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Live Report   

Anathema & Alcest : percées de lumière au Radiant


Assister à un concert d’Anathema, qui plus est avec Alcest en première partie, ne pouvait être manqué en ce 15 octobre ensoleillé. Déjà, parce que la douce mélancolie qu’incarne, par essence, un dimanche soir paraissait être parfaitement propice aux mélopées de ces deux groupes. Et puis parce que les compositions d’Anathema et Alcest, tous deux sacrément doués pour manier les atmosphères et partager des émotions musicales intenses, ont beaucoup en commun même si le chant extrême ponctuel d’Alcest ne se retrouve pas chez Anathema. Une proximité d’ailleurs soulignée par les faits puisqu’un lien fort unit ces deux groupes. Une entente qui remonte à 2013 quand Alcest avait ouvert pour Anathema sur sa tournée nord américaine et lui avait tapé dans l’œil (comme nous l’avait raconté Vincent Cavanagh, chanteur/guitariste d’Anathema, dans une interview réalisée en juin 2014).

Alors que l’ouverture des portes était censée être à 19H (c’est en tout cas ce que notre équipe avait lu à différents endroits), Alcest démarre son set… à 19H ! Comme le signale le groupe lui-même sur sa page Facebook, il semble que ces débuts de concerts ultra-rapides aient été une constante durant cette tournée française composée de dix dates. Un constat tout de même dommageable pour certains fans qui attendaient avec impatience de voir le groupe et qui arriveront pendant le set, voire même après.

Artistes : AnathemaAlcest
Date : 15 octobre 2017
Salle : Radiant
Ville : Caluire-et-Cuire [69]

Alcest

Néanmoins, les fans d’Alcest sont déjà nombreux à garnir les tribunes et la fosse du Radiant lorsque Neige et ses trois acolytes débarquent sur scène. S’en suivront près d’une heure de compositions piochées dans les quatre derniers disques du groupe avec, évidemment, une mention spéciale à Kodama – son dernier album sorti en début d’année – qui sera représenté par trois titres : « Eclosion », « Oiseaux De Proie » et « Kodama ». C’est justement avec ce dernier qu’Alcest ouvre son concert. D’emblée, c’est surtout la qualité du son qui frappe les esgourdes. La batterie de Winterhalter sonne avec une pureté incroyable, à l’image des autres instruments qui sortent des enceintes avec un mix au poil. Un constat à signaler parce qu’Alcest, que l’on a régulièrement pu observer dans des salles plus petites ou en festivals, propose une musique riche en atmosphère dont les nuances ont parfois été difficiles à saisir complètement en live. Ce concert du Radiant aura remis les pendules à l’heure sur ce point : quand Alcest bénéficie de conditions de scène optimales, il est capable de proposer un set live doté d’un son irréprochable.

Tout était donc réuni pour que, dès les premières notes, l’audience accepte de se faire emporter par le quatuor. Ce dernier oscille sur le plan musical entre onirisme atmosphérique et accélérations brutales. Une agressivité qui aurait pu effrayer un public comme celui d’Anathema. Mais, fort heureusement, ce dernier a de la culture et une ouverture d’esprit qui lui aura permis d’apprécier sans encombre, et à sa juste valeur, le talent du groupe français. Un groupe heureux de se produire avant Anathema qu’il n’omettra pas de remercier chaleureusement. Neige, entre les chansons, prendra la parole pour présenter la setlist du soir avec la sobriété qu’on lui connaît. Il en profitera également pour répondre avec humour au public lorsque, par exemple, l’atmosphère de recueillement propre aux concerts du groupe s’interrompait avec une remarque d’un fan qui leur disait qu’ils étaient très bons.

Alcest

Le public aura pu sentir beaucoup de sincérité et de simplicité dans l’attitude du chanteur/guitariste d’Alcest. A ce titre, l’élégance qui le caractérise reste plus globalement le maître mot des concerts d’Alcest. Dans la manière de communiquer avec son public, dans ces magnifiques lumières tamisées enrobées de fumées (« Oiseaux De Proie »), dans la manière qu’ont les musiciens de taper des mains : tous les faits et gestes des quatre membres d’Alcest en live se font l’écho de la subtilité, de la finesse et de l’élégance des compositions du groupe. En fait Alcest, par sa manière d’être en live, parvient avec une grande justesse à ce que la forme de sa prestation soit parfaitement raccord avec le fond musical du propos. Et c’est notamment ici que se trouve la clé de la réussite de ce groupe : sa personnalité est atypique et son univers unique.

Setlist :

Kodama
Là Où Naissent Les Couleurs Nouvelles
Oiseaux De Proie
Eclosion
Autre Temps
Percées De Lumière
Délivrance

Anathema

Vincent Cavanagh est le premier membre d’Anathema à fouler les planches du Radiant. Le chanteur/guitariste se dirige tout droit vers son ordinateur puisque le groupe anglais ouvre sur la chanson instrumentale électronique « San Francisco » qui apparaît sur le nouvel album The Optimist, pendant que son frère Danny vient s’imposer, debout, austère sur le devant de scène pendant l’introduction. Le public de Caluire-Et-Cuire note la présence d’un écran géant derrière les musiciens. Il sera utilisé avec parcimonie et à bon escient, par exemple pour mettre en avant des paysages ou les phares de la voiture présente sur l’artwork du dernier album du groupe. Egalement doté de belles lumières, le concert d’Anathema se révèle différent de celui d’Alcest en ce qui concerne l’ambiance proposée. Si les deux sets se rejoignent par la capacité des deux groupes à toucher le cœur et l’âme du public, grâce à des compostions éminemment intenses, il n’en demeure pas moins que leur manière de partager cette émotion sur scène est différente.

