kscope étaient les seuls qui n’étaient pas restés coincés au XXe siècle en termes de relations avec leurs artistes. Qu’est-ce que tu entendais par là ? Est-ce que tu penses que de nos jours la plupart des labels travaillent de manière obsolète ?

Oui, à vrai dire. J’ai discuté avec pas mal de monde, mais Kscope ont été les seuls à admettre le fait qu’on n’avait pas besoin d’eux, et que par conséquent, on devait avoir une relation fondée sur l’égalité là où pour la plupart des autres labels il s’agit surtout de dépouiller les artistes de leurs actifs contre un investissement dérisoire de leur part. Fondamentalement, ça donne le ton de la manière dont ils considèrent les bons musiciens dont dépendent leurs affaires, ce qui est stupide : c’est stupide d’être aussi méprisant avec les gens qui font les produits que tu vas vendre… Kscope est un label qui travaille très sérieusement, et qui comprend ce qu’une relation entre des musiciens et leur label implique. Je ne dirais pas que c’est parfait parce que j’ai une très saine aversion de l’industrie de la musique en général, mais on veut avoir plus de succès, vendre plus d’albums, avoir la plus grande capacité d’albums à vendre possible, avoir un meilleur marketing et aussi un plus grand réseau de distribution sans avoir à passer notre temps au téléphone pour vendre des disques au Japon… Si nous voulions vendre plus que vingt mille disques, il faudrait que l’on travaille avec quelqu’un, que l’on engage du personnel, donc c’est plus simple de travailler avec des gens honnêtes.

« [Le label] Kscope ont été les seuls à admettre le fait qu’on n’avait pas besoin d’eux, et que, par conséquent, on devait avoir une relation fondée sur l’égalité là où pour la plupart des autres labels, il s’agit surtout de dépouiller les artistes de leurs actifs contre un investissement dérisoire de leur part. »

OK, et qu’est-ce que tu peux nous dire à propos de votre contrat avec Kscope ? Quel est leur rôle et à quel point sont-ils impliqués dans votre communication ?

Oui : on fait nos albums, et ensuite, on a un accord avec Kscope grâce auquel ils ont la licence pour les albums qu’on a sorti sur Ampcorp et pour certains autres aussi, avec quelques autres groupes, et ensuite en gros ils ont leur réseau de distribution, leurs équipes de promotions et tout ça, et ils travaillent avec nos albums comme si c’étaient les leurs. À la fin, on partage l’argent. C’est comme ça que ça marche.

Quels sont les autres labels qui avaient pris contact avec vous pour vous proposer un contrat ?

Je ne peux pas vraiment en parler parce que ça la foutrait mal, tu sais…

Est-ce que vous avez choisi Kscope parce que c’est un label qui travaille avec des groupes dont le style est proche du vôtre, je pense à Anathema par exemple ?

Non, pour être honnête, ça n’a pas été la raison principale. La raison principale, c’était que je connaissais des gens qui y travaillent et donc je savais comment ils sont, que je savais qu’ils étaient sur la pente ascendante, et aussi que je savais que le style de musique qui sort généralement sur Kscope est un style dont beaucoup de fans sont susceptibles d’aimer Amplifier. Donc ça paraît pertinent pour nous de travailler avec eux pour qu’on puisse avoir une exposition auprès des fans de Porcupine Tree ou de Steven Wilson. Et il me semble qu’Anathema s’en sort très bien, donc je suppose que maintenant que tu le dis, c’est une bonne chose en effet. Mais pour être honnête, ce n’est pas seulement ça, c’est aussi que leurs bureaux sont à une demi-heure de chez moi, et que l’anglais est leur langue maternelle. Pour avoir travaillé avec des labels basés dans d’autres pays, je sais que ça ne facilite vraiment pas les choses de devoir discuter de sa carrière avec des gens qui sont dans un autre pays et dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. On devrait toujours avoir la même langue maternelle. Et j’aime bien pouvoir passer, voir comment ça se passe, pouvoir facilement voir quelqu’un si j’ai envie de leur parler, etc. C’est la meilleure manière de faire, donc je pense que ça aussi, c’est une bonne raison pour travailler avec Kscope.

