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Chronique   

Anaal Nathrakh – Desideratum


Laissant rarement indifférent, le combo britannique Anaal Nathrakh dépeint avec véhémence la part sombre du genre humain qu’il aime à haïr comme le parasite le plus nocif qu’il ait été donné à l’écorce terrestre de supporter. Joignant les lourdes revendications à une musique extrême, V.I.T.R.I.O.L. (Dave Hunt de son vrai nom) et Irrumator (alias Mick Kenney) ont échafaudé en près de quinze ans une œuvre simultanément complexe et décomplexée, suscitant l’intérêt et l’effroi en réunissant black, death et grindcore autour de thèmes forts dont certains empruntent à la philosophie nihiliste de Nietzsche. Au terme d’un bail de trois albums chez le label Candlelight Records, les deux enfants terribles à l’esprit libre ont investi l’écurie Metal Blade Records et reviennent deux petites années après Vanitas avec ce huitième opus, Desideratum, qui poursuit d’autant plus l’ouverture aux éléments mélodiques, là où le carcan musical initial de violence et de mal-être du binôme misanthrope faisait presque passer ses compatriotes de Birmingham de Napalm Death pour de simples comiques tripiers.

Le déconcertant morceau inaugural « Acheronta Movebimus » instaure pourtant une ambiance conforme aux attentes, digne d’un cauchemar gothique, en introduisant le bulldozer « Unleash ». L’on s’était habitué ces dernières années au crossover improbable du groupe décrit plus haut, mais cette fois Anaal Nathrakh a apporté un peu de légèreté (terme tout relatif) dans un album foncièrement porté sur le black metal. La rupture avec le grind se mesure à la multiplication des refrains chantés au chant clair et à l’utilisation – voire l’exploitation – d’une gamme mélodique afférente à la scène norvégienne qui enveloppe chacun des titres. Prolifiques et insaisissables, les deux musiciens ont toujours eu coutume de manipuler le bitoniau dans tous les sens, accouchant d’albums aux sonorités colorées et souvent inattendues. L’habillage musical passe désormais par tout un arsenal d’effets électro-industriels bruitistes comprimant dissonances agressives, superpositions de vociférations tourmentées, borborygmes démentiels, kicks, blasts et autres sons organiques décapants. L’ensemble peut séduire au premier abord, mais on perçoit assez vite les difficultés pour le duo à gagner à nouveau les sommets atteints par le tentaculaire In The Constellation Of The Black Widow en 2009, une pièce maîtresse qui se démarquait par sa force d’innovation dans la composition et la tempérance des ambiances.

S’il faut saluer la faculté pour Anaal Nathrakh à se renouveler d’album en album, il demeure regrettable que Desideratum ne fasse qu’une boucle et ne calque aux onze pistes en présence la même construction. À chercher son équilibre sur un centre de gravité compliqué entre l’extrême et le mélodique, et sur lequel il finit par danser tant bien que mal, le duo met de coté son audace à transpercer les codes musicaux, pourtant sa grande marque de fabrique. Les enfants terribles semblent être devenus plus sages, attachés à une musique en soi plus mesurée en comparaison d’œuvres passées d’une brutalité sans égal, mais en l’occurrence ce cocktail souffre d’une assommante production, excessive dans les percussions et les effets au point de reléguer de nombreux éléments au second plan, dont le chant, et s’avère vite essoré, répétitif, en somme stérile, si bien que l’on finit par se noyer dans une seconde moitié d’album fatigante qui ne surprend plus. Pour autant il n’est pas improbable que l’accessibilité (encore une fois, toute relative) de ce huitième effort de Hunt et Kenney puisse les aider à attirer vers eux un public plus large.

Écouter le morceau « Idol » :

Album Desideratum sortie le 24 octobre 2014 chez Metal Blade Records



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