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Chronique   

Anathema – Distant Satellites


Distant Satellites, le nouvel album d’Anathema, comme une certaine fameuse pastille rafraîchissante, se dévoile en deux temps. A première vue, la première moitié de l’album intrigue avec trois parties d’une chanson dénommée « The Lost Song ». Trois pièces composées par Daniel Cavanagh en essayant de se remémorer une chanson perdue dans les limbes de sa mémoire. La chanson elle-même demeure oubliée mais de la perte et l’entêtement naquirent ces trois parties, comme une sorte d’hommage (inspiré par Tenacious D et son « Tribute » ?). Musicalement, avec « The Lost Song » ainsi que « Dusk » et « Ariel », c’est un Anathema très classique, contemplatif et émotionnel, avec sa délicatesse et ses montées en intensité, le chant bouleversant de Vincent Cavanagh donnant la réplique à la gracieuse Lee Douglas, le tout renvoyant directement aux deux dernières œuvres du groupe.

Mais de la répétition née la lassitude chez l’auditeur qui, avec détachement, n’entendra dans cette première moitié qu’une redite des ficelles qu’Anathema a déjà usé jusqu’à la corde. Pourtant, arrivé à « The Lost Song, part 3 », hypnotique et latent, cette constante montée conduite par le rythme soutenu de la batterie, quelque chose semble gronder, se préparer. C’est « Anathema », la chanson, centrale : quelques notes de piano, des cordes légères, et des premiers frissons venant avec les premiers mots prononcés. Anathema prend le temps qu’il faut pour laisser l’émotion s’incruster dans la chair, pour finalement presser la détente et faire exploser la charge. Vincent Cavanagh s’abandonne, poussant un ultime cri, et passe le témoin à son frère qui, porté par l’orchestre, s’engage dans un solo de guitare déchirant. On a là l’essence, la quintessence d’Anathema, dans une chanson qui, loin de se faire écraser par elle, porte haut la symbolique de son nom de baptême.

A partir de là un déclic se produit, Distant Satellites prend une autre tournure, plus aventureuse et pleine de fraîcheur (le deuxième effet kiss cool ?). « You’re Not Alone », instrumentale, si l’on fait abstraction des quelques mots de son titre répétés à l’envie, qui dévoile des beats electro-jungle, un piano et une guitare rythmée et dissonante, avant de reprendre le tout sous une intensité foncièrement post-rock gonflée d’effets. « Firelight » calme brutalement le jeu avec une pièce d’orgue solitaire propice au recueillement et au sentiment de plénitude. Les deux dernières chansons sont véritablement là pour couronner l’album, le consacrer, et emporter loin l’auditeur. L’éponyme et « Take Shelter » dévoilent à nouveau l’usage d’électronique, mais marchant ici ouvertement sur les hauteurs embrumées islandaises de Sigur Ros, sur le shoegaze ou la dream-pop, jusqu’au chant soufflé qui résonne dans les airs à la manière de Jónsi – surtout sur le titre final -, un rythme tribal battant le temps et des nappes de synthés envoûtantes menant la transe pour le premier, un orchestre de cordes lumineux, façon Amiina, pour le second.

On peut dire qu’Anathema a cette fois-ci bien caché son jeu, avec une entrée en matière de prime abord assez banale que l’on redécouvre finalement à la lumière de la première écoute intégrale. Non seulement Distant Satellites honore la fibre émotionnelle du groupe mais exploite également des éléments qui apportent d’autres dimensions à sa musique. L’intégration d’effets et rythmes électroniques légers et subtiles sonnent comme une expansion de ce qu’Anathema avait initié via « The Storm Before The Calm » sur l’opus précédent, tandis que l’orchestre qui offre une profondeur supplémentaire à quelques titres dérive directement de l’expérience Universal. Autant dire que la créativité d’Anathema ne semble pas tarir, tant que les frères Cavanagh auront de quoi projeter leurs sentiments à fleur de peau vers de nouveaux horizons.

Album Distant Satellites, sortie le 9 juin 2014 chez Kscope.



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