A propos d’Oceansize : « Je suis vraiment content qu’au moins une partie de ça continue à travers le fait que Steve [Durose] nous ait rejoints pour jouer avec nous. »

OK. Quel est le statut de Steve Durose dans le groupe ? Est-ce que c’est un membre à part entière ?

« Est-ce qu’il est dans le groupe ? Est-ce que Steve est dans le groupe ? » Tout le monde me demande ça ! [rires] De notre côté, on n’y a même pas réfléchi… Oui, il fait partie du groupe. On n’a jamais écrit sur une feuille de papier: « C’est comme ça, il est avec nous ! », tu sais, mais si tu vois quelqu’un sur une photo officielle d’un groupe, alors ça veut dire que la personne est dans le groupe [rires]. En gros, je pense que c’est comme ça que ça marche, officieusement.

Est-ce que les journalistes te parlent souvent d’Oceansize, etc. ? Tu n’en as pas marre ?

Oui, tous les jours ! Et je n’en ai pas marre, on est tous amis et l’histoire des deux groupes est très liée. Je suis vraiment content qu’au moins une partie de ça continue à travers le fait que Steve nous ait rejoints pour jouer avec nous. J’aime à penser que Steve est content ce qui se passe et qu’il y est très attaché. Le mois prochain, on jouera en Inde, et c’est quelque chose qu’Oceansize n’a jamais eu la possibilité de faire, c’est donc une aventure qui continue pour nous tous. Je vois toujours les autres gars aussi et tout le monde est heureux et travaille sur quelque chose, donc c’est cool. C’est un nouveau chapitre pour tout le monde.

OK. Sur un autre sujet : quelle a été l’implication d’Alexander Redhead dans l’écriture de l’album, puisqu’il est le dernier à avoir rejoint le groupe ?

En ce qui concerne l’album, on l’a fait tellement rapidement que, en gros, c’est moi et Matt qui avons tout fait, et ensuite les autres ont ajouté leur partie par dessus. Echo Street n’est pas un album pour lequel on a jammé ou ce genre de chose, tout simplement parce qu’on n’avait pas le temps ; comme je l’ai dit, l’écriture de cet album nous a pris trente jours ; mais pour le prochain album, on aura une approche bien plus conventionnelle de notre travail d’écriture. Ce doit être plutôt difficile d’arriver dans un groupe qui a déjà quinze ans de carrière derrière lui et de s’intégrer, mais ils l’ont fait tous les deux. Beaucoup de gens me posent des questions sur leur rôle, du genre : « Ça doit être bizarre de passer d’un groupe de trois musiciens à un groupe de quatre », mais je leur réponds : « Non à vrai dire, ce n’est pas bizarre du tout ! » C’est un peu comme quand un plongeur de niveau olympique arrive et plonge dans l’eau sans faire une seule vague. Ça a été très simple, et pour Alex, ça a été pareil. Je suppose que c’est l’un des avantages d’avoir déjà sorti quelques albums et d’avoir pas mal d’années de carrière derrière soi : les gens connaissent ton style et s’adaptent pour coller au son du groupe.

Dernière question : apparemment, il y aura un clip pour cet album. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Oui, on a enregistré ça la semaine dernière au milieu du blizzard, avec des choses qui tombaient et s’écroulaient de tous les côtés…

OK. De mon côté, c’est bon ; est-ce que tu as une dernière chose à ajouter ?

Euh… Au revoir ! [rires]

Interview réalisée par téléphone le 7 février 2013
Retranscription et traduction : Chloé

Site internet officiel d’Amplifier : www.amplifierband.com

Album Echo Street, sorti le 11 mars 2013 chez Kscope Music



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