Chez Anathema, les musiciens n’hésitent pas de manière répétée à s’adresser au public (Vincent Cavanagh s’essayera au français, son frère Daniel racontera de son côté les insultes reçues en français par une de ses ex, etc.) avec le sourire et dans une ambiance globale très décontractée où le groupe aura beaucoup communiqué avec l’audience. Alors que du côté d’Alcest, si la chaleur est également présente, elle reste plus liée à l’intensité du propos musical avec des bavardages moins fréquents. On sent chez Alcest une grande concentration, un grand sérieux, dans la manière d’aborder son set. Le groupe étant parfaitement conscient de l’enjeu sur cette tournée française : à savoir convaincre le public d’Anathema de s’intéresser à lui (un pari qui sera réussi d’après nos oreilles qui aiment traîner ici et là).

Anathema

Anathema, de son côté, n’a plus à faire ses preuves. Vingt-sept ans après ses débuts, la formation anglaise continue de suivre son chemin comme elle l’entend. Après des débuts doom/death, une évolution atmosphérique qui lorgne vers un rock alternatif parfois teinté d’électro : le groupe a su se renouveler, expérimenter, sans pour autant choquer outre-mesure ses fans. La chanteuse Lee Douglas a été intégrée officiellement au groupe anglais en 2010 lors de l’enregistrement de l’album We’re Here Because We’re Here. Il est toujours appréciable de constater sa présence sur scène car sa voix est d’une beauté incroyable, pleine de douceur. Avec Lee, Vincent et Daniel : le public du Radiant a la chance d’avoir trois excellents chanteurs sous ses yeux. Si le rendu global de la prestation d’Anathema est plein de joie et d’échange, le musicien le plus en retenu sera le bassiste Jamie, le troisième frère Cavanagh, qui malgré son élégance naturelle sur scène fait le job avec le visage taciturne qu’on lui connaît. Vincent, au moment de la présentation des musiciens, n’oubliera pas de le remercier particulièrement car il s’occupe de gérer le management du groupe en tournée, en plus de son rôle de musicien. A noter par ailleurs l’absence de John Douglas, un des deux batteur-claviéristes, retenu en Angleterre, mais qui n’entachera pas la prestation compte tenu de la flexibilité et polyvalence des membres d’Anathema et un Daniel Cardoso assurant derrière les fûts.

Les tubes s’enchaînent, les lumières sont somptueuses et le public se réveille un peu au fil du set. Car si nous avions déjà été surpris de constater la présence de trous dans le public lorsque Anathema a commencé son set, sans doute dû aux fans d’Alcest partis ou n’étant pas encore de retour, ce fut une plus grande surprise encore que d’observer une audience plus dans la contemplation que dans l’action durant le set des Anglais. S’il est évident que la musique d’Anathema s’y prête, tout de même ! Tout au long du concert, l’audience éprouvera une certaine difficulté à se lâcher sans les injonctions des musiciens. C’est surtout durant le rappel « Fragile Dreams » que le public montrera qu’il en avait bien plus dans le ventre que ce qu’il avait laissé paraître. Dommage.

Anathema

Un rappel qui sera d’ailleurs de haut niveau avec Daniel à la guitare qui se fera plaisir sur le magique « Shine On You Crazy Diamond » de Pink Floyd pour un moment littéralement hors du temps. Un moment de partage drôle, aussi, car Vincent en profitera pour remercier « Lyon, la France » avant de dire « maintenant départ en Italie ! » tout en continuant de chanter en faisant des rimes en français dans le texte « les Italiens sont des gens bien ! Et le Manger c’est bien ! » sans omettre de préciser que, malgré tout, « ce n’était pas la France ». Bref de quoi se faire applaudir par la foule !

Setlist :

San Francisco
Untouchable, Part 1
Untouchable, Part 2
Can’t Let Go
Endless Ways
The Optimist
The Lost Song, Part 3
Barriers
Lightning Song
Dreaming Light
Pressure
A Simple Mistake
Closer
Rappels :
Distant Satellites
Springfield
Back To The Start
Fragile Dreams

Live report : Amaury Blanc.
Photos : Nicolas Gricourt.



Laisser un commentaire

  • Une vraie belle soirée!

    Dommage qu’on se soit pas croisé…
    J’ai aperçu Spaceman de dos et sa queue de cheval en train de shooter.
    La prochaine fois on pourra peut-être covoiturer? (une pratique à développer pour discuter avant et après le show)

    La fin du concert était excellente, tout comme le début et le milieu d’ailieurs.